Côté Beurre

mercredi 25 septembre 2013

Sans commentaire...

et , puis .

Bon. J'arrive après la bataille (quoique...) mais j'ajoute que de TOUS les entretiens d'embauche formels que j'ai passé, sans aucune exception, dans aucun on ne m'a posé de questions ayant trait au travail à accomplir. A la place, ce n'étaient que psycho-tests et questions débiles et convenues du genre "quel est votre pire défaut" ou "est-ce que vous préférez suivre les ordres ou les donner ?". Et plus l'entreprise est grosse, pire c'est. Avec des procédures d'embauches pareilles, pas étonnant que les gens se fassent virer avant longtemps et que le climat des entreprises soit si toxique...

Chacun cherche un emploi pour gagner des sous (pour survivre et pour avoir du confort), et non pas à accomplir quoi que ce soit. Je pense qu'il n'y a pas de conspiration gigantesque pour "nous faire travailler", mais qu'il s'agit hélas d'un trait assez humain... l'épanouissement de soi est une recherche secondaire, moins instinctive que celle de la simple survie, jugée accessoire (à juste titre quand la vie est menacée) mais tout de même essentielle à l'individu. Beaucoup y répondent en cherchant LE job qui leur plait, ignorant que l'on peut tirer fierté et accomplissement de presque n'importe quoi.

Sauf peut-être d'un vrai bullshit job...

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mercredi 30 janvier 2013

Petite explication républicaine, ou "Pourquoi je ne suis pas allé à la manif".

Aux gens qui m'ont posé la question, j'ai l'impression que je vous en devais une...

Homosexuel, en couple, sorti du placard, désirant me marier, et toujours prêt à débattre et affirmer haut et fort que les gays doivent pouvoir fonder une famille tout comme les autres gens, je ne m'excuse pas de mon orientation sexuelle et j'en parle librement, n'hésitant pas à rappeler à l'ordre ceux qui feraient des blagues homophobes méchantes et ignorantes (même si je suis le premier à faire les autres, celles qui sont sur les pédés, mais drôles et/ou plus justes).

Pourtant, je ne suis pas allé manifester pour le "mariage pour tous".

Diantre, qu'est-ce à dire ? Ne suis-je pas "solidaire" ?

Ah, ce mot terrible, ce lieu commun... C'est devenu si connoté, à l'antithèse de ce que cela voulait dire ! Quand on dit "je suis solidaire, et vous ?", c'est stigmatiser ceux qui ne prennent pas parti pour vous ou qui trouvent (souvent à juste titre) que votre polémique n'est pas pertinente. Et "Je suis solidaire" sert aussi à faire croire qu'on est de gauche, ou qu'on a pris fait et cause pour X ou Y sans pour autant avoir fait le moindre geste concret pour aider.

C'est comme une prière : c'est une pensée inefficace. On peut très bien, aujourd'hui, être "solidaire" dans sa tête, sans donner ni de son temps, ni de sa personne, ni de ses paroles à la cause choisie.

On l'aura compris, je suis moi-même plus que solidaire de la cause du mariage gay : je suis partie prenante !

J'ai voté pour cette sinistre quiche de François Hollande presque uniquement pour ça. Parce que ça suffisait de dire que ce n'est "pas un sujet urgent", eut égard à la sacro-sainte crise perpétuelle dans laquelle nous sommes depuis des dizaines d'années, chute si lente qu'elle en paraît parfois imaginaire, dont beaucoup profitent, et que peu ressentent plus qu'avant. "Pas un sujet urgent", c'est toujours ce qu'on dit quand on veut simplement mettre ça sous le tapis, et gagner par défaut.

La politique, ça ne consiste pas seulement à faire de l'économie. Loin de là.

Il n'y a pas de sujet plus urgent, à mon avis, que de donner les mêmes droits à tous... Si ce n'est préserver la vie de tous. Et je n'ai vu personne, à l'Assemblée ou ailleurs, proposer un meilleur financement pour les hôpitaux en disant "voilà ce qui est plus urgent". Non. Les "anti" sont simplement contre.

Mais je digresse... On voit que ce sujet me tient à cœur, et je n'ai jamais reculé devant quiconque souhaitait en débattre.

Alors pourquoi ne suis-je pas allé à cette manif ?

Une seule raison.

Je ne veux pas avaliser le "pouvoir de la rue". J'ai déjà du mal avec le pouvoir des médias (je suis pour la liberté totale d'information, de manière à ce que toutes les sources s'équilibrent : une information monolithique, telle TF1, c'est la porte ouverte aux abus du pouvoir des médias, justement), mais alors, le pouvoir de la foule et des manifestants... Non merci. C'est un pouvoir qui est presque toujours "contre", et qui empêche d'avancer le plus souvent.

Le pouvoir de la rue est aveugle et aisément manipulable. Le pouvoir de la rue est important, mais ne doit pas régner.

Qui doit régner ? Le pouvoir des urnes. C'est à ça que ça sert.

François Hollande a été élu sur cette promesse de campagne, entre autres. Les vrais républicains, comme moi, acceptent les mesures prises sans manifester, si du moins elles ne pénalisent pas leurs droits... Difficile de trouver une mesure qui pénalise moins de gens que de donner le droit de se marier à tout le monde, en l'occurrence !

Si le pouvoir de la rue (les anti-mariage gay) fait reculer l'une des mesures principales d'un président élu il y a à peine quelques mois, ou rend la proposition exsangue à force d'amendements ou d'annulation de ceux-ci, alors la démocratie est réellement morte en France... Et je consentirai éventuellement à descendre dans la rue.

Ou, plus probablement, j'émigrerai vers les pays plus cléments, de vrais "Etats de droit, laïcs et libres", comme les Pays-Bas par exemple. Je remarque que les pays qui se donnent les noms de "Pays de la Liberté", "Pays des Droits de l'Homme", "République Populaire", et ainsi de suite, sont rarement aussi libres que possible, ni même aussi libre que des pays qui ne se prennent pas autant au sérieux là-dessus. Y compris des monarchies, comme la Belgique.

Eh oui. Notre France Républicaine héritière de droits humains conquis au prix du sang lors de nombreuses Révolutions, battue au jeu de la liberté par une petite monarchie construite de toutes pièces dans les années 1830 parce que personne ne voulait vraiment du territoire en question... En Belgique, ils ont un devoir de vote (pas simplement un droit), l'égalité des droits et la reconnaissance pour tous les couples, des avortements plus faciles, la vie moins chère, et ils ont même légalisé le cannabis.

Bruxelles est capitale de l'Europe, et, malgré les flamingants (d'extrême droite, comme d'habitude !) qui font sérieusement chier et les problèmes qui en résultent dans leurs gouvernements, ils sont heureux, et pas moins bien lotis que le reste de l'Europe.

Je digresse encore, mais elle était belle, celle-là.

En parlant d'amendements... Des députés qui se croyaient drôles, utilisant l'argument totalement fallacieux de la "pente glissante" (que les aficionados de ce blog reconnaîtront) ont ajouté un amendement qui avait pour but de légaliser les mariages de plus de deux personnes, autorisant ainsi la polygamie, la polyandrie, et toutes les sortes d'amour... Ils ont aussi mentionné les mariages incestueux.

Et pourquoi ne pas les prendre au mot ?

Personnellement, je m'en contrefiche, si certains veulent se marier à trois, cinq, ou douze... Qu'ils le fassent. Si ça fonctionne, pour eux, comme union, alors l'Etat devrait la reconnaître, non ? Mais j'admets volontiers qu'il y a plus urgent, et que l'opinion publique n'est pas "prête"... Notamment, ce qu'on doit faire avant, c'est s'intéresser aux droits des transsexuels, et à tous les problèmes que posent déjà l'adoption et la PMA, y compris pour les couples hétérosexuels...

Quant à l'inceste, s'il est interdit à certains niveaux pour des raisons biologiques, il est autorisé entre cousins germains.

Demandez à Christine Boutin.

manifestation-pro-mariage-gay

 

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vendredi 25 janvier 2013

Un recul nécessaire...

A tous ceux qui se disent qu'on n'a "pas assez de recul" sur la question du mariage gay et de l'adoption... A tous les députés qui sont pour la prudence et pour enterrer la loi à coups de commissions parlementaires au nom du dernier lieu commun sur toutes les bouches, le "principe de précaution"... A tous ceux qui trouvent que c'est une "question de civilisation" et que c'est une "menace pour la famille"...

A tous ceux là, je dis que ça fait quand même bien longtemps que ces mesures ont été adoptées par d'autres pays, et que cela n'a eu que des effets positifs. A tous points de vue.

Je ne salirai pas la pureté du verbe de cet article en glosant dessus de manière superfétatoire, qu'il vous suffise d'aller le lire... Si vous n'êtes pas convaincu, c'est que vous êtes forcément un intégriste.

Je ne veux pas avoir l'air de vous insulter, mais il faut appeler un chat un chat, au bout d'un moment, hein... Assumez vos convictions si ce sont bien les vôtres.

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Ô jeunesse, jeunesse !

"Indignez-vous" disait l'autre. Eh bien voilà, je suis indigné !

Vous savez ce qui m'atterre le plus, dans les manifs contre le mariage gay ? A part la révélation du nombre d'homophobes en France, bien sûr... C'est leur âge. Diantre, les plus jeunes y sont si jeunes ! Ce ne sont pas simplement des vieillards conservateurs, ni des "piliers de la société", jeunes couples avec leurs enfants (qui clament, paradoxalement, que ce sont les homosexuels qui veulent faire des enfants un accessoire de leurs revendications...), mais aussi des lycéens et des étudiants.

Et tous de traiter François Hollande, qui n'a rien demandé à personne, de nazi. Qu'on ne se méprenne pas, je le compare moi-même régulièrement à une quiche. Mais... Un point Godwin alors qu'il essaie mollement de faire ce qu'il a promis dans sa campagne, une mesure sociale qu'on a longtemps attendu comme permettre le mariage aux homosexuels ? Sérieusement ?

Des jeunes gens qui traitent le Président Doudou Flamby de Nazillon après un quinquennat de Nicolas Sarkozy ?

Je suis ordinairement conter toute forme de manifestation, et je ne hais rien tant qu'un monde où l'appel au pouvoir de la rue plutôt qu'au pouvoir des urnes devient une nécessité pour quiconque. Cependant, c'est la première fois de ma vie que je vois une manifestation CONTRE les droits de qui que ce soit en France.

Et par des jeunes, aussi. Il faut reconnaître que les manifestations étudiantes, c'est généralement "pour" plus de droits, "contre" une guerre, ou "contre" un durcissement d'une loi ou d'un système. Mais... contre un droit ? même pour soi-disant protéger "la civilisation", ou "les valeurs de la France", comme ils disent... Impensable !

Ce n'est pas arrivé depuis... Le PACS. Mais ça ne compte pas vraiment, il y avait beaucoup moins de jeunes. Et moins de gens d'une manière générale. Avant cela ? Je ne sais pas... Avant ma naissance, sans doute. Je connais mal l'histoire des manifestations, mais a priori il s'agirait de contre-manifestations en 1968, voire même de manifestations pour la fermeture des bordels au lendemain de la deuxième guerre mondiale. C'est dire si ça date...

Et qu'en est-il des "vieux" ? Eh bien tous les séniors que je croise et dont j'entends parler, même ceux qui sont les plus catholiques et les plus religieux, même ceux de droite dure, sont POUR le mariage gay. Ils en ont vu d'autres, ils ont bien vécu, et ils savent ce qu'est le droit et ce qui ne menace pas le leur.

C'est le monde à l'envers. Je suis époustouflé et indigné que ça, ça puisse arriver en France.

Je ne sais pas ce qui me prend, lorsque je vois ça, c'est comme un cri intérieur... On dirait que je suis possédé...

Où allez-vous, jeunes gens, où allez-vous, étudiants, qui courez en bandes par les rues, manifestant au nom de vos colères et de vos enthousiasmes, éprouvant l'impérieux besoin de jeter publiquement le cri de vos consciences indignées ?

Allez-vous protester contre quelque abus de pouvoir, a-t-on offensé le besoin de vérité et d'équité, brûlant encore dans vos âmes neuves, ignorantes des accommodements politiques et des lâchetés quotidiennes de la vie ?

Allez-vous redresser un tort social, mettre la protestation de votre vibrante jeunesse dans la balance inégale, où sont si faussement pesés le sort des heureux et celui des déshérités de ce monde ?

Allez-vous, pour affirmer la tolérance, l'indépendance de la raison humaine, siffler quelque sectaire de l'intelligence, à la cervelle étroite, qui aura voulu ramener vos esprits libérés à l'erreur ancienne, en proclamant la banqueroute de la science ?

Allez-vous crier, sous la fenêtre de quelque personnage fuyant et hypocrite, votre foi invincible en l'avenir, en ce siècle prochain que vous apportez et qui doit réaliser la paix du monde, au nom de la justice et de l'amour ?

"Non, non ! Nous allons huer un homme... qui, après une longue vie de travail et de loyauté, s'est imaginé qu'il pouvait impunément soutenir une cause généreuse, vouloir que la lumière se fasse et qu'une erreur soit réparée, pour l'honneur même de la patrie française !"

Ah, quand j'étais jeune moi-même, je l'ai vu, le Quartier latin, tout frémissant des fières passions de la jeunesse, l'amour de la liberté, la haine de la force brutale, qui écrase les cerveaux et comprime les âmes. Je l'ai vu... faisant son oeuvre brave d'opposition, injuste même parfois, mais toujours dans un excès de libre émancipation humaine. il sifflait les auteurs agréables aux tuileries, il malmenait les professeurs dont l'enseignement lui semblait louche, il se levait contre quiconque se montrait pour les ténèbres et pour la tyrannie.

Il ne faisait, même sous la provocation, ces basses œuvres qui consistent à frapper de jeunes filles fluettes aux seins nus sous prétexte que, sous le coup d'une colère qui déborde soudain, elles insultent autrui autant qu'elles se sentent insultées.

En lui brûlait le foyer sacré de la belle folie des vingt ans, lorsque toutes les espérances sont des réalités, et que demain apparaît comme le sûr triomphe de la Cité parfaite.

Et si l'on remontait plus haut dans cette histoire des passions nobles, qui ont soulevé la jeunesse des écoles, toujours on la verrait s'indigner sous l'injustice, frémir et se lever pour les humbles, les abandonnés, les persécutés, contre les féroces et les puissants. Elle a manifesté en faveur des peuples opprimés, elle a été pour la Pologne, pour la Grèce, elle a pris la défense de tous ceux qui souffraient, qui agonisaient sous la brutalité d'une foule ou d'un despote. Quand on disait que le Quartier latin s'embrasait, on pouvait être certain qu'il y avait derrière quelque flambée de juvénile justice, insoucieuse des ménagements, faisant d'enthousiasme une œuvre du cœur. Et quelle spontanéité alors, quel fleuve débordé coulant par les rues !

Je sais bien qu'aujourd'hui encore le prétexte est la patrie menacée, la France livrée à l'ennemi vainqueur, par une bande de traitres. Seulement, je le demande, où trouvera-t-on la claire intuition des choses, la sensation instinctive de ce qui est vrai, de ce qui est juste, si ce n'est dans ces âmes neuves, dans ces jeunes gens qui naissent à la vie publique, dont rien encore ne devrait obscurcir la raison droite et bonne ? Que les hommes politiques, gâtés par des années d'intrigues, que les journalistes, déséquilibrés par toutes les compromissions du métier, puissent accepter les plus impudents mensonges, se boucher les yeux à d'aveuglantes clartés, cela s'explique, se comprend. Mais elle, la jeunesse, elle est donc bien gangrénée déjà, pour que sa pureté, sa candeur naturelle, ne se reconnaisse pas d'un coup au milieu des inacceptables erreurs, et n'aille pas tout droit à ce qui est évident, à ce qui est limpide, d'une lumière honnête de plein jour !...

Interdire aux gens de se marier, de partager leur vie, leur interdire une reconnaissance légale de leur amour... Mais quelle erreur ! Certes, c'est une erreur de longue date,  et commise de longtemps par des hommes et des femmes de conscience qui ne pensaient pas à mal, produits de leur époque n'ayant sans aucun doute pas réfléchi au fond de l'affaire. Mais c'est une erreur tout de même, et une erreur terrible. Que ne la réparions-nous plus tôt ? Et il n'y a pas d'autre explication possible à ce qui se passe aujourd'hui, le reste n'est qu'abominables passions politiques et religieuses, que torrent débridé de calomnies et d'injures.

Mais quelle excuse aurait la jeunesse, si les idées d'humanité et de justice se trouvaient obscurcies un instant en elle !

Après tant de choses accomplies, tant de chemin parcouru pour les droits des minorités de genres et de sexe... Et voilà que l'on nous réclame des référendums, des débats publics, que les maires protestent, qu'on envoie la loi au parlement pour la déshabiller et l'amputer de ses amendements primordiaux, en faire une strict minimum et même moins que cela si c'est possible... Alors qu'il eut suffi d'un décret, comme pour tant d'autres lois importantes de notre pays !

Ah bien oui ! Tout a pu être conquis, mais tout est par terre une fois encore... Et aucun peuple, je crois, n'a traversé une heure plus trouble, plus boueuse, plus angoissante pour sa raison et pour sa dignité.

A ce rythme-là, nous serons les derniers à avoir el mariage gay en Europe, voire même dans les pays développés. Déjà l'Espagne pourtant catholique et l'Angleterre conservatrice ont pris cette mesure si nécessaire, à l'exemple des Pays Bas, de la Belgique et du Canada. Même les Etats-Unis, pays où les intégristes religieux font si souvent la loi, l'auront avant nous, ce mariage controversé.

La question du mariage gay ?

Laissez-la traîner des semaines encore, tâchez d'étouffer la vérité, de vous refuser à al justice, et vous verrez bien si vous ne nous avez pas donnés en risée à toute l'Europe, si nous n'avez pas mis la France au dernier rang des nations !

Non, non ! Les stupides passions politiques et religieuses ne veulent rien entendre, et la jeunesse de nos écoles donne au monde ce spectacle...

Je sais bien que les quelques jeunes gens qui manifestent ne sont pas toute la jeunesse, et qu'une centaine de tapageurs, dans la rue, font plus de bruit que dis-mille travailleurs, studieusement enfermés chez eux. Mais les cent tapageurs ne sont-ils pas déjà de trop, et quel symptôme affligeant qu'un pareil mouvement, si retreint qu'il soit, puisse à cette heure se produire au Quartier latin !

Des jeunes gens homophobes, ça existe donc, cela ?

Il y a donc des cerveaux neufs, des âmes neuves, que cet imbécile poison a déjà déséquilibrés ? Quelle tristesse, quelle inquiétude, pour le vingt-et-unième siècle qui s'ouvre ! Deux-cents ans après la Déclaration des droits de l'homme, deux-cents ans après l'acte suprême de tolérance et d'émancipation, on en revient aux guerres de religion, au plus odieux et au plus sot des fanatismes ! Et encore cela se comprend chez certains hommes qui jouent leur rôle, qui ont une attitude à garder et une ambition vorace à satisfaire. Mais, chez des jeunes gens, chez ceux qui naissent et qui poussent pour cet épanouissement de tous les droits et de toutes les libertés, dont nous avons rêvé que resplendirait le prochain siècle ! Ils sont les ouvriers attendus, et voilà déjà qu'ils se déclarent homophobes...

C'est à dire qu'ils commenceront notre siècle en tentant de réduire les droits des homosexuels, ou en bloquant de toutes leurs forces leur marche vers l'égalité avec les hétérosexuels dans la société... Parce qu'ils sont des concitoyens d'une autre sorte !

Une belle entrée en jouissance, pour la Cité de nos rêves, la Cité d'égalité et de fraternité ! Si la jeunesse ne était vraiment là, ce serait à sangloter, à nier tout espoir et tout bonheur humain.

Que penseront les générations futures de ces jeunes gens qui regimbent, et résistent bec et ongles devant le progrès social, humain ?

Ô jeunesse, jeunesse ! Je t'en supplie, songe à la grande besogne qui t'attend. Tu es l'ouvrière future, tu vas jeter les assises de ce siècle... qui, nous en avons la foi profonde, résoudra les problèmes de vérité et d'équité, posés par le siècle dernier. Nous, les vieux, les aînés, nous te laissons le formidable amas de notre enquête, beaucoup de contradictions et d'obscurités peut-être, mais à coup sûr l'effort le plus passionné que jamais siècle ait fait vers la lumière, les documents les plus honnêtes et les plus solides, les fondements même de ce vaste édifice de la science que tu dois continuer à bâtir pour ton honneur et pour ton bonheur. Et nous ne te demandons que d'être encore plus généreuse, plus libre d'esprit, de nous dépasser par ton amour de la vie normalement vécue, par ton effort mis en entier dans le travail, cette fécondité des hommes et de la terre qui saura bien faire enfin pousser la débordante moisson de joie, sous l'éclatant soleil. Et nous te céderons fraternellement la place, heureux de disparaître et de nous reposer de notre part de tâche accomplie, dans le bon sommeil de la mort, si nous savons que tu nous continues et que tu réalises nos rêves.

Lorsque je suis né, l'homosexualité venait d'être légalisée en France... Mais il a fallu fort longtemps avant qu'elle soit ne serait-ce que tolérée. Quelles années c'étaient... Il en a fallu, des marches et des manifestations, pour obtenir cela, et par la suite pour obtenir plus que la simple décriminalisation de ce comportement, que la discrimination selon l'orientation sexuelle supposée devienne illégale, que l'âge de consentement sexuel soit le même pour tous... Pour le PACS, pour les autres droits...

Jeunesse, jeunesse ! Souviens-toi des souffrances que tes pères ont endurées, des terribles batailles où ils ont dû vaincre, pour conquérir la liberté dont tu jouis à cette heure. Si tu te sens indépendante, si tu peux aller et venir à ton gré, dire dans la presse ce que tu penses, avoir une opinion et l'exprimer publiquement, c'est que tes pères ont donné de leur intelligence et de leur sang. Tu n'es pas née sous la tyrannie, tu ignores ce que c'est que de se réveiller chaque matin avec la botte d'un maître sur la poitrine, tu ne t'es pas battue pour échapper au sabre du dictateur, aux poids faux du mauvais juge. Remercie tes pères, et ne commets pas le crime d'acclamer le mensonge, de faire campagne avec la force brutale, l'intolérance des fanatiques et la voracité des ambitieux. La dictature est au bout.

Jeunesse, jeunesse ! Sois toujours avec la justice. Si l'idée de justice s'obscurcissait en toi, tu irais à tous les périls. Et je ne te parle pas de la justice de nos codes, qui n'est que la garantie des liens sociaux. Certes, il faut la respecter, mais il est une notion plus haute, la justice, celle qui pose en principe que tout jugement des hommes est faillible...

Une loi est mauvaise, elle est inique, elle opprime l'amour de certains qui font partie du peuple français. Il la faut changer.

N'est-ce donc pas là une aventure qui doive soulever ton enflammée passion du droit ? Qui se lèvera pour exiger que justice soit faite, si ce n'est toi qui n'es pas dans nos luttes d'intérêts et de personnes, qui n'es encore engagée ni compromise dans aucune affaire louche, qui peux parler haut, en toute pureté et en toute bonne foi ?

Oui, les homosexuels sont opprimés, dans notre pays. Oui, on les chasse de chez-eux à leur majorité, on les déshérite. Oui, ils se suicident du malheur que les autres, cet enfer, leur font subir. Oui, ils trouvent plus difficilement à se loger, à travailler, s'ils se révèlent ouvertement tels qu'ils sont. Oui, ce sont des châtiments injustes... Et plus injuste encore est la punition, institutionnalisée et très officielle, de se voir répliquer par la loi de leur pays elle-même que leurs couples sont illégitimes, ne sont pas de vrais couples, et ne peuvent pas donner de l'amour à des enfants qui en manquent.

Jeunesse, jeunesse ! Sois humaine, sois généreuse. Si même nous nous trompons, sois avec nous, lorsque nous disons qu'un innocent subit une peine effroyable, et que notre cœur révolté s'en brise d'angoisse. Que l'on admette un seul instant l'erreur possible, en face d'un châtiment à ce point démesuré, et la poitrine se serre, les larmes coulent des yeux. Certes, les gardes-chiourme restent insensibles, mais toi, toi, qui pleures encore, qui dois être acquise à toutes les misères, à toutes les pitiés ! Comment ne fais-tu pas ce rêve chevaleresque, s'il est quelque part un martyr succombant sous la haine, de défendre sa cause et de le délivrer ? Qui donc, si ce n'est toi, tentera la sublime aventure, se lancera dans une cause dangereuse et superbe, teindra tête à un peuple, au nom de l'idéale justice ? Et n'es-tu pas honteuse, enfin, que ce soient des aînés, des vieux, qui se passionnent, qui fassent aujourd'hui ta besogne de généreuse folie ?

Veuillez m'excuser, je ne sais pas ce qui m'a pris...

Figurez-vous que, à ceci près que j'ai, dans ma stupeur, remplacé toute référence à l'antisémitisme et à l'affaire Dreyfus par des références à l'homophobie et aux droits des homosexuels, je viens de vous citer la Lettre Ouverte à la Jeunesse, d'Emile Zola.

Vraiment, moi qui comptais vous écrire un billet qui traite de l'actualité... Oh, là là. Je suis confus. Et dire que ça a été publié en... quoi... 1897, ce texte-là... Et c'est un des auteurs fétiches du socialisme, en prime. Je ne sais vraiment pas ce qui m'arrive.

L'actualité, ce sera pour une prochaine fois, alors. J'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur !

emile-zola-resim

 

vendredi 27 juillet 2012

Cet autre Finistère... ou : Merry Meet my Arse.

Aujourd'hui, je vais vous parler d'un autre épiphénomène de la stupidité humaine globale... Cela va faire hurler, mais je mets dans le même panier toutes les idioties du même genre : néo-paganisme, primitivisme, chamanisme, wicca, et ce celtisme imbécile et commercial qu'on retrouve dans les foires médiévales, celui-là même qui vous commercialise des triskels déclinés sur des mugs et des magnets, et autant de t-shirts héroic-fantasy et bandanas hippies moisis.

La Wicca, celtoïde ou autre, c'est d'ailleurs entièrement commercial. Depuis Buffy et Charmed, tout le monde connait un peu... Nombreux sont les étudiantes un peu gothiques qui s'essaient à ce genre de sortilèges à deux balles, de ceux qu'on réalise avec quelques épices Ducros et des fournitures hors de prix (athamé, pentagramme, encens, calice avec un dragon dessus...). il y en a plusieurs "parfums", tous inventés au XXe siècle et tous dans la mouvance new-age.

Oui, parce que c'est vraiment du chiqué absolu... "Païen" n'est qu'un mot utilisé pour désigner tous les hérétiques et ceux qui ne sont pas chrétiens, depuis le moyen-âge. Ceux qui croient que la version moderne a le moindre rapport avec la sorcellerie historique ou les religions celtiques se fourrent le doigt dans l'œil ! On en sait de plus en plus sur les religions des anciens Européens, l'archéologie a fait de grands progrès, mais ces gens l'ignorent sciemment :

Les wiccans que j'ai rencontré dévorent volontiers toute la littérature sur le Reiki, les piercings, la sophrologie, l'aromathérapie, le végétarisme, l'alter-mondialisme, les anges, les guides spirituels, les cristaux, les chakras, le néo-chamanisme, le bio, le druidisme moderne et j'en passe... Mais jamais ils n'iraient lire un vrai livre d'Histoire, suivre un cours d'archéologie gallo-romaine, ni se documenter sur ce que signifient vraiment le dieu cornu et la déesse fessue qu'ils adorent tant !

Ce genre d'abracadabra s'inspire plus des doctrines "médiumniques" du XIXe, de la contre-culture "spirituelle" des années 60, et des autres saloperies de la même eau. C'est un joyeux mélange... Nombre de "praticiens" wicca n'hésitant pas à affirmer (dans un grand élan de syncrétisme relativiste à la mord moi le nœud) que, en ce qui concerne les rituels et les sortilèges, TOUT peut marcher de la même manière, et on peut TOUT mélanger, quelle que soit la culture !

En un sens, c'est rigoureusement exact : Aucun sortilège ne fonctionne, qu'on mélange ou non le livre des morts tibétain avec les prières chrétiennes, les rites à la déesse mère avec l'invocation des guides spirituels animaux. Regardez-moi ces couillons blancs comme neige avec leurs dreadlocks et leur djembé, fumant du népalais dans des vêtements écrus ("équitables" et hors de prix) d'Amérique Latine ou du Rajasthan, qui croient entrer en contact avec leurs racines...

Les cérémonies du genre se déroulent parfois de nuit, au clair de lune et en plein air (même si, selon la saison, les gens ne sont pas forcément "skyclad", comme ils disent... C'est à dire pas toujours à oilpé pour honorer les dieux) dans une atmosphère festive, et au sons des tambours. Il ne s'agit pas toujours des tambours traditionnels celtes, d'ailleurs, mais, il y a toujours des tambours... Pourquoi ? Parce que les tambours, ça fait "primitif", ça fait "roots".

Ignorant (sciemment, encore une fois) l'absence totale de preuve que nos ancêtres appréciaient particulièrement les percussions (pratique qui n'est pas si répandue que ça en dehors d'usages spécifiques par certaines peuplades d'Afrique et d'Amérique) ni qu'ils s'adonnaient à des gesticulations nocturnes sur fond de bongos arythmiques, les participants de ces "drum circles" veulent voir dans cette pratique un lien avec le passé.

Tambouriner ainsi, nous disent-ils, est un puissant outil spirituel (quoi que ça puisse bien vouloir dire), utilisé "de tout temps", voire "depuis la nuit des temps", "par les anciens", ou quelque autre expression tout aussi vague. C'est ainsi qu'on "canalise l'énergie", qu'on "entre en contact avec les esprits", voire qu'on booste la créativité et la santé, tout en forgeant des liens spirituels avec "les premiers habitants de la Terre", "les indigènes du monde".

Ben voyons. Si vous voulez vraiment revenir à vos racines préhistoriques, jetez vos chaussures, emménagez dans une grotte, ne mangez plus que des racines et des glands, et regardez votre famille se faire bouffer par des ours en tentant de capturer l'évènement sur la paroi de votre "home sweet home" en la barbouillant de terre rouge. Non seulement ça sera bien plus authentique, mais en plus ça vous évitera de discuter "réalignement de chakras" avec un gars de Lambézellec.

C'est comme ces histoires de dolmens et de cromlechs. Ah, ça fait bander les païens, ça, les pierres levées ! Des centaines de théories ont été avancées en ce qui concerne Stonehenge et les autres monuments du même genre... Il s'avère qu'il ne s'agit pas d' "horloges astronomiques" si précises que ça, et que ça n'a a priori aucun rapport avec le druidisme :  L'érection de Stonehenge, par exemple, date d'un bon millénaire avant les premières traces de druidisme.

Ce n'est ni un reste d'Atlantis, ni des pierres magiques amenées par Merlin par la voie des airs depuis l'Irlande, ni un cadeau d'extraterrestres, ni le marquage des lignes de force tellurique, ni quoi que ce soit du même genre. Ce ne sont souvent rien d'autre que des tertres, autrement dit des tombes. Je simplifie, mais quand on doute du but exact d'un tel monument, la théorie la plus plausible est souvent un monument érigé à un chef, et pas à un dieu ou des esprits quelconques.

Conséquemment, même si nous n'avons pas résolu la finalité de tous les cercles de pierres aujourd'hui, il est absolument certain que les barbus qui les fréquentent les nuits de solstice et d'équinoxe n'ont, pas plus que vous et moi, la moindre idée de la cérémonie "correcte" à accomplir autour des cailloux, si tant est qu'il y en ait une... Malgré tous leurs discours sur le gui, le chêne, les noms mystiques, les épées et les bâtons.

Ils inventeraient au fur et à mesure (ce que certains font, d'ailleurs, élaborant toute une tradition autour des écrits d'un touriste latin), ce serait pareil. Malgré le nombre alarmant de mecs en boucs et pantalons bouffants et de filles en foulards arc-en-ciel qui tapent sur des tambours (encore  et toujours !), jonglent et fument en déblatérant des sornettes new-age, tout événement festif de ce genre au solstice ou à l'équinoxe est un pèlerinage superflu n'ayant pas la moindre authenticité.

Surtout en été. Parce que oui, ils ne vont pas faire leur grande fête pour le solstice d'hiver en plein air : ça caille trop... C'est donc à celui d'été que jeunes et moins jeunes se réunissent à Stonehenge. Le problème, c'est que les derniers travaux archéologiques suggèrent que les habitants néolithiques du cru n'étaient jamais là en été : On a retrouvé et daté des dents de porc comme ayant été égorgés là en hiver (compte tenu de l'âge de la bestiole), mais rien pour la période estivale.

Pour résumer, toutes ces histoires néo-païennes n'ont aucune espèce de réalité... Non seulement parce que ça n'a rien d'authentique ni d'ancien, mais en plus parce que même si ça l'était ça ne serait qu'un ramassis d'élucubrations de l'âge du bronze, comme n'importe quelle autre religion. Il ne s'agit même pas de contes de fées ou de légendes. Au moins, les légendes ont un intérêt littéraire et culturel. On ne fera pas ce genre d'honneur à cette auberge espagnole de la superstition...

Mais la chose qui me hérisse le plus avec les Wiccans, les chamaniques celtoïdes et autres "spirituels" du genre, c'est sans doute qu'ils ont bonne presse... Surtout auprès des jeunes. C'est souvent vers ces pseudo-religions que se tournent les adolescents lassés de la chrétienté ou des autres religions du livre, vers ce syncrétisme crétin et vaguement planant qui prône la "règle d'or" du vivre et laisser vivre...

Oui, ainsi, les gens arrivent à concilier leur prétendu besoin de la béquille de la croyance en une "dimension supérieure" et leur rejet d'une église surannée et répressive... Ils échangent une spiritualité contre une autre, multiforme mais tout aussi incohérente, dans laquelle ils peuvent prendre ce qui leur fait plaisir comme on compose son menu dans un restaurant "fusion". Cela leur évite sans doute de trop réfléchir et essayer de savoir si ce qu'ils croient a plus de sens que ce qu'ils croyaient.

Et vous savez le pire ? Ces abrutis se déclarent une communauté d'esprit avec les Athées. Eh oui, beaucoup ne conçoivent pas la vie sans croyance, et pensent que tous les Athées sont en fait des agnostiques... Voire qu'il suffit de rejeter la doctrine chrétienne, juive ou musulmane pour faire partie de cette "grande communauté spirituelle" youyou power force de la tolérance, qui "garde l'esprit ouvert" et "rejette la religion organisée".

Eh bien non... Les athées ne rejettent pas la "religion organisée". Ils rejettent la croyance sans preuve. La plupart ont l'esprit ouvert, mais, comme dit Richard Dawkins, pas au point que leur cerveau ne s'échappe !

Festival Stonehenge

 


jeudi 21 juin 2012

Pop goes the weasel !

Après le dernier billet, j'ai retrouvé une certaine motivation à vous apprendre des trucs... C'est étonnant comme on peut auto-induire un état d'esprit, sans même le vouloir. On écrit quelque chose de motivant ou édifiant pour autrui, et on se retrouve à s'émuler soi-même, à s'autopersuader, à aspirer à être meilleur que soi... Ou simplement à croire ce qu'on raconte. Serait-ce la base du mysticisme que de croire un peu trop les mensonges qu'on se dit sur la mort et l'invisible ?

Peut-être bien, mais là n'est pas mon propos.

Après le dernier billet dans lequel je mentionnais le "Baloney detection kit", je me suis dit... pourquoi pas moi ? Je ne prétendrai pas être aussi bon que les grands auteurs, mais je pense qu'il est utile de diffuser cette leçon essentielle : Toutes sortes de gens vous abreuvent d'inepties ou tentent de vous faire prendre des vessies pour des lanternes, parfois même en toute bonne foi. Il n'est pas toujours aisé de les reconnaître... Mais on peut s'y entraîner.

Il existe certains procédés, certains faux arguments, certaines ruses verbales qu'ils emploient souvent... Chacun devrait tenter de les repérer, se forcer à les chercher même (et surtout) dans les discours qu'il approuve. Je vous ai compilé ici une petite liste la plus exhaustive possible (issue de nombreuses sources sérieuses) de ces éléments de langage et de pensée qui doivent déclencher la sonnette d'alarme de votre cerveau dés que vous les entendez... Avec des exemples.

Voici tout d'abord ceux qu'on utilise pour soutenir et affirmer :

L'argument d'autorité : Ce type d'argument, facile et souvent utilisé par pas mal de gens sans en avoir conscience, fait appel à une figure d'autorité pour faire passer une proposition non étayée. A chaque fois que vous voyez une publicité avec des gens en blouse blanche, ou celle d'un produit recommandé par "neuf dentistes sur dix" et/ou quelque association au nom ronflant, c'est ce faux argument qui est utilisé. Une bonne autorité soutient quelque chose parce qu'elle a été prouvée, pas l'inverse !

Quelques exemples : "L'acuponcture est basée sur des millénaires de sagesse chinoise..." ( Alors comme ça vous faites moins confiance aux découvertes récentes qu'au savoir médiéval ?) "Des études montrent que..." (Réfléchissez deux minutes sur un sujet. Vous venez de conduire une étude. Faites une recherche sur le net. Vous venez d'en conduire une autre. Félicitations, "des études" montrent à présent ce que vous voulez !), ou encore mon préféré, "C'est dans la Bible, alors c'est vrai..."

Les circonstances spéciales : Faisant souvent appel au surnaturel et toujours à l'irrationnel, ce procédé trompeur permet d'arguer le fait qu'on ne puisse pas comparer deux situations, en dépit de toute logique et souvent sans en donner de raison valable... Bien souvent, il s'agit simplement de dire que la réfutation ou la simple compréhension de telle ou telle position est hors de portée de tous les adversaires, ce qui est bien pratique pour les rabaisser.

"Vous n'êtes pas théologien, comment pouvez-vous dire que dieu n'existe pas ?" n'est qu'un passe-droit fallacieux. "Vous n'êtes pas qualifié pour parler de ce sujet", bien que parfois vrai, n'est qu'une esquive et pas un argument : Tout le monde a le droit de poser des questions ! Autres exemples : "L'homéopathie est basée sur des principes réels que la science refuse d'admettre et ne peut donc pas tester par des essais cliniques"... Et bien sûr, le classique "Les voies du seigneur sont impénétrables"...

Les preuves anecdotiques : L'utilisation d'anecdotes et de témoignages pour soutenir une affirmation générale est un mésusage, mais c'est très courant... Et ça marche. Citer le témoignage d'un individu, c'est souvent plus captivant que des vraies preuves, et ça permet de faire semblant d'être proche des gens. Hélas, l'expérience personnelle ne peut pas être vérifiée ou testée scientifiquement, et le témoignage d'un seul n'a pas valeur de preuve générale pour le reste du monde !

Trouver une soucoupe volante, pour peu qu'elle soit bien là, c'est une preuve. La phrase "Nous avons trouvé une soucoupe volante à tel endroit, mais elle a disparu" est un témoignage inutile, voire douteux... De même, "Les fantômes existent, mon ami en a vu à plusieurs reprises" ne prouve absolument rien. Pour d'autres exemples, parcourez librement la rubrique "témoignages" d'un site web vantant les mérites d'une pilule pour agrandir le pénis... C'est édifiant.

La discrimination des sources : Pour prouver ce que vous avancez, vous ne sélectionnez que les articles et les sources qui sont d'accord avec vous, et vous ignorez sciemment le reste. C'est très courant, et tout le monde le fait lorsqu'il s'agit de convaincre un auditoire... Cependant, ça n'est pas un procédé scientifique. Prouver n'est pas convaincre ! Le statisticien qui utilise un échantillon peu représentatif pour obtenir la réponse qu'il souhaite opère une discrimination littérale de ses sources.

Il ne sert à rien de dire que telle ou telle personne célèbre (Mozart, Benjamin Franklin...) étaient des francs-maçons si on ignore les "frères" qui étaient criminels, et l'immense majorité de ceux qui n'étaient ni l'un ni l'autre... Autant, on le parierait, que dans tout groupe social ! De même, dire que "le visage du diable a été vu pendant un instant dans la fumée du World Trade Center le 11 septembre 2001" permet d'oublier les 99,99% d'autres instants où l'on a pu y voir ce qu'on voulait, ou rien du tout.

Les micro-statistiques : Il faudrait vraiment que les statistiques soient étudiées plus à fond à l'école. Le fait qu'on peut leur faire dire n'importe quoi n'est pas un vain mot. Les gens sauraient alors que quasiment tous les chiffres cités dans les médias, presse, Internet et télévision, n'ont aucune valeur mathématique et, souvent, aucun sens. Il s'agit pour le cas qui nous occupe d'établir des pourcentages sur des échantillons ou des populations trop petites pour que cela ait valeur de preuve...

C'est le principe d'un micro-trottoir. Comme si on pouvait faire le tour d'un problème en donnant les réponses de dix personnes même pas prises au hasard à une question biaisée en à peine une minute... De même "J'ai encore fait six ! Ce dé porte chance !" et "Mes voisins sont juifs, mais ils mangent du porc, donc la plupart des juifs ne suivent pas à la lettre les préceptes de leur foi." sont des conclusions passablement stupides tirées alors que des données manquent cruellement.

La suite illogique : De son petit nom latin non sequitur, "qui ne suit pas", il s'agit d'une tentative évidente et maladroite de justifier quelque chose par une proposition qui n'a aucun rapport, mais avec laquelle on est tenté d'être d'accord... De manière à ce qu'on aie l'impression qu'il faille croire les deux, ou aucune. En le disant rapidement ou en noyant le poisson, ça passe, parce qu'on essaie de voir le lien... Mais il faut plus qu'un simple "donc" pour tracer une relation de cause à effet !

C'est un "argument" courant des fanatiques de la conspiration... On ne compte plus les exemples : "Les politiciens vous mentent... Donc des extraterrestres ont pactisé avec le gouvernement !"... "Allah est grand, donc tous les chrétiens et les juifs doivent être convertis ou tués !" (celui-là est combiné avec l'argument d'autorité et les circonstances spéciales, d'ailleurs)... "Dick Cheney avait des intérêts dans le pétrole, donc les attentats du 11 septembre ont été causés par le gouvernement !"...

Post Hoc Ergo Propter Hoc : En latin, ça veut dire "Après, donc à cause de". C'est parfois vrai, mais rarement. Comme le nom l'indique, on prends pour cause, volontairement ou non, un événement anodin arrivé juste avant... Nos cervelles étant câblées naturellement de façon à repérer les schémas, cela marche à fond, et c'est même à l'origine de la "pensée magique" et de très nombreuse superstitions ! Cet argument est presque le seul responsable du marché florissant des "médecines douces"...

"J'ai avalé un gélule homéopathique et mon mal de tête a disparu !" ne veut pas dire que c'est le "remède" qui a agi sur votre douleur. D'ailleurs il est plus probable que ça ne soit rien d'autre que l'effet placébo, ou que ça soit passé tout seul... "J'ai prié pour Papy, et il a guéri de son cancer !" ne signifie pas non plus que la prière fonctionne, mais simplement que Papy est solide, qu'il a été dépisté rapidement, et qu'il a de bons docteurs.

La fausse cause : Proche parent de Post Hoc Ergo Propter Hoc, la fausse cause est un procédé par lequel on confonds une corrélation d'un phénomène avec sa cause. C'est souvent un peu plus convaincant, parce que les deux faits sont liés d'une certaine façon, au moins par une coïncidence. "Les chinois mangent beaucoup de riz, donc le riz fait brider les yeux et brunir les cheveux", bien que grotesque, est un exemple de ce type d'argument.

Il y a bel et bien une corrélation, de par l'histoire de l'agriculture... Mais pas de line de cause à effet. qui plus est, le brun est quand même la couleur de cheveux la plus répandue... Plus subtil (quoique tout aussi grotesque), "Il y a environ trois millions d'immigrés en France, et environ trois millions de chômeurs français, il faut donc expulser tous les immigrés pour retrouver le plein emploi" marche toujours, et depuis longtemps, dans nombre de meetings politiques.

Le nouveau charabia : Donner un nouveau nom à consonance positive à un vieux concept politiquement incorrect ou qui a mauvaise presse, ça fait partie des outils de base... Apprenez à repérer les mots nouveaux, un peu compliqués, les lieux communs "tendance", et les termes qui semblent n'avoir aucun sens. Vérifiez le sens, et comparez ensuite avec le sens que ces gens leur donnent, et à ce qui se cache vraiment derrière... Il existe tout un lexique trompeur qui doit vous mettre en alerte !

Par exemple, le terme "médecine douce" a été inventé pour qualifier quelque chose qui n'est ni doux, ni de la médecine. Les politiciens sont des professionnels de ce genre de chose : la "préférence nationale" c'est donner la priorité aux "français de souche" à l'embauche... la "discrimination positive", c'est avoir des quotas de minorités... Une "opération de maintien de l'ordre", c'est un raid. Quant à ceux qui sont contre l'avortement et l'euthanasie, ils parlent pudiquement de "respect de la vie".

Le présupposé erroné : Souvent, dans un texte ou un discours, pour faire plus rapide et plus court, on ne cite pas toutes les sources... Seulement voilà, quand quelqu'un n'a pas de source, pas de référence, ou alors que la réponse apportée ne va pas de soi mais qu'on veut faire illusion, il fait pareil, et se donne toutes les apparences de la respectabilité. Il suffit souvent d'affirmer quelque chose en éludant la question qu'on devrait se poser...

"Nous devons rétablir la peine de mort pour réduire la criminalité" présuppose  par exemple que l'instauration de la peine capitale aura les effets escomptés, alors que ça n'est pas le cas... "Il est évident que"... "C'est de notoriété publique"..."Comme chacun sait"... Autant d'expressions qui éludent complètement ce qu'on est supposé préciser : D'où viennent les informations du locuteur ? Exigez des références, et de pouvoir aller à la source de l'affirmation.

La fausse piste : Faire passer une simple diversion pour un argument cohérent reste facile, et les amateurs de conspirations en tous genres en sont friands... Il suffit habituellement de pointer du doigt des corrélations ou des coïncidences sans rapport, et de les juxtaposer pour que, dans l'esprit de l'auditeur, des liens se créent. La fausse piste, comme son nom l'indique, détourne du vrai sujet. Plusieurs fausses pistes en succession créent la confusion et un écran de fumée.

C'est le procédé favori de ceux qui n'ont pas de preuves, parce que, justement, il n'y a plus besoin d'en fournir... Par exemple, ceux qui croient que la mission Apollo 11 a été truquée : "On dit que l'homme a marché sur la Lune en 1969... Mais vous ne trouvez pas ça bizarre, vous, que Werner Von Braun, l'ancien nazi et célèbre savant, ait monté une expédition pour chercher des minéraux en antarctique seulement quelques années auparavant ?"... Aucun rapport avec la choucroute !

Le déluge d'information : J'ai choisi ce titre pour éviter de tomber dans les termes du genre "diarrhée verbale" ou Argumentum Verbosium... C'est un genre de tentative de "preuve par verbosité". C'est une pratique courante et qui permet, en prime, de paraître sérieux et intelligent, ou au moins d'avoir bien bossé son sujet. On tente d'inonder son interlocuteur d'une tonne d'informations, vraies et/ou fausses, sur le sujet... Tant et si bien qu'il ne peut pas tout relever ni réagir à tout.

Il y a des chances que l'interlocuteur, s'il n'est pas attentif, ne repère que ce qui lui plaît dans le discours, ou saute les points les plus douteux d'un raisonnement, points sans lesquels on ne saurait arriver à la même conclusion... Mais le mal est fait ! ON trouve ce genre de choses dans les débats, chez les conspirationnistes, mais aussi sur les tracts de nombreux suppléments vitaminés et autres produits new-age... Je ne cite pas d'exemple, ce serait trop long !

L'argument du nombre : Argumentum ad populum, argument par consensus, argument de la foule, choisissez... La célèbre phrase "sixty million frenchmen can't be wrong" résume parfaitement la chose : "Parce que de très nombreuses personnes croient quelque chose, alors c'est obligatoirement vrai". Bien entendu, ça ne vaut pas un clou, comme argument, mais les gens sont des moutons... On l'utilise aussi en sens inverse : "Si peu de gens le croient, c'est obligatoirement faux."

Ce genre de faux argument est employé pour vous pousser contre votre volonté, ou vous donner une excuse pour faire ce que bon vous semble : "Allez, tout le monde a fumé au moins un joint dans sa vie !"... Mais il y a pire : "Tout le monde sait qu'il est coupable... Il devrait être en prison !". Heureusement que la foule ne contrôle pas les tribunaux. Le dernier, et le plus terrible, car le plus cru et le moins vrai : "Notre église compte des millions de fidèles, vous croyez que ça tiendrait si tout ça était faux ?"

Masquer l'incohérence : Souvent, les gens qui veulent convaincre à tout prix, ou ceux dont la position n'est pas véritablement assurée, font deux poids et deux mesures. Des incohérences se trouvent dans les opinions des plus grands... C'est normal, nous sommes tous faillibles. Masquer une incohérence volontairement se fait hélas aussi souvent... Et c'est plus difficile à repérer, parce que l'un des termes de cette inéquation n'est pas forcément mentionné, mais sous-entendu.

Les incohérences sont partout... Sans vouloir trop simplifier, comparez le budget de l'écologie et celui de la défense, et demandez-vous ce qui est el plus probable : une guerre sur le sol français, ou le réchauffement climatique ? Meilleur exemple :  attribuer la pauvreté abjecte en ex-URSS au communisme, mais ne pas attribuer la pauvreté préoccupante aux Etats-Unis au capitalisme. En fait, rien n'est aussi simple que cela...

Et voici les faux arguments qu'on emploie pour réfuter et démolir, et donc faire valoir sa position par comparaison (ce qui en soi, utilisé seul, est déjà spécieux, parce que ça n'expose pas votre idée et ça ne la fait pas tenir debout) :

L'argument de l'ignorance : Argumentum Ad Ignorantium, un vieux briscard de la rhétorique... Il s'agit de prétendre que, parce qu'on ne connait pas quelque chose ou qu'on ne sait pas comment ça marche, ça ne peut pas être vrai. Selon cet argument, toute chose qui est insuffisamment expliquée ou mal comprise ne peut donc pas exister ! Ne pas comprendre les mécanismes qui régissent certaines choses, cela ne veut pas dire qu'on n'en est pas affecté...

L'argument créationniste est l'un des meilleurs exemples de ce genre de stupidité : "C'est facile de dire que la vie est apparue à partir de la soupe primordiale rien que par chance ! Je ne comprends pas comment ça a pu arriver, ça va contre le bon sens ! Il y a forcément un créateur !"... Il y a aussi les gens qui refusent de croire que la vaccination n'est pas néfaste, ou que les lumières qu'ils ont vu la nuit ne sont pas extraterrestres... Ils ne comprennent tout simplement pas ce dont ils parlent.

L'homme de paille : C'est l'un des faux arguments les plus courants, et aussi l'un des plus faciles à reconnaître. Le principe en est que, au lieu de contrer un argument ou d'attaquer une position pour ce qu'elle est, quelqu'un en fait une caricature ou la pousse à son extrême pour mieux la vilipender... En attaquant la caricature, un "homme de paille" trop faible pour se défendre, il donne l'impression de s'être attaqué à son adversaire réel, et aussi que son adversaire est de toute façon condamnable.

En fait, au lieu de contrer l'argument d'un adversaire, on invente une proposition différente plus facile à réfuter. Par exemple, à la proposition "On devrait accorder des remises de peine à ceux qui n'ont commis que des délits mineurs", un débatteur malhonnête répondrait "Quelle horreur ! On ne va tout de même pas vider les prisons de tous les criminels, non ?"... C'est certes de bon sens, mais c'est à côté de la plaque.

La pente glissante : Très proche de l'argument de l'homme de paille, utiliser la "pente glissante" se fait en évoquant des conséquences exagérées, fallacieuses, liées à la position d'un adversaire dans un débat (ou à n'importe quelle position, d'ailleurs). Il est parfois difficile de discerner le vrai du faux, avec cet argument, parce que personne ne connait l'avenir et, si improbable que cela soit, on a toujours des chances d'avoir raison quand on fait une prédiction...

Mais une prédiction, quelle qu'elle soit, n'est pas un argument ! "Si on accorde une prime ce mois-ci, alors les gens vont s'attendre à ce qu'il y en ait une chaque année, voire chaque mois !"... "Si on condamne cet homme pour propos raciste, alors n'importe quel groupe minoritaire pourra faire condamner n'importe qui pour une simple blague !"... Autant de simplifications grossières, autant de désastres annoncés qui ne se produiront sans doute pas.

Le croquemitaine : C'est l'argument qui fait suite à "la pente glissante"... Mais il est beaucoup plus gros. Cependant, plus c'est gros et plus ça passe, surtout si c'est combiné avec d'autres faux arguments. Il s'agit ici d'inventer des conséquences supposées à telle ou telle proposition, n'ayant aucun rapport avec celle-ci. C'est très amusant à faire chez vous, mais c'est aussi utilisé très sérieusement par de nombreux hommes politiques... Et ça s'apparente à du racket idéologique.

Exemple historique : "Si vous ne payez pas le tribut à votre suzerain, vous ne serez pas protégés quand le pays voisin viendra vous envahir !". Exemple hystérique : "Si on empêche les musulmans de prier dans la rue et de porter le voile intégral, alors les terroristes vont venir poser des bombes dans vos écoles, incendier vos maisons, égorger vos enfants et violer vos femmes, et les gens ne pourront même plus prier dans les églises !"

L'attaque personnelle : J'aime bien le nom latin de "Ad Hominem", qui signifie "à la personne", mais comme plus personne ne consulte les pages roses du Larousse j'ai mis la version française dans le titre... Une attaque ad hominem, c'est le contraire de l'argument d'autorité... Au lieu d'attaquer une position, on tente de discréditer celui qui la tient en jetant le doute sur sa moralité. C'est souvent mensonger, cela sème le doute très efficacement, et cela permet de changer de sujet...

"Préférez-vous acheter les remèdes naturels produits par notre coopérative à but non lucratif, ou aller chez un docteur payé par les grands laboratoires pour vous vendre des médicaments ?"... Voilà le type même d'une attaque ad hominem fallacieuse envers toute une corporation. "Allez-vous écouter les arguments de cet homme poursuivi par les affaires et les scandales ?" est un autre exemple extrêmement courant. Ces deux phrases permettent aussi de faire oublier le vrai sujet qu'on attaque.

La médiane invisible : Il s'agit ici d'exclure sciemment du propos toute proposition intermédiaire entre la vôtre et une exagération déraisonnable. Par ce procédé de Reductio Ad Absurdum, réduction à l'absurde, on présuppose sans en avoir l'air que seules deux options sont possibles, les deux étant souvent de ridicules extrêmes. Souvent combiné avec l'argument de l'homme de paille, cela permet, par comparaison, de faire croire le point de vue défendu est la "voie de la raison"...

"Soit on enseigne toutes les théories sur l'origine du monde dans les écoles, soit on n'a le droit d'en enseigner aucune !"... Voilà bien un argument créationniste typique : Il met sur un pied d'égalité les histoires de la Genèse et les dernières théories scientifiques et pousse la majorité silencieuse qui l'entend à choisir ce qu'elle considère comme un moindre mal... Excluant la solution du "milieu", plus raisonnable, qui serait d'enseigner la science en cours, et la religion au catéchisme.

La diversion urgente : Quand on utilise ce procédé, on détourne l'attention de ce que veut dire l'adversaire en dévalorisant indirectement ce qui le préoccupe... Ce n'est pas qu'on attaque sa position, c'est qu'on utilise une variante de la "médiane invisible" pour décrire une situation qui est d'une telle urgence qu'on ne peut absolument pas se préoccuper de ce que veulent faire les autres, simplement de ce qu'il "faut" faire... Soi-disant.

C'est une ruse qui force à penser à court terme... "Comment peut-on penser à la recherche fondamentale et à la conquête spatiale alors que le déficit est si haut ?" fait encore des émules... Le défdicit continue de grimper, et ça n'empêche pas les progrès en matière de shampoings et d'emballages, cela dit ! Et voici un grand favori des nationalistes : "Avant d'envoyer de quoi nourrir le tiers-monde, nous devons nous occuper de l'insécurité dans nos rues..."

La question plurielle : Aussi appelée "question chargée, ou plurium interrogationum, il s'agit d'une question formulée pour faire dire ce qu'on veut à celui qui répond. Quelle que soit la réponse, elle indique implicitement quelque chose d'autre... C'est en fait une question enveloppée dans une autre, dont les deux réponses possibles impliqueront toutes la réponse souhaitée à la question tacite...

Les avocats et les journalistes sont de grands spécialistes de la question plurielle. Quelques questions au hasard : "Etait-ce la première fois que vous assassiniez quelqu'un ?"... "Depuis quand doutez-vous de vous-même ?"...  "Quelle est votre réaction face à la trahison de votre parti ?"... "Vous pensez que tuer et violer des enfants c'est objectivement bien, ou subjectivement mal ?"... Et ainsi de suite. Dans tous les cas, il ne faut ni tolérer une telle question, ni y répondre.

Empoisonner le puits : Cette tradition au nom pittoresque consiste à parsemer innocemment ses commentaires de petites phrases oiseuses  ou péjoratives à l'endroit de son adversaire ou de ses positions. On empoisonne la conversation où chacun s'abreuve en faisant semblant de ne pas insulter l'autre. C'est parfois bien visible, et parfois très subtil, et cela peut même être fait sans que l'interlocuteur ne s'en rende compte...

"Et maintenant nous allons entendre les même arguments que d'habitude, supposés nous prouver que les OVNIs n'existent pas"... Evidemment, s'ils sont imparables, on n'a pas besoin de changer d'arguments, mais en disant cela on discrédite ceux qui ne croient pas aux extraterrestres... "Ecoutons le point de vue de Steevy, anciennement du Loft"... Steevy a fait d'autres choses depuis, il serait péjoratif (bien que mérité, dans son cas) de ne le réduire qu'à cette émission pourrie.

Au cœur du problème pour tous ces arguments, on le voit, réside cette simple maxime que l'on prendra en guise de conclusion : Une affirmation qui n'est pas raisonnable ne peut être soutenue bien longtemps par les moyens de l'examen scientifique. Je sais pertinemment qu'on ne peut pas demander à tout le monde d'avoir une éducation scientifique, mais j'imagine qu'on peut au moins s'attendre à ce que, si tout ça était enseigné à l'école, les gens retiennent le quart de cette liste, non ?

On peut rêver...

bullshit detector


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mardi 19 juin 2012

Teh Intarwebz, ou le Prométhée Moderne

Qu'on me pardonne d'emprunter le sous-titre de Mary Shelley, je trouvais que c'était approprié de parler de créature de Frankenstein, faite de bric et de broc et que d'aucuns jugent en grande partie criminelle, lorsqu'il s'agit d'Internet...

Mais il ne s'agit pas que de cela (et encore moins de cette bouse, Prometheus... N'allez surtout pas voir ce navet, Ridley Scott sucre les fraises !). Vous verrez jusqu'à où va la métaphore si jamais vous restez jusqu'au bout du billet. Enfin, j'espère...

De nos jours, on ne compte plus les gens qui, sur Internet ou ailleurs, se donnent mission de vous aider à rester sainement sceptique. Les journalistes se sont (enfin !) mis à enquêter et à vérifier ce que les hommes politiques disaient, chiffre par chiffre. La tendance au "fact-checking" est réelle, notamment dans la presse... Dommage qu'à la télévision, elle reste limitée aux émissions dites comiques, ou qu'on privilégie alors le sensationnel et la polémique à l'analyse réelle...

J'y reviendrai.

Dans tous les médias de notre "âge de l'information" (mais, toujours plus, Internet et sa diffusion sans précédent) des gens très bien se font un devoir d'édifier les masses jadis mal informées. Les communautés se multiplient (TED, Intelligence Squared, Skeptic magazine) qui, au delà même de 60 millions de consommateurs, du vieux Sciences et Vie (qui baisse...) et autres juristes radiophoniques, parlent de sujets vraiment actuels, généraux, politiques, et surtout complexes...

Plutôt que de prendre les gens pour des imbéciles, ils les exposent aux grands esprits de notre temps, et à leurs idées. C'est nécessaire, c'est beau, c'est bien, c'est brave, c'est honnête... Mais si tous ces superbes penseurs et ces théories construites brillent comme des étoiles au firmament numérique, elles sont, à l'instar des constellations de notre ciel, noyées dans un océan opaque et ténébreux de LOLcats, de pr0n, de youtuberies distrayantes ou inconséquentes et de "Memes" viraux.

A l'évidence, même quand on tente de trier pour vous, il faut trier les faits soi-même.

Wikipedia, malgré sa réputation, est réellement la meilleure encyclopédie généraliste au monde, à condition de savoir l'utiliser. C'est un excellent point de départ pour toute recherche, du fait même qu'elle cite toujours le plus de références possible. Les articles incomplets ou manquant de sources sont clairement affichés comme tels, et les entrées correctes ont toujours une section "critiques", ce que n'ont pas les encyclopédies classiques.

Cela incite à la vérification, et à des recherches personnelles.

Le dieu Google est un outil merveilleux, un puissant serviteur et un mauvais maître. Je le maintiens, Internet, c'est là où commence toute recherche sérieuse... Mais cela ne doit pas être l'endroit où la recherche s'arrête. Mais je digresse... Il y a bien sûr les blogs qui dénoncent la connerie partout où elle se trouve (L'Odieux Connard et la War Zone de temps en temps, maître Eolas tout le temps, votre serviteur, du moins à mon humble niveau...), souvent avec joie, humour, et une pointe de schadenfreude...

Les fanatiques sont bien sûr là aussi, sur Internet... Et il y en a tant. Mais c'est là l'avantage de ce média : L'examen par les pairs, pas par l'autorité. Comme pour tout processus scientifique digne de ce nom, tous les résultats, toutes les opinions et toutes les informations (même s'il manque parfois cruellement qu'un certain tri soit effectué...) sont comparées et jugées, en espérant que la vérité soit mise au jour, que chacun puisse jeter ce qui ne marche pas et garder ce qui reste.

Certains vous apprennent la pensée critique... C'est à dire à examiner les informations reçues de façon à juger réellement par soi-même si c'est du lard ou du cochon... Même si eux aussi sont parfois noyés dans une marée consensuelle de relativisme ("ma vérité n'est pas ta vérité, tous les points de vue sont égaux...") ou de diarrhée verbale pure et simple ("il faut avoir la foi, dans la vie... Si cette croyance vous aide, alors ignorez tous ceux qui veulent vous prouver le contraire...").

Du "Baloney detection kit" de Carl Sagan (in The Demon Haunted World, éditions Ballantine) au fameux "petit cours d'autodéfense intellectuelle" de Normand Baillargeon, en passant par la Zététique du regretté Henri Broch, les nombreux sites communautaires sceptiques, et la longue liste des arnaqueurs et arnaques pseudoscientifiques compilée par James "The Amazing" Randi, nous n'avons jamais été mieux armés contre la connerie, surtout volontaire.

Serait-ce parce qu'il faut tenter par tous moyens de compenser pour ce qu'on n'apprend pas à l'école ? C'est bien possible.

Et pourtant... Ma catégorie "Les gens sont cons" n'a jamais été autant d'actualité. Pour ne pas aller chercher loin, il nous suffit de regarder les deux dernières élections pour nous en persuader. Entre les jingles, les shows à l'Américaine et les attaques ad hominem, les débats étaient aux abonnés absents, purement cosmétiques, ou à côté de la plaque. Aux présidentielles, je n'ai presque pas vu d'idées exposées. Il m'a fallu chercher... Et ce fut dur. Ce qui rejoint mon propos.

J'ai vraiment eu l'impression de voter pour des plats tout prêts, même aux législatives. Des flans, des nouilles, des quiches plutôt que des gens. D'ailleurs, quand on voit notre nouveau président "normal", l'analogie prend tout son sens...

Ô, surprise, l'abstention est en hausse. Certes, c'est pour certains un signe d'intelligence, ou en tout cas que le cynisme ambiant a touché pas mal de gens... Mais c'est surtout un signe de ras-le-bol, d'incompréhension, d'incompétence des politiciens, et surtout de sanction. J'en veux pour preuve la radicalisation des programmes des grands partis, et je place à égalité la haine des riches clamée par la gauche et la haine des étrangers prônée par la droite.

Et chacun de s'allier plus ou moins ouvertement avec les extrêmes de leur bord respectif.

Le vrai signe d'intelligence chez nos concitoyens eut été d'aller voter blanc (car les votes blancs sont comptabilisés, d'une certaine façon, puisqu'ils sont affichés dans les chiffres du ministère de l'Intérieur, même s'ils ne "comptent" pas dans le résultat de l'élection... Les journalistes s'y intéresseraient sans doute s'ils étaient plus élevés), de manifester le jour du scrutin (pour une fois que j'aurais approuvé une manif !), ou de voter "idéaliste" et pas "utile" au premier tour.

Parce que, mes petits chouchous, je ne vous demande pas de ne pas voter pour le PS ou l'UMP, mais j'aurais voulu que vous ne votiez pas pour eux si cela n'était pas votre intime conviction, en votre âme et conscience... Et j'emploie ces mots à dessein, parce qu'ils ont un sens politique et juridique très précis. Parce que sinon, à quoi ça sert de voter, hein ? Je vous signale que "voter selon ses convictions", c'est ce que font les fanatiques du FN, et ça marche pas mal !

Une fois de plus, je digresse...Donc, avec toutes ces informations à portée de main, est-ce que les gens sont moins bêtes ou plus méfiants ? Point du tout. Comme je le répète, les gens sont cons, un point c'est tout. On essaie bien de les éduquer, tâche sempiternelle et sans cesse recommencée à chaque génération, mais il y en a qui "n'impriment pas", comme on dit... Et, si je puis me permettre une autre digression, pour pas mal de choses importantes, question éducation, on s'y prend mal.

On a noté que les connaissances des jeunes (16-25 ans) concernant les maladies vénériennes (dont le SIDA, mais pas que) et la contraception étaient, globalement, en baisse par rapport à il y a seulement quelques années. Pour le coup, ce n'est pas parce que les enfants sont plus cons qu'avant. C'est parce qu'on a fait pas mal de campagnes de prévention dans les lycées il y a quelques années, et puis qu'on a arrêté...

Sans se soucier des élèves de la classe d'après.

Il n'y a pas eu de "relapse" que dans la sexualité des gays, dont certains ont cessé de mettre la capote parce qu'ils en ont marre et que les traitements contre le SIDA avancent... Pas mal de gens en ont aussi eu marre de la prévention, qui est devenue plan-plan et moins sensationnelle, d'apparence moins urgente. Alors qu'en fait non. Est-il besoin de rappeler qu'il n'y a pas de vaccin contre le SIDA ? Qu'il n'y a pas que le SIDA, d'ailleurs ? Que la contraception, c'est important ?

Ben oui, c'est important, apparemment... Parce que là, il y a de plus en plus de gens qui ne se protègent pas !

Fin de la digression, qui, du coup, est un exemple : l'éducation, non seulement c'est vital, mais ça n'est pas ponctuel. Il faut enseigner à tous, chaque année, et par la suite il faut que l'information soit accessible et offerte à tous, tout le temps. C'est supposé être le principe des écoles et des bibliothèques publiques de ne pas confondre "mode" avec "actualité"... Je pense qu'ici, on a confondu éducation (sexuelle) avec information (sur un sujet d'actualité ayant trait au sexe).

En l'occurrence, même quand l'information est à la portée de tous (Et elle l'est toujours... Internet est accessible depuis toute bibliothèque publique bien équipée. Si, si, je vous jure !) personne ne va la chercher. Le virus de la télé, la culture de l'immédiateté, de la gratification instantanée, du ponctuel... Donnez à cela le nom que vous voulez. Il faut offrir tout cela sur un plateau d'argent si nécessaire...

C'est pourquoi la télé a eu son importance, avant qu'elle ne succombe à ses défauts.

Au sens propre, l'éducation sert à apprendre à raisonner (analyser, synthétiser, et critiquer... C'est la base), et une information aussi complète et actuelle que possible sert à permettre aux gens de décider en toute conscience, et (du moins on l'espère) faire progresser la société. Si je voulais faire lyrique, je dirais que l'éducation, c'est le cœur de la démocratie, et que l'information en est le sang.

C'était déjà le cas quand on parlait de l'école de la République et de la liberté de la presse...

CQFD : Internet, c'est bon, mangez-en. J'irai même plus loin... Au delà de l'éducation de base, choisir son information, aller la chercher, permet de mieux la filtrer. Personnellement, je me porte mieux depuis que je n'ai pas la télé et que je ne prends mes informations que sur Internet. Certes, je passe complètement à côté d'événements de la plus haute importance internationale, comme les gagnants des jeux footeux et le dernier pet buccal des candidats d'une énième émission de télé réalité...

Cependant, en toute modestie, il semble que je sois mieux informé que la plupart des gens sur des détails innocents comme ce qui se passe au Proche Orient, les élections en Amérique, la crise avortée des Malouines, les libertés individuelles, Les déboires de l'Europe, et ainsi de suite. Regarder un zapping (n'importe lequel, pas juste celui de Canal+...) en vidéo sur Internet me suffit amplement pour ce que j'ai "manqué".

Ce dont la télévision nous abreuve ne mérite en général pas qu'on y consacre plus d'une ou deux minutes.

A la télé, il faut toujours tout présenter en petits morceaux, donner des conclusions préfabriquées, prémâcher l'info pour que ça tienne en moins de deux secondes de temps de cerveau disponible... Donner à la petite cuiller des informations pertinentes, mais avec des petites phrases et des blagues, comme on nourrit laborieusement un bébé en faisant de chaque repas non plus une nécessité, mais un jeu rempli d'avions qui entrent dans des hangars...

Pourtant, pour qui la veut, l'information est là, et bien là. Sommes-nous réellement un peuple bébé, ou sommes-nous assez grands pour se dire qu'il y a autre chose que la purée et les gazouillis, et aller chercher la pomme qui se trouve bien en vue sur la table ? Certes, elle nécessite que l'on se lève et qu'on la prenne, voire qu'on utilise ses dents... Mais ce fruit symbolique n'est-il pas infiniment plus goûteux qu'une purée informe que l'on ne choisit pas ?

Real Apple 1 by aragorn3000


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dimanche 10 juin 2012

Y a-t-il un incendie prévu ce soir dans l'hémicycle ?

Je dois dire que je suis assez déçu par le choix et les idées proposés aux législatives cette fois-ci. Les enjeux sont soi-disant "moins grands" que pour la présidentielle, d'après ce qu'on entend à longueur de pseudo-analyse (bizarre, quand même, on va élire les gens qui font les lois, non ?), et la participation notoirement inférieure de 20% à celle de la présidentielle qui précède immédiatement. Enfin, traditionnellement.

Pour ce qui est des suffrages, vu qu'on a refait le découpage électoral récemment, qu'on a fait coïncider le scrutin avec la présidentielle alors qu'au départ ça n'était pas le cas (et c'était fait exprès), et qu'on a revu le financement des partis en présence en proportion des voix obtenues (entre autres), le seul point de comparaison c'est l'élection de 2007, et encore... Donc on ne va pas s'embêter avec les chiffres, ça ne sert strictement à rien.

C'est sans doute à cause du fameux financement, mais on a cette année un wagon de candidats et de partis tous plus ésotériques les uns que les autres... Juste histoire de rigoler, voici ceux d'un arrondissement de Paris, dans le désordre le plus total, avec un petit résumé de l'argumentaire de chacun :

Amaury Derville, du Parti Démocrate Chrétien :

Certes, le nom est trompeur, mais nous ne sommes pas un parti religieux... Oh non alors ! Simplement nous sommes contre l'avort... Pardon, pour le respect de la vie et de la personne humaine, contre les bougn... Pardon, pour retrouver les racines judéo-chrétiennes de l'Europe, contre les péd... Pardon, pour la famille, pour les droits de l'enfant mais contre le droit à l'enfant, pour faire barrage aux gaucho... Pardon, contre un modèle social désastreux basé sur l'assistanat.

Laurent Bolac, de Debout La République :

"L'école, c'est comme tout, c'était mieux avant... Ces petits jeunes, ils ont pas de discipline ! Ah oui, ma bonne dame... Et pis l'Europe, ils nous piquent nos sous avec la crise... Et ya des arabes, ils l'ont dit à la télé ! On en a déjà trop, on va pas encore accepter les turcs, non ? Pis y veulent le droit de vote des arabes, en plus ? Ah lala, il leur faudrait une bonne guerre ! Tiens, je vais voter pour Nicolas Ducon-Feignant... Un garçon si poli avec ses aînés... Il ressemble à mon gendre. En mieux, bien sûr."

Pierre Lévenard, de Lutte Ouvrière :

Vous avez mis Sarkozy dehors pour le remplacer par un autre pantin du capitalisme... Votez pour nous ! Non, en fait c'est pas la peine. De toutes les manières, on s'en fout, on va perdre. Evidemment, puisque les capitalistes nous empêchent de gagner avec leur argent plein de sang ! Et de toutes les manières, c'est tous des pourris... Il faudrait impôser à 120% ceux qui gagnent plus de trois SMICs ! Allez, tous ensemble, tous ensemble... yep !... yep !...

Bernard "I'm so Creepy" Atlan, du Parti des Libertés :

Bonjour les enfants ! Ne vous fiez pas à ma tête de vieux pervers qui dépèce les petites filles après l'école... Je représente une alternative libertaire de droite, pour tenir compte du vote blanc, pour une Europe qu'elle est mieux, libérale mais quand même pas trop, une immigration guère plus mais pas moins, une économie économique... Je mentionne aussi sur mon tract des tas de choses bien, comme les hôpitaux et les écoles. Je ne dis pas ce que je veux faire avec, mais c'est pas grave... C'est la liberté !

Bernard Debré, de l'UMP (Union pour un Mouvement Populaire) :

Bonjour, je suis le frère de Jean-Louis (name dropping gratuit). Je suis vieux, mais je suis vraiment médecin dans un hôpital, je suis aussi un peu dans la politique, et je n'ai encore aucun scandale au cul... On me donnerait le bon dieu sans confession, et je promets de bien m'occuper de vous personnellement. Bon, faut pas vous leurrer non plus, j'ai juste le programme habituel de l'UMP, et avec mes trois boulots, je vais juste me pointer à l'Assemblée une fois l'an pour voter pro-UMP, point barre...

Isabelle Faugeras, de Europe Ecologie Les Verts :

Vous ne me connaissez pas ? Ce n'est pas grave. Je suis contre le nucléaire caca qui fait peur, et je promets le plein emploi pour tous en forçant les gens à poser des éoliennes qui ne marchent pas. Mais ce n'est pas tout ! Je suis soutenue (bon, ok, je me suis fait serrer la main une fois) par Cécile Duflot (la pétasse qui ne peut pas la fermer et bosser comme un vrai ministre), José le faux fermier tractophile, la malheureuse Eva Joly, Noël Mamère, Dany le rouge, la Voynet, bref, toute la clique...

Brigitte Kuster, indépendante (mais de droite quand même, faut pas déconner) :

Vous vous souvenez de moi ? Aux dernière municipales, j'ai été parachutée à la mairie par Françoise de Panafieu. C'est elle que vous aviez élue, mais elle est partie appelée à de plus hautes fonctions que s'occuper de vous, les trous du cul... Vous êtes doublement baisés, parce que je n'ai strictement rien fait du programme, qui de toute façon était le même pour tous les candidats... Aujourd'hui, je suis une sale dissidente de l'UMP, et j'aime ça. Oh oui, frappez moi encore...

Agnès Pannier, du Parti Socialiste :

Bonjour, je me présente, je suis François Hollande le Président de la République Agnès Pannier et je me présente dans votre circonscription au nom du président François Hollande le Président de la République du Parti Socialiste François Hollande le Président de la République, soutenu par François Hollande le Président de la République, et voici mon programme : François Hollande le président de la République. Votez pour moi, la majorité de François Hollande le Président de la République.

Jean Mairey, du Front National :

Surfons tous sur la vague Bleu Marine... Tous des pourris ! Les zétranjé dehors ! La France aux Français ! Des flics partout ! Aux chiottes les banquiers ! Chasse, pêche et biture ! Des écoles où règne la DIZIPLINE ! Les pédés, ras le cul ! Ratonades dans les ghettos ! Des sous pour le petit commerce !... Note : Que ceux qui croient que je caricature lisent les tracts du FN. Je vous jure, c'est exactement ça, je n'invente rien... J'ai juste traduit en argot !

Laurence Petit, du Parti Libéral Démocrate :

Nous sortons de trente ans de promesses non tenues. Moi, je ne suis pas une extrémiste, je veux juste retirer tous les freins du capitalisme et simplifier toutes les lois... Parce que moi, je suis une femme qui en veut, une femme des années 80, une femme Barbara Gourde, une femme qui porte bien le tailleur avec un air de jeune cadre dynamique... La droite explose, et moi aussi je veux une part du gâteau. Parce que je le vaux bien. Vive l'argent, et vive la France.

Martine Le Gall, du Mouvement Démocrate :

La politique, c'est comme une boite de chocolats : Il y a un centre mou au milieu. Soyez sans crainte, avec les (deux) membres de mon parti, je vais prendre des mesures économiquement de droite, mais je vais quand même réglementer comme la gauche. Je vais préserver notre modèle social basé sur les cotisations, tout en allégeant les impôts, notamment pour les entreprises. Je vais planter des radis pour récolter des choux. Je vais me laisser pousser des ailes et aller au pays de Candy.

Fabienne Dos Santos, du Front de Gauche :

Comme il n'y a plus de femmes de ménages de nos jours, je me reconvertis en candidate pour rire (aucune chance d'être élue) avec le soutien du marxiste de salon, Jean-Luc Mélenchon... Qui est en ce moment occupé à Hénin-Beaumont pour se persuader qu'il est encore en vie politiquement. Ils doivent l'avoir mauvaise, là-bas, d'ailleurs. Je veux dire ce scrutin, c'est un peu "Alors, vous êtes un staliniste pratiquant ou un sale facho ? Hein ? Répondez ! Alors, hitlérien ou hippie ?"...

Bidule, de l'Alliance :

Salut les gars... Mon nom n'est pas marqué sur le tract, mais on s'en fout, personne ne votera pour moi. Mon parti, c'est les écolos new-age holistiques aux idées basées sur l'ignorance totale et volontaire de toute forme de science. Vive le bio, vive le végétalisme, à bas les téléphones portables, à bas les vaccins, à bas les tests sur les animaux, à bas tous les produits chimiques ! D'ailleurs, le théoricien fondateur de notre parti au nom genre Star Wars n'est autre que ce grand génie, Francis Lalanne.

Anonymous, du Parti Pirate :

(top générique) Salut... C'est ton premier scrutin ? Tu veux télécharger de la musique et des jeux gratuits ? Tu as peur de la loi Hadopi même si elle est complètement inefficace et mal conçue ? N'aie pas peur... J'ai pas de tracts pour tout le monde, car je suis un Anonymous 1337 d'Internet... Trop geek ! Mon programme ? Rien que la culture geek et la liberté informatique, parce que ton abonnement internet et ta connexion sont les sujets les plus importants en France... Non... Au MONDE !

Machin, de l'Alliance Royale :

Avec un Roy, seul autocrate éclairé et sacré à la tête de notre beau pays, il est évident que nos libertés seront mieux garanties et même respectées que par des gens que nous élisons pour nous servir ! Ainsi nous reviendrons à cet âge d'or où l'avortement était interdit, ou l'on pouvait mettre son aîné dans les bonnes écoles chrétiennes, où la femme était au foyer avec ses sept enfants, et où la garde royale faisait vraiment respecter la loi au fil de l'épée. Allons, votez pour moi, vil manant !

Marie-Laure Bach, "candidate de proximité" :

Il faut que les gens croient dans leur rêve. Il faut Vivre l'Expérience... Amplifions l'être et favorisons l'émergence de projets. La créativité doit nous aider à nous débarrasser des thétans. Les initiatives gagnant/gagnant sont le quotidien de proximité, autrement dit le Lien. Je mettrai au centre de ma réflexion l'inter et intra équitabilité du champ des Possibles, pour que chacun accède à sa réalité environnementale et la compréhension de son Développement Désirable en bonne intelligence émotionnelle. Ommmmmm...

C'est tout pour cet arrondissement... Mais il y a beaucoup d'autres partis tous plus drôles les uns que les autres... N'hésitez pas à envoyer les vôtres en commentaire !

J'ai peut-être pleuré en allant voter, mais je pense que ces quelques larmes valaient bien la crise de rire que je me suis tapé en lisant tout ça... Pas vous ?

party

lundi 4 juin 2012

Cinquante-deux raisons de te larguer :

Aujourd'hui, un petit "conte moral", comme disent les critiques cinéma...

Il était une fois, il n'y a pas si longtemps, un gentil garçon. Bien dans sa tête, pas de complexes particuliers a priori... Sainement agnostique, pas de fantasmes autodestructeurs ni de trips étranges. Un peu bébête quand même, mais gentil... Vous allez voir à quel point il est gentil, et surtout à quel point il est bébête.

Au début de notre histoire, le voilà qui fréquente une femme au demeurant charmante, elle aussi relativement normale et bien dans sa peau, qui a eu un enfant d'un premier lit. Elle ne souhaite pas s'engager de trop, ou alors progressivement, et lui c'est pareil. Elle est indépendante financièrement, pas moche, pas bête, et elle aime bien venir chez notre héros parce que cela leur permet de s'ébattre dans une joyeuse luxure qui leur va bien au teint.

Idéal pour un gars qui, comme lui, n'a qu'un quart de siècle : le beurre, l'argent du beurre, et le cul de la crémière...

Mais bon, toutes les bonnes choses ont une fin... Distrait par une autre jeune fille (plus jeune, plus jolie, sans enfants, plus rebelle, artiste et tatouée comme lui) notre héros décide qu'il s'ennuie avec sa "bobonne" et que le sexe n'est pas si bien que ça, et part rejoindre l'autre. Bon, rien de trop grave, ils n'étaient pas ensemble depuis longtemps. Il fait tout cela contre les conseils de ses amis, mais bon, il a ses raisons, et il fait ce qu'il veut...

Sa nouvelle copine le présente à son groupe d'amis artistes. Elle, elle est étudiante, elle peint, elle fait des collages, et gagne très peu d'argent. Ce n'est pas honteux, c'est un constat. Lui, il a un salaire. Ses amis remarquent que la fille en question n'est libre de le voir que lorsqu'il est payé en fin de mois, et ils le lui disent... Mais c'est "sûrement une coïncidence", non ? Hein ? Dites ? Bref...

Toujours est-il que notre héros remarque chez l'hétaïre de faculté un collage étrange, au plafond de sa chambrette, entièrement fait à partir de la page cinquante-deux de nombreux livres. Si, si, c'est de l'art.

Il avait déjà remarqué sur elle un petit tatouage du même chiffre, très discret... Et certains de ses amis portent aussi un tout petit 52 quelque part sur leur peau. Intrigué, il lui demande ce que ça signifie... Et elle lui répond que si il se le fait faire, elle le lui dira. Bien sûr il est absurde, stupide et inconscient de se faire faire un tatouage dont on ne connait pas la signification, sous la pression d'un proche, et encore plus sous celle d'un groupe... Bien sûr, bien sûr...

Mais, vous allez rire, notre héros au sourire si doux obtempère !

Chantage affectif et/ou sexuel ? Jeu sur sa virilité et son courage de la part de la jeunette ? Oui, sans aucun doute. Mais je pense que notre héros avait une réelle volonté de savoir, d'appartenir à un groupe "cool", et de donner une preuve d'amour, ou au moins de dévotion. Cette volonté a hélas surmonté son sens commun... Ce n'est pas la première fois, d'ailleurs, qu'il se fait faire un mauvais tatouage.

Petite digression : Notre héros voulait se faire tatouer sur le bras. Il avait fait faire le dessin spécialement par un ami... L'aurait-il fait tatouer par un artiste de bonne réputation dans des conditions saines ? Non, il l'a fait faire à l'occasion d'une "tattoo party" dans l'appartement d'un pote. La tatoueuse, cette imbécile, lui a dit "Ah, il y a trop de détails, je ne vais pas pouvoir le faire exactement". Aurait-il répondu "Eh bien dans ce cas ne me tatouez pas, j'irai voir quelqu'un de compétent" ?

Non. Il a répondu "Oh, ce n'est pas grave !". Il porte aujourd'hui sur le bras une version "gamin de douze ans" du dessin qu'il voulait, et c'est bien fait pour lui. Mais il dit évidemment qu'il aime bien, et que ce n'est pas grave... Fin de la digression, qui en dit tout de même long sur le rapport de cet homme au tatouage et à son corps, et sur sa façon d'envisager la vie et la permanence en général...

Tout ça pour dire que, cette fois encore, il est tombé dans l'excès pour son tatouage "preuve d'amour".

Plutôt qu'un petit chiffre discret tatoué à un endroit peu visible et aisément recouvert en cas de déception sentimentale ou autre, le voilà à présent avec un énorme 52 rouge et noir bien visible sur la nuque, tout sauf discret, à la différence de ceux des autres membres du "groupe" ! Et le voilà tout fier qui montre l'œuvre à sa dulcinée le soir même. Elle ne pensait pas qu'il le ferait, même si elle est flattée, et elle lui révèle la signification du tatouage... A condition qu'il ne la révèle pas lui-même.

Fort de cette information, fier et excité, il promet. Et, le lendemain même, elle décide de rompre avec lui.

Ben oui, vous vous attendiez à quoi ?

Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, croyant être grand prince, il décide de tenir sa promesse et de en pas révéler la fameuse information... Il clame à qui veut l'entendre que ça valait le coup, bien sûr, mais chacun sait reconnaître un tel mécanisme (par ailleurs pathétique) de protection affective.

Cela valait-il le coup ?

Certes, vous criez, vous hurlez "Quel con !", je vous ai ouï d'ici... Vous vous dites, très normalement, qu'aucune fille ne mérite qu'on se fasse tatouer pour elle (et j'ai déjà mis en garde dans mon billet sur le tatouage contre ce genre de chose bien trop courante)... Surtout pour une relation qui n'a duré que quelques semaines, un groupe de faux amis qui ont coupé les ponts, et une histoire qui a mis fin à son aventure précédente, bien plus saine et positive.

Comme moi, vous vous dites que même si un conjoint m'implorait à genoux, je ne me ferai pas faire de tatouage pour lui sans en connaître la signification, et même alors je réfléchirai à deux fois et resterais sagement sur ma position, pour des raisons évidentes : L'amour se passe de preuves, l'amour ne donne pas dans le chantage. On aime l'autre tel qu'il est, avec ce corps et cet esprit, et on n'a pas besoin de le recouvrir de gribouillis !

Vous vous dites aussi qu'aucune explication a posteriori ne mérite qu'on fasse un tatouage juste pour voir... Ou que l'explication a vraiment intérêt à être hyper bonne.

Vous voulez l'explication ? Vous voulez vraiment savoir ?

Moi oui. Bon, ça m'intriguait, et l'individu en question m'avait dit qu'il me révélerait la vérité si jamais je trouvais la signification du tatouage... Ou, bien sûr, si je me le faisais tatouer moi-même.

Je ne suis pas assez con pour cette dernière option, alors j'ai demandé.

Est-ce que c'est une d'installation artistique vivante faisant partie de son collage ?

Est-ce en rapport avec le nombre de semaines dans une année ?

Le nombre de jours de leur relation ?

La somme des jours de naissance de X ou Y ?

L'année de naissance ou de mort d'un proche ?

Son matricule en prison ou à l'armée ?

Une explication magico-numérologico-ésotérique à la con ?

Les mecs qu'elle a eu ? Ceux qu'elle a eu en même temps ?

Le nombre de ses victimes ?

Le nombre de façons qu'elle connait de tuer quelqu'un ?

Le département de la Haute-Marne ?

Son bus préféré ?

Le nombre de pilules que cette salope sociopathe (n'ayons pas peur des mots) doit prendre chaque jour ?

J'ai demandé tout cela, et plus encore... Rien n'y a fait.

En fin de compte, il a suffi que je demande à un de nos amis communs de l'emmener faire la tournée des bars et de le faire suffisamment boire pour qu'il révèle, comme un con, la vraie raison...

La seule signification de ce tatouage, ce que cet ex psychotique et délétère lui a dit, c'est : "Tu l'as fait parce que tu me fais confiance, ça n'a pas d'autre signification..."

Autrement dit, ça ne veut rien dire... Si ce n'est "Ha ha, pauvre crétin, je t'ai fait te scarifier visiblement et douloureusement juste pour voir si tu le ferais !"

Bien sûr, il va démentir et nier à toute force si on lui demande, mais nous savons tous que c'est vrai dans notre groupe d'amis.

C'est donc juste une blague cruelle à ses dépens. Ce tatouage servira au moins à lui rappeler toute sa vie d'être moins stupide, pourrait-on se dire... Si ce n'est qu'il ne le prend absolument pas de cette manière et est loin de se repentir.

Question connerie, je trouve que ça se pose là.

Quelle conclusion apporter à cette triste histoire ? Je pense que cela se passera de tout autre commentaire, parce que si vous ne savez pas dégager au moins deux morales à cette fable, c'est que vous avez un problème au cerveau... J'aimerais juste ajouter, juré, craché, que cette histoire est vraie. Oui, ces faits sont authentiques à 100% et sont arrivés récemment à un de mes amis.

Je n'ai absolument rien changé, pas même la teneur dudit tatouage, et c'est pour ça que je n'ai pas cité de noms... Cela ne serait pas chic pour cet ami. Il ne risque pas de lire ce blog, mais s'il en a connaissance, il se reconnaitra... Et, là encore, ça sera bien fait pour sa gueule.

Comme disait Benjamin Franklin, la vie est un professeur terrible, mais c'est parfois le seul que les gens écoutent !

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samedi 5 mai 2012

Allumer le feu...

Il apparaît à certains (presque invariablement religieux, mais pas mal d'agnostiques et d'athées discrets sont de cet avis...) que le "problème" des sociétés laïques, c'est que sans la religion, ou au moins l'idée de dieu, sans la croyance en quelque chose de plus que la réalité, d'au delà des nuages, de céleste et de numineux, l'humanité perd l'espoir de s'élever... Perd toute forme d'espoir, en fait. Ainsi, est-ce que nous rendons service à l'humanité en critiquant la religion ?

Comment replacer dans la société les idées abstraites de compassion, de solidarité, d'amour, sans la religion ? Tant de penseurs, des plus machiavéliques aux mieux intentionnés, n'ont-ils pas dit que la religion était, à tout le moins, utile ?

Pour résumer, sans la "poésie" que les textes sacrés sont supposés ajouter au monde, nous en serions réduits à une société positiviste bas du front, à la triste réalité, austère, et en fin de compte inhumaine... D'aucuns diraient staliniste. Un échec de l'imagination. Outre le fait indéniable que, même si cela était vrai, cela n'est pas un argument pour l'existence du surnaturel, il est assez facile de donner tort à ceux qui professent cette fausse affirmation...

Richard Dawkins l'a fait, presque tous les scientifiques peuvent le faire... Mais pas que. Un littérateur, un philosophe, un humaniste y arrive aussi bien.

Stephen Fry, répondant à ce pseudo-argument lors d'une causerie publique, a improvisé l'une des plus belles apologies de l'esprit humain jamais entendues. La voici :

"Je pense qu'on peut dire sans crainte que presque tous les grands échecs de l'Humanité sont des échecs de l'imagination, dans une certaine mesure... Un échec à comprendre d'autres esprits que le sien.

Cela me rappelle ce qu'avait dit G. K. Chesterton. C'était bien entendu un homme de foi, et pas des plus aimables, mais il a toutefois dit de bonnes choses; et l'une d'entre elles est que le problème de l'athéisme c'est que quand on cesse de croire en dieu, ce n'est pas qu'on croit en rien, c'est qu'on peut croire en n'importe quoi. Et c'est peut-être bien vrai que nous vivons dans une culture où la raison n'est pas aussi glorifiée (déifiée, allais-je dire...) autant qu'elle le devrait.

Cependant, je ne pense pas que nous devrions laisser à la religion l'usage de ce tour de passe-passe qui consiste à soutenir que tout ce qui est beau, spirituel, noble, altruiste, vertueux et hautement moral sont, d'une manière ou d'une autre, des inventions de la religion, ou même des domaines spécifiques et particuliers à la religion.

On peut sans aucun doute affirmer que le christ qui a dit "Que celui qui n'a jamais pêché lui jette la première pierre" était moral... C'est une très belle chose à dire. Quiconque aurait dit cela aurait mérité un grand respect et gagné l'intérêt de ses contemporains ! C'est l'une des plus belles phrases jamais dites...

MAIS il n'y a pas de monopole sur la beauté et la vérité, pas pour la religion.

Je suppose que l'une des raisons pour laquelle j'aime tant les Grecs, et l'une des raisons pour laquelle le grand poète radical Shelley a écrit son Prométhée Libéré, est parce qu'il avait compris que le mythe de la genèse – qui avait diablement pesé sur le dos de notre culture, celle de l'Europe de l'Ouest, pendant vraiment très longtemps... Deux mille ans, en fait – est essentiellement un mythe selon lequel nous devrions avoir honte de nous-mêmes.

Dieu nous dit "qui t'as dit que tu étais nu ?"... Quelle raison aurait-on de croire que nous sommes nus, et que, si nous le sommes, c'est quelque chose dont nous devrions avoir honte ? Que nous devrions nous excuser de ce que nous sommes ? Nos gènes, nos pulsions, nos appétits, nos motivations, nos désirs... Nous n'avons pas à nous excuser de tout cela ! Nous nous excusons parfois de nos actions, parfois nous nous repentons, et à juste titre.

Mais voilà le mythe de la genèse, de la contrition. Le mythe grec est celui de Prométhée, qui vola le Feu des Cieux et l'offrit à son mortel préféré, l'Homme... En d'autres termes, les grecs disaient que NOUS avons le feu divin, et que quelle que soit ce qu'on définit comme l'étincelle divine, elle est EN NOUS. En tant qu'humains, nous sommes aussi bons que les dieux... Les dieux sont aussi capricieux, méchants, fous, stupides, jaloux, avides, comme les dépeint la mythologie grecque.

Et pour ce qu'il a fait, les dieux ont enchaîné Prométhée au mont Caucase et l'ont condamné à se faire dévorer le foie par un aigle tous les jours, son foie repoussant chaque fois parce qu'il était immortel.

C'est, à mon sens, une bien meilleure explication. C'est ce que Shelley avait compris (et bien entendu, sa femme, Mary, qui a décrit Frankenstein comme le Prométhée Moderne), que l'idée mythologique d'un champion de la vraie humanité – et du véritable humanisme, comme on dit maintenant – c'est que nous sommes les capitaines de nos propres âmes et les maîtres de nos propres destins; que nous possédons tous le feu divin, cette étincelle divine de la grandeur et de la bonté.

Il est parfaitement évident que s'il y a un dieu, il a perdu tout sens du goût. Sans même parler de l'agressivité et des côtés largement déplaisants de la droite radicale et des soi-disant hordes islamistes venues de l'est, le simple manque d'intelligence et d'intuition, de facilité d'expression, de capacité à inspirer autrui du clergé et des ecclésiastiques ici même, dans ce pays... Et même en Europe... Je veux dire...

Dieu avait jadis Bach et Michel-Ange de son côté, il avait Mozart... Et maintenant qui ? Des rouquemoutes à moustache molle et lunettes teintées qui réduisent toute la gloire de la théologie à "un genre de partage, tu vois"... C'est ce que la religion est devenue : Absurde, faible et anémique... Parce que nous avons compris que le feu était en nous ! Il n'était pas dans quelque idole sur un autel, qu'il s'agisse d'une croix d'or, un bouddha, ou quoi que ce soit d'autre.

C'est nous qui l'avons. La faute est nôtre et pas dans nos étoiles... Mais la gloire est nôtre aussi.

Tout... Nous acceptions les lauriers de ce qui est grand chez l'Homme, et le blâme pour ce qui est terrible en l'Homme.

Nous ne nous prosternons ni ne nous excusons aux pieds de nul dieu, ni ne sommes infantiles au point de projeter l'idée que si nous avons un père en tant qu'homme sur Terre, nous devrions en avoir un aux cieux. Il nous faut grandir."

Qu'ajouter à cela ?

Parler de la présente campagne électorale, ou absence d'icelle ? Du fait qu'elle n'a pas le quart de la capacité à inspirer, de l'Enthusia, comme disaient les Grecs, de ce simple texte ? Qu'elle n'est qu'un duel de gueules vide de sens, de bustes "creux et plus grands que nature" comme dans la fable, et qu'elle n'a pas abordé un seul des vrais problèmes ? Que les gens, oscillant entre Charybde et Scylla ont (à bon droit) peur de voter pour un candidat à cause de ce qu'il a fait et craignent de voter pour l'autre à cause de ce qu'il compte faire ?

Ce serait finir oiseusement et faire trop d'honneur aux pourceaux.

J'irai voter dimanche... La mort dans l'âme. La fameuse société austère, repliée, terre-à-terre, bas du front et sans inspiration dont on parlait ? La voilà. Et c'est la religion qui l'a enfantée.

promethee