L’autre jour, je suis allé faire un tour sur un salon écolo, bio et tout vert… Quoi ? Vous vous demandez si je suis malade, moi qui conspue les écolo-pleutres et autres imbéciles qui voudraient nous renvoyer au moyen-âge (alors même qu’ils n’auraient aucun espoir de survie dans le monde de brutes que c’était vraiment) par leurs vaticinations d’apocalypse et leurs arnaques botaniques ?

Eh bien… N’anticipons pas.

Tout a commencé jeudi dernier, lorsque j’ai vu ma tante. Pour tout vous dire, c’est ma tantine préférée et chérie, et je l’adore même si elle est un peu fofolle parfois… On en a tous une comme ça. Elle, elle tombe dans presque tous les panneaux du style écolo-mystique, du bio aux pollens, en passant par les patchs yin-yang au glutathion, la magnétisation des cellules, le Reiki, l’aromathérapie, et j’en passe.

Jeudi dernier, donc, elle a fait l’article des produits qu’elle vend en ce moment, et il se trouve que ce sont des produits « bio ». Habituellement, tout ça me laisse froid, et je ne me prive pas de le lui dire, mais là ça a l’air plus appétissant que d’habitude : Ce sont des pâtes à tartiner aux amandes, aux noisettes, etc. Qui plus est, elle me fait goûter un pot… Et cela achève de me convaincre que c’est délicieux.

Dés lors, je me fiche de savoir si c’est bio ou pas, voyez-vous ! Je demande donc où pourrais-je acheter de tels délices, et elle me répond : « Tu n’as qu’à venir au salon Vivre Autrement, c’est à partir de demain ! On a un stand ; tu pourras goûter tout les produits qu’on distribue, et il y aura plein d’autres trucs… ». Je n’aime pas trop ça, les « autres trucs », mais bon, comme ça peut être intéressant… Je dis oui.

Et puis elle a une invitation gratuite pour moi, alors…

Petite parenthèse sur le bio… Les produits « bio », ce sont ceux qui, du moins en France, bénéficient du label Agriculture Biologique. Cela signifie qu’on peut espérer (mais un label n’est qu’une étiquette, hein…) qu’ils soient composés à 95% au moins de produits issu de l’agriculture biologique, mode de production « respectueux des équilibres naturels, de l’environnement et du bien-être animal »…

Pour faire clair, les agriculteurs biologiques s’interdisent l’usage d’engrais (autres que les engrais naturels), de pesticides et d’OGM. Je ne suis pas foncièrement contre, même si je trouve un peu ridicule d’exclure les OGM alors que les espèces animales et végétales consommées de nos jours ont déjà été sélectionnées par la main de l’homme pendant des millénaires sans qu’on y trouve à redire… Mais admettons.

On me confirme que les rendements de l’agriculture biologique et de l’agriculture « classique » sont similaires. Cela ne m’étonne guère : la différence n’est pas si grande entre bio et non-bio. D’autant que des études ont montré que certains produits cultivés « bio » contenaient autant de traces d’engrais et de pesticides que les autres… Car cultivés pas très loin  de champs non-bio !

Il faut aussi savoir que, dans la galaxie bio, il y a de nombreuses arnaques… Des tas de produits qui vantent des mérites fallacieux, parce qu’ils sont « peu cuits pour préserver le goût et les vitamines », ou « naturellement » machinchose… Ah, « naturel » ! Le mot est lâché ! Tout ce qui est « naturel » est forcément sain, saint, sacré et bon pour la santé, voire médicinal, selon les pubs…

Désolé de vous décevoir, mais les poisons sont, pour une immense majorité, naturels. De même que la peste bubonique, le cancer, les allergies, la trisomie 21, le froid, la faim, la mort… Ce sont des choses que le progrès et la science cherchent à vaincre depuis longtemps. Comme l’ignorance. La merde, c’est naturel, aussi. Si on vous conseillait d’en manger pour être en bonne santé, vous le feriez ?

La nature, c’est loin d’être la panacée que tout le monde croit… Ils ne disent ça que parce qu’ils n’y vivent pas, qu’ils ont été vaccinés contre la plupart des maladies (procédure absolument contre-nature, d’ailleurs !). Ils n’y survivraient pas deux minutes. Les animaux sauvages ne mangent que du naturel, eux. Voyez où ça les mène : Une vie de concurrence acharnée, la faim permanente, la souffrance, la peur incessante, les parasites…

Je renie avec exécration ces éco-nazis, comme les vils parasites qu’ils sont. Parasites ? OUI ! Ils font leurs une cause qu’ils ne comprennent pas, et greffent leurs croyances imbéciles et leur vénération de la déesse nature, déformant les conclusions sensées des scientifiques, les VRAIS écologistes, par obscurantisme. Bref, je ne suis pas contre éviter l’abus de produits chimiques si le naturel marche tout aussi bien, mais ça s’arrête là.

Terminons cette parenthèse en disant que j’ai été gâté question éco-nazis au fameux salon…

Je me suis donc rendu au parc floral de Vincennes, par ailleurs très joli et situé tout à côté du château, vendredi dernier, le premier jour du salon Vivre Autrement. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, dit-on, et j’espérais en apprendre plus sur le bio et toutes ces sortes de choses, et peut-être trouver quelque chose de sérieux là-dedans… Puisque tout le monde semble s’y mettre !

De fait, il y avait pas mal de monde, pour un vendredi. Des tas de gens avec des cabas, en train de faire leurs courses… Et pas seulement des jeunes bobos, des hippies ou des extraterrestres fans de macrobiotique, hein ! Non, il y avait de tout, y compris ce qu’on pourrait appeler des « français moyens », des petites vieilles, des couples avec ou sans enfants, de pas mal d’horizons différents…

Certes, il y avait surtout des blancs riches (le bio, on le verra, ça reste un peu plus cher que le reste, et, surtout, ça n’est pas une des préoccupations de l’immigré moyen ou de celui qui cherche à joindre les deux bouts péniblement), mais c’était quand même assez représentatif de la population générale. Le bio est un concept très porteur, même si personne ne sait vraiment ce que ça veut dire chez les beaufs. Peut-être à cause de ça, en fait…

Je suis un peu jaloux : Il y avait moins de monde au salon du jeu…

Un petit tiers du salon, environ, était dédié aux meubles, objets et compagnie, le tout soit « bio » soit « naturel ». Il y avait des jouets en bois hyper chers qui auraient lassé un enfant de six mois, des draps de lit en lin ou en jute (existe en rugueux ou semi-rugueux…), des peaux de chamois, de moutons, des coussins remplis de graines « bio », des bonnets en raphia teints (garantis entièrement moches)…

Des bijoux fantaisie, il y en avait pléthore, et la concurrence était rude pour des saloperies qu’on trouve dans toutes les boutiques du genre à Paris : Unetelle vendait ses colliers de graines un poil plus cher, mais avait un panneau informatif sur « l’ivoire végétale, la graine de Tagua »… L’autre professait que tout était fabriqué dans des communautés « équitables » de Colombie…

Un troisième faisait des bijoux plus classiques, mais lui-même, leur donnant une valeur symbolique, mystique, voire magique… pour les déçus, il y avait un stand de colliers de « perles naturelles », en fait des graines diverses, (autant dire des colliers de haricots, quoi…) fabriqués sur mesure avec les « perles » au choix du client. Le rapport avec le bio ? Absolument aucun. Mais c’est le salon « Vivre autrement ».

Question fringues, je fus peu impressionné par les oripeaux grisâtres en fibres naturelles proposés par certains. Inexplicablement, alors qu’il existe des couleurs extrêmement vives et parfaitement naturelles utilisées depuis l’antiquité pour teindre les vêtements, les écolos stricts se croient obligés de porter des sacs à patates ternes et moches, entre grunge et clodo, et pourtant vendus à prix d’or !

Ou alors c’est l’inverse… Il y avait aussi plusieurs stands qui offraient un véritable festival de vêtements pseudo-incas et vaguement méso-américains, tout en laine qui gratte et en couleurs vives de la pampa. Quelques ocarinas, une flute de pan, et on se serait cru au métro Chatelet ou Saint Michel, lorsqu’il est squatté par je ne sais quel orchestre péruvien tonitruant… Qui eut cru qu’un costume pour faire la manche fût aussi cher !

Il y avait aussi de la vaisselle et des vases en terre cuite, supposés avoir des propriétés spéciales destinées à rééquilibrer les énergies de votre maison (je n’ai pas réussi à déterminer s’il s’agissait de Feng Shui ou de magnétisme, mais c’est kif-kif : charlatanisme…), et d’autres pots plus anodins mais aussi chers, dont certains fabriqués par de communautés équitables de Colombie (les mêmes que tout à l’heure ? Aucune idée).

Autre stand un peu comique dans cette partie du salon, les meubles bio et naturels… C'est-à-dire simplement des meubles en bois ! Je ne sais pas en quoi sont vos meubles, mais même les meubles IKEA les moins chers sont déjà en bois reconstitué avec des colles naturelles… Là, pour justifier le prix, il fallait que ça fasse « nature », alors il y avait des planches dix fois plus épaisses et des arêtes mal travaillées exprès.

Il y avait une chaise dont le dossier n’était qu’une tranche de tronc, épaisse. Repoussant, cher et inutile.

Un autre gros tiers du salon était dédié aux dingues de tous poils. Quand je dis dingues, je veux bien entendu parler des obscurantistes, des pseudo-scientifiques à la limite de la parapsychologie, et autres charlatans… Fleurissaient ici et là les stands de vendeurs de cristaux, professant bien entendu leur pouvoir (magique ?) sur le bien-être, les ondes et le magnétisme… Ce serait plus convaincant si cela avait le moindre sens.

Il y avait aussi des vendeurs de pollens et d’homéopathies diverses, ainsi que ces salopards d’éditeurs « alternatifs » qui profitent de la crédulité des gens et se font un fric monstrueux en éditant les montagnes d’ouvrages tous plus ineptes les uns que les autres sur l’ésotérisme, les anges gardiens, la kabbale, le pouvoir des plantes, le Reiki, les chakras, les énergies psychiques, le New-age, le yin-yang…

Revers de la médaille de la liberté d’expression, le prix à payer pour que des scientifiques sérieux puissent publier ailleurs, c’est un monceau d’ordures : Des arnaques absolues qui justifient que l’immense proportion de crédules dans la population dépense un fric fou à des imbécillités inefficaces, du genre « mantras pour la récupération de votre ADN Atlante » ou « démagnétisation de la mémoire cellulaire »…

Hocus-pocus et Abracadabra se sont cachés derrière des mots à consonance scientifique, voilà tout !

Il y avait, dans ce même salon, des stands de pratiquants du « massage des chakras » et de la « rééquilibration énergétique », de « bougeoirs bien-être en sel de l’Himalaya », de même que des dealers de produits bizarres, d’encens, de crèmes, de fontaines Feng-Shui… Pas seulement décoratifs, mais qui, clamaient-ils en dépit de toutes les lois de la physique, ont des vertus salvatrices et médicinales !

Et n’allez pas me bassiner avec les « preuves scientifiques » et les « études réalisées en laboratoire », les « milliers de témoignages positifs »… Des témoignages, c’est subjectif, voire anecdotique. Les études « scientifiques » sur ce genre d’effets, quand elles existent, ne sont que de petites études de cas douteuses et sans contrôle. Ils peuvent dire n’importe quoi, personne ne vérifie… Sauf les gens comme moi, eh oui !

Un des stands proposait la révolutionnaire « bougie réutilisable à vie »… Il s’agit d’un bidule de plastique (non biodégradable) dans lequel on insère une mèche (un bout de papier ciré), et qui flotte sur un mélange d’eau et d’une huile spéciale, qu’on met dans un vase avec des pétales de fleurs pour faire joli. Cela marche éternellement, pourvu qu’on change la mèche et l’huile périodiquement…

C’est extraordinaire comment ces gens réinventent l’eau chaude… En l’occurrence la lampe à huile, qui, connue depuis la nuit des temps, n’a rien d’éternel, et possède un rendement vraiment pourri. C’est d’ailleurs pour ça qu’on a inventé la bougie, puis l’ampoule. Et je ne vous parle pas des autres dingueries… Il y avait un type, ressemblant vaguement à un comptable en chemise chinoise, qui vendait des gongs et des bols.

Ces gongs et ces bols étaient « authentiquement tibétains » (lire « attrape-touristes »). « Chaque personne est accordée à un bol », disait-il, «, il faut trouver votre bol… Si vous arrivez à le faire sonner en frottant le bord avec le bâtonnet, c’est votre bol, il est accordé avec vos énergies ! ». Frotter le rebord d’un tel bol métallique, comme d’un verre en cristal, suffit en effet à le faire vibrer… On y arrive après un ou deux essais.

Evidemment, les lois de la physique n’ont rien à voir là-dedans, selon le vendeur, qui s’enfonce en des propos de plus en plus stupides… « Bien sûr, vous pouvez arriver à faire sonner le bol que vous voulez, à force d’essayer, mais celui qui sonne tout de suite, c’est le vôtre ! C’est comme ça qu’on choisit son bol… » Et il s’est empressé d’ajouter « Il y a aussi la question du budget, mais chacun peut trouver son bol dans sa gamme de prix ! ».

Avez-vous déjà entendu pareille contradiction, pareille ineptie ? Vous possédez un bol unique accordé à vos énergies, mais si vous ne pouvez pas vous le payer vous pouvez en prendre un autre, moins cher, tout aussi accordé que l’autre ! Bien sûr, sur ce stand, la moins chère des cymbales était à 25 euros… Je ne vous dirai pas le prix, bien plus élevé, du plus petit bol, à peine capable de contenir une demi-pomme !

Je ne savais pas si je devais rire devant ces guignols ou pleurer devant l’ignorance des clients fascinés.

Comme ce billet est déjà assez long, je vous entretiendrai un autre jour du reste de mes aventures au salon Vivre Autrement… A la lumière de ce qui a déjà été dit, on peut cependant penser que Vivre Autrement signifie au mieux s’entourer d’objets hideux ou d’un confort tout médiéval, au pire donner son argent à des charlatans… Quoi qu’il en soit, je ne vois pas en quoi ce mode de vie est « autre » que celui de la plupart des gens.

La différence doit résider dans l’identité des fournisseurs.

vivre_autrement_2010