Aux hommes de bonne volonté...
Cette année, comme chaque année, le Pape y est allé de son petit discours de Noël...
Noël est une fête ancienne piratée jusqu'à l'os par la chrétienté (à tel point que beaucoup de chrétiens se demandent pourquoi tant de non-chrétiens fêtent aussi le 25 décembre... Les imbéciles...) en tant que naissance de leur messie. C'est donc un peu le fond de commerce du Pape que de se manifester à cette époque de l'année.
Il en profite pour mettre son grain de sel là où il ne faut pas, généralement dans un long discours-fleuve où il prie pour l'âme de plein de gens qui ne lui ont rien demandé, comme si ça faisait une différence (autre qu'insulter ceux qui "vivent dans le péché" en soulignant qu'ils ont besoin qu'on prie pour eux ou qu'on les "pardonne").
Cette année, on retiendra trois points saillants de son discours...
1) Il faut s'éloigner du côté marchand et du matérialisme de la fête de Noël, nous dit Ratzinger... Précisons qu'il se tient dans l'une des plus grandes et plus riches églises du monde, à la tête d'un empire financier, et que, au moment de prononcer son discours, il est littéralement vêtu d'une robe cousue d'or, et il tient une crosse ornée d'une croix ciselée et incrustée de pierreries.
Il faut retrouver l'humilité et la simplicité, et éviter l'ostentation, dit le Pape dans les vêtements que l'on sait... Homme de pouvoir dont la moindre parole influence des millions de gens sur Terre, à la tête d'une théocratie autoritaire et pourtant respectée, il est aussi à l'heure actuelle le seul homme au monde à se prétendre infaillible depuis que Kim jong-il est mort (à moins que j'aie manqué un dictateur quelque part).
2) Le Pape a prié pour la Syrie et les pays d'Afrique, et a appelé de ses vœux leur stabilité et la fin des atrocités... Utilisant une méthode notoirement inefficace de régler les problèmes, à savoir dire à son "ami invisible" que "ah lala, ma bonne dame, c'est pas bien". Notre cher Benoît est quand-même assis sur quelque milliards d'euros, il est donc loin d'être démuni... Pire, il est responsable des deux problèmes les plus graves en Afrique : la propagation du SIDA et la soumission des femmes.
Nous n'allons pas revenir sur les directives catholiques concernant le préservatif, sur les conversions forcées pour recevoir les traitements dans les hôpitaux religieux (presque tous, en l'occurrence)... Par ailleurs notre pape au sourire si doux a aussi prié pour les victimes des inondations et demandé à son dieu de leur venir en aide. Eh bien, c'est un peu tard, voire un peu futile si "sa volonté" était de provoquer une catastrophe en premier lieu !
3) Selon le Pape, il faut (je cite) : "descendre du cheval de notre raison libérale, (...) déposer nos fausses certitudes, notre orgueil intellectuel". Eh oui, vous avez bien lu... Au XXIe siècle, le Pape vient de proclamer et de prouver (si besoin en était) que la religion archaïque qu'il représente est consciente du fait qu'il existe une dichotomie entre la foi et la raison... Et qu'il opte clairement pour le rejet de la raison !
Devant ces trois obscénités, je pense qu'il n'est point besoin d'en dire plus...
Passe encore qu'on soit "spirituel" ou "déiste", du moment qu'on se sert de sa tête par ailleurs... Mais qui peut encore de nos jours se dire sérieusement catholique ?
Hitch has a hitch...
Christopher Hitchens est mort le 15 décembre, des suites d'une longue et douloureuse maladie...
Il ne s'est pas converti sur son lit de mort, et toute personne qui prétend le contraire ment honteusement.
Si vous ne savez pas qui c'est... Google est votre ami, de même que Youtube.
Cet homme fut l'un des "quatre cavaliers de l'apocalypse athée"... Un auteur à la verve iconoclaste, aux raisonnements affûtés, à la plume acérée, qui s'est battu bec et ongles contre l'obscurantisme jusqu'au bout de son cancer...
Un exemple pour tous en ce siècle où les superstitieux reviennent hélas en force !
Pour qui voterez-vous en 2012 ? Non, sérieusement ?
Moi non plus je n'en ai aucune idée... C'est un petit peu tôt, non ?
Pourtant, c'est la question qu'on m'a posée récemment encore. Et on me l'avait posée déjà il y a à peu près un an. C'est en tout cas la question que se posent les hommes et les femmes politiques en ce moment : Pour qui les veaux... Pardon, les Français vont-ils voter en 2012 ? Chacun se place, plus ou moins opportunément, plus ou moins adroitement (voire carrément mal) dans une course qui a commencé... Quand déjà ? En 2007, probablement... Ou avant.
Bien sûr, nous aimerions tous croire que les politiciens sont des gens au dessus du commun, qui prennent de bonnes décisions et calculent douze coups à l'avance aux échecs... Qu'ils sont brillants et qu'ils pourraient réussir dans n'importe quoi, mais qu'ils se consacrent à la politique pour servir leur pays, la République, et par amour de leur prochain... Oh, il y a de ça. On est toujours idéaliste, au début, et on ne se lance pas là-dedans sans éprouver une certaine obsession pour la chose publique...
Mais la vérité c'est que les politiciens sont humains, et fort limités... Ce ne sont que des gens généralement éduqués et issus de a classe supérieure, tout aussi stupides, globalement, que les gens du même âge et de la même catégorie sociale dans leur pays. Ils prennent le même genre de décisions irrationnelles, font les mêmes erreurs, ont les mêmes préjugés, ou peu s'en faut... Nous avons côtoyé des gens comme eux, tôt ou tard.
Hélas, je ne pense pas qu'il y ait plus de génies de la politique que de tout autre corps de métier, il serait donc présomptueux de penser que tous les politiques sont tous des génies ! Devenir connu, pour un politicien, ne nécessite pas d'être intelligent... Juste roublard, présentant bien, et bien entouré. Voyez certains de ceux que l'on a fait passer pour présidentiables, ces derniers temps... Mélenchon, Hollande, Royal, Bayrou ? Laissez-moi rire.
Le premier qui racole les épiciers à coups de sentences Lepénistes du genre "tous pourris" et "les journaleux sont tous des fouille-merdes", le deuxième qui a autant de charisme que le fils bâtard d'un comptable et d'une serviette-éponge, on a déjà établi la rare stupidité de la troisième, et le dernier n'est que l'hypocrite et orgueilleuse petite frappe de la politique, qui veut s'arroger le statut d'opposition, de troisième homme, alors qu'il n'est qu'un figurant clownesque.
Des gens pas forcément totalement cons, je vous l'accorde (encore que...), mais bien moins intelligents qu'ils ne le pensent eux-mêmes. Et ça se voit. Quant à la droite... Nicolas Sarkozy en 2005 ne faisait pas non plus le fier. Il avait bien redoré son image de traitre à la petite semaine en deux ans. Non qu'il ait des raisons de se pavaner à présent, en dépit d'un bilan de crise pas trop négatif... Et aujourd'hui, les "gradés" de l'UMP ne sont pas exactement les plus fins du lot.
Oui, les hommes politiques sont capables du meilleur comme du pire, et aussi d'actes privés qui dépassent les jugements de valeurs... à l'instar de tous les autres humains ! On les y autorise plus ou moins, selon leur culture, leur pays. Sans aller jusqu'à parler des dictateurs, voyez les maîtresses de Jacques Chirac, la fille cachée de François Mitterrand... A côté, la vie privée de Nicolas Sarkozy, pourtant étalée partout, est plutôt moins dissolue !
Voyez cet homme brillant, Dominique Strauss Kahn, se complaire dans des histoires de fesses que certains jugent sordides (et d'autres distrayantes)... Est-ce le pouvoir qui lui monte à la tête ? Je penche plutôt pour la libido. Quiconque veut baiser utilise les moyens à sa disposition : S'il est riche et puissant, il a tendance à penser que ça lui ouvre des portes (et c'est le cas). S'il est pauvre, il baisera de la même manière, autant qu'il le peut, mais avec moins de moyens, voilà tout.
Le pouvoir est-il lié au sexe, comme l'argent ? Assurément. Est-ce qu'un homme qui acquiert du pouvoir et de l'argent se transforme en obsédé sexuel ? Absolument pas. Il a juste plus de latitude pour pratiquer son hobby... Va-t-il se mettre à croire que tout s'achète et qu'on en peut rien lui refuser ? C'est courant, ça s'est vu... Mais ça n'est pas lié qu'au sexe, loin s'en faut. Simplement, on ne parle pas des obsessions débiles qui ne font pas vendre les journaux !
C'est donc un fait établi, les politiciens français sont des cons, comme tous les autres Français, ou à peine moins pour des raisons de formation et d'éducation... ce n'est pas glorieux, ce n'est pas honteux non plus. On a les dirigeants qu'on mérite, c'est le mieux qu'on puisse faire. Cela tient, je pense, à la nature même de la République. Je tiens à préciser que je suis un fervent partisan de ce système, car il me semble que c'est le moins mauvais de tous...
Est-il bon ? Pas vraiment. Est-il perfectible ? Sans aucun doute. Comment ? Je n'en sais rien. Voyez-vous, la démocratie "pure", c'est donner le pouvoir au peuple, de par la simple reconnaissance du fait que tout pouvoir politique ne peut provenir que du peuple (qui ne fait pas ce qu'on lui dit s'il n'est pas d'accord). Or, le peuple est complètement con... Si, si, je vous jure. C'est le genre à élire Hitler, voire à élire George W. Bush... deux fois, c'est dire !
Il apparaît donc que le peuple ne doit jamais exercer le pouvoir directement, mais que ses dirigeants doivent cependant avoir, à ses yeux, une légitimité. Et quelle meilleure légitimité que celle du choix ? D'où l'invention de la République, système ou le peuple élit plus ou moins directement (selon les cas, selon les pays) des représentants, avec de préférence des systèmes (plus ou moins efficaces, qui sont plus ou moins de la poudre aux yeux) de contre-pouvoirs entre les différents groupes.
Cependant, ce système, si intéressant qu'il soit, nécessite des élections régulières... Très régulières... Pour confirmer la légitimité des dirigeants. Les dirigeants doivent donc séduire les foules régulièrement. Or, les fruits de toute politique, surtout économique, ne se sentent réellement que sur le long terme... dix ou vingt ans, le plus souvent. Le peuple exige des résultats immédiats, des changements importants, impossibles à obtenir. D'où, disparité. Voire contradiction.
On dit souvent que "plus ça change et plus c'est la même chose", en politique... cela tient à trois choses. La première, on vient d'en parler, c'est que les changements réels sont fort lents. Objectivement, les choses ont changé depuis les années 50... La seconde, c'est que si on change de dirigeant tous les cinq ou dix ans "pour cause de non changement apparent", il n'y a pas vraiment de continuité dans la politique. La troisième, c'est que les politiciens ne sont pas rémunérés au résultat.
Quelle est la récompense, la réussite du politicien ? Être élu. Comment l'obtenir ? Par des résultats concrets ? C'est impossible, ou improbable, même avec la meilleure politique du monde : ça prendrait trop de temps ! Non, le plus sûr moyen (souvent le seul) c'est de persuader, de séduire, en donnat de fausses raisons aux gens pour leur dire pourquoi ça ne marche pas. Il apparaît assez vite à l'esprit même peu aiguisé que le politicien le mieux intentionné est, par définition, menteur.
Je ne parle pas du lobbying ni de la corruption, qui sont des perversions du système... Non, je parle de quelque chose d'intrinsèque aux institutions. Voilà pourquoi, à l'heure actuelle, la politique, la vraie, est faite par des fonctionnaires de l'ombre, dirigeants inamovibles absolument pas élus, qui exercent sous les ministres qui vont et viennent, aux côtés des députés à siège éjectable... Ils savent où tout se trouve, eux.
Peut-on changer le système ? Peut-on payer les politiciens "après résultat", ou en fonction de ceux-ci ? Comment tenir compte du fait que le meilleur plan et la meilleure politique peut rater à cause de circonstances internationales indépendantes de la volonté de quiconque ? Comment évaluer, à chaud et au milieu des mensonges adverses, ce que fait un homme politique, sachant qu'on est dans le domaine de la futurologie et qu'on peut toujours dire "s'il n'avait pas été là, qu'est-ce que ça aurait été..." ?
Et surtout... Quel panel d'expert serait chargé d'évaluer tout ça en toute impartialité ? Quels experts auraient l'aval du peuple ? On en peut tout de même pas les élire, eux aussi... Non, décidément, tout ça est à peu près insoluble. La seule consolation, bien maigre, c'est que nos politiciens "maison", s'ils ne sont pas Obamesques, ont quand-même la grande classe par rapport à Silvio Berlusconi. Celui-là, il fait vraiment très fort question stupidité, mensonge, corruption et libido déplacée...
Quant à mon vote pour 2012, eh bien j'attends déjà de voir les vrais candidats et les vraies propositions. Qui sait, peut-être que cette année, on en aura...
A day in the life...
Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais il se trouve que j'ai fait des études d'Histoire. C'est fascinant, l'Histoire, de même que la Pré-Histoire, et l'Archéologie (la petite sœur sans qui elles ne seraient pas là où elles en sont aujourd'hui)... Grâce à ces disciplines, on peut savoir, avec un luxe de détails qu'on n'espérait pas il y a seulement un siècle, comment vivaient les gens et ce qui s'est passé à des époques extrêmement reculées.
Tiens, par exemple, prenons un jour, comme ça, au hasard, il y a très longtemps... Disons, au Néolithique tardif.
Ce jour-là, les Kourganes (ce qu'on appelle un peuple Proto-Indo-Européen) sont déjà un peuple ancien, et parlent une langue apparentée à la plupart des langues occidentales d'aujourd'hui. Cette peuplade fait le lien entre les Aryens de l'Inde, les Dravidiens, et la plupart des tribus barbares d'Europe à l'époque... Parmi les premiers à avoir domestiqué le cheval, ils vivent déjà dans des cités fortifiées construites sur les steppes de la Russie actuelle.
Certaines de ces villes ont des centaines d'habitations creusées et construites à flanc de montagne, à des endroits aisément défendables. Ils se protègent, eux et leurs animaux, des intempéries et des invasions (si tant est qu'on veuille envahir un peuple aussi terrible), mais surtout des raids de leurs frères, les autres Kourganes... Car ce sont eux-mêmes des envahisseurs qui iront un jour piller jusqu'en Irlande...
D'ailleurs, le même jour, en Irlande, on construit de grandes tombes mégalithiques aux superbes menhirs et pierres gravées, des tertres qui parsèment aujourd'hui le paysage de cette belle île... Ce peuple d'Irlande a construit des forteresses en haut des falaises, et sait depuis longtemps brasser la bière (oui, même à l'Age de Pierre, la bière et le vin étaient non seulement connus, mais aussi commercialisés dans la majeure partie du monde connu des humains)...
En ce qui concerne ce jour particulier, cependant, les druides du coin commencent à se dire "tiens, ce serait bien si on avait des sanctuaires plus gros et plus jolis que les quelques pierres levées et les chaussées en bois qu'on fait actuellement"... Ces cairns en projet sont connus aujourd'hui sous les noms de Callanish, Stonehenge, Carnac, et d'autres. Les peuples des îles britanniques viennent par ailleurs d'adopter le fermage, forme d'agriculture déjà bien établie dans le reste de l'Europe...
En Europe, ce jour là, cela fait des dizaines de milliers d'années que les hommes dit "de Cro-Magnon" (nous, les hommes "modernes") ont remplacé ou "absorbé" les hommes dits "de Neandertal"... Ils ont depuis longtemps abandonné leurs monuments, peintures rupestres et huttes de bois (nos archéologues les ont retrouvées), et les terribles ours géants et fauves féroces de l'Europe préhistorique ont été chassés ou tués durant les douzaines de siècles qui se sont passés.
En ce jour du néolithique, les gens peuvent à juste titre se dire que les légendes de leurs ancêtres sont bien loin derrière eux... Comme le monde a changé ! Leur existence est confortable, loin des froids étés glaciaires de leurs aïeux. Ils n'ont pas vraiment de forme de gouvernement, et vénèrent une tripotée de dieux mineurs, ainsi qu'une imaginaire dame obèse qu'ils n'arrêtent pas de sculpter, généralement considérée comme la Mère de la Terre.
Oui, en Europe, la vie est beaucoup plus sûre qu'avant, centrée sur le foyer et la ferme... Ce jour-là, la nouvelle technologie du moment (elle vient d'être inventée), c'est la houe en bois durci... Avec ça, et les autres instruments du même genre, on peut dire adieu aux mauvaises herbes ! De plus, si certains, en Grèce et en Italie, trouvent encore les cavernes pratiques pour se loger, ils ne vivent pas comme des primitifs : Ils cultivent des fermes, et cuisent et peignent des poteries.
Ailleurs, de longues maisons et halles de pierre sont érigées un peu partout... Ce modèle a du succès, de la Pologne jusqu'en Scandinavie, et même dans les îles Britanniques, dont on vient de parler. Cela fait longtemps que l'on construit des nécropoles et des temples en pierres, comme en atteste celle trouvée à Malte, déjà ancienne au jour qui nous occupe. En bref, partout en Europe, des cultures et des sociétés diverses et pittoresques sont déjà développées, et continuent sur leur lancée.
Mais ce n'est pas tout...
Ce jour là, loin à l'Est, en Amérique, les peuplades tribales vivent exactement comme depuis une centaine de générations... Bien qu'ils se soient adaptés au fait que les félins gigantesques, les mammouths et les chevaux aient disparu, principalement à cause de la chasse pratiquée par leurs ancêtres des cavernes. Plus éclairées, les nouvelles tribus chassent du plus petit gibier, et ils en chassent moins, gérant les ressources à leur disposition.
En ce jour, les tribus du Nord pêchent et gaulent des noix et des fruits, vivant dans des huttes de chaume assez frustes... Mais, ils construiront bientôt de fières cités de pierre, que l'homme blanc ne verra jamais autrement que par leurs ruines. Coupés du reste du monde depuis 4000 ans environ, ces peuplades sont évidemment un peu en retard par rapport à celles du "vieux continent", comme nous le verrons plus loin.
Cependant, ce même jour (ou à peu près), une culture plus avancée de fait jour au Sud, sous des cieux plus cléments. Dans ce qu'on appellera plus tard le Mexique, des fermiers experts ont déjà sélectionné une nouvelle race de maïs qui restera la denrée de base de ce continent pendant des milliers d'années ! Cela fait bien longtemps que leurs ancêtres ont émigré d'Asie en passant par le détroit de Béring...
Pourtant, sur un île encore très froide près du Kamchatka, survivent encore les derniers représentants de ce qui fut jadis la proie la plus majestueuse de l'espèce humaine... Le Mammouth. Prisonniers ici depuis la fin de la dernière glaciation et la montée des eaux qui s'en est suivie, ils seront protégés sur cette île jusqu'à leur extinction finale. Mais cela n'arrivera que bien après le jour qui nous occupe, vers -1700, époque où remonte les premiers calendriers des Romains pré-républicains.
Au Sud de cette île, ce jour là, comme depuis 6000 ans environ, des artisans experts du Japon actuel modèlent leur superbes poteries de style Jomon, inspirées par les artisans chinois qui font ce genre de chose depuis encore plus longtemps. Ces potiers sont des cousins des peuplades d'Amérique, mais la technologie du vieux Monde a dépassé celle du Nouveau, principalement à cause de la prospérité amenée par l'adoption généralisée de l'agriculture... Et du commerce international !
Ce jour-là, d'ailleurs, des pêcheurs venus d'Australasie naviguent pleins d'espoir vers l'île de Formose (Taïwan) qui sera leur nouvelle demeure... Ils viennent d'Indonésie et d'Océanie, mais toutes les peuplades de ces îles ne sont pas parties. Cependant, le jour dont nous parlons, peu de gens vivent dans les îles du pacifique, y compris la Nouvelle Zélande, qui est encore le royaume des "Moas", ou Dinornithidae
Ce sont de gros oiseaux non volants, qui ne disparaîtront que 400 ans après l'arrivée des peuplades Maories sur ces îles... Mais ça, c'est encore bien loin ! Pour l'instant, leur prédateur principal est le plus gros aigle que le monde ait connu... Leurs voisins d'Australie, les Aborigènes, sont, à l'instar des Américains, complètement coupés du "marché commun" du reste du monde depuis longtemps.
Mais ils vivaient déjà en Australie depuis plus longtemps que les légendes d'aucun peuple ne s'en souviennent... En Australie aussi, les "grosses saloperies" ont disparues : les varans géants mangeurs d'hommes se sont éteints, chassés par les hommes rusés qui refusaient de leur servir de repas, et ne survivent que sous la forme de varans de Komodo sur des îles éloignées. Ce ne sont pas des dinosaures, simplement de très gros reptiles.
Que voit-on si l'on revient vers l'Asie ?
Cette semaine, ou à peu de choses près, les premiers immigrants Malais sont arrivés sur l'île de Java et l'ont trouvée à leur goût. Les Pithécanthropes de ce qui s'appellera plus tard l'Indonésie sont, au jour dont on parle, complètement oubliés depuis longtemps... La race des "petits hommes" d'Indonésie, si elle fut réelle, n'existe plus que dans les légendes des peuples locaux, et encore, pas pour longtemps.
Cependant, les légendes que l'Inde abrite en ce jour vont résister à l'épreuve du temps ! Les cultures Ariennes et Indiennes sont encore très proches, et partagent nombre de valeurs, éléments de langages et traditions... Même si leur écriture se limite encore à des pétroglyphes et des pictogrammes, inventions qui datent déjà de nombreux siècles, ils composent actuellement les premières strophes du légendaire Rig-Véda...
Il s'agit rien moins que de la base de l'hindouisme, la plus vieille religion organisée encore active au monde... Base de tant de cultures, et tant de religions, y compris occidentales, même si c'est à leur corps défendant le plus souvent. A titre indicatif, l'île de Ceylan (le Sri Lanka actuel) est encore reliée par un mince bras de terre, le "pont de Rama", au sous-continent Indien... Voilà qui alimentera les légendes pendant encore un bon bout de temps !
Et que se passe-t-il en Afrique ce jour-là ? Il faut savoir que l'Afrique est notre patrie à tous, puisque notre espèce est née sur ce continent; cela fait donc un sacré bout de temps qu'on l'habite... En bien, près de 60000 ans (oui, SOIXANTE MILLE ANS plus tôt) avant ce jour-là sont nées les bases de l'art, de la géométrie et des mathématiques. C'est à dire vingt-mille ans avant que ces concepts ne se développent où que ce soit, ailleurs sur Terre.
Mais ce jour-là, en Afrique, de très nombreuses cultures riches et bien établies prospèrent et mènent leurs affaires comme d'habitude... C'est à dire que certaines envoient leurs marchandises par galère par le fleuve vers la grande ville de Naqada, où il y a un véritable gouvernement officiel : Ici, les hommes sont gouvernés non par des chefs tribaux, mais par des Rois ! Pour l'instant, l'Afrique du Nord est prospère, et le sera encore 800 ans environ, date à laquelle le climat va se désertifier.
Cependant, pour ce qui ets du jour en question, le Sahara et l'Arabie sont encore une terre fertile et verte, et l'on peut y trouver les sociétés les plus avancées de la planète ! Durant ces années là, en Syrie, se sont ouvertes de grands fours industriels, pour cuire des poteries produites en masse... Et les Obéïdes, Sémites des pâturages d'Arabie, viennent de fonder un village qui deviendra, dans quelques temps, la grande cité d'Ur.
Là, en ce jour, des sociétés avancées aux systèmes politiques complexes se sont formées sur les berges du Tigre et de l'Euphrate, et ces peuples orgueilleux se sont lancés dans la construction des cités et des monuments les plus ambitieux de tout le monde antique... Des jardins symbolisant leur domination sur la nature, et d'immenses tours en l'honneur des dieux anciens, tels Mardouk et Inanna...
Bien sûr, les Obéïdes ont leurs poteries ornées de façon particulière, comme tout le monde à l'époque... Ces gens utilisent le cuir, et filent la laine aussi bien que le lin grâce à leur dernière invention, le métier à tisser... Qui plus est, ils connaissent déjà la forge des métaux, et échangent toutes sortes de biens sur de grand marchés, probablement les plus grands qu'on ait vu jusqu'à présent !
Ils connaissent l'irrigation et ont construit des digues sur les fleuves et leurs affluents, et, en ce jour, le drainage des marais avance bien. La prochaine récolte de blé et de houblon annonce le pain et la bière à venir, et la viande des bêtes d'élevage viendra agrémenter les repas... On élève aussi les bêtes pour se vêtir, dans cette région et à cette époque. Ailleurs, il arrive que des peuples élèvent quelques bêtes comme animaux de compagnie, ou pour leur lait, mais rien qui n'ait une telle ampleur...
Ce sont en effet les Obéïdes les premiers à domestiquer et sélectionner d'autres bêtes que les chèvres... A savoir les terribles Aurochs sauvages. C'est parce que ce peuple les a domptés, au début pour ses combats d'arènes, que nous avons aujourd'hui des vaches dociles, descendants plus petits et mieux "gérables", sélectionnés pour la ferme. Le dernier Auroch est mort en captivité en 1627... Mais, au jour qui nous occupe, on ne trouve que très peu de ces bêtes en milieu non sauvage !
L'un des endroits où l'on élève les Aurochs n'est autre que Jéricho, la plus ancienne cité connue. Ce jour là, la cité de Jéricho est et reste habitée de façon continue depuis environ 3000 ans. C'est à Jéricho que les éleveurs commencent à sélectionner les Aurochs pour leur docilité et leur lait, et que les fermiers sélectionnent déjà les races de blé qui seront la base de l'alimentation de toutes les cultures du monde entier, les rendant suffisamment rentables pour faire du pain en bonne quantité...
Oui, en ce jour, l'humanité progresse, et quantités de cultures florissantes se développent, échangent, se font la guerre... Bref, vivent, et ce depuis des milliers d'années... Pas mal de temps sépare ce jour de l'aube de l'espèce humaine. Bien plus, à vrai dire, que le temps qui nous sépare du commencement de noter calendrier, et même bien plus que le temps qui sépare ce jour de la date actuelle...
Nous savons tout cela à cause de nombreuses preuves archéologiques et de procédures de datation scientifique, parce que nous en avons des traces tangibles, pas seulement à cause de textes et de légendes rapportées.
Incidemment, il se trouve que ce jour dont nous parlons, le dimanche 23 octobre 4004 avant Jésus Christ, est le premier jour de la Création du Monde, c'est à dire le jour où "Dieu se reposa". C'est par un calcul savant sur les générations décrites dans la Bible (largement postérieure au jour en question d'ailleurs) que l'Evêque d'Armagh et Primat d'Irlande, James Ussher, au XVIIe siècle, est arrivé à cette conclusion. Ce résulta est accepté, encore de nos jours, par les Créationnistes de la Terre Jeune.
Ce jour-là, je parie qu'il y en a pas mal qui auraient été surpris d'apprendre que rien n'existait la veille. Je pense qu'ils auraient refusé de croire l'illuminé qui airait fait ce genre de déclarations.
La question est... pourquoi croit-on ce genre d'illuminés aujourd'hui ?
Protestez, protestez...
... Il en restera toujours quelque chose.
J'adore quand les chrétiens se bouffent le nez pour pas grand chose. Cela me rappelle l'histoire biblique de la paille, de la poutre, et toutes ces sortes de choses vaguement paraboliques et christoïdes... L'hôpital, la charité, tout ça. Incidemment, le dernier billet était le six-cent-soixante-sixième. Intéressant pour ceux qui croient que Satan l'habite... Moi, je n'en pense rien, il fallait bien arriver à ce nombre un jour ou l'autre... Mais ça me fait plaisir d'avoir duré aussi longtemps, avouons-le !
L'autre jour, je ne sais plus à propos de quoi, j'ai entendu la nouvelle suivante : un tollé général a éclaté suite au commentaire d'un pasteur protestant, aux Etats-Unis (et où un tel fait divers pouvait-il bien arriver à part dans ce pays ? D'ailleurs il s'agit d'un pasteur de la Première Egilse Baptiste du Sud, à Dallas, au Texas, c'est dire...), comme quoi "les Mormons sont une secte". Le révérend en question, pressé de clarifier sa position si politiquement incorrecte, s'est rétracté.
C'est gentil de sa part, et puis c'est rare pour un religieux en ce moment d'être poli avec ceux du culte d'à côté.
Il a cependant avoué que, s'il avait mal choisi ses mots, il parlait d'une secte au sens "branche théologique divergente", et non au sens "sociologique" qu'on lui prête plus volontiers en parlant de fanatiques du genre Scientologie ou Jim Jones... Il a de plus avancé (à juste titre, d'ailleurs) que les Mormons, ou Eglise de Jésus Christ des Saints des Derniers Jours, n'étaient pas considérés comme des chrétiens par les autres "vrais" chrétiens...
On peut les comprendre, hein... C'est vrai que les Mormons, personne n'en voudrait. Leur bouquin, là, dans lequel Jésus lance des lasers, avec les tribus perdues d'Israël menées par dieu en Amérique, ancêtres des amérindiens, mais avec des chevaux quand-même... Et ces histoires de tablettes d'or en hiéroglyphes réformés trouvées à côté de New York et traduites grâce à un chapeau magique... Déjà les deux premiers testaments, c'était bidon, mais là, la mauvaise resucée américaine, hein...
Mais je digresse... Quel comble ! C'est à mourir de rire...
Déjà, je ne vois pas la différence entre les deux sens du mot "secte", théologique ou sociologique... Peu importe. Il y a tellement peu de religions surprenantes, et aucune n'est originale... Aucune ne vient, culturellement, de "rien", d'un "vide". De là à dire qu'aucune n'est vraiment révélée par un dieu, il n'y a qu'un pas, mais passons... Ce que je veux dire, c'est qu'une religion, ça n'est qu'une secte qui a réussi, et qu'on considère comme respectable... A la manière d'un vieux gangster...
Le nom du pasteur qui a éructé l'énormité dont on parle m'échappe, mais il n'est pas très important... Les médias ne se sont emparés de l'affaire que parce qu'il est un peu influent et qu'il parlait d'un homme politique qui, il se trouve, est Mormon. Quoi qu'il en soit, il s'est enfoncé en expliquant que les Mormons sont nés plus de 1800 ans après l'époque supposée de Jésus, et qu'ils ont rajouté leur propre bouquin et leur propre doctrine derrière les deux testaments.
Moi ça m'amuse au plus haut point. Vous ne voyez pas pourquoi ?
Eh bien ce pasteur protestant vient de résumer les raisons qui font que, justement, pour les catholiques, les protestants sont de sinistres hérétiques... Tant les Baptistes (du Sud ou d'ailleurs, comme le pasteur en question), que les Evangéliques, les Pentecôtistes, les Episcopaliens, les Anglicans, les Luthériens, les Calvinistes, les Presbytériens, et toutes les autres dénominations... Et il y en a autour de quarante mille.
Sans même parler du fait que, si on suit cette logique, les chrétiens sont des hérétiques par rapport aux juifs, que les orthodoxes ET les catholiques sont hérétiques par rapport aux premiers chrétiens, que les musulmans sont hérétiques par rapport à (à peu près) tout le monde, et que les juifs, chrétiens et tous ceux qui sont venus après sont simplement des hérétiques des cultes de Mithra, El le dieu du Tonnerre, et le panthéon de Babylone...
Tenons nous-en à la "simple" chrétienté.
Le pasteur en question reproche aux Mormons d'avoir été créés dans les années dans les années 1800, soit bien après la "Venue du Christ"... Comment pourraient-ils donc être proches des chrétiens ? Sa propre dénomination, les Baptistes, est, il est vrai, bien plus proche du temps de Jésus, n'ayant été créée que dans les années 1600. Ben oui, 1600 ans après, ça passe encore, mais 1800 faut pas déconner, hein, c'est carrément trop tard !
Pourtant, les Mormons devraient être chrétiens, puisqu'ils ont la Bible... Pourtant, selon le même pasteur, ils n'ont pas la "bonne". C'est vrai, ils ont fait quelques coupes ici et là, et l'ont réinterprétée, comme les musulmans, et ils la considèrent comme un livre "intermédiaire" avant leur propre livre sacré. Admettons. Parce que les Mormons suivent la fameuse "King James version", la Bible du Roi Jacques, première "vraie" traduction en anglais.
C'est mal, parce que ça n'est pas "l'original"...
Retraduite à l'instigation du roi Jacques Premier d'Angleterre, cette version est, selon lui (qui était le chef de la religion anglicane, alors il ne fallait pas le contredire sur ce point...) une "traduction inspirée et révélée" en bon anglais. Elle est aussi, de toute évidence, une traduction hautement politisée et corrigée selon ce qui l'arrangeait, comme toutes les traductions de la Bible par rapport à leur époque et leurs commanditaires... Et comme la version de base d'ailleurs.
Forcément, ça choque les protestants... Mais ça ne devrait pas. Les Baptistes, eux, utilisent la Bible de Martin Luther. Luther, au moment de la création de l'Eglise Réformée de la Ligue d'Augsbourg (ce qu'on appelle la Réforme, ou Schisme Protestant), n'y est pas allé de main morte avec la Bible... Il a éliminé sept livres entiers de l'ancien testament, et pas mal de chapitres ici et là, avant que ses copains réformistes ne lui ôtent le couteau des mains avant qu'il ne s'attaque aux évangiles...
Bref, ça a bien charclé. Mais où est donc l'originale, à la fin ?
"L'originale", c'est celle alors suivi par les catholiques depuis un milliers d'années (et encore en usage aujourd'hui, d'ailleurs, même si elle a été retraduite et réinterprétée depuis)... Celle établie grâce à un grand nombre de conciles durant les cinq premiers siècles, à coups de débats doctrinaux houleux et de jeux politiques et diplomatiques complexes pour savoir qui serait hérétique (et donc brûlé) et qui serait du côté du Pape (et donc riche), avec souvent la paix des empires pour enjeux.
C'est cette Bible, dont je vous ai déjà parlé, qui a été établie, sélectionnée totalement arbitrairement (avec l'aide de dieu, diraient certains...) à partir de milliers de textes différents sur la vie et les enseignements de Jésus et d'autres saints hommes, saintes femmes, prophètes, dieux, démons et compagnie... Tous sont apocryphes, et la totalité du bouzin fait la taille d'une bibliothèque de quartier. Et les archéologues ont trouvé d'autres textes, notamment les fameux manuscrits de la Mer Morte...
Le plus amusant c'est que la plupart des chrétiens s'accusent mutuellement de mauvaises interprétations.
Je ne ris pas... Les catholiques accusent les protestants du fait que leur Bible, du fait de ses "mutilations", puisse être interprétée de façon à pouvoir dire tout ce qu'on veut lui faire dire... Ce qui ouvre la porte, justement, à ces dizaines de milliers de dénominations différentes, qui suivent toutes peu ou prou le même bouquin, ou des versions mutilées de diverses manières. Alors que, comme chacun le sait, les catholiques ont la seule "vraie bonne version"...
Seulement les catholiques ne se gênent pas pour émettre de "nouvelles interprétations" du texte biblique, "plus parfaites", alors qu'il est déjà supposé être parfait et révélé. J'en veux pour preuve la position de l'Eglise sur l'esclavage, l'héliocentrisme, l'âme des femmes (et leurs droits), le nazisme, l'inquisition, et tant d'autres sujets sur lesquels le Pape s'est excusé, alors qu'il est pourtant "infaillible"... Sans parler de l'ascension de Marie, toute récente dans la doctrine catholique romaine.
Et puis si c'est la parole de dieu, pourquoi a-t-elle besoin d'exégète et d'explications ?
En ce qui concerne les "doctrines différentes" dont notre cher pasteur accuse les Mormons, l'air de dire "c'est pas péjoratif, c'est juste différent... sauf que c'est quand même nous qui avons la vérité", selon l'habitude de tous les religieux de la planète... On devine déjà que le même raisonnement s'applique. Je vais vous faire grâce d'un trop long discours, mais rien que pour rigoler, comparons quelques unes des doctrines soutenues par les chrétiens de tous poils...
Les Episcopaliens applaudissent l'homosexualité, les Baptistes voient cela comme une abomination. Les Anglicans acceptent les femmes pasteurs, les Catholiques honnissent cette idée... Quant aux Pentecôtistes, certains les acceptent et d'autres pas ! L'alcool est interdit ou pas, selon à qui vous parlez. Au sujet de l'avortement, la plupart des doctrines l'ont en horreur, mais quelques unes l'acceptent dans certaines circonstances...
Soit dit en passant, interdit ou pas, les chrétiennes, toutes dénominations confondues, sont celles qui ont le plus recours à l'IVG... Dans le monde. Pas seulement aux Etats-Unis. Dingue, hein ?
Pour continuer sur des doctrines de foi plus "profondes" (lire "soporifiques"), certains protestants soutiennent tous les cinq "points" de la doctrine de Calvin, l'un de leurs théologiens fondateurs, et d'autres n'en soutiennent que trois, ou deux, ou deux et demi, ou quatre, ou un seul... Et pas tous les mêmes, selon les dénominations. Et tous ne sont pas "calvinistes", donc il y en a qui se disent tout de même protestants et qui ne soutiennent aucun de ces points, mais c'est encore plus étrange...
Ces cinq points sont la Corruption Totale (chute de TOUS les hommes dans le péché originel), l'Election Inconditionnelle (chacun est choisi pour être sauvé ou non à la naissance, par dieu, non pas à cause sa foi, sa vertu ou ses actes), la Rédemption Particulière (le sacrifice de Jésus fut suffisant, pas besoin d'expier), la Grâce Irrésistible (Même ceux qui refusent le Salut seront sauvés, s'ils sont élus), et la Persévérance des Saints (accepter d'être sauvé prouve qu'on le sera, renoncer au Salut prouve qu'on n'a jamais été "vraiment" sauvé).
Je ne vous cite ces cinq points que pour que vous soyez effaré par la logique bancale et spécieuse du bidule...
Et je ne vous parle pas des différences entre les catholiques et les autres sur la substance du Fils, du Père, de la Mère, de l'Esprit Saint... Sans même parler de l'existence des Saints... Non, à la vérité, la question n'est pas de savoir qui possède l'interprétation "correcte" de la parole divine, à supposer que la Bible le soit... Ou même qui suit la "première" église "apostolique" (en droite ligne des apôtres)... Ni même qui a la "bonne" religion, chrétienne ou autre, si on va par là.
La vraie question, c'est...
Pourquoi, mais à la fin POURQUOI, lorsqu'ils comparent leurs religions, les gens, chrétiens ou autres, ne suivent-ils pas leur raisonnement logique jusqu'à sa conclusion évidente ? A savoir... Que tout ça est, de manière évidente et claire, un monceau d'imbécillités inventées de toutes pièces par des êtres humains ! C'est quand même pas si compliqué à comprendre, au bout du deuxième schisme et du troisième bouquin, non ?
Point n'est besoin de recourir pour cela à des démonstrations scientifiques de haute volée prouvant que la divinité n'existe pas... Il suffit véritablement de constater que ce genre de divinité est trop mesquin pour exister, et que si cela existe, ce genre de chose ne vaut pas la peine d'être vénéré. Des antiques questions d'Epicure en passant par les odes d'Omar Khayyam, jusqu'aux articles vibrants de Christopher Hitchens, cela fait longtemps que l'on sait tout à ce sujet.
Pour une question aussi importante que cela pour eux, les croyants n'y réfléchissent décidément pas assez.
Amour, Gloire et Débats d'Idées...
Il y a quelques mois, je regardais sur Youtube un débat très intéressant sur la religion... Et l'homme de mes pensées me fit remarquer avec bruit que tout cela était incomplet. Entièrement d'accord avec l'un des deux "camps", il regrettait ardemment que l'on ne puisse exposer la totalité des arguments en sa faveur... En fait, militant contre la religion, il enrageait même qu'on ne puisse en dénoncer toutes les atrocités, et exposer la liste de tous les bienfaits de la science.
Pour votre édification personnelle, voici le début du débat ici... Mais ce n'est pas de cela que je voudrais parler.
Continuant cette discussion avec mon amoureux, le voyant s'indigner de plus en plus, je lui ai dit sommairement qu'un débat n'est pas un cours magistral, qu'on en peut pas ennuyer les gens avec tout cela, ni les braquer... Pas si on veut convaincre. Ce sur quoi il a répliqué que c'était injuste, et que les gens devraient entrer ici avec l'esprit ouvert, entendre chacun et ses arguments, puis décider par eux-mêmes en se laissant convaincre par les faits...
Injuste ? C'est possible... Mais, le fait est là, le débat est un format intrinsèquement biaisé. Faux et fourbe, le débat est l'ennemi des faits. Il n'est là que pour tenter de convaincre, ou éventuellement d'arriver à un consensus, ce qui n'a rien à voir avec la vérité. C'est pour ça que les enseignants ont des classes et des élèves, et ne font pas de débats sur le contenu de leurs cours... Et que les débats sont réservés à la politique et à la philosophie, deux matières qui se préoccupent du relatif, pas de l'absolu.
C'est aussi pour ça que les scientifiques refusent de débattre avec des pseudo-scientifiques... C'est inutile et contre-productif de parler à ces gens, du moins lorsqu'il ne s'agit pas de contrer quelqu'un de manière impartiale, non partisane, face à des gens entraînés, en exposant strictement les faits... Dans un tribunal, par exemple, ou dans un article. Rien à voir avec le format habituel d'un débat, heureusement !
Dans un tribunal, les conséquences du mensonges sont réelles (du moins on l'espère). Dans un débat, elles sont nulles. Dans un tribunal, la méthode scientifique peut faire progresser la justice et la vérité. Dans un débat, elle n'a rien à gagner... Un tribunal est là pour faire gagner les preuves les mieux étayées. Un débat fait gagner celui qui a la meilleure rhétorique. Un juge est entraîné à voir les artifices de la parole et discerner les preuves réelles... Un public lambda est rarement aussi bien formé.
Je ne dis pas que les scientifiques ne doivent pas "débattre" entre eux... Mais ça n'est pas la même chose du tout ! Ils présentent leurs travaux et les résultats de leurs expériences à leurs pairs, le verbe n'entre pas en ligne de compte. "Débat" n'est pas le meilleur terme ici... Non, quand je dis "débat", je veux parler d'un format public où les gens écoutent deux camps exposer leurs points de vues ("points de vues", pas "faits" !) de manière synthétique, et se contrer l'un l'autre.
Dans un tel débat, on part du principe que les deux camps ont chacun une opinion qui mérite autant le respect du public.
Dans un tel débat, le public pèse les arguments et choisit ceux qu'il trouve les plus attirants, les plus jolis.
C'est un peu comme un Référendum, en fin de compte... Avec les mêmes effets pervers.
La nature même d'un débat entre un scientifique et n'importe qui d'autre présente cette autre personne comme égale et aussi respectable que le scientifique... Même si le scientifique en question est expert sur le sujet et que l'autre est un crétin fini ! Qu'il s'agisse de religion ou de pseudoscience, organiser ce genre de débats contre un scientifique, c'est rabaisser la science au niveau des pseudo-sciences, chasseurs de fantômes et autres chimères...
Certes, ce n'était pas le sujet du débat en question, mais c'est la même chose... Nous avions d'un côté des religieux qui citaient les bénéfices impalpables du catholicismes, tels la morale, la spiritualité, la charité, la sérénité, et de l'autre des gens avec des faits entre les mains sur l'impact de la "charité" chrétienne, sur l'insanité psychologique profonde de la "morale" catholique, et, chiffres à l'appui, les atrocités perpétrées par les prêtres et l'église encore aujourd'hui.
Sans parler de l'absence totale de preuve que, sans la religion, d'autres associations charitables n'auraient pas été créées... Ni même l'indéniable réalité que la religion est à l'origine de plus nombreux problèmes qu'elle n'en résout. Mais passons.
Le fait est que, simplement en acceptant le débat, on présente le point de vue des faits comme aussi valable que n'importe quelle autre opinion... Que ce soit celle d'un géologue contre celle d'un partisan de la théorie de la "Terre plate", celle d'un athée contre celle d'un théiste, celle d'un physicien contre celle d'un conspirationniste du 11 septembre, celle d'un psychiatre contre celle d'un prêtre prônant que les gays sont "malades"... Et ainsi de suite.
Le message envoyé est que les faits et les données exactes ne sont qu'une opinion parmi d'autres... C'est évidemment faux !
L'autre vérité quant aux débats est que les gens sont déjà convaincus d'avance, pour la plupart... "Si tu délibères, ton choix est déjà fait", disait Nietzsche, qui avait oublié d'être con. Oh, nous faisons semblant de ne pas le voir, et nous nous cachons derrière des tas de bonnes excuses pour débattre, mais le fait est que la plupart des gens, qu'ils soient invités à venir au débat par l'un des camps ou non, a déjà son opinion toute prête...
A l'exception d'une minorité d'indécis (et encore, ces indécis peuvent se croire ouverts et ne pas vraiment l'être), nul n'est si ouvert que ça (et certes pas les débatteurs eux-mêmes) à la conversion. D'ailleurs, il faut un très grand orateur pour arriver à convaincre quelqu'un que son propre point de vue est faux en quelques heures, surtout face à des adversaires de talent, surtout sans s'adresser directement à cette personne, et surtout sur des sujets importants.
Voyons le bénéfice du débat pour quelqu'un qui se base sur les faits, dans le meilleur des cas (celui où il gagne grâce à un meilleur "pitch") : On a réussi à convaincre les quelques personnes "ouvertes" qui étaient présentes à ce débat, et peut-être même quelques autres. Mais n'oublions pas que pour un seul membre du public, cent ou mille autres ont simplement entendu parler du débat, et se disent désormais que la discipline scientifique, ou les faits, sont égales en termes de validité !
A moins que le débat ne soit diffusé partout sur Internet (et encore, seuls ceux qui s'y intéressent le regarderont, et participeront donc au public virtuel de l'événement), les désavantages surpassent largement ce qu'on peut y gagner.
Nombreux sont les débatteurs invités à des débats perdus d'avance, que l'on remercie chaleureusement de descendre dans la "fosse aux lions", et qu'un public déjà acquis à l'autre bord, en majorité, applaudit avec condescendance... C'est d'ailleurs le cas du débat qui a initié cette discussion, sauf que, dans ce cas, la majorité était constituée de gens sensibles pour diverses raisons, aux arguments du côté "athée" de la chose... Voire déjà convaincus de l'inanité du Catholicisme Romain.
Nombreux sont les scientifiques qui viennent débattre face à un public antagoniste, sans penser à mal, et qui ne servent que d'outil à la masturbation intellectuelle de ces pauvres gens... Perte de temps pour les débatteurs, perte de temps pour la science, si gentiment et poliment que le débat soit présenté. Vous noterez que ce sont toujours les non-scientifiques qui organisent le débat : La science n'a rien à prouver, elle. Elle marche. Ce sont les autres qui veulent se mettre au même niveau.
Ah, mais, me direz-vous, "l'important, c'est de faire réfléchir le public et l'autre bord à ces questions, de semer la graine socratique qui les convertira peut-être plus tard"... Louable objectif, mais qu'on me permette d'être sceptique. Premièrement, on part du principe que le public est ouvert d'esprit, et nous avons vu que ce n'était pas le cas. Deuxièmement, si l'autre bord estimait qu'il avait encore besoin de réfléchir au problème, il ne débattrait pas.
Troisièmement, c'est exactement ce que se disent vos adversaires : Ils se disent sans doute que vous serez converti un jour !
Un autre argument pour le débat, c'est que, justement, l'un des camps a les faits pour lui, et que les faits sont incontournables...
Cela n'a aucune importance. Aucune. C'est d'ailleurs loin d'être un avantage, parce que quelqu'un qui s'en tient aux faits s'oblige à présenter une réalité complexe que ceux qui ne bénéficient pas de la même formation scientifique (ou juridique, ou autre) ne peuvent souvent pas vraiment percevoir... Ou comprendre. Beaucoup ne sauront pas faire la différence entre quelqu'un qui a l'air sérieux, et quelqu'un qui l'est... Entre fait et pseudo-fait.
Le pseudo-scientifique, le religieux, quant à lui, peut puiser à la source sans fond des théories les plus folles et les plus extravagantes, des justifications les plus erronées, des opinions les plus relatives... Il peut utiliser l'argument d'autorité (souvent bien plus efficace que la présentation des faits, paradoxalement) en donnant n'importe quel nom qui fait vaguement sérieux, ou en faisant appel à des "experts" anonymes et imaginaires. Enfin, il peut tout simplement... mentir !
Si sa rhétorique nécessite un argument particulier pour paraître plus attirante, il lui suffit de le donner, même s'il est faux. De fait, la plupart des pseudosciences qui ont un peu de succès, de même que les opinions politiques extrêmes et les religions, ont été construites autour de justifications et d'explications très élégantes... D'où leur succès. Ces justifications n'en sont d'ailleurs pas moins complètement fausses, mais, pour beaucoup, leur diffusion n'en est pas affectée.
Pire encore : Celui qui expose les faits peut se voir obligé de dire "la majorité des scientifiques pense que", ou "la théorie qui explique le plus de faits à l'heure actuelle est...", ou pire "Nous travaillons encore dessus" et "Nous ne savons pas". Bien que ces phrases n'aient rien de répréhensible dans un discours scientifique (bien au contraire, même !), et qu'elles soient parfaitement valables quand on expose la vérité, elles sont l'épitaphe de tout débatteur.
En fait, la réalité et les faits correspondent très rarement avec "ce à quoi on s'attend", avec une explication élégante, avec quelque chose de sensationnel et qui fait beaucoup de bruit, ou simplement avec ce qu'on aimerait qu'ils soient... Et ça, c'est un énorme désavantage quand il s'agit de convaincre les gens. Hélas, l'éducation prend du temps et nécessite une formation graduelle, et que raconter de jolis bobards accessibles à tous est bien plus amusant.
La connaissance réelle, il faut la présenter comme intéressante... Le reste, ça l'est déjà.
J'en entends déjà qui me disent "Mais si on ne fait rien, alors les pseudo-scientifiques ont le champ libre et ne sont pas contestés !"...
J'espère bien qu'ils l'ont, le champ libre ! Tant qu'ils n'ont pas droit de cité dans les écoles, ou (comme on l'a dit) le débat n'a pas sa place en dehors du cours de philo, les dingues de tout poils ont tout à fait le droit de dire ce qu'ils veulent. Je ne crois pas que relever le gant que symbolise chaque caquetage soit à l'avantage de la Vérité, et, surtout, que le débat soit le moyen idéal pour contrer ces gens-là, dans un monde où seul celui qui crie le plus fort semble avoir raison.
Contrer ? Oui ! Produire des articles, éduquer les gens... Par un débat ? Sûrement pas. N'ouvrons pas la porte au loup, et, sur Internet, ne nourrissons pas les Trolls !
Dans notre société ou la liberté d'expression est (à peu près) respectée, chacun peut dire ce qu'il veut et professer quelque point de vue que ce soit... Dans un débat public, s'il s'en organise un, mais aussi en dehors de ce cadre. Ce qui importe c'est la qualité et la portée du propos, pas la comparaison des petites phrases... Pas la peine de laisser quelqu'un d'autre s'arroger la même crédibilité qu'un camp qui est arrivé au sommet, le salissant par la même.
Ne pas débattre ne réduit aucun des deux camps au silence, loin de là. Les deux gardent leur tribune de départ, sans la mettre en danger... On n'en donne pas une plus large à ceux qui, par la force des choses, ont un point de vue qui, s'il séduit un noyau dur, reste marginal parce qu'il ne résiste pas à l'examen rationnel. En dehors du débat, c'est toujours le point de vue des faits qui progresse : Pourquoi risquerait-il de tout perdre en s'abaissant volontairement ?
Et si vous pensez que les médias vont claironner la victoire du "bon" camp s'il gagne, vous vous trompez lourdement. Même si c'est vrai pour certains médias, d'autres journalistes ne seront probablement pas du même avis et publieront des articles contraires, alimentant une controverse malvenue... Et ça, c'est à supposer que le camp des faits ait gagné. C'est une loterie à laquelle il vaut mieux ne pas jouer quand on a tout à perdre et rien à gagner !
Si vous voulez convaincre des gens et que vous avez les faits pour vous, présentez-les correctement... Seul. Mettez dans un exposé, dans un article ou dans tout autre présentation toute l'énergie que vous auriez mis à préparer et organiser un débat, vous convaincrez d'autant plus de gens, et cela aura même l'effet que le débat est supposé avoir : Des gens vous écouteront et vous liront dans l'espoir d'en apprendre plus sur le sujet, pas dans l'espoir de voir une confrontation !
Cela tombe sous le sens, quand on y réfléchit de cette façon : Qui a besoin de se laisser polluer par une opinion adverse quand il cherche justement à convaincre ?
"A vaincre sans péril on triomphe sans gloire", direz-vous... Mais justement, ce n'est pas une guerre ! Ce n'est pas de la couardise que de protéger l'information : Il n'est pas lâche d'ériger une forteresse solide face à l'ennemi plutôt que d'aller le combattre là où il est le plus fort. Combattre et débattre sont deux mots parents... Celui qui survit, c'est celui qui a la ville la plus solide et autonome, pas celui qui l'assiège pour s'arroger son contrôle.
Si vous n'avez pas besoin de combattre, vous avez déjà gagné.
It's an odd boy who doesn't like sports !
Je vous l'ai déjà dit (et récemment encore), je hais le sport... Surtout le sport-spectacle, trahison de la lettre et de l'esprit du véritable sport. J'ai toujours détesté ça, depuis tout petit. Je n'utilise pas ici le champ lexical de la haine à la légère... Courir juste pour courir, taper dans un ballon sans raison apparente, l'esprit de corps hétérosexuel mâle décérébré et plein d'insécurités, jusqu'aux maillots et survêtements ignobles, moulants ou informes, artificiels et vaguement suants...
Tout ça m'a toujours donné une sérieuse envie d'acheter des explosifs et de les placer stratégiquement autour du stade Marville de la Courneuve, des vestiaires et des terrains attenants, uniformément gris, bruns et moches même en été, lieux honnis de mes premiers "cours de sport", ou "APS"... Une torture indigne qui devait se prolonger pendant un trop grand nombre d'années, depuis le primaire jusqu'à la seconde. Une horreur.
Plutôt que de vous exposer les détails de ma propre expérience ou de composer quelque bilieuse diatribe par trop générale, je vais ici vous traduire (du mieux que je peux, parce que ce texte est si typiquement anglais que je commet d'ores et déjà une grave traitrise en songeant à tenter d'amener toutes ses nuances à l'esprit français tout en préservant son élégance...) un texte de Stephen Fry sur le même sujet.
Je ne cherche pas à me vanter d'une communauté d'esprit avec cet homme remarquable, mais il est effectivement remarquable que, à deux générations d'écart, nous ayons eu, mutatis mutandis (si je puis me permettre une expression aussi galvaudée et moche, pour une fois qu'elle peut être utilisée à bon escient) une expérience similaire et un point de vue identique sur le sport en général, en particulier dans nos enfances respectives.
Il est revenu de ce point de vue... Moi pas.
Toujours est-il que ceci est un extrait de sa première autobiographie, Moab is my Washpot... Pour vous planter le décor, le jeune Stephen Fry, homosexuel qui se découvre différent, et maudit par une puberté plus tardive que celle de ses camarades, est alors un jeune trublion au pensionnat d'Uppingham.
"Une jolie chanson-sketch des Bonzos, intitulée "Le Sport", suit un garçon sensible (qui s'appelle Stephen, charmante coïncidence) au sein de son école. L'enfant préfère s'étendre dans les hautes herbes avec son édition de poche de Mallarmé (encore un "Stephen", Etienne en français) tandis que les autres, grands et rudes gaillards, sont tout à leur football. Le refrain crie virilement :
Sport, sport, sport si viril,
Apprend la vie aux garçons subtils !
Oui, sport, tu fais d'nous des hommes forts...
Ya qu'les filles qui n'aiment pas l'sport !
J'ai ri à cette chanson, mais j'ai aussi pleuré intérieurement. Je haïssais le sport, le plein-air, les "jeux", quel que soit le nom qu'ils lui donnaient. Et c'était vachement plus dur d'échapper au sport maintenant qu'en primaire (...). [l'argent de poche, les boutiques, les cafétérias], je pouvais apprécier ce genre d'indépendance, mais les choses viriles m'effrayaient. Et rien n'était plus viril que le sport.
Le sport, ça comptait à Uppingham. Si vous excelliez dans chaque équipe sportive, vous étiez vraiment quelqu'un. Même si vous ne représentiez que votre propre Maison, sans même parler de l'école, cela vous donnait un je-ne-sais-quoi, de quoi parader, une estime de soi, un sentiment de supériorité facile que le fait de souffrir face aux verbes irréguliers ne pouvait entamer. Bûcher était, en fin de compte, efféminé, alors qu'il n'y avait pas de quoi avoir honte d'être mauvais en classe...
La "compète" était permanente. L'exercice physique était une activité quotidienne, sauf le vendredi. Il n'y avait pas de quoi pavoiser le vendredi non plus, cependant, parce que c'était le jour du Service, obligatoire lui aussi, jour où nous devions marcher au pas de long en large en uniforme de la seconde guerre mondiale, recrutés d'office dans le Peloton des Cadets de l'école. J'étais un simple troupier de l'armée de terre; mon frère avait finement choisi l'armée de l'air. Je devais avoir autant l'air d'un homme de troupe que Mike Tyson d'une jonquille, à me dandiner sur le champ de manœuvre dans mon treillis mal blanchi, mes lourdes bottes militaires, un béret noir trop serré qui refusait de s'aplatir et me faisait plus ressembler à un français vendant des oignons qu'à un vrai soldat, me tortillant dans une chemise kaki qui grattait, à tenter de marcher en rythme, une carabine Enfield cliquetant sur l'épaule alors que l'adjudant-chef de l'école, le Regimental Sargent Major Clark, dit "Chique", me hurlait dans l'oreille.
Pourtant, vous auriez pu m'enculer avec un ananas et m'appeler votre petite cochonne suceuse, me battre à coup de chaînes et me mener à la baguette en uniforme tous les jours, je vous aurai remercié avec les larmes aux yeux si cela me faisait échapper aux "jeux".
Rien n'approchait seulement la bassesse, la vilénie des "jeux". Rien.
De grotesques matchs "En-dessous contre au-dessus" étaient organisés de temps à autres, dans lesquels les moins de seize ans jouaient contre les plus de seize ans, ainsi que des matchs entre écoles auxquels il était obligatoire d'assister... Et obligatoire d'encourager son équipe. En plus de ces activités imposées aux pensionnaires, des cours d'APS étaient compris dans le cursus de l'école, dans l'emploi du temps réservé aux vrais cours : Des imbéciles sortant de l'école publique qui appelaient tout le monde "Gars", ou par leur prénom, comme s'ils trouvaient le fait que l'on appelle les élèves par leur nom de famille dans les pensionnats privés d'un intolérable snobisme, en totale opposition avec leur sain petit monde de franche camaraderie, bière, bonhomie, mi-temps et quadriceps...
"T'es un bon gars, Jamie !"
Oh oui, il y avait toujours un Jamie, un bon-gars-Jamie, un gentil petit Jamie demi de mêlée, vif, agile et propre sur lui. Un Jamie qui pouvait grimper à la corde comme un héros du club des cinq, sauter sans effort au dessus des haies et du cheval d'arçons, exécuter d'élégants retournements à chaque fin de longueur à la piscine, faire des sauts périlleux arrières et avants depuis une barre fixe avant de se redresser d'un bond, ses jolies petits fessiers aguicheurs tout contractés, fermes et pleins de toute leur Jamietude. Connard.
Et après, ces pithécanthropes quasi-illettrés portant short-résille en nylon bleu et t-shirt de la ligue 1, le chronomètre aux milliers de fonctions pathétiquement gadgets suspendu à leurs cous épais de brutes épaisses, ils avaient le culot d'écrire des appréciations sur les bulletins scolaires citant des "pourcentages de développement moteur" et autres bouillie pour les chats, comme si leurs gesticulations futiles et haletantes faisaient partie d'une discipline scientifique reconnue, qui ait jamais eu la moindre importance dans le monde.
Même quelque tragicomique consultant en "management" débordant de chiffres et de conseils psychologiques sur "l'art de la gestion d'équipe" (l'art d'énoncer des évidences à vous faire saigner du nez, assurément...) a quelque droit de se regarder dans un miroir chaque matin... Mais ces babouins, avec leurs écritoires et leurs sifflets et leurs statistiques sur l'acide lactique, courant à reculons avec un médecine ball sous chaque bras, criant "Allez Fry, bouge ! Faut que ça brûle..."
Beurk !
Le couinement des semelles de caoutchouc sur le linoléum des salles de gym, la puanteur fétide de la jeune testostérone, le crissement des pistes d'athlétisme en cendrée, le bruit mat, mort et sourd d'un ballon de rugby, une seconde après la vision matte, morte et laide du même ballon choquant la boue durcie pendant que vous regardez le match d'un œil morne, le cliquetis des crosses de hockey, le raclement des crampons dans les vestiaires, l'odeur douceâtre de l'huile de lin, les suspensoirs réglementaires, les protège-tibias, les dégoûtantes casquettes de cuir pour la mêlée, les baskets, les chaussettes, les lacets, le sifflement et la vapeur des douches...
Pu-u-u-u-utain !
J'ai envie de vomir tout cela, à présent, toute cette saloperie bonne pour la santé... Tout ça a rongé jusqu'au cœur de mon âme tel un acide, et est ressorti de l'autre côté tel un cancer. J'en concevais tant de mépris... tant... tant. Des sommets, des profondeurs, des océans de haine brûlante qui m'auraient presque rendus fous.
Les "Jeux" ! Comment osaient-ils employer un aussi noble mot pour qualifier une sanie barbare aussi boueuse et vile que le rugby, le football et le hockey ? Comment osaient-ils penser que ce qu'ils pratiquaient était un jeu ? Ce n'était pas ludique, c'était sadique. Ce n'était pas vivifiant, c'était écœurant. Comme un gibier faisandé est écœurant.
C'était de la merde, c'était se complaire à mugir et hurler dans un tribal et brutal tas de merde."
Je n'ai rien à ajouter, votre honneur...
Torche, mon cul.
Tiens, il y a encore du monde, ici ? Je lis quand-même environ deux douzaines de visiteurs par jour... Désolé si certains se sentent délaissés. Il se trouve que j'ai quelque peu abandonné les billets "traditionnels" de ce blog au profit d'autres activités, sur la toile et ailleurs... Notamment, je fais la bête et j'adore ça, surtout que je maraude à côté... Ce qui ne m'empêche pas d'être un distingué expert ès-jeux à mes heures perdues.
Bon, allez, un billet de temps en temps, ça ne fait pas de mal... Et puis là, j'ai un truc à dire.
J'ai vu une affiche dans le métro parisien... Oui, je prends le métro parisien malgré ses tarifs prohibitifs, c'est encore moins long et moins cher que de me payer le permis, la voiture, l'assurance, l'essence, et les séances de psy pour me guérir de ma haine viscérale de ces grosses merdes métalliques qui puent et dont la conduite, dangereuse, est contre-intuitive... Bref, dans ce fameux métro, j'y ai vu une affiche. Rien d'étonnant en soi, il y en a pléthore.
C'était une affiche pour la candidature d'Annecy aux Jeux Olympiques d'Hiver. En 2018. Rien ne vous choque, là ? Moi si.
Déjà, c'est aux annéciens qu'il faut demander ce genre de choses, pas aux parisiens. Ensuite, c'est pour 2018. C'est encore loin pour qu'on nous fasse chier avec ça, non ? Enfin, Annecy, la "Venise des Alpes", c'est une ville que je trouve sur le fond assez peu remarquable, pour rester poli. Les autres villes candidates font tout de suite plus exotiques (PyeongChang) ou plus grande (München). Annecy, elle, possède un lac, une truite sur son blason, et pas grand chose d'autre.
Mais même sans parler de tout ça, depuis quand a-t-on besoin de faire de la publicité pour avertir les gens de la candidature d'une ville aux Jeux Olympiques ? Cela m'avait déjà interloqué il y a quelques années... Ce ne sont pas les habitants qui décident, même s'ils peuvent "soutenir la candidature" sur Facebook ! Si c'était le cas, tous les JO se tiendraient à Sao Paulo, la ville la plus peuplée au monde.
Non, ceux qui décident sont les imbéciles élus à vie et vaguement corrompus du CIO, le Comité International Olympique, et ils ont justement pour mission de ne pas se laisser influencer par les manifestations populaires généralement sponsorisées par le gouvernement. En revanche, ils ont le devoir de vérifier si, dans la population, il n'y aurait pas quelques groupes susceptibles de ne pas vouloir des JO chez-eux et de constituer un danger pour ceux-ci.
Dans tous les cas, Facebook n'entre pas en ligne de compte... A moins que ça n'ait changé, auquel cas c'est de pire en pire...
Mais je ne sais pas pourquoi ça me surprend, au fond : L'idéal olympique est perverti jusqu'à la moelle depuis longtemps, ce n'est plus qu'une gigantesque machine à faire du fric grâce aux sponsors. Le sport, ses valeurs, l'exercice, la compétition saine, le fair-play, l'émulation de chacun, la paix mondiale, trouver ce qu'il y a de meilleur en l'Homme, toutes ces idées coubertinesques et olympiennes ne sont même plus des vœux pieux.
Les jeux originaux d'Olympie devaient quand-même avoir une autre gueule... Déjà, les athlètes concourraient entièrement nus, le pénis parfois attaché par un lacet s'il risquait de gêner. Voilà quelque chose que j'aurais regardé avec plus de plaisir ! Ensuite, les olympiades antiques ne sont que l'une des manifestations des jeux panhélleniques, qui continuent à Corinthe, Némée et Delphes... Et sont des jeux religieux comportant exclusivement des épreuves utiles à la guerre.
La paix était quelque chose de très temporaire dans le monde grec à cette époque (on ne passait des traités de paix que pour des durées déterminées, la guerre était l'état "naturel" des cités grecques...), et d'ailleurs seuls les grecs participaient aux JO... Des grecs, inventeurs de la démocratie (si on peut appeler leur système "démocratique" vu le peu de gens qui avaient le droit de vote), qu'on jugerait aujourd'hui xénophobes, misogynes, esclavagistes, militaristes et arrogants. Mais passons.
Point n'est besoin de remonter à une antiquité qu'on a par trop idéalisée pour constater la corruption des Jeux.
Qu'il vous suffise de savoir que les jeux de Pierre de Coubertin n'ont pas toujours été des événements sponsorisés (c'est une addition récente qui ne date que de la médiatisation à outrance du phénomène), ni même des épreuves physiques. Figurez-vous que le baron de Coubertin, dans ses jeux ressuscités, n'avait pas oublié ceux de l'esprit : Mens sana in corpore sano ! Les disciplines comportaient notamment la Poésie.
C'était d'ailleurs une épreuve pour laquelle on pouvait concourir anonymement... Ce que fit le baron Pierre de Coubertin lui-même. Il remporta la médaille d'or à ses propres jeux, jugés par ses pairs sans leur avoir dit qu'il s'était présenté. Il y avait aussi une épreuve de peinture, de sculpture, d'estampe et de gravure, et, globalement, une pour la plupart des arts... En plus d'épreuves à cheval, comme dans les jeux antiques. Il y a même eu une discipline de toilettage de chiens !
Ces épreuves ont été abandonnées assez tôt, non pas parce que c'était ennuyeux ou peu médiatisé... Bien au contraire ! C'est parce que, dans l'idéal original de ces nouvelles olympiades, les athlètes se doivent de NE PAS être professionnels. Dans une épreuve de poésie, sculpture ou art plastique, il est évident que ceux qui ont reçu une formation technique et sont des "professionnels" sont largement avantagés par rapport aux amateurs éclairés.
Par rapport aux jeux d'aujourd'hui, vous en conviendrez, c'est le jour et la nuit.
Bien évidemment, tous les athlètes olympiques sont aujourd'hui des professionnels. Ils n'ont pas de "vrai" travail à côté, et depuis longtemps. Pire : Ils ont derrière eux une équipe entière, des subventions, des entraîneurs, et surtout des médecins extrêmement compétents qui "optimisent leurs performances" grâce aux derniers progrès de la chimie. Et, oui, désolé pour ceux qui pensent que les sportifs ne sont pas drogués... De telles performances ne sont PAS naturelles.
Bien entendu, les savants chimistes ne montent pas sur le podium, mais ils le devraient... Ce serait faire fi d'une hypocrisie sans nom. Les JO sont aujourd'hui un spectacle dans lequel on montre des bêtes dopées et apprêtées, avec, comble de l'oxymore, des marques de sodas et de malebouffe en guise de décor. Quand vous saurez qu'on a changé les règles anciennes du tennis de table, discipline olympique, pour le rendre plus télégénique, vous serez convaincus...
On a agrandi la balle de quelques millimètres pour qu'elle soit plus visible à l'écran, et aussi pour qu'elle soit plus facile à suivre, moins rapide... On a aussi changé la durée des matchs en divisant par deux le nombre de points nécessaires pour gagner. C'est plus court, et ça colle ainsi au format imposé par les publicitaires qui veulent un nombre fixe de coupures à l'heure ! Et je ne vous parle même pas des JO de Pékin, dont les épreuves de déroulaient à 2h du matin pour que ça passe en direct aux USA !
Même les médailles d'or ne sont plus en or depuis les années 20... Elles en contiennent que 8% d'or environ, pour la couleur.
Elles sont tout de même en argent (c'est toujours ça...), mais ça reste une déception de plus. Avec tout l'argent que rapportent les Jeux Olympiques de nos jours, et tout l'argent qu'on jette par les fenêtres à les produire, à faire construire des stades pour les cons, à étouffer les scandales... Les petits millions que coûteraient des médailles en "vrai" or ne se verraient même pas. Les médailles d'argent sont vraiment en argent, cela dit, et les médailles de bronze sont en bronze.
Pour toutes ces raisons et des tas d'autres, les JO n'ont plus rien à voir avec ce que devraient être ce genre d'épreuves...
Et en ce qui me concerne c'est profondément chiant.
Si en plus ils commencent à nous étouffer de réclames moches et stupides SEPT ANS à l'avance, entre deuxjeux, c'est à dire presque juste au sortir des jeux précédents... On n'est pas sortis de l'auberge ! Sachant qu'ils font à présent des panneaux publicitaires pour des matchs de foot et de rugby, pour des matchs de tennis et pour des clubs sportifs, tout espoir d'échapper à l'omniprésence du sport-spectacle abrutissant semble perdu.
A tout le moins, cela relèvera de la discipline olympique...
Dix minutes de ma vie qu'on ne me rendra pas...
Parce que je n'ai pas mis à jour ce blog depuis longtemps, voici un petit questionnaire inepte de ceux qui circulent sur la toile, apprennent pas mal de choses sur ceux qui y répondent, mais des choses pas vraiment importantes... Depuis avant Marcel Proust, ce genre de choses revient régulièrement à la mode. Je n'avais rien de mieux à faire ce soir, ou plutôt pas envie de faire autre chose, alors voilà...
Portez-vous un prénom en hommage à quelqu'un en particulier ? Pas que je sache.
Quand est-ce que vous avez pleuré pour la dernière fois ? Cela devait être en 2005... Ou 2004...
Quel âge avez-vous ? Trente ans à ce jour, mais ces choses se périment si vite...
Avez-vous des frères et sœurs ? Oui. C'était une question piège ?
Avez-vous des enfants ? Non. Et celle-là ?
Si vous étiez quelqu'un d'autre, seriez-vous ami avec vous ? J'imagine que oui, parce qu'on aurait des tas de choses en commun...
Usez-vous souvent d'ironie ? Non. Mais comment pouvez-vous être sûr que cette réponse n'est pas ironique ?
Avez-vous encore vos amygdales ? Oui.
Sauteriez-vous à l'élastique ? Non.
Quels sont vos céréales favorites ? La quadro-triticale
Délacez-vous vos chaussures lorsque vous les ôtez ? Cela dépend des chaussures que je porte, de si elles ont des lacets, de si elles sont hautes (ce qui force au délaçage) ou basses (qui ne force rien), de si elles ont besoin d'être relacées... Etc.
Pensez-vous être fort ? Cette question pourrie façon "église de scientologie", vous pouvez vous la foutre au cul. C'est pour détecter les dépressifs, ça, et le fait que je sois dépressif ou pas en vous regarde pas.
Quelle est votre glace favorite ? La glace vert bouteille des icebergs qui contiennent des algues chlorophylliennes et se détachent d'une certaine côte en antarctique. C'est magnifique.
Quelle est la chose, à votre propos/en vous, que vous aimez le moins ? Maintenant que vous le dites, je trouve mon pylore un peu tendu.
Couleur des yeux ? La mienne ou celles des autres ?
Dessert préféré ? Le mien ou ceux des autres ? Je déteste les phrases incomplètes !
Quelle est la distance maximale à laquelle vous avez voyagé loin de chez-vous ? Qu'est-ce que "chez-moi" ?
De quelle couleur est votre maison ? Aucune. Je n'habite pas dans une "maison", même quand on y habite on peut ne pas posséder sa maison (surtout par les temps qui courent), la notion de possession est variable et temporaire, et la notion de couleur est hautement subjective.
De quelle couleur est votre voiture ? Aucune. Je ne possède pas de voiture, et voir ci-dessus.
Si vous pouviez choisir votre nom, quel serait-il ? Ming l'Impitoyable. Je tiens à "l'Impitoyable".
Voilà ! Eh bien, quel exercice en futilité... Enfin, ça fait passer le temps.
Du haut de ces pyramides...
On se retrouve 40 siècles en arrière, semble-t-il.
Comme je le dis toujours, les révolutions, on sait quand ça commence, on sait pas où ça s'arrête...
Ce n'est pas que je sois contre, surtout que je respecte les peuples épris de liberté qui veulent se débarrasser de l'oppresseur (on a le gouvernement qu'on mérite, hein !)... Mais il y a quand même des dérives à éviter, non ?
Prenez ce qui s'est passé en Egypte... Il n'y a pas eu beaucoup de violences, du moins quand on compare ça aux autres révolutions qui ont secoué le monde musulman ces derniers mois. Le président a été évincé très tôt (les troubles ont commencé le 25 janvier, Hosni Moubarak est parti sans attendre de se faire déposer le 11 février...), l'ordre a été plus ou moins rétabli avec promptitude... Mais surtout avec l'aide de l'armée.
Durant cette période houleuse de "rétablissement de l'ordre", justement, un certain nombre de manifestantes (oui, de sexe féminin) ont été "interrogées" par la police militaire. Pour de trop nombreuses raisons, hélas, l'armée égyptienne a la réputation de pratiquer le viol... Ils savaient donc qu'ils allaient se faire accuser de viol, fatalement, par beaucoup de ces pauvres femmes, et ce qu'il y ait eu viol ou pas.
Et là, accrochez-vous à la rampe...
Pour éviter d'être accusés de viol, la police militaire égyptienne a fait faire des tests de virginité sur les manifestantes ainsi interrogées.
Ce test de virginité est un examen gynécologique obligatoire (oui oui, effectué que la femme le veuille ou non) durant lequel un médecin vérifie si elle possède encore son hymen. Celles qui n'ont point d'hymen ne sont point officiellement des vierges. Si vous ne savez pas ce qu'est un hymen... C'est que vous êtes un garçon innocent ou mufle. Revoyez vos cours de lycée sur la reproduction, ou demandez à la fille la plus proche.
Laissons de côté le fait avéré que de plus en plus de filles naissent sans hymen, qu'on peut perdre son hymen dans de nombreuses circonstances (pas seulement la masturbation avec un objet, mais simplement une activité sportive n'ayant rien de sexuelle...), que l'hymen n'est pas toujours percé lors du premier rapport sexuel, et qu'il peut très bien y avoir pénétration (et donc viol) par la bouche ou l'anus...
Bref, laissons carrément de côté le fait que ce test prouve QUE DALLE.
Intéressons nous au fait que ces tests, qui impliquent une pénétration du vagin et la honte, voire l'opprobre jeté sur l'intimité de ces femmes, sont effectués contre leur volonté.
Ahem. Je me fais bien comprendre ? Récapitulons. Pour montrer au monde qu'ils n'ont pas violé ces femmes en les pénétrant par le vagin, les policiers militaires... violent ces femmes en les pénétrant par le vagin.
Quelle logique imparable !
Et, point crucial, que faire si la femme revendique n'avoir pas été vierge lors de l'interrogatoire ? Je veux dire qu'il est improbable que toutes les manifestantes aient été vierges, non ? Il y a sans doute eu des femmes mariées, des mères, des veuves, ou simplement des femmes avec une vie sexuelle saine... L'Egypte n'est pas un pays si médiéval que certaines femmes ne puissent pas disposer de leur corps !
La pseudo-logique de ces tests semble bel et bien être que si une femme n'est PAS une vierge (c'est à dire n'a pas d'hymen), alors c'est forcément une pute. Et, dans cette logique religieuse parfaitement barbare, on ne peut pas violer une pute, puisque c'est "son métier" et qu'elle n'a pas à se plaindre. Quant aux femmes mariées, toujours selon le même raisonnement, elles n'ont rien à faire dans la rue et doivent être contrôlées par leur mari...
Les veuves sont trop vieilles pour avoir une sexualité, et si elles manifestent, c'est que ce sont des putes, ou qu'elles ne respectent plus la mémoire de leur homme. Et les hommes ne peuvent pas se faire violer, parce que ce sont des hommes... N'est-ce pas ? Ils sont capables de se défendre contre l'impensable, une sale tapette qui voudrait les pénétrer de force. Et de toute façon, il n'y a pas de tapettes dans l'armée.
J'extrapole, mais n'est-ce pas logique ? Je vous laisse digérer cette horreur deux minutes...
C'est fait ?
Bon. Il devient évident, à la lueur de ces faits terribles, que nous n'avons pas la même définition du viol que la police militaire égyptienne (bien que pas mal d'hommes pensent encore comme cela en France à l'heure actuelle, la police ne commet plus ce genre d'atrocités depuis longtemps...). Tant mieux pour nous, mais c'est navrant pour eux... Cela montre à quel point la mentalité religieuse ramène les droits humains en arrière.
Le fait que quelqu'un, à notre époque, n'importe où dans le monde, avec un minimum d'éducation, pense que ces tests de soi-disant virginité sont une bonne idée et prouvent quelque chose... C'est sidérant ! Ce n'est même pas la persécution avouée d'un groupe de gens... C'est juste à côté de la plaque. Un groupe de barbares qui tente de passer pour civilisé, respectueux et bienveillant, et emploie la torture pour ce faire...
Et vous savez quoi ? Les tests de virginité forcés sont une pratique courante en Egypte, pratiqués par les sages-femmes et les docteurs avant la nuit de noce des jeunes filles ou en cas de soupçon du fiancé. C'est l'une des premières fois qu'on en entend parler publiquement parce que là, c'est fait à grande échelle par l'armée, mais c'est quelque chose de largement répandu et dont on ne parle pas, même en Egypte.
Et à ma connaissance, on n'en a pas non plus parlé aux informations. C'est un vieux sujet, et nous étions tout occupés à accabler tel ou tel ministre ou député... Mais je n'invente rien. Cherchez les informations vous-même. Une journaliste égyptienne qui s'exprime sur Internet (sont-ils trop rares, ceux qui l'écouteraient dans son propre pays ? J'espère que non...) pense que cela devrait être au cœur de la prochaine révolution égyptienne...











