Aux gens qui m'ont posé la question, j'ai l'impression que je vous en devais une...

Homosexuel, en couple, sorti du placard, désirant me marier, et toujours prêt à débattre et affirmer haut et fort que les gays doivent pouvoir fonder une famille tout comme les autres gens, je ne m'excuse pas de mon orientation sexuelle et j'en parle librement, n'hésitant pas à rappeler à l'ordre ceux qui feraient des blagues homophobes méchantes et ignorantes (même si je suis le premier à faire les autres, celles qui sont sur les pédés, mais drôles et/ou plus justes).

Pourtant, je ne suis pas allé manifester pour le "mariage pour tous".

Diantre, qu'est-ce à dire ? Ne suis-je pas "solidaire" ?

Ah, ce mot terrible, ce lieu commun... C'est devenu si connoté, à l'antithèse de ce que cela voulait dire ! Quand on dit "je suis solidaire, et vous ?", c'est stigmatiser ceux qui ne prennent pas parti pour vous ou qui trouvent (souvent à juste titre) que votre polémique n'est pas pertinente. Et "Je suis solidaire" sert aussi à faire croire qu'on est de gauche, ou qu'on a pris fait et cause pour X ou Y sans pour autant avoir fait le moindre geste concret pour aider.

C'est comme une prière : c'est une pensée inefficace. On peut très bien, aujourd'hui, être "solidaire" dans sa tête, sans donner ni de son temps, ni de sa personne, ni de ses paroles à la cause choisie.

On l'aura compris, je suis moi-même plus que solidaire de la cause du mariage gay : je suis partie prenante !

J'ai voté pour cette sinistre quiche de François Hollande presque uniquement pour ça. Parce que ça suffisait de dire que ce n'est "pas un sujet urgent", eut égard à la sacro-sainte crise perpétuelle dans laquelle nous sommes depuis des dizaines d'années, chute si lente qu'elle en paraît parfois imaginaire, dont beaucoup profitent, et que peu ressentent plus qu'avant. "Pas un sujet urgent", c'est toujours ce qu'on dit quand on veut simplement mettre ça sous le tapis, et gagner par défaut.

La politique, ça ne consiste pas seulement à faire de l'économie. Loin de là.

Il n'y a pas de sujet plus urgent, à mon avis, que de donner les mêmes droits à tous... Si ce n'est préserver la vie de tous. Et je n'ai vu personne, à l'Assemblée ou ailleurs, proposer un meilleur financement pour les hôpitaux en disant "voilà ce qui est plus urgent". Non. Les "anti" sont simplement contre.

Mais je digresse... On voit que ce sujet me tient à cœur, et je n'ai jamais reculé devant quiconque souhaitait en débattre.

Alors pourquoi ne suis-je pas allé à cette manif ?

Une seule raison.

Je ne veux pas avaliser le "pouvoir de la rue". J'ai déjà du mal avec le pouvoir des médias (je suis pour la liberté totale d'information, de manière à ce que toutes les sources s'équilibrent : une information monolithique, telle TF1, c'est la porte ouverte aux abus du pouvoir des médias, justement), mais alors, le pouvoir de la foule et des manifestants... Non merci. C'est un pouvoir qui est presque toujours "contre", et qui empêche d'avancer le plus souvent.

Le pouvoir de la rue est aveugle et aisément manipulable. Le pouvoir de la rue est important, mais ne doit pas régner.

Qui doit régner ? Le pouvoir des urnes. C'est à ça que ça sert.

François Hollande a été élu sur cette promesse de campagne, entre autres. Les vrais républicains, comme moi, acceptent les mesures prises sans manifester, si du moins elles ne pénalisent pas leurs droits... Difficile de trouver une mesure qui pénalise moins de gens que de donner le droit de se marier à tout le monde, en l'occurrence !

Si le pouvoir de la rue (les anti-mariage gay) fait reculer l'une des mesures principales d'un président élu il y a à peine quelques mois, ou rend la proposition exsangue à force d'amendements ou d'annulation de ceux-ci, alors la démocratie est réellement morte en France... Et je consentirai éventuellement à descendre dans la rue.

Ou, plus probablement, j'émigrerai vers les pays plus cléments, de vrais "Etats de droit, laïcs et libres", comme les Pays-Bas par exemple. Je remarque que les pays qui se donnent les noms de "Pays de la Liberté", "Pays des Droits de l'Homme", "République Populaire", et ainsi de suite, sont rarement aussi libres que possible, ni même aussi libre que des pays qui ne se prennent pas autant au sérieux là-dessus. Y compris des monarchies, comme la Belgique.

Eh oui. Notre France Républicaine héritière de droits humains conquis au prix du sang lors de nombreuses Révolutions, battue au jeu de la liberté par une petite monarchie construite de toutes pièces dans les années 1830 parce que personne ne voulait vraiment du territoire en question... En Belgique, ils ont un devoir de vote (pas simplement un droit), l'égalité des droits et la reconnaissance pour tous les couples, des avortements plus faciles, la vie moins chère, et ils ont même légalisé le cannabis.

Bruxelles est capitale de l'Europe, et, malgré les flamingants (d'extrême droite, comme d'habitude !) qui font sérieusement chier et les problèmes qui en résultent dans leurs gouvernements, ils sont heureux, et pas moins bien lotis que le reste de l'Europe.

Je digresse encore, mais elle était belle, celle-là.

En parlant d'amendements... Des députés qui se croyaient drôles, utilisant l'argument totalement fallacieux de la "pente glissante" (que les aficionados de ce blog reconnaîtront) ont ajouté un amendement qui avait pour but de légaliser les mariages de plus de deux personnes, autorisant ainsi la polygamie, la polyandrie, et toutes les sortes d'amour... Ils ont aussi mentionné les mariages incestueux.

Et pourquoi ne pas les prendre au mot ?

Personnellement, je m'en contrefiche, si certains veulent se marier à trois, cinq, ou douze... Qu'ils le fassent. Si ça fonctionne, pour eux, comme union, alors l'Etat devrait la reconnaître, non ? Mais j'admets volontiers qu'il y a plus urgent, et que l'opinion publique n'est pas "prête"... Notamment, ce qu'on doit faire avant, c'est s'intéresser aux droits des transsexuels, et à tous les problèmes que posent déjà l'adoption et la PMA, y compris pour les couples hétérosexuels...

Quant à l'inceste, s'il est interdit à certains niveaux pour des raisons biologiques, il est autorisé entre cousins germains.

Demandez à Christine Boutin.

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