Voici (enfin, pour ceux qui attendaient… La publication a été retardée parce que mon PC s’est mis à bouder) la suite de mes aventures fabuleuses au Salon Vivre Autrement… Vous savez, le salon bio, là. Tous les tenants de la nourriture organique et de ce genre de lubies devraient connaître d’ailleurs, puisque j’y ai trouvé le stand officiel de greenpeace, entre autres organisations écologistes…

Il y avait même un « stand » spécial pour les faucheurs d’OGM. « Stand » entre guillemets parce qu’ils ne se cachaient pas, mais qu’ils ne s’agissait sans doute pas d’un stand officiel : Une simple table à tréteaux et une banderole dans un angle entre une sortie et un véritable stand, à la sauvette. La banderole annonçait un simple stand de vente de bière, d’ailleurs, la « bière des faucheurs d’OGM »…

La question est de savoir s’ils ont agi de la sorte parce que les activités des faucheurs d’OGM sont illégales mais tolérées ici… Ou simplement pour coller à leur image d’illégalité et de révolutionnaires aux grands cœurs. Ce serait intéressant de le savoir, mais ça ne changerait pas grand-chose à leur stupidité. Quoi qu’il en soit, ce salon existe depuis plus de vingt ans, apparemment (c’est la 23e édition en 2010). C’est une institution.

Comme quoi, l’ancienneté n’est pas synonyme de sagesse. On peut aussi avoir été con très, très longtemps.

Adonc, le reste de ce salon était consacré à… LA BOUFFE. Je ne vous parle pas des nombreux stands de restauration bio, vendeurs de bière artisanale au chanvre, de boissons aux graines, de jus d’herbe (oui oui, du jus de pelouse, authentique !), de couscous végétarien, de soupe au potimarron, cafés aux sandwichs bio et saladeries pour gazelles de tous âges qui aiment à brouter entre deux stands, bêtes à manger du foin…

C’était la partie la plus bondée du salon, et la seule qui m’intéressait. Il y avait de quoi. Tout n’était pas forcément intéressant, mais beaucoup de choses avaient au moins l’air appétissant… Ce qui ne l’était pas, principalement des algues froides, des poudres de champignons et des pollens lyophilisés, étaient tenus par des diététiciens macrobiotiques ou des experts végétaliens a l’air torturé et patibulaire de pas-doués-de-la-vie…

Laissant ce genre d’horreurs (pas trop nombreuses sur ce salon, heureusement) à ceux qui cultivent leurs carences alimentaires à coups de régimes végétaliens et d’ersatz fades, et ne supportent qu’à peine les craquements d’effroi de la biscotte bio allégée qui meurt sous la dent, je respecte pour ma part un adage personnel et plein de bon sens : Ne jamais faire confiance à un cuisinier qui a l’air mal nourri !

Ce qu’il y avait d’original, c’étaient des semences. Normal pour des bouffeurs de graines.

Plusieurs grands étals, ainsi qu’un restaurant entier, étaient consacrés à ce que les tenants du bio appellent les « graines germées ». Il s’agit de jeunes pousses de diverses plantes (la luzerne, principalement, mais aussi le fenouil, les radis…) que l’on mange en salades. Le goût n’est pas mauvais, et ces gens prétendent que la valeur nutritionnelle de ces graines germées est supérieure, en proportion, à celle de la plante adulte.

Je suis tout disposé à les croire, encore que nous n’avons pas spécialement besoin de nourritures plus riches dans notre société d’abondance… En tout cas, pour ce qui est du prix, c’est clairement au dessus de la laitue moyenne ! Décidément, pour être vraiment écolo, il faut être riche… Les graines germées sont vendues non seulement germées, mais sèches, à planter et récolter dans un mini-bac. Rigolo pour les enfants, peut-être…

Vedettes incontestées du salon, les graines, germées ou non, sèches, cuites ou crues, se déclinent en de nombreuses variétés. Toujours à l’affut de la moindre nouveauté, les gens du bio cultivent l’Akrux (en fait une marque de blé, pas une espèce), le quinoa, l’orge, l’avoine, l’épeautre, et autres nourritures à faible rendement (et à faible goût, aussi) qu’on donnait jadis aux animaux… Le blé est-il si ennuyeux ?

Il contient apparemment trop de gluten au goût de certains… Pour mémoire, le gluten est contenu dans le blé, donc le pain, les pâtes, la farine, les gâteaux, certaines huiles et plein d’autres choses, bref, le gluten est partout dans notre alimentation depuis des millénaires sans que quiconque s’en ressente. C’est loin d’être nocif ! Mais les végétaliens disent bien que le lait et la viande sont nocifs, alors ils ne sont pas à ça près.

Des graines exotiques aux noms absurdes sont transformées en pâtes, en poudres nutritives, en polentas, en purées, en huiles, en pâtes à tartiner, en bouillie étalée au soleil pour faire du « pain » non cuit (ça préserve les vitamines, soi-disant… Hélas, ça préserve surtout les microbes !), ou sont simplement mises en sachet pour que les gens les utilisent en lieu et place de lentilles… A cuire ? Eh bien pas toujours, justement !

Les graines crues, on en est revenu depuis pas mal de temps, déjà… En manger, ça peut vous rendre malade ! Il est prouvé que pour ce qui est des graines que l’on mange couramment, la cuisson permet de les rendre plus digestes et d’en tirer des bienfaits supérieurs… Voire des bienfaits tout court. Pour les autres graines, les nouvelles, les ésotériques, je ne sais pas… Ce que je peux vous dire c’est que j’ai goûté, et que… Berk.

Oui, parce que je goûte, avec parcimonie, avant d’acheter (ou de fuir) ce que je ne connais pas… Donc, quinoa et épeautre, bof. J’ai goûté de la glace bio, similaire à certaines glaces artisanales parmi les moins bonnes. Le « vrai goût du fruit », mais en fait pas beaucoup de goût… Comme les fruits secs bio, moins gouteux que les fruits secs sans pesticides ni conservateurs (mais sélectionnés) de marque allemande, achetés en supermarché…

D’où j’en conclus que les fruits bio sont moins bons que les autres, qui ont tout autant le « vrai goût du fruit » !

Sont-ils plus sains, pour l’environnement et pour les consommateurs ? Je ne sais pas, je manque d’information… Cela n’est pas si prouvé que ça (on en a déjà parlé), et tout ce que l’on peut dire c’est que cela dépend hautement du produit bio en question, et des conditions de sa production. Vu les primeurs terreux, ternes, petits et moches que j’ai vu au salon, je me repose la question du rendement en dépit des affirmations citées plus haut…

Manquer d’info à ce sujet est un comble, alors que tout le monde parle d’écologie et des paysans, qu’il s’agit d’un des enjeux majeurs de la politique en cette période d’élections régionales (et de pré-élection présidentielle anticipée), d’autant plus scandaleux que je me suis moi-même rendu sur ce fameux salon ! Personne n’a su me donner des réponses scientifiques, cohérentes… et surtout chacun avait sa réponse bien à lui !

Ne pouvant me prononcer là-dessus, je me suis rabattu sur la bouffe, parce que c’était pour ça que j’étais venu. J’ai trouvé quelques bonnes choses, dont j’ai fait l’emplette (pâte d’amande bio, saucisson bio… Il y avait un stand de sel bio, j’ai bien ri : comment cultiver du sel de façon organique ?), entre deux stands d’épices et de confitures, entre la cave de Bonne-maman et les souks du Caire…

Je ne vais pas vous faire la liste de tout ce que j’ai vu, mais il y a deux ou trois trucs qui m’ont marqué…

Pour commencer, la plupart des confitures « bio », pâtes à tartiner, fruits confits et autres douceurs issues de l’agriculture biologique… Ne sont ni pires ni meilleures que ce qu’on trouve habituellement dans les supermarchés classiques. Sérieusement. Il y en a de toutes les qualités, du très bon façon artisanal au très moyen, façon pas grand-chose. Quant au « vrai goût du fruit », ben, c’est assez variable…

Du moins pour moi. Je veux dire, je suis assez fin gourmet, et j’aime la nourriture de qualité, alors je sais à peu près quel goût les choses doivent avoir… J’imagine que pour quelqu’un qui est habitué à ne manger que des confitures sans marque et vraiment peu chères, qui n’ont que le goût du sucre ou pratiquement, le bio, ça doit changer… Mais le bio n’est pas moins cher (bien au contraire !) que les produits non-bio de qualité.

Sérieusement… Vous êtes déjà entré dans un magasin Naturalia, cette chaîne de moyennes surfaces exclusivement dédiée aux produits bio et dits « naturels » ? Ou un magasin bio quel qu’il soit ? Ou même le rayon bio d’une supérette classique ? Vous avez comparé les prix avec le reste ? Je peux vous dire que, pour ce qui est du goût, ça n’est pas la peine de vous ruiner à acheter bio…

Alors oui, il y a des produits originaux, et de très bonnes choses, mais elles sont toutes extrêmement chères. J’ai acheté de très bonnes pâtes d’amandes, et la bonne surprise de ce salon a été une pâte à tartiner au chocolat et aux noisettes entièrement sans lait et sans graisses saturées, meilleure et sans doute plus diététique que du Nutella (quoique tout aussi sucrée)… Mais vraiment chère et vendue en tout petit pot !

Je vous parlais plus haut des « primeurs terreux »… Eh bien je ne mentais pas. Les légumes et les fruits étaient, du moins dans ce salon, assez rachitiques. J’entends déjà les détracteurs… « Oui, mais c’est cultivé sans pesticides, et c’est pas calibré ni traité pour être appétissant, comme ça on retrouve le goût… ». Je n’ai pas goûté les carottes, et je n’ai pas eu envie, au vu du mode de culture médiéval et de l’aspect du vendeur.

Et, oui, c’est plus cher que les autres fruits, d’autant plus qu’il n’y en a qu’en saison. Du reste, l’une des grandes arnaques des restaurants et autres cafétérias ou sandwicheries bio (elles aussi plus chères qu’ailleurs) est de proposer de la cuisine pas tout à fait bio, avec quelques légumes bio et d’autres simplement « de saison »… Pourquoi ? Parce que c’est beaucoup trop cher, et que personne ne voit la différence !

Comme on l’a dit, il n’y a que peu de gens qui savent vraiment ce que c’est, en dépit de toutes les inquiétudes dont fait montre en public le citoyen concerné par la traçabilité… Le bio, au fond, ce n’est peut-être qu’un état d’esprit. On paie plus cher surtout pour une idée. Peut-être que c’est pour ça que les vrais amateurs de produits bio sont soit riches, soit minces…

Quoi qu’il en soit, il y avait quand même de bonnes choses… Et de moins bonnes.

Il y avait pas mal de viande bio et de charcuterie bio. J’ai du mal à imaginer comment s’applique le label « Agriculture biologique » quant à l’élevage… Un élevage sans OGM et sans pesticides, admettons (encore que la loi oblige à faire déparasiter ses bêtes, et que cela ne peut pas être fait sans produits chimiques). Mais pour bien faire, il faudrait nourrir les bêtes uniquement avec des produits bio…

Ce n’est pas toujours fait, m’a-t-on dit, encore une fois pour des questions de budget. Et puis comment s’assurer que le champ dans lequel les vaches paissent n’est pas pollué par quoi que ce soit, même s’il s‘agit d’une jachère ou d’un champ dans lequel on n’a pratiqué que l’agriculture biologique ? Tout ceci est difficile à mettre ne œuvre et il y a beaucoup de tricheurs, ou simplement de gens qui jouent sur les différents labels…

Label agriculture biologique, label rouge, certification d’origine, AOC, sans compter les étiquettes mineures que l’on trouve sur les marchés de province (pas dans ce salon, certes), ou les produits vendus comme « locaux » ou « du terroir »… Le sont-ils ? Mystère. Peut-être que oui. Les mensonges sont légion. A vous de voir si vous préférez soutenir les petits commerçants et exploitants « du cru », quitte à vous faire avoir (cela m’est arrivé).

Je préfère acheter ce qui est bon, et ne pas systématiquement dénigrer l’étal du charcutier ou le supermarché.

Force est de constater que, là encore, il y a du bon et du moins bon, indépendamment de l’origine et du mode de production. J’ai goûté sur le salon du jambon bio qui était… Bof, sans plus, quoi. Alors que le jambon tout aussi bio de marque Fleury Michon est délicieux, et il est disponible dans toutes les supérettes au rayon charcuterie pour largement moins cher que le jambon bio artisanal « à la coupe » que j’ai goûté au salon.

Et puis, en plus du goût, il y a le côté sain, tant vanté par les tenants du bio. En fait beaucoup préfèrent les produits plus fades, voyant cela comme une assurance supplémentaire qu’il n’y a aucun adjuvant… Grand bien le leur fasse. Est-ce que c’est si sain que ça, le bio ? Est-ce que, parfois, à trop vouloir faire dans le naturel, on en oublie les conditions d’hygiène de la vie moderne ?

Moi, j’ai goûté un très bon morceau de longe de porc fumée sur un stand bio espagnol, hors de prix, et j’en ai acheté un morceau pour me faire plaisir (en plus, personne n’aime ça à part moi, à la maison)… J’en ai mangé quelques tranches le lendemain de mon retour du salon. J’ai passé le surlendemain aux toilettes, à rendre tripes et boyaux par tous mes orifices. La longe de porc hors de prix a finie à la poubelle.

La fameuse longe de porc issue de l’agriculture biologique m’a refilé une bête tourista. Je n’accuse personne, hormis cet arnaqueur de charcutier. En fait, ça aurait probablement pu arriver avec n’importe quel morceau de viande… Je ne dis pas non plus que je suis tombé malade à cause du bio, ou que je ne serais pas tombé malade si cela n’avait pas été bio. Mais c’est justement ça, le truc : Le bio n’est visiblement PAS plus sain que le non bio.

Autre exemple, des biscuits aux noisettes goûtés et achetés sur un autre stand se sont révélés sentir le moisi le lendemain même du salon ! Et ils étaient sans produits laitiers ! Que ça ne dure pas aussi longtemps que les biscuits du commerce (bien moins chers), passe encore, si c’est sans conservateur… Mais quand je pense que les sablés faits maison (moins chers aussi) durent des semaines, j’ai l’impression qu’on se paie un peu ma fiole !

Sinon, que je sache, je ne suis pas plus malade en mangeant du bio qu’en mangeant du non bio : J’ai mangé du saucisson bio et de la pâte à tartiner bio ces derniers jours, achetés sur des stands différents du même salon, c’est toujours aussi bon, et je ne suis plus malade. Je ne pense pas non plus que des études scientifiques rigoureuses aient été réalisées sur la santé des enfants élevés au bio, par rapport aux autres.

Je serais même tenté de dire que, au vu des germes, maladies, pollutions diverses et avanies à géométries variables que nous absorbons tous au jour le jour (et dont les tenants paranoïaques de l’écologie « ultra » font un fromage, bio forcément), avoir une alimentation bio ou simplement une alimentation saine, normale et équilibrée non bio, ça ne compte pas vraiment. Ou si peu.

Moins en tout cas que la pollution intellectuelle que j’ai constaté tout au long de ce fichu salon.

Que puis-je conclure, maintenant que j’ai terminé cette espèce de revue de détail du Salon Vivre Autrement ? Premièrement, que si on se fie à certains vendeurs de chimères et d’algues séchées, le bio permet de vivre plus longtemps, autrement ou pas… Promesse en l’air : Si je me fie à ma propre expérience, c’est de Mourir Autrement qu’il s’agit, empoisonné par des produits plutôt douteux !

En effet, de toute le salon, dans tous les produits que j’ai goûté, essayé et testés, je n’en ai trouvé qu’un ou deux qui soient potables et ne m’aient pas rendu malade. Et encore tout cela est-il bien trop cher pour que la majorité des français puissent en faire un achat régulier. C’est vrai que ça doit changer les riches de manger bio : soudain, leur table est moins bien remplie et moins reluisante, pour le même budget…

Est-ce que c’est ça, Vivre Autrement ? Vivre pauvrement, sans voiture, dans des draps rêches, sans chauffage et avec pour tout éclairage des ampoules pourries et une lampe à huile, en se laissant pomper le fric par une cohorte de profiteurs New-Age qui exploitent une série de labels et de termes galvaudés, dans l’air du temps ? Vivre en mangeant de la merde malsaine venue des pires heures du moyen-âge, sans garantie que ça sauve la planète ?

Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Rien de nouveau sous le soleil !

Je retire hélas un sentiment pour le moins mitigé de cette expérience, qui ne m’a pas fait changer d’avis sur l’écologie ordinaire alors que je suis parti l’esprit ouvert et que j’ai goûté à pas mal de choses… J’y ai trouvé les mêmes arnaques que partout ailleurs, beaucoup de pauvres victimes de la mode et quelques illuminés qui m’ont convaincu que les caricatures que certains font de ce milieu écolo-débile ne sont pas éloignées de la réalité.

Dans la forêt du bio, difficile de ne cueillir que les champignons qui ne sont pas vénéneux.

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