vendredi 4 juillet 2008
Somewhere out there...
De temps en temps, il est bon de s’éloigner des bas biens de ce monde… D’aérer son esprit en le nourrissant de calmes introspections, de méditations et de prières dans le giron placide d’une retraite spirituelle. Erémitisme et ascèse sont les maîtres mots de qui fuit ainsi les excès nocifs de la vie moderne, et cherche la purification de l’âme dans les voies bénies de nos chers anciens…
C’est pourquoi je vais m’en fourrer jusque là pendant mes vacances, et me prélasser dans des appartements honteusement grande avec quelques larbins à mes pieds pour m’apporter des petits ortolans, des oursins confits et des raisins fraîchement pelés pendant que je contemple un pauvre en train de se faire fouetter devant la vue splendide de mon immense terrasse de marbre fin.
Tout ça pour dire que je suis en vacances jusqu’à nouvel ordre. Mais ne vous inquiétez pas, je reviens bientôt. Bye !
jeudi 3 juillet 2008
In Grid We Trust
Ingrid est revenue. Vous permettez que je l’appelle Ingrid ? Après toute cette médiatisation, cette mobilisation gluante de bons sentiments, tout le monde avait l’air d’appeler la franco-colombienne par son prénom sans pour autant avoir le moindre lien avec sa vie, sa cause ou ses idées… Il suffit de compatir, non ? Bref, la revoilà. Tant mieux pour elle, elle a vécu l’enfer.
Elle vient de dire que c’était horrible dans la jungle, qu’on l’avait traité « comme un chien », et pire encore, que les FARC « ne représentent plus rien en Colombie », et que ce ne sont que d’immondes barbares. Bref, tout ce qu’on savait déjà AVANT qu’elle ne se fasse capturer… Et rappelons qu’elle était partie négocier avec ces gens, au nom d’une certaine communauté d’idées.
Je ne voudrais pas avoir l’air de dire que c’est de sa faute, ni que cela justifie son calvaire, mais bon, C’EST PAS COMME SI ON L’AVAIT PAS PREVENUE ! Elle l’a cherché un peu, cette c… Pardon, cette gentillette idéaliste socialiste. Je l’avais dit et redit dans ce blog, Ingrid, c’est JUSTE Ingrid. C’est l’arbre qui cache la forêt vierge, la pauvre imbécile qui passe bien à la télé, dont on a fait un symbole.
Que dire des autres otages, prisonniers et autres exilés, perdus au fin fond de je ne sais quelle contrée, pas seulement aux mains des FARCs mais partout ou manque un peu de démocratie ? Ont-ils bénéficié d’une médiatisation intensive ? Pas que je sache. Il y a du favoritisme, et ce n’est pas comme si Ingrid avait fait quelque chose de plus ou de moins qu’eux !
Ce qu’elle était – ce qu’elle est encore – c’est une image choc, exploitée sans vergogne pour faire vendre des papiers-poubelles et des reportages télé-moches pondus par d’immondes pisse-copies aidés de blancs bien pensants qui soignent leur bonne conscience, sachant bien qu’aucun de ces gens là ne sait vraiment ce qui se passe là-bas, parce qu’ils ne se sont pas documentés et qu’ils n’y ont jamais mis les pieds !
Elle est rentrée ? Tant mieux. Elle ne vivra plus sous la torture pour devenir une énième source d’exploitation inutile en France : journaleux avides, webmestres masturbateurs, politiciens véreux en mal de sensationnel, caritatifs désœuvrés, grâce auxquels la valeur marchande de cette pouffe de Betancourt a grimpé en flèche, retardant par là-même sa libération.
Je crache sur ces infâmes cuistres… Et si je ne crache pas sur Betancourt, c’est parce qu’elle a déjà assez souffert, et qu’elle et ses pauvres enfants (enfants qui sont vraiment les seuls innocents ici, s’il existe une telle chose dans cette sombre histoire plus magouilleuse et moins hollywoodienne qu’on voudrait nous le faire croire) ne méritent que ma plus totale indifférence.
mercredi 25 juin 2008
Prince Casse-Pieds
Aujourd’hui sort au cinéma le Prince Caspian, la suite de cette bondieuserie crapoteuse à gros budget, redite édulcorée de la Bible par un sous-Tolkien de supermarché, que fut Narnia. Comme je n’ai aucune envie de parler d’un énième navet pour enfants du type affiche à dominante bleue et lettres dorées / enfants héros d’un monde magique, je ne vais pas m’emmerder à le faire.
A la place, je vais vous parler du dernier film de M. Night Shyamalan, Phénomènes.
Je précise tout de suite que je ne l’ai pas vu… Mais ne nous arrêtons pas à ce détail. Comme le sait fort bien Paul Valéry, il est tout à fait possible de parler d’une œuvre avec justesse en faisant fi de son contenu. Voire même en ne faisant aucune allusion à son auteur. Les critiques en tout genre n’hésitent jamais, d’ailleurs, à pratiquer leur art de cette manière, alors pourquoi ne pas essayer ?
D’autant que je n’ai pas besoin d’avoir vu le film pour savoir ce qu’il contient… Les sources à ce sujet sont nombreuses et variées, et l’histoire est relatée un peu partout : Les gens commencent à se suicider en masse dans le monde. Un prof de lycée et quelques autres y survivent pour découvrir qu’il s’agit d’un gaz neurotoxique sécrété par les plantes, vengeance de la nature sur l’homme.
C’est tout. Je veux dire, c’est là toute l’histoire. On dirait un peu La Ceinture Empoisonnée de Conan Doyle, un roman mineur et méconnu, car assez simpliste. Il s’agit donc d’une fable écologiste à deux balles avec des acteurs connus, dite par un réalisateur duquel on attend encore beaucoup (ou, plus exactement, qu’on attend au tournant pour voir s’il va se planter ou pas).
J’en veux pour preuve le fait que tout le monde ou presque va le voir… une fois.
Les critiques sur AlloCiné.fr (et ailleurs) vont de zéro à 4 étoiles, à peu près également réparties sur tout le spectre de la notation possible. Il y a autant de bonnes critiques de spectateurs que de critiques moyennes, et à peine plus de mauvaises critiques. Il y en a même qui mettent 4 étoiles et disent clairement « si vous avez aimé Le Village et Signes, vous allez adorer… moi j’ai détesté. »
La critique de Chronic’art est un bijou d’élitisme verbeux et minable (comme le reste du magazine) :
Moins de signes et plus de flou (…) voilà la zone de mouvance et d’illisibilité maximale où semble désormais se poster le cinéma de Shyamalan. La nuit, le brouillard, l’automne de l’échec ont semble-t-il recouvert les certitudes et les apparats du wonderboy, ouvrant du même coup un champ nouveau au déploiement de ses maléfices. 4 étoiles.
Ah, ça se pose là, une critique pareille ! Traduction : On n’a rien compris, on a détesté et on s’est fait chier à cent sous de l’heure, d’ailleurs on l’a pas tous vu, et la plupart d’entre nous étaient dans le gaz, mais comme c’est visiblement un réalisateur intello on se gargarise de mots, on appelle le réalisateur par son nom de famille, et on dit que c’est génial.
Mad Movies, critique qui, à défaut d’autre chose, a souvent le même avis que moi, a le mérite d’être clair : Des protagonistes improbables, balancés là dans le seul but de dynamiser un scénario vide et creux. Zéro étoiles. Je ne sais pas ce que j’aurais pensé des protagonistes, mais il est vrai qu’on en attend peu de Mark Wahlberg en tant qu’acteur convaincant…
Quant au scénario, on l’a vu, il ne dépasse pas la série Z. En fait, le même jour, est sorti un bon gros navet de série Z assumé : Ruines. Il ne passait, hélas, que dans trois pauvres salles à Paris, complètement bouffé par le phénomène Phénomènes. C’est l’histoire d’un groupe de gens qui se réfugient dans une pyramide en ruines envahie par une plante carnivore monstrueuse.
Il s’agit donc du même thème, ici tourné en dérision comme seul sait le faire un petit budget.
Quant à Phénomènes, en ne regardant pas le film, je ne peux pas être influencé, pollué, par le message que cherche à faire passer le réalisateur. Oui, parce que Phénomènes est un film a message. Personnellement, j’aime quand les films que je vais voir me racontent une histoire, et j’ai toujours été d’avis, comme beaucoup, que les « messages » étaient du ressort de la poste et pas des auteurs.
Foin des analyses filmiques des étudiants qui se tirent la ficelle dans le noir : je suis capable d’analyser moi-même un film si l’envie m’en prend. Je veux simplement qu’on me dise s’il est bien ou pas, si j’aimerai ou pas ! Les cahiers du cinéma, et les autres, ce sont des inutiles qui vont se masturber devant des films traditionnels plutôt que pornos, et font du sperme recueilli un magazine…
Songez qu’il est considéré comme factieux pour un critique d’émettre un avis sur un film, à l’heure actuelle !
Quoi qu’on en pense subjectivement (et je peux comprendre que cela ne soit pas important de savoir ce qu’un critique en pense, tant qu’il nous permet de nous faire une opinion par nous même au lieu de s’ingénier à faire le contraire), le film Phénomènes a fait beaucoup de remous, simplement parce que c’est le dernier film de ce réalisateur si étrange et fascinant…
Le cinéma de M. Night Chia-mal-âne fait en effet l’objet d’un buzz particulier : Considéré comme un des Très Grands Réalisateurs, Monstre Sacré dés son premier film, un enfant prodige du 7e art en plus d’être un américain d’origine indienne particulièrement photogénique, on le voit comme le renouveau d’Hollywood. Même ses détracteurs lui reconnaissent un talent indéniable.
Peut-être parce qu’encenser une telle œuvre ne demande aucune réflexion. C’est vrai quoi, c’est tellement plus simple de faire semblant de ne pas s’apercevoir que l’empereur est nu. Chronic’art a raison sur un point : le cinéma de ce réalisateur est d’une illisibilité, d’une inregardabilité (qu’on me pardonne ce néologisme pour « imbitable ») presque maximale.
On dit que presque chacun de ses films est un nouveau classique. Personnellement, j’ai aimé le 6e Sens la première fois que je l’ai vu, et je l’ai VOMI dés la seconde fois. J’ai trouvé ça lent et chiant. Un film qu’on ne peut pas voir plusieurs fois, je n’appelle pas ça un classique… Incassable, son second film, je le revois avec un certain plaisir, malgré des longueurs évidentes.
Encore qu’il y a mieux. Mais c’est normal, Incassable repose sur un thème que j’apprécie, et on peut presque dire qu'il assume son côté dérisoire. Signes et le Village sont pour moi des daubes absolues, que je me suis forcé à regarder jusqu’au bout. Le faux suspense est comme un soufflé qui, plutôt que de retomber, n’a jamais levé en premier lieu… Pathétique !
Reprenez mot à mot la critique de Phénomènes selon Mad Movies un peu plus haut dans ce billet, et vous aurez résumé ces deux films.
Vous comprendrez que je n’aie pas souhaité voir La Jeune Fille de l’Eau, après m’être pourtant acharné à examiner les films précédents… Et que je ne souhaite pas voir Phénomènes non plus. Quoi qu’il en soit, je n’appelle pas ça des classiques, nouveaux ou autres ! Il se trouve que je suis loin d’être le seul à détester ces films.
La question que je me pose, c’est pourquoi faire enfler la réputation de ce réalisateur alors qu’il ne produit que des films qu’on dira pudiquement mitigés ? Quentin Tarantino, bien qu’ayant réalisé moins de films, les a tous réussis mieux que lui. Spielberg, si l’on peut discuter ses scénarii, n’a plus rien à prouver en terme de réalisation, et il est encore bien vivant, que je sache… Et j’en passe.
Certains disent qu’il va s’améliorer… Eh bien, c’est ça ou crever la dalle. Quoi que, le snobisme fait recette. Au moins, qu’il se paie des scénaristes et un directeur de la photographie qui calme ses ardeurs.
M. Night Shyalamanelejanalakaman est-il un Ed Wood qui s’ignore ? Un réalisateur de navets étrangement beaux, un nul qu’on aime ? Non, il est tout simplement hitchcockien. On reconnaît dans ses films nombre des codes du grand ancien, au premier coup d’œil. C’est à se demander s’il s’agit d’un hommage, d’une inspiration, d’une parodie, ou de pompage éhonté.
Le réalisateur n’hésite pas à se mettre en scène dans chacun de ses films (quelle fatuité !), et à distiller le suspense à la façon du maître… Sauf que la copie est mauvaise, à revoir : derrière le suspense de M. Night Shyamalan, il n’y a jamais rien. Soit dit en passant, si cet immense classique que sont Les Oiseaux ressortait de nos jours, ce serait un BIDE RETENTISSANT. Trois piafs et une musique dissonante ? Je rigole.
Il faut laisser le passé au passé. Conclusion : renouveau, mon cul.
Si on ne peut nier le fait que M. Night Nanaufromage (putain, j’en ai marre d’écrire son nom, à ce connard…) possède un talent certain pour faire de jolies images et une mise en scène astucieuse, cela ne suffit pas. A l’instar des images de synthèses des épisodes I, II et III de Star Wars, la réalisation de M. Night Shamalama-ding-ding est omniprésente, envahissante, trop visible, et ne remplace rien de ce qui manque à ses films.
On sent, hélas, qu’il veut montrer son art. Il y arrive, et c’est fort beau, mais ce n’est pas le but de l’exercice : cet homme aurait dû faire de la photographie (ce qui aurait eu l’avantage de ne pas attirer mon attention, puisqu’il s’agit d’une facilité que je n’estime pas). Plutôt que d’être au service de son histoire, de son film, de ce qu’il veut montrer, il est au service de la forme.
Et, franchement, c’est chiant. Cet homme l’est, d’ailleurs, du moins lorsqu’il parle de ses films. Je n’ai peut-être pas vu Phénomènes, mais j’ai vu des interviews du réalisateur quant à ce film, et aussi quant aux précédents : il m’a fait l’effet d’un imbécile puant d’orgueil. Ce que j’ai dit plus haut est vrai : la vraie star de ses films, c’est lui, ce ne sont ni les acteurs, ni le scénario, ni rien d’autre.
Cet homme est talentueux, mais certes pas moitié autant que ce qu’il croit. Il a réussi un exploit proverbial : avec un talent aussi aiguisé, il s’est coupé lui-même.
Pour toutes ces raisons, je n’irai pas voir le Happening de M. Night Shyamalan, pourtant sorti il y a deux semaines en France sous le phénoménal titre de Phénomènes. Je pense sincèrement qu’il s’agit d’une merde, avec des acteurs pas si bons que ça qui font ce qu’ils peuvent pour tenir à bout de bras un scénario indigent, prétexte à des photos style performance art, (lire foutage de gueule) et un message bateau.
Mais comme vous allez y aller, comme tant d’autres couillons, vous me direz si j’ai raison ou pas.
samedi 21 juin 2008
La grosse Raymonde...
On a perdu, les doigts dans le cul… Et c’est tant mieux. Je parle bien entendu du monde footballistique. A ceux qui ne seraient pas des fidèles lecteurs de ce blog, je signale que je HAIS le football, en tant que sport comme en tant que pompe à fric. Oui, j’ai toujours trouvé que jouer à la balle, c’était le boulot des chiens… Et payer un chien aussi cher, si bon joueur de balle et si mignon soit-il, c’est de l’abus !
Le simple fait de travailler dur et d'avoir comme loisir de regarder quelqu'un d'autre jouer en plein air, ça me dépasse.
Et donc, on a perdu. La France a perdu. Vous avez remarqué comme on dit « La France », comme si tout le pays avait subi une défaite cuisante, comme si la totalité du territoire avait été conquis comme au temps des guerres napoléoniennes… Il y a quand même une immense majorité du pays qui ne tourne pas autour du football (encore heureux !), même si on est tous forcés d’en entendre parler.
Je ne sais pas contre qui l’équipe de France a perdu et je m’en fous, autant que de savoir qui joue contre qui ces derniers soirs… Frangipanie occidentale contre Dahomey, République Populaire de Mon Cul contre la Commode ? Je ne comprends même pas comment on peut s’en soucier. Et pourtant, toutes les grilles des programmes télévisés sont bouleversées, et les pages sport enflent démesurément.
Comble de l’horreur, la sinistre blague du sélectionneur de la fameuse équipe de France qui a, pour de vrai, demandé sa fiancée en mariage. En direct. Après une défaite. L’homme est un incommensurable beauf. Certes, cela va sans dire : son nom, sa coiffure, sa manière de parler, sa vocation… Il suffit de le voir une fois pour se dire que les parents du petit Raymond Domenech auraient dû être stérilisés.
Pourquoi donc cet homme est-il exposé au feu des médias ? Il occupe un poste plus inutile encore que les joueurs, puisque son seul « travail » est de dire qui va jouer ou pas de ceux qu’on paie une fortune pour être dans l’équipe, et de dire qui prend quelle seringue… Il n’est même pas plus sportif que ça. Il a un taux de glamour à 0%, et il est aussi chiant qu’une pub anti-piratage inzappable au début d’un DVD.
Sa demande en mariage est le plus gros non-événement au monde. Un peu de néant dans du vide et entouré de rien. Et il nous l’impose.
Ce qui me dégoûte encore plus, c’est qu’on continue de parler foot partout alors que le peu qu’il y avait à en dire n’est plus… C’est fini, les gars ! Il faut savoir s’arrêter. On en a marre des "infos" qui se résument au sport et aux reportages sur l’entraînement des bleus, l’hôtel des bleus, la coiffure des bleus… des matchs trois soirs par semaine dans lesquels jouent des gens que personne ne connaît et dont tout le monde se fout…
Comment dites-vous ? Les footeux ? Mais ça ne compte pas, ça. A force de se faire laver le cerveau, ils ne sont plus vraiment humains. A peuple pathétique, héros minables. De mon côté, j'ai revu en DVD l'indémodable chef d'oeuvre des Marx Brothers, Plumes de Cheval, qui parle de football (américain, certes, mais vu le traitement qui en est fait, c'est un détail) et mouille d'acide le monde plus financier que sportif de ce genre de compétitions.
Groucho disait "Je trouve que la télévision est très favorable à la culture. A chaque fois que quelqu'un l'allume chez-moi, je vais dans la pièce à côté et je lis."
Et il avait bien raison.
mardi 27 mai 2008
Pride before the fall !
L’autre jour, en me promenant dans la rue, j’ai vu une petite fille. Vous allez me dire que ça n’est pas très intéressant en soi, et vous aurez raison. Cette petite fille n’avait rien de remarquable : taille ridicule, vêtements roses tout en clichés, queue de cheval et joues potelées, la mère à ses côtés comme un accessoire de mode, un t-shirt à slogan sur son absence de seins…
C’est ce t-shirt qui a attiré mon œil. Il disait « Fière d’être blonde ». Une devise intéressante (surtout pour une petite fille brune…) sans doute destinée à prendre le contre-pied des multiples blagues sur les blondes, en affichant une défiance mal placée. Une tentative d’ailleurs si pathétique qu’elle-même peut être prise pour une blague sur les blondes…
Seule une abrutie serait authentiquement fière d’être née de telle ou telle façon ! Non parce que je ne sais pas pour vous, mais je ne suis pas particulièrement fier d’être brun. Ah, mais, j’en vois qui opposent d’autres arguments… « Il est gay », disent-ils, « Il connaît donc la fierté gay et la marche des fiertés ! ». C’est exact. Et je n’ai jamais participé à la Gay Pride.
Non que je sois contre, bien au contraire : j’approuve toute manifestation destinée à renforcer les droits des gays et les mettre au même niveau que ceux des hétérosexuels. Cependant, je ne pense pas qu’on puisse éprouver de la fierté pour quelque chose qu’on n’a pas fait ! Oh, je suis parfaitement heureux d’être gay. Mais fier ? Eh bien, ce n’est pas comme si j’avais accompli quoi que ce soit…
« Je n’avoue pas que je suis homosexuel parce que je n’en ai pas honte. Je ne proclame pas que je suis homosexuel parce que je n’en suis pas fier. Je dis que je suis homosexuel parce que cela est » disait Jean-Louis Bory en 1975, dans Les dossiers de l’écran… Et c’est frappé au coin du bon sens. Non mais sans blague, est-ce qu’on devrait soudain être fier d’être droitier ou gaucher ?
La comparaison est irrésistible avec ceux qui sont fiers d’être français…
Avez-vous remarqué que ceux qui se disent fiers d’être français sont justement ceux qui n’ont pas lieu de l’être, parce qu’ils sont nés en France ? Pour reprendre le thème d’un billet précédent, au vu de la situation bureaucratique inextricable et des lois iniques en vogue depuis longtemps (et pas seulement récemment !), ce sont ceux qui deviennent français qui ont tout lieu d’être fiers de ce qu’ils ont accompli !
On peut être heureux d’être du pays de Voltaire, pourquoi pas… Heureux d’appartenir à une nation de petites gens qui font de grands rêves, heureux d’avoir un système de sécurité sociale qui marche mieux qu’ailleurs (pour combien de temps encore ?), heureux malgré tout pour des tas de choses que nous, Français, faisons encore très bien… Mais fier ? Mon cul, oui !
Doit-on être fier de mesurer 1m80 ? Plus que de mesurer 1m60 ? Doit-on être fier d’aimer les spaghettis ou les brocolis ? Autre question inévitable : Doit-on être fier d’avoir des origines de tel ou tel pays, plus que d’un autre ? Car la question de la fierté, qu’on a ou qu’on n’a pas, pose la question dangereuse de la hiérarchie des origines…
La fierté, c’est toujours compétitif. On est toujours fier de quelque chose qu’on est le seul à avoir fait. On est toujours heureux de ne pas être quelqu’un d’autre… Un sentiment proche d’un schadenfreude raciste. Personnellement, je suis heureux, mais ça dépend des jours. En revanche, je suis carrément fier de ne tirer aucune fierté futile de ceux qui sont morts avant moi !
C’est ça, le vrai patriotisme, en fin de compte : Ne rien tenir pour acquis, ne rien croire sien de ce qu’on n’a pas fait.
lundi 26 mai 2008
Reform Club...
Les réformes, en ce moment, c’est la folie ! Il y a des tas de réformes nécessaires, et des tas d’autres purement cosmétiques, je suis sûr que vous l’avez remarqué. Les propositions de lois fusent, et les oppositions débiles à ces lois tout aussi ineptes vont bon train… A gauche, à droite, au centre, tout le monde y va de ses termes, de ses petites phrases, de ses gimmicks…
Par exemple, on n’a jamais autant tenté d’amender notre Constitution que de nos jours. Je ne parle pas de changements profonds, que promettaient tous les candidats à la dernière présidentielle (notamment en ce qui concerne le parlementarisme, les mandats…), mais bien d’ajouter encore quelques lignes aux nombreux articles, pour faire joli…
Par exemple, la Constitution risque prochainement de reconnaître les langues régionales comme partie intégrante du patrimoine, tout en conservant le français comme langue officielle de la République. Je pose la question : Mais qu’est-ce que ça fout là ? C’est un truc que tout le monde sait, aucune langue n’est interdite, et mentionner leur existence dans la Constitution ne va rien changer à quoi que ce soit !
Autre proposition ô combien superflue, transformer la mention « République française, laïque, indivisible » en « République française, laïque, indivisible et sociale ». C’est quoi ce mot à la con ? C’est purement cosmétique, et ça peut vouloir dire n’importe quoi. Aucune loi, aucune propriété ajoutée. C’est juste pour faire genre « Regardez, on n’est pas de gauche, mais on pense aux gens ! »…
Ah, mais ce bric-à-brac sert : Les députés, les sénateurs, le gouvernement, les divers conseils, les partis politiques, et, d’une façon générale, tous ceux qui ouvrent leur gueule sans qu’ils n’aient rien à voir à l’affaire… Tout ça donne l’impression qu’ils font quelque chose. Pensez donc : pour amender la Constitution, c’est toute une histoire !
Il faut demander l’avis des chambres, du Conseil Constitutionnel, du garde des sceaux, de la concierge ou de je ne sais qui… C’est une procédure lourde, longue et pas très intéressante. Cela monopolise l’attention de beaucoup de monde et cause des batailles parlementaires complètement inutiles. Voire des polémiques de mauvais aloi. Aucun intérêt.
Le résultat ? Un ou deux mots ajoutés ici et là, sans aucune conséquence… A part des milliards de formulaires à rééditer avec les mots « et sociale » derrière « indivisible ». Comme on l’aime, notre paperasse ! Bien sûr, l'ajout d'un seul mot au bon endroit peut changer beaucoup de choses, mais là, c'est juste pour que tel ou tel lobby ne se sente plus pisser, croyant avoir gagné une guerre.
Comme notre République est de moins en moins laïque, de plus ne plus divisée, et qu'on y parle de moins en moins bien le français, est-ce que l'ajout du mot "social" n'est pas, au fond, un aveu du fait que tout le monde se fiche éperdument du sens de ce mot ? Pour ceux que ça intéresse, une République (Res Publica, la chose publique) est par définition sociale, car comportant plus d'un individu.
Cela me fait penser à l'expression ô combien risible de "démocratie participative", popularisée par Miss Poitou-Charentes et reprise, au mépris total de toute espèce de bon sens et de toute connaissance du vocabulaire, par presque tout le monde... Comme jadis la faute de françaises-français commise par l'autre andouille à la télé, et que tous les imbéciles politisés se sentent obligés de refaire.
Comme disait l'autre, on n'est pas sortis du sable...
dimanche 25 mai 2008
Le retour du Kärcher...
J’ai eu vent que le gouvernement nous préparait une nouvelle ânerie dans le plus pur style « Le monde est dangereux, on vous materne »… Une journée « Mission Mains Propres » pour sensibiliser les jeunes au lavage de mains et à la désinfection en milieu hospitalier, pour combattre les maladies nosocomiales. Mains désinfectées = Risques évités, dit le slogan.
Et c’est Roselyne Bachelot qui s’y colle, en bon petit soldat… C’est vrai qu’après l’avoir vue on a envie de prendre une douche…
Le problème, c’est que les infections bactériennes, à force de tout désinfecter et de tout stériliser, de mettre du savon antibactérien partout et de prescrire des antibiotiques à tire larigot, nous y sommes de plus en plus sensibles. Le mieux serait de moins désinfecter, de moins tout laver, d’augmenter les risques petit à petit… Une manière de galvaniser les enfants par la merde, si on veut.
Mais il y aurait des morts, évidemment. C’est une méthode hasardeuse, et personne n’a envie de tomber malade, ni d’amener la maladie sur la tête de ses descendants. Normal, c’est absurde pour toute personne sensée, et ce même si l’espèce humaine pourrait en tirer un certain bénéfice. Quoique, avec Roselyne Bachelot qui déblatère sa litanie pour l’asepsie, ça donne des envies de suicide…
Cependant, comme le soulignait récemment un de mes bons amis, avec un bon marketing on arrive à tout : la preuve, les médecines « alternatives » ne se sont jamais mieux portées qu’aujourd’hui en dépit de leurs résultats affligeants, et des fanatiques refusent la vaccination, la transfusion ou les antibiotiques pour leurs enfants au nom de la religion, ou même simplement pour boycotter « l’affreux monopole des compagnies pharmaceutiques » !
Bref, faites ce que vous voulez, de toutes façons le processus est déjà en marche : les bactéries résistantes sont là et elles ne sont pas contentes. Un humain de plus ou de moins ne changera pas la donne. Il faut juste se souvenir d’un truc important, c’est de se laver les mains, parce que ça la fout mal de serrer la louche à son patron alors qu’on vient de se curer le nez après s’être torché le cul.
En revanche, on attend toujours une opération « mains propres » chez les politiciens. Et ça ce serait un scoop.
samedi 24 mai 2008
Concombre masqué...
Il est temps, je pense, d’aborder un sujet plus léger que la politique, l’éducation ou la bêtise humaine… Et quoi de mieux pour se distraire qu’un bon roman ? Tiens, un bon Gaston Leroux, par exemple. Quoi ? Vous préférez les films ? Les livres durent plus longtemps, vous savez, et c’était tout ce qu’ils avaient à l’époque… Mais soit, j’aime les films aussi, et je ne ferai pas la fine bouche.
Je vais donc vous parler du Fantôme de l’Opéra, qui était un livre de Gaston Leroux avant de devenir des tas de films (dont aucun ne rend justice au roman, mais bon, c’est difficile, aussi). La version que j’ai vu récemment est celle de 1943, la première en technicolor (in flaming technicolor, dit l’affiche !) Avec Claude Rains dans le rôle titre, mais aussi Susanna Foster et Nelson Eddy.
Environ vingt ans après le premier Fantôme de l’Opéra, celui de 1925 avec Lon Chaney, Universal s’est dit qu’il fallait faire une version en couleurs, sonore et revampée… D’une part parce que ça pouvait faire des sous, et d’autre part parce qu’un film sur l’opéra qui n’a ni musique, ni couleurs, ça la fout mal. Là, le réalisateur et les producteurs compensent à mort.
Je veux dire, c’est la seule version du Fantôme à ma connaissance qui comporte des scènes entières de « vrais » opéras sur scène ! Ce film a bénéficié d’un budget plutôt pas mal compte tenu de la guerre : Un chœur de plus de cent personnes… Bon, comme ce sont des acteurs, à part le baryton Nelson Eddy, ça n’est pas vraiment de l’opéra, plutôt des airs d’opéra croonés par des chanteurs de variété.
Mais c’est un bel essai, surtout dans un décor de carton-pâte qui reproduit le Palais Garnier (indisponible car occupé par les Allemands à l’époque).
Rendons hommage à ce film qui est le seul à avoir suivi la logique Fantôme de l’Opéra = Vrais opéras, contrairement au récent navet de Andrew Lloyd Weber, qui, s’il est effectivement un film musical, tombe dans le ridicule achevé assez vite à force de mauvais chanteurs de Broadway, d’effets disneyens mal fichus, et de synthétiseur… Et contrairement à tous les autres films, d’ailleurs.
Quoi qu’il en soit, à part ça, cette version de l’histoire est assez éloignée du bouquin… Le Fantôme est ici un violoniste qui entretient son obsession (en fait une relation père/fille torturée) pour notre éternelle héroïne niaise, Christine. C’est aussi une version ou on voit pour la première fois le Fantôme « avant » et « après » le fait qu’il soit horriblement défiguré à l’acide.
En l’occurrence, c’est la secrétaire du graveur que le futur Fantôme est en train d’étrangler (un imbroglio parce qu’il pense qu’on lui a volé son concerto) qui prend un petit bac d’acide (pour les eaux-fortes, vous savez…) et le balance à la figure de l’agresseur… Nous voyons les conséquences de cet acte dans la scène que tout le monde attend, à la fin, celle ou Christine démasque le Fantôme…
Et il est horrible. Il est défiguré. Enfin, il n’est pas si terrifiant (on est en 1943, et on a assez vu d’horreurs comme ça… notamment dans le film qui grouille de français moustachus et vaudevillesques), il a juste l’air brûlé, avec un peu de latex sur l’œil. On a envie de lui filer une crème contre les brûlures. Voire de la biafine. Ou de lui faire essayer Biactol…
Ce fantôme est d’ailleurs plutôt bénin par rapport à d’autres. Là ou certains empalent leurs rivaux sur des têtes de licorne traversant la scène, il se contente d’étrangler deux ou trois imbéciles et de faire tomber le Grand Lustre sur le public (et, bien sûr, on ne voit jamais les corps, époque oblige). Il a aussi un masque pas très effrayant, et… Ben, Claude Rains n’est pas très grand…
Cependant, sans être effrayant, il arrive à être intimidant en projetant son ombre, et, d’une manière générale, en n’étant pas trop visible, caché derrière son manteau, son masque, son ombre, dans les coins, hors de vue, hors champ… C’est une prouesse, il faut le reconnaître, mais probablement pas pour Claude Rains, qui a fait la même chose, sommes toutes, lorsqu’il a joué l’homme invisible en 1933.
La fin de ce Fantôme fait presque pitié : enterré sous les fondations de l’opéra qui s’écroulent sur lui (alors que l’opéra reste debout, étrangement), sous l’éboulement déclenché par un seul tir de pistolet à grenaille (ils avaient des putain d’armes à l’époque, hein !), il n’en reste qu’un violon et un masque artistement déposés comme une gerbe sur sa tombe improvisée.
Pour résumer, ce Fantôme là n’est pas le plus costaud de tous, mais c’est le plus bariolé et le plus divertissant, le plus musical, le plus technicolor, et, l’un dans l’autre, un très joli voyage au pays kitsch et ringard de l’âge d’or d’Hollywood. Le film se laisse d’ailleurs regarder, au contraire de beaucoup trop de films récents ou la réalisation offensante et le scénario indigent font obstacle à l’esprit conscient…
Et, compte tenu des films tournés autour de cette même histoire, ce n’est vraiment pas si mal.
vendredi 23 mai 2008
Paperless office...
Toujours au sujet des services à la personne, dont nous parlions hier… Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi l’état avait financé cette superbe campagne de pub ? Pour le bien du monde ? Pour faire joli ? Pour donner un coup de pouce à l’emploi dans ce secteur ou c’est encore la honte de bosser ? Pour promouvoir l’usage de leur nouveau joujou, le chèque emploi-service ?
Oui et non…
Avec le chèque emploi-service, on rend rentable (ou on fait passer pour rentable grâce à la pub) le fait de déclarer ses employés de maison. Qui dit déclaré, dit taxé, et c’est autant de sous qui tombent dans l’escarcelle de l’état. De plus, ces emplois sont souvent exercés par des immigrés, au noir… C’est donc un moyen de contrôle de plus !
J’espère que je ne choque personne en n’utilisant pas le néologisme médiatisé de « sans-papier »…
A titre personnel, je refuse d’employer ce terme, comme la plupart de ceux qui n’ont aucun sens. « Sans-Papier »… C’est n’importe quoi ! De quel papier s'agit-il ? Et quand je sors sans paquet de kleenex, je suis sans mouchoirs ? Allons ! Un Sans-papier, c’est un terme politiquement correct très orienté, et qui ne convient vraiment à personne.
Car, enfin, ce n’est pas comme s’ils les avaient perdus, leurs papiers ! Le terme semble vouloir dire qu’ils n’ont pas de papiers et que c’est une erreur, qu’il faut leur en donner absolument… Rien n’est plus faux. Beaucoup ont, par exemple, des papiers étrangers, et tous ne remplissent pas forcément les conditions pour obtenir une carte de séjour, ou se faire naturaliser.
Ayant travaillé dans un tribunal d’instance (tribunaux qui sont, je le rappelle, dotés d’un bureau où se règlent les problèmes de naturalisation) et au service du personnel d’une entreprise qui embauche à 80% des étrangers ou des gens d’origine étrangère (tout spécialement d’origine africaine), je peux dire que tout n’est pas rose pour qui veut venir vivre en France. Loin s’en faut.
La loi oblige les employeurs à fliquer, littéralement, les papiers de leurs employés… Il est interdit de faire travailler des gens sans aucun papier : il serait trop facile de les exploiter, et ce serait déloyal vis-à-vis des autres entreprises qui déclarent leurs employés. La carte de séjour n’est pas aisée à obtenir : elle est refusée quelquefois pour de justes raisons, et souvent pour des raisons qui ne sont que « justifiées »…
Je sais aussi que, sur simple demande, on octroie à la plupart des immigrés des papiers temporaires, que l’on renouvelle toujours sans discuter le temps que la demande soit traitée… Et je sais que l’on accorde toujours des papiers aux réfugiés politiques. Donc, pour ne pas avoir de papiers, il faut que la demande ne soit pas encore faite (donc, c’est qu’il y a un problème…), ou qu’elle ait déjà échouée.
Parfois c'est de leur faute, parfois non, parfois c'est injuste... Souvent, il y a des mafieux qui profitent sur le dos des pauvres.
Tout ça pour dire que le terme « sans-papier », destiné à apitoyer, recouvre au mieux une situation multiforme qui défie la définition, et au pire une situation qui n’a rien pour apitoyer. Souvent, le terme est utilisé par abus de langage journalistique ou associatif pour désigner tous les immigrés qui n’ont pas de papiers définitifs, ou qui n’ont pas été naturalisés français.
Alors quel terme utiliser ? Immigré ? Pas forcément, puisqu’on peut être français et immigré. Immigrant, Emigrants ou simplement Migrants ? Pourtant ils ne sont pas encore en déplacement, quel que soit le point de vue d’où en se place, et ce ne sont pas de simples animaux, des oiseaux suivant des flux et des courants migratoires aller et retour !
Je n’aime pas employer le terme « immigrant illégal », parce que ça fait trop penser à « illicite »… Illégal, ça se dit d’un comportement ou d’une action qui est contre la loi, ou hors de la loi, mais pas forcément illicite (pas forcément interdite par la loi). C’est à peu près correct pour un sans-papier, mais on ne devrait pas pouvoir dire de quelqu’un qu’il est illégal, vous ne croyez pas ?
Il reste le pauvre euphémisme journaleux, la périphrase politiquement correcte, qui chosifie quand même beaucoup : immigrant en situation irrégulière… C’est une situation qui appelle régularisation… Notez que la régularisation peut se faire dans un sens ou dans l’autre : on égalise, on remet droit, on fait rentrer dans le rang, on met à sa place l’objet irrégulier, que cette place soit chez-nous ou… à la poubelle.
On entend partout régulariser, ou légaliser les sans-papiers… Encore une chosification, et c’est une tournure employée par les gens mêmes qui voudraient améliorer les choses pour ces nouveaux venus… Une tournure de phrase reprise par ces gens qui, par la force des choses, ne parlent pas très bien français. On régularise une situation, on légalise un acte, pas un homme !
Et qu’est-il donc arrivé au mot parfaitement valable d’étranger ? Quand est-il devenu péjoratif ? Ou, plus précisément, quand est-il devenu péjoratif pour certains étrangers ? Le fait même d’employer d’autres mots pour qualifier ces étrangers là, c’est les insulter en tentant d’éviter de le faire ! Comme si, pour eux plus que pour d’autres, le statut d’étranger était honteux…
Pourquoi un allemand, c'est un européen, alors qu'un roumain, c'est un immigré ?
Un étranger, c’est tout simplement quelqu’un qui n’est pas français, qui vient donc d’un autre pays. Cela s’applique à des tas de gens dans des tas de situations, y compris des gens qui n’ont pas de papiers. Certains journalistes emploient étrangers en situation irrégulière, ce qui est déjà mieux, mais manipule quand même l’opinion et prend un sens péjoratif.
Je ne sais pas quel mot employer pour ne choquer personne… J’utilise moi-même le mot « étranger », quand je ne connais pas la nationalité de la personne et que je ne peux pas utiliser l’adjectif national. Et puis j’utilise aussi le mot « noir ». Aucun de ces termes n’est péjoratif, et jamais je n’emploie d’insulte du genre bougnoule, niakoué, bamboula et autres, ni d’euphémisme du genre ethnique ou de couleur.
Suis-je raciste ? Je ne pense pas. Mais on en a traité de raciste pour moins que ça.
jeudi 22 mai 2008
Legalize Conchita !
Connaissez-vous le produit qui fera de vous une collègue bienveillante, une mère attentionnée et une femme épanouie ? Quel est le produit qui sort votre chien, nettoie les vitres, tond la pelouse, vous fait faire plus de sport, vous fait faire des économies et améliore votre relationnel ? Vous avez tous entendu les réclames au design « fifties » pour le produit.
Si ce n’est pas le cas, il reste encore quelques réclames, certes altérées et présentées par Jacky (oui, celui du club Dorothée et du Rabbi Jacky Show) sur le site web. Il vous suffit de tapoter www.leproduit.fr, ou de suivre le lien.
Or, ce mercredi, le fameux produit vient de nous être révélé… Il s’agit (roulement de tambour)…
Des services à la personne !
Ah, quelle joie d’être revenu au temps béni des colonies, aux heures glorieuses où des laquais superfétatoires se pressaient par cohortes au chevet des nantis… Car il ne s’agit que de cela, mesdames et messieurs ! Sous couvert de modernité, de commodité bénigne, de convention sociale, de chèques emploi-service, d’emballage design façon stepford wives… C’est le retour du larbin.
Au passage, j’adore ledit design, même si la tendance revival des fifties kitsch est loin d’être neuve… le lecteur aura remarqué que j’utilise le même sur ce blog depuis sa création en Août 2006 ! Mais passons… Il a apparemment fallu déguiser l’idée, elle est devenue politiquement correcte, mais derrière l’appellation de services à la personne se cache simplement la domesticité.
C’est une idée séculaire qui n’a jamais vraiment été passée de mode que d’avoir du petit personnel, mais, à partir d’une certaine époque, la mécanisation de certaines tâches, la démocratisation de certaines autres, et l’élévation générale du confort et de l’aspiration au confort à la maison comme dans le travail, tout cela a fait qu’on a associé une certaine honte à ce genre de métier… Du côté de l’employeur comme de l’employé.
Avoir un serviteur, un valet, un majordome ou un secrétaire particulier, c’est encore aujourd’hui considéré comme un énorme luxe… Pouvoir se payer une femme de ménage, ce qui n’est déjà pas si mal, est associé à un haut revenu… Et cela signifie par ailleurs que vous avez quelque chose de plutôt conséquent à nettoyer en guise de lieu de vie.
Et même alors, il ne faut pas l’appeler « femme de ménage » (et encore moins « bonne », « bonniche », « soubrette », et autres qualificatifs plus ou moins dégradants), mais aide ménagère, technicienne de surface, ou aide à domicile ! Tout est une question d’appellation, voyez-vous. « Une rombière nantie liftée du 16e engage une bonniche » évoque le mépris de la classe supérieure…
Mais « Une septuagénaire parisienne fait appel aux services à la personne, et paie une aide à domicile grâce au chèque emploi-service pour l’aider à faire face aux tâches ménagères difficiles au quotidien… » ça, ça met la larme à l’œil du populo ! On imagine tout de suite des handicapés, des impotents aidés par des professionnels, ou de bons voisins qui se rendent des services amicaux…
Ce n’est rien de plus qu’une question de présentation, je vous l’assure, il suffit de regarder les « services » (serviteurs ?) proposés !
On ne dit plus gouvernante, ni Baby Sitter, mais garde d’enfants à domicile. On ne dit plus pédagogue, ni précepteur, mais soutien scolaire. On ne dit plus chauffeur, ni même chauffeur de maître, mais conducteur de véhicule personnel. Et la cuisinière, la bonne, le jardinier, tous ces gens sont encore là, et il y en a même pour s’occuper du reste : bricolage, gardiennage, soins du corps, courses, comptes…
On n’a rien inventé, à part peut-être l’assistance informatique à domicile (qui ressemble tout de même étrangement aux antiques haruspices et religieux venus sacrifier quelques poulets sur les laraires près de l'atrium, ou célébrer des messes dans la chapelle privée…), juste remis au goût du jour de nombreux emplois jadis occupés par des esclaves, puis des serviteurs, puis des employés de maison !
On peut même louer quelqu’un pour promener son chien. Si ça c’est pas un luxe honteux… Mais ça passe !
Et signalons, juste histoire de dire, qu’on paie moins cher aujourd’hui ce genre de services qu’on ne payait ses serviteurs (nourris et logés, plus les gages !) il y a deux siècles ! A vingt ans de son décès, Desproges n’est jamais tombé aussi juste qu’avec cette description du siècle précédent : « Réjouissons-nous, nous vivons dans un siècle qui a résolu tous les vrais problèmes humains en appelant un chat un chien ! »…
Oui, tout ça grâce aux services à la personne, cette trouvaille médiatique, ce buzz hypocrite, cette paire de lunettes couleur poudre-aux-yeux qui filtre les tons révolutionnaires, et qui éloigne miraculeusement l’idée de servitude (permanente, avilissante) pour la remplacer par celle du service (amical, temporaire, librement consenti). Bien sûr, les deux notions, en réalité, sont compatibles, et pas toujours distinctes… Mais chut !
Les riches (et les moins riches…) vont enfin pouvoir avoir bonne conscience. Merveilleux, non ?









