Après le dernier billet, j'ai retrouvé une certaine motivation à vous apprendre des trucs... C'est étonnant comme on peut auto-induire un état d'esprit, sans même le vouloir. On écrit quelque chose de motivant ou édifiant pour autrui, et on se retrouve à s'émuler soi-même, à s'autopersuader, à aspirer à être meilleur que soi... Ou simplement à croire ce qu'on raconte. Serait-ce la base du mysticisme que de croire un peu trop les mensonges qu'on se dit sur la mort et l'invisible ?

Peut-être bien, mais là n'est pas mon propos.

Après le dernier billet dans lequel je mentionnais le "Baloney detection kit", je me suis dit... pourquoi pas moi ? Je ne prétendrai pas être aussi bon que les grands auteurs, mais je pense qu'il est utile de diffuser cette leçon essentielle : Toutes sortes de gens vous abreuvent d'inepties ou tentent de vous faire prendre des vessies pour des lanternes, parfois même en toute bonne foi. Il n'est pas toujours aisé de les reconnaître... Mais on peut s'y entraîner.

Il existe certains procédés, certains faux arguments, certaines ruses verbales qu'ils emploient souvent... Chacun devrait tenter de les repérer, se forcer à les chercher même (et surtout) dans les discours qu'il approuve. Je vous ai compilé ici une petite liste la plus exhaustive possible (issue de nombreuses sources sérieuses) de ces éléments de langage et de pensée qui doivent déclencher la sonnette d'alarme de votre cerveau dés que vous les entendez... Avec des exemples.

Voici tout d'abord ceux qu'on utilise pour soutenir et affirmer :

L'argument d'autorité : Ce type d'argument, facile et souvent utilisé par pas mal de gens sans en avoir conscience, fait appel à une figure d'autorité pour faire passer une proposition non étayée. A chaque fois que vous voyez une publicité avec des gens en blouse blanche, ou celle d'un produit recommandé par "neuf dentistes sur dix" et/ou quelque association au nom ronflant, c'est ce faux argument qui est utilisé. Une bonne autorité soutient quelque chose parce qu'elle a été prouvée, pas l'inverse !

Quelques exemples : "L'acuponcture est basée sur des millénaires de sagesse chinoise..." ( Alors comme ça vous faites moins confiance aux découvertes récentes qu'au savoir médiéval ?) "Des études montrent que..." (Réfléchissez deux minutes sur un sujet. Vous venez de conduire une étude. Faites une recherche sur le net. Vous venez d'en conduire une autre. Félicitations, "des études" montrent à présent ce que vous voulez !), ou encore mon préféré, "C'est dans la Bible, alors c'est vrai..."

Les circonstances spéciales : Faisant souvent appel au surnaturel et toujours à l'irrationnel, ce procédé trompeur permet d'arguer le fait qu'on ne puisse pas comparer deux situations, en dépit de toute logique et souvent sans en donner de raison valable... Bien souvent, il s'agit simplement de dire que la réfutation ou la simple compréhension de telle ou telle position est hors de portée de tous les adversaires, ce qui est bien pratique pour les rabaisser.

"Vous n'êtes pas théologien, comment pouvez-vous dire que dieu n'existe pas ?" n'est qu'un passe-droit fallacieux. "Vous n'êtes pas qualifié pour parler de ce sujet", bien que parfois vrai, n'est qu'une esquive et pas un argument : Tout le monde a le droit de poser des questions ! Autres exemples : "L'homéopathie est basée sur des principes réels que la science refuse d'admettre et ne peut donc pas tester par des essais cliniques"... Et bien sûr, le classique "Les voies du seigneur sont impénétrables"...

Les preuves anecdotiques : L'utilisation d'anecdotes et de témoignages pour soutenir une affirmation générale est un mésusage, mais c'est très courant... Et ça marche. Citer le témoignage d'un individu, c'est souvent plus captivant que des vraies preuves, et ça permet de faire semblant d'être proche des gens. Hélas, l'expérience personnelle ne peut pas être vérifiée ou testée scientifiquement, et le témoignage d'un seul n'a pas valeur de preuve générale pour le reste du monde !

Trouver une soucoupe volante, pour peu qu'elle soit bien là, c'est une preuve. La phrase "Nous avons trouvé une soucoupe volante à tel endroit, mais elle a disparu" est un témoignage inutile, voire douteux... De même, "Les fantômes existent, mon ami en a vu à plusieurs reprises" ne prouve absolument rien. Pour d'autres exemples, parcourez librement la rubrique "témoignages" d'un site web vantant les mérites d'une pilule pour agrandir le pénis... C'est édifiant.

La discrimination des sources : Pour prouver ce que vous avancez, vous ne sélectionnez que les articles et les sources qui sont d'accord avec vous, et vous ignorez sciemment le reste. C'est très courant, et tout le monde le fait lorsqu'il s'agit de convaincre un auditoire... Cependant, ça n'est pas un procédé scientifique. Prouver n'est pas convaincre ! Le statisticien qui utilise un échantillon peu représentatif pour obtenir la réponse qu'il souhaite opère une discrimination littérale de ses sources.

Il ne sert à rien de dire que telle ou telle personne célèbre (Mozart, Benjamin Franklin...) étaient des francs-maçons si on ignore les "frères" qui étaient criminels, et l'immense majorité de ceux qui n'étaient ni l'un ni l'autre... Autant, on le parierait, que dans tout groupe social ! De même, dire que "le visage du diable a été vu pendant un instant dans la fumée du World Trade Center le 11 septembre 2001" permet d'oublier les 99,99% d'autres instants où l'on a pu y voir ce qu'on voulait, ou rien du tout.

Les micro-statistiques : Il faudrait vraiment que les statistiques soient étudiées plus à fond à l'école. Le fait qu'on peut leur faire dire n'importe quoi n'est pas un vain mot. Les gens sauraient alors que quasiment tous les chiffres cités dans les médias, presse, Internet et télévision, n'ont aucune valeur mathématique et, souvent, aucun sens. Il s'agit pour le cas qui nous occupe d'établir des pourcentages sur des échantillons ou des populations trop petites pour que cela ait valeur de preuve...

C'est le principe d'un micro-trottoir. Comme si on pouvait faire le tour d'un problème en donnant les réponses de dix personnes même pas prises au hasard à une question biaisée en à peine une minute... De même "J'ai encore fait six ! Ce dé porte chance !" et "Mes voisins sont juifs, mais ils mangent du porc, donc la plupart des juifs ne suivent pas à la lettre les préceptes de leur foi." sont des conclusions passablement stupides tirées alors que des données manquent cruellement.

La suite illogique : De son petit nom latin non sequitur, "qui ne suit pas", il s'agit d'une tentative évidente et maladroite de justifier quelque chose par une proposition qui n'a aucun rapport, mais avec laquelle on est tenté d'être d'accord... De manière à ce qu'on aie l'impression qu'il faille croire les deux, ou aucune. En le disant rapidement ou en noyant le poisson, ça passe, parce qu'on essaie de voir le lien... Mais il faut plus qu'un simple "donc" pour tracer une relation de cause à effet !

C'est un "argument" courant des fanatiques de la conspiration... On ne compte plus les exemples : "Les politiciens vous mentent... Donc des extraterrestres ont pactisé avec le gouvernement !"... "Allah est grand, donc tous les chrétiens et les juifs doivent être convertis ou tués !" (celui-là est combiné avec l'argument d'autorité et les circonstances spéciales, d'ailleurs)... "Dick Cheney avait des intérêts dans le pétrole, donc les attentats du 11 septembre ont été causés par le gouvernement !"...

Post Hoc Ergo Propter Hoc : En latin, ça veut dire "Après, donc à cause de". C'est parfois vrai, mais rarement. Comme le nom l'indique, on prends pour cause, volontairement ou non, un événement anodin arrivé juste avant... Nos cervelles étant câblées naturellement de façon à repérer les schémas, cela marche à fond, et c'est même à l'origine de la "pensée magique" et de très nombreuse superstitions ! Cet argument est presque le seul responsable du marché florissant des "médecines douces"...

"J'ai avalé un gélule homéopathique et mon mal de tête a disparu !" ne veut pas dire que c'est le "remède" qui a agi sur votre douleur. D'ailleurs il est plus probable que ça ne soit rien d'autre que l'effet placébo, ou que ça soit passé tout seul... "J'ai prié pour Papy, et il a guéri de son cancer !" ne signifie pas non plus que la prière fonctionne, mais simplement que Papy est solide, qu'il a été dépisté rapidement, et qu'il a de bons docteurs.

La fausse cause : Proche parent de Post Hoc Ergo Propter Hoc, la fausse cause est un procédé par lequel on confonds une corrélation d'un phénomène avec sa cause. C'est souvent un peu plus convaincant, parce que les deux faits sont liés d'une certaine façon, au moins par une coïncidence. "Les chinois mangent beaucoup de riz, donc le riz fait brider les yeux et brunir les cheveux", bien que grotesque, est un exemple de ce type d'argument.

Il y a bel et bien une corrélation, de par l'histoire de l'agriculture... Mais pas de line de cause à effet. qui plus est, le brun est quand même la couleur de cheveux la plus répandue... Plus subtil (quoique tout aussi grotesque), "Il y a environ trois millions d'immigrés en France, et environ trois millions de chômeurs français, il faut donc expulser tous les immigrés pour retrouver le plein emploi" marche toujours, et depuis longtemps, dans nombre de meetings politiques.

Le nouveau charabia : Donner un nouveau nom à consonance positive à un vieux concept politiquement incorrect ou qui a mauvaise presse, ça fait partie des outils de base... Apprenez à repérer les mots nouveaux, un peu compliqués, les lieux communs "tendance", et les termes qui semblent n'avoir aucun sens. Vérifiez le sens, et comparez ensuite avec le sens que ces gens leur donnent, et à ce qui se cache vraiment derrière... Il existe tout un lexique trompeur qui doit vous mettre en alerte !

Par exemple, le terme "médecine douce" a été inventé pour qualifier quelque chose qui n'est ni doux, ni de la médecine. Les politiciens sont des professionnels de ce genre de chose : la "préférence nationale" c'est donner la priorité aux "français de souche" à l'embauche... la "discrimination positive", c'est avoir des quotas de minorités... Une "opération de maintien de l'ordre", c'est un raid. Quant à ceux qui sont contre l'avortement et l'euthanasie, ils parlent pudiquement de "respect de la vie".

Le présupposé erroné : Souvent, dans un texte ou un discours, pour faire plus rapide et plus court, on ne cite pas toutes les sources... Seulement voilà, quand quelqu'un n'a pas de source, pas de référence, ou alors que la réponse apportée ne va pas de soi mais qu'on veut faire illusion, il fait pareil, et se donne toutes les apparences de la respectabilité. Il suffit souvent d'affirmer quelque chose en éludant la question qu'on devrait se poser...

"Nous devons rétablir la peine de mort pour réduire la criminalité" présuppose  par exemple que l'instauration de la peine capitale aura les effets escomptés, alors que ça n'est pas le cas... "Il est évident que"... "C'est de notoriété publique"..."Comme chacun sait"... Autant d'expressions qui éludent complètement ce qu'on est supposé préciser : D'où viennent les informations du locuteur ? Exigez des références, et de pouvoir aller à la source de l'affirmation.

La fausse piste : Faire passer une simple diversion pour un argument cohérent reste facile, et les amateurs de conspirations en tous genres en sont friands... Il suffit habituellement de pointer du doigt des corrélations ou des coïncidences sans rapport, et de les juxtaposer pour que, dans l'esprit de l'auditeur, des liens se créent. La fausse piste, comme son nom l'indique, détourne du vrai sujet. Plusieurs fausses pistes en succession créent la confusion et un écran de fumée.

C'est le procédé favori de ceux qui n'ont pas de preuves, parce que, justement, il n'y a plus besoin d'en fournir... Par exemple, ceux qui croient que la mission Apollo 11 a été truquée : "On dit que l'homme a marché sur la Lune en 1969... Mais vous ne trouvez pas ça bizarre, vous, que Werner Von Braun, l'ancien nazi et célèbre savant, ait monté une expédition pour chercher des minéraux en antarctique seulement quelques années auparavant ?"... Aucun rapport avec la choucroute !

Le déluge d'information : J'ai choisi ce titre pour éviter de tomber dans les termes du genre "diarrhée verbale" ou Argumentum Verbosium... C'est un genre de tentative de "preuve par verbosité". C'est une pratique courante et qui permet, en prime, de paraître sérieux et intelligent, ou au moins d'avoir bien bossé son sujet. On tente d'inonder son interlocuteur d'une tonne d'informations, vraies et/ou fausses, sur le sujet... Tant et si bien qu'il ne peut pas tout relever ni réagir à tout.

Il y a des chances que l'interlocuteur, s'il n'est pas attentif, ne repère que ce qui lui plaît dans le discours, ou saute les points les plus douteux d'un raisonnement, points sans lesquels on ne saurait arriver à la même conclusion... Mais le mal est fait ! ON trouve ce genre de choses dans les débats, chez les conspirationnistes, mais aussi sur les tracts de nombreux suppléments vitaminés et autres produits new-age... Je ne cite pas d'exemple, ce serait trop long !

L'argument du nombre : Argumentum ad populum, argument par consensus, argument de la foule, choisissez... La célèbre phrase "sixty million frenchmen can't be wrong" résume parfaitement la chose : "Parce que de très nombreuses personnes croient quelque chose, alors c'est obligatoirement vrai". Bien entendu, ça ne vaut pas un clou, comme argument, mais les gens sont des moutons... On l'utilise aussi en sens inverse : "Si peu de gens le croient, c'est obligatoirement faux."

Ce genre de faux argument est employé pour vous pousser contre votre volonté, ou vous donner une excuse pour faire ce que bon vous semble : "Allez, tout le monde a fumé au moins un joint dans sa vie !"... Mais il y a pire : "Tout le monde sait qu'il est coupable... Il devrait être en prison !". Heureusement que la foule ne contrôle pas les tribunaux. Le dernier, et le plus terrible, car le plus cru et le moins vrai : "Notre église compte des millions de fidèles, vous croyez que ça tiendrait si tout ça était faux ?"

Masquer l'incohérence : Souvent, les gens qui veulent convaincre à tout prix, ou ceux dont la position n'est pas véritablement assurée, font deux poids et deux mesures. Des incohérences se trouvent dans les opinions des plus grands... C'est normal, nous sommes tous faillibles. Masquer une incohérence volontairement se fait hélas aussi souvent... Et c'est plus difficile à repérer, parce que l'un des termes de cette inéquation n'est pas forcément mentionné, mais sous-entendu.

Les incohérences sont partout... Sans vouloir trop simplifier, comparez le budget de l'écologie et celui de la défense, et demandez-vous ce qui est el plus probable : une guerre sur le sol français, ou le réchauffement climatique ? Meilleur exemple :  attribuer la pauvreté abjecte en ex-URSS au communisme, mais ne pas attribuer la pauvreté préoccupante aux Etats-Unis au capitalisme. En fait, rien n'est aussi simple que cela...

Et voici les faux arguments qu'on emploie pour réfuter et démolir, et donc faire valoir sa position par comparaison (ce qui en soi, utilisé seul, est déjà spécieux, parce que ça n'expose pas votre idée et ça ne la fait pas tenir debout) :

L'argument de l'ignorance : Argumentum Ad Ignorantium, un vieux briscard de la rhétorique... Il s'agit de prétendre que, parce qu'on ne connait pas quelque chose ou qu'on ne sait pas comment ça marche, ça ne peut pas être vrai. Selon cet argument, toute chose qui est insuffisamment expliquée ou mal comprise ne peut donc pas exister ! Ne pas comprendre les mécanismes qui régissent certaines choses, cela ne veut pas dire qu'on n'en est pas affecté...

L'argument créationniste est l'un des meilleurs exemples de ce genre de stupidité : "C'est facile de dire que la vie est apparue à partir de la soupe primordiale rien que par chance ! Je ne comprends pas comment ça a pu arriver, ça va contre le bon sens ! Il y a forcément un créateur !"... Il y a aussi les gens qui refusent de croire que la vaccination n'est pas néfaste, ou que les lumières qu'ils ont vu la nuit ne sont pas extraterrestres... Ils ne comprennent tout simplement pas ce dont ils parlent.

L'homme de paille : C'est l'un des faux arguments les plus courants, et aussi l'un des plus faciles à reconnaître. Le principe en est que, au lieu de contrer un argument ou d'attaquer une position pour ce qu'elle est, quelqu'un en fait une caricature ou la pousse à son extrême pour mieux la vilipender... En attaquant la caricature, un "homme de paille" trop faible pour se défendre, il donne l'impression de s'être attaqué à son adversaire réel, et aussi que son adversaire est de toute façon condamnable.

En fait, au lieu de contrer l'argument d'un adversaire, on invente une proposition différente plus facile à réfuter. Par exemple, à la proposition "On devrait accorder des remises de peine à ceux qui n'ont commis que des délits mineurs", un débatteur malhonnête répondrait "Quelle horreur ! On ne va tout de même pas vider les prisons de tous les criminels, non ?"... C'est certes de bon sens, mais c'est à côté de la plaque.

La pente glissante : Très proche de l'argument de l'homme de paille, utiliser la "pente glissante" se fait en évoquant des conséquences exagérées, fallacieuses, liées à la position d'un adversaire dans un débat (ou à n'importe quelle position, d'ailleurs). Il est parfois difficile de discerner le vrai du faux, avec cet argument, parce que personne ne connait l'avenir et, si improbable que cela soit, on a toujours des chances d'avoir raison quand on fait une prédiction...

Mais une prédiction, quelle qu'elle soit, n'est pas un argument ! "Si on accorde une prime ce mois-ci, alors les gens vont s'attendre à ce qu'il y en ait une chaque année, voire chaque mois !"... "Si on condamne cet homme pour propos raciste, alors n'importe quel groupe minoritaire pourra faire condamner n'importe qui pour une simple blague !"... Autant de simplifications grossières, autant de désastres annoncés qui ne se produiront sans doute pas.

Le croquemitaine : C'est l'argument qui fait suite à "la pente glissante"... Mais il est beaucoup plus gros. Cependant, plus c'est gros et plus ça passe, surtout si c'est combiné avec d'autres faux arguments. Il s'agit ici d'inventer des conséquences supposées à telle ou telle proposition, n'ayant aucun rapport avec celle-ci. C'est très amusant à faire chez vous, mais c'est aussi utilisé très sérieusement par de nombreux hommes politiques... Et ça s'apparente à du racket idéologique.

Exemple historique : "Si vous ne payez pas le tribut à votre suzerain, vous ne serez pas protégés quand le pays voisin viendra vous envahir !". Exemple hystérique : "Si on empêche les musulmans de prier dans la rue et de porter le voile intégral, alors les terroristes vont venir poser des bombes dans vos écoles, incendier vos maisons, égorger vos enfants et violer vos femmes, et les gens ne pourront même plus prier dans les églises !"

L'attaque personnelle : J'aime bien le nom latin de "Ad Hominem", qui signifie "à la personne", mais comme plus personne ne consulte les pages roses du Larousse j'ai mis la version française dans le titre... Une attaque ad hominem, c'est le contraire de l'argument d'autorité... Au lieu d'attaquer une position, on tente de discréditer celui qui la tient en jetant le doute sur sa moralité. C'est souvent mensonger, cela sème le doute très efficacement, et cela permet de changer de sujet...

"Préférez-vous acheter les remèdes naturels produits par notre coopérative à but non lucratif, ou aller chez un docteur payé par les grands laboratoires pour vous vendre des médicaments ?"... Voilà le type même d'une attaque ad hominem fallacieuse envers toute une corporation. "Allez-vous écouter les arguments de cet homme poursuivi par les affaires et les scandales ?" est un autre exemple extrêmement courant. Ces deux phrases permettent aussi de faire oublier le vrai sujet qu'on attaque.

La médiane invisible : Il s'agit ici d'exclure sciemment du propos toute proposition intermédiaire entre la vôtre et une exagération déraisonnable. Par ce procédé de Reductio Ad Absurdum, réduction à l'absurde, on présuppose sans en avoir l'air que seules deux options sont possibles, les deux étant souvent de ridicules extrêmes. Souvent combiné avec l'argument de l'homme de paille, cela permet, par comparaison, de faire croire le point de vue défendu est la "voie de la raison"...

"Soit on enseigne toutes les théories sur l'origine du monde dans les écoles, soit on n'a le droit d'en enseigner aucune !"... Voilà bien un argument créationniste typique : Il met sur un pied d'égalité les histoires de la Genèse et les dernières théories scientifiques et pousse la majorité silencieuse qui l'entend à choisir ce qu'elle considère comme un moindre mal... Excluant la solution du "milieu", plus raisonnable, qui serait d'enseigner la science en cours, et la religion au catéchisme.

La diversion urgente : Quand on utilise ce procédé, on détourne l'attention de ce que veut dire l'adversaire en dévalorisant indirectement ce qui le préoccupe... Ce n'est pas qu'on attaque sa position, c'est qu'on utilise une variante de la "médiane invisible" pour décrire une situation qui est d'une telle urgence qu'on ne peut absolument pas se préoccuper de ce que veulent faire les autres, simplement de ce qu'il "faut" faire... Soi-disant.

C'est une ruse qui force à penser à court terme... "Comment peut-on penser à la recherche fondamentale et à la conquête spatiale alors que le déficit est si haut ?" fait encore des émules... Le défdicit continue de grimper, et ça n'empêche pas les progrès en matière de shampoings et d'emballages, cela dit ! Et voici un grand favori des nationalistes : "Avant d'envoyer de quoi nourrir le tiers-monde, nous devons nous occuper de l'insécurité dans nos rues..."

La question plurielle : Aussi appelée "question chargée, ou plurium interrogationum, il s'agit d'une question formulée pour faire dire ce qu'on veut à celui qui répond. Quelle que soit la réponse, elle indique implicitement quelque chose d'autre... C'est en fait une question enveloppée dans une autre, dont les deux réponses possibles impliqueront toutes la réponse souhaitée à la question tacite...

Les avocats et les journalistes sont de grands spécialistes de la question plurielle. Quelques questions au hasard : "Etait-ce la première fois que vous assassiniez quelqu'un ?"... "Depuis quand doutez-vous de vous-même ?"...  "Quelle est votre réaction face à la trahison de votre parti ?"... "Vous pensez que tuer et violer des enfants c'est objectivement bien, ou subjectivement mal ?"... Et ainsi de suite. Dans tous les cas, il ne faut ni tolérer une telle question, ni y répondre.

Empoisonner le puits : Cette tradition au nom pittoresque consiste à parsemer innocemment ses commentaires de petites phrases oiseuses  ou péjoratives à l'endroit de son adversaire ou de ses positions. On empoisonne la conversation où chacun s'abreuve en faisant semblant de ne pas insulter l'autre. C'est parfois bien visible, et parfois très subtil, et cela peut même être fait sans que l'interlocuteur ne s'en rende compte...

"Et maintenant nous allons entendre les même arguments que d'habitude, supposés nous prouver que les OVNIs n'existent pas"... Evidemment, s'ils sont imparables, on n'a pas besoin de changer d'arguments, mais en disant cela on discrédite ceux qui ne croient pas aux extraterrestres... "Ecoutons le point de vue de Steevy, anciennement du Loft"... Steevy a fait d'autres choses depuis, il serait péjoratif (bien que mérité, dans son cas) de ne le réduire qu'à cette émission pourrie.

Au cœur du problème pour tous ces arguments, on le voit, réside cette simple maxime que l'on prendra en guise de conclusion : Une affirmation qui n'est pas raisonnable ne peut être soutenue bien longtemps par les moyens de l'examen scientifique. Je sais pertinemment qu'on ne peut pas demander à tout le monde d'avoir une éducation scientifique, mais j'imagine qu'on peut au moins s'attendre à ce que, si tout ça était enseigné à l'école, les gens retiennent le quart de cette liste, non ?

On peut rêver...

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