Aaaah, le fameux cas, oserais-je dire l'étrange cas de Jacques Sirgent ! J’ai vu Carmilla de Sheridan LeFanu en librairie l’autre jour, cela m’y a fait penser. Le 7 mars 2006, j’ai publié ce billet qui m’avait valu des commentaires enflammés de Jacques Sirjent lui-même. Et à raison : Je le descends en flèche, là-dedans, il a largement le droit de s’offusquer ! C’est un des billets, pas si rare, ou j’attaque directement un individu ou son entreprise. J’ai hésité à le republier, parce qu’il est plutôt dur, et que je vais encore recevoir des commentaires peu élogieux…

Nul n’a le droit de me demander de me justifier, mais j’en éprouve cependant le besoin : Ceci est un blog, mes avis n’y engagent que moi… J’ai de fait le droit (et, je l’estime, le devoir) de dénoncer publiquement et de dire ce que je pense de Jacques Sirjent, comme de n’importe quel autre personnage qui se veut public. De plus, je n’ai jamais triché avec le droit de réponse, bien que je n’y sois absolument pas tenu (ceci n’est pas un journal). Je me base sur mes avis personnels, sur mon expérience et sur des informations libres d’accès.

Tout est vrai, c’est du vécu, je n’ai donc pas de quoi avoir honte, et je n’ai nul besoin de me rétracter : si on a le droit de dire du mal de Ségolène Royal, de Nicolas Sarkozy, du gouvernement et de tout autre personnage public sur un blog, on a largement le droit de dire la vérité sur Jacques Sirjent. Et, à mon sens, il le faut.

Jacques Sirgent, je ne crains pas ses foudres, surtout si elles prennent la forme des deux ou trois commentaires de la dernière fois. Il m’a personnellement fait l’effet d’un fumiste qui s’écoute parler encore plus que moi (et c’est rare, et en fumisterie je m’y connais) et qui se gargarise de demi-vérités. Mais vous n’avez pas besoin de me croire sur parole. Allez donc voir cette vidéo à défaut du « musée » et de son propriétaire/créateur, c’est édifiant…

Je ne connais pas la situation aujourd’hui (allons, de l’espoir, ça n’a pu que s’améliorer ! Il a fait des agrandissements, paraît-il…), mais à l’époque ça m’avait fait l’effet d’une roulotte minable. Un dragon en papier mâché (« pour symboliser Vlad Drakul »…), des masques et des bras en plastique, des mannequins et des néons fluos, faux sang et faux ongles… Pauvres vampires ! Je ne sais pas si le musée a changé depuis ma visite (apparemment pas, d’après les avis et les photos trouvées sur Internet), mais je peux vous dire que le pitch sur le site web, pas tellement. Je ne renie absolument pas ce billet, je persiste, je signe, et je trouve même que j’ai été plutôt gentil…

J’aurais pu dire que son musée n’est qu’un ramassis de gotheries pires que celles qu’on trouve sur Skyblog, des trucs en toc de train fantôme, de l’occultisme à quatre sous du XIXe siècle qu’on ressasse avec des accessoires cheap « (salle d’alchimie » en projet, si, si !) qu’on ne voudrait pas pour un GN d’un jeu White Wolf…J’aurais aussi pu me lancer dans les attaques sur sa personnalité. Mais ne tombons pas dans l’insulte facile et les conjectures sur la personnalité du bonhomme, surtout lorsqu’il y a tant de matière dans les informations accessibles publiquement.

Si vous vous renseignez un peu sur Jacques Sirgent, vous verrez qu’il travaille pour les magazines Les archives du savoir perdu et les mondes de l’étrange, qui ont une vision de l’Histoire parfaitement risible qui ne déparerait pas les moins vraisemblables des épisodes de X-Files (si, si, des histoires d’aliens, de conspirations, de templiers et compagnie ! Je vous jure, allez voir, c’est en kiosque, c’est super drôle pour un historien sérieux comme moi… Mais bon, ça vaut cher pour simplement rigoler un bon coup.), ainsi que Crypt’o Goths, magazine dont le titre est un bon résumé.

Il se vante par ailleurs de nombreux diplômes (dont un de « psychanalyse de la littérature »… Quoi que ça puisse bien vouloir dire !) sans dire jusqu’où il a été dans ses cursus si variés. Il dit aussi qu’il a travaillé au CNRS, mais peut-on le croire ? Les chercheurs de ce lieu terminent rarement comme ça ! Ces informations sont récentes et disponibles sur des forums gothiques du style Ankh l’immortel... Sur un site franco-irlandais, irisheyes.fr, un journaliste prétend qu’il a travaillé (je traduis) « pendant 25 ans à la direction des ressources humaines de nombreuses compagnies ». Qu’on me pardonne, mais tout ceci n’est-il pas un peu beaucoup pour un seul homme ?

Jacques Sirgent a, il faut le noter, publié un court roman depuis. C’est courageux, et c’est plus que ce que beaucoup feront jamais. Il s’agit du premier tome d’une trilogie, intitulé « Le tombeau de Drakula » (oui, oui, avec un K…), qui a reçu quelques critiques intéressantes de la part d’illustres inconnus (dont le magazine gothique pour lequel il travaille, bien sûr) et une très courte mention de Jacques Goimard, anthologiste français de quelque réputation. Le livre est publié par la maison d’éditions L’Anomalie, qui semble en être une, effectivement, puisque c’est le seul ouvrage qu’elle édite…Elle n’édite même pas le second tome, publié (en tant qu’essai… y croit-il vraiment ?) chez Highcom, éditeur tout aussi peu connu qui n’édite apparemment… que ce seul tome de ce seul livre, lui aussi ! Comme c’est bizarre ! En anglais, ce livre se vend sur Amazon sans nom d’éditeur, et se prétend « Le best-seller primé enfin en anglais ! », sans aucune critique affichée… Sans qu’on en ait entendu parler, d’ailleurs, et avec une faute sur la 4e de couverture (on avance « tepidly »… tièdement sur la piste d’un vampire ? J’ai peur de ne pas comprendre…). Aucune trace du tome 3, sans doute non encore publié.

Si c’était vraiment un best-seller, j’en aurais entendu parler… Il serait en stock à la Fnac, et ils se seraient donné la peine de mettre une image et un résumé sur le site du magasin, non ? Il y aurait des avis aussi nombreux que dithyrambiques sur Amzon.com, alors qu’il n’y en a aucun. Enfin, on fait sa promo comme on peut, je ne vais pas critiquer quelqu’un qui essaie juste de vendre sa soupe. Libre à vous de croire qu’il s’agit d’une conspiration contre l’auteur ou de quelque autre « inquiétante étrangeté », moi je préfère penser que c’est la faute du bouquin s’il n’a pas été publié par une vraie maison. La seule critique du livre que j’ai trouvé, qui essaie d’être élogieuse, a été faite par quelqu’un qui semble connaître l’auteur personnellement… la même personne qui a fait une bonne critique du musée sur un autre site. Mais je ne l’ai pas lu, ce livre, alors je ne peux rien en dire…

Peut-être que j’ai tort. Peut-être que ce Sirjent est un visionnaire méconnu et un génie littéraire. C’est possible. Son nom apparaît, si l’on cherche bien, aux côtés de ceux de Jean Marigny et Alain Pozzuoli, de véritables experts et anthologistes du fantastique publiés, parce qu’ils ont été voir son musée ou y assister à des soirées qui s’y déroulaient,  mais il n’a jamais collaboré avec eux, semble-t-il… Cela fait beaucoup de coïncidences accablantes contre cet homme.

Encore une fois, toutes ces informations sont disponibles et publiques sur Internet. Je peine à trouver des commentaires élogieux sur le musée des vampires passés les petits argumentaires de vente pour attirer le chaland sur des sites qui signalent celui-ci comme attraction du côté de la Porte des Lilas…J’ai cependant trouvé des gens, rêveurs, sur un forum littéraire, pour penser que Jacques Sirjent est cultivé. J’ai pu vérifier dans quelle mesure lorsque je l’ai rencontré…

Je ne nie pas que les influençables, les mal informés et ceux qui sont en quête de vampires de baraques foraines (ou de ce qu’on trouve dans ces tabloïdes de l’Histoire où il est supposé travailler) ont pu apprécier la visite du musée (c’est ce qui compte, peut-être, pour certains) et se laisser embobiner par l’inexactitude et le flou artistique débité par cet homme, mais sur moi, ça ne marche pas.

Je vais simplement citer ceci, trouvé sur un forum où l’on demandait un avis sur ce musée, cet homme :

"le bonhomme est persuadé de détenir une vérité unique et tous les faits qui se présentent à lui sont réinterprétés en fonction de sa conviction qu'il y a des vampires partout. Les assurances, les banques, les organisations diverses sont toutes des pompes d'énergie vitales. (...) cela donne l'impression que ce monsieur et sa famille est victime de complots permanents.
Ce monsieur est totalement imperméable à toute critique de ses excès de raisonnement. La ratiocination (abus de raisonnement) est poussée à son comble. De la sorte il présente des séries d'animaux maléfiques ou résout des énigmes historiques comme celle de Jack l'éventreur. (...) lui-même convaincu de son raisonnement il induit facilement les autres en erreur et les fait adhérer à son délire."

Je n’ai pas tout mis, c’était long et pas si intéressant… Et, personnellement, n’irai pas jusque là dans mon jugement de Jacques Sirjent… Non, je ne pense pas que cet homme soit perturbé, fou, schizophrène ou délirant. C’est juste un fumiste qui fait ce qu’il peut et qui possède une petite entreprise que je qualifierai presque d’arnaque, ce qui est, sommes toutes, son droit. Pour justement répondre à ces critiques sur le forum Vivelesrondes.com, il n’a rien trouvé de mieux que s’inscrire sous un autre pseudo pour « corroborer » ses propres dires… C’est vérifiable, et cela a été éventé.

Une chose est sûre : ce lieu tenu par cet homme n’est pas un vrai musée, mais un rez-de-chaussée encombré d’une collection de fatras dans lequel ce monsieur attire des visiteurs pour l’écouter parler, et parfois dîner avec lui… Mais sans que cela soit un restaurant : pas de contrôles, pas d’hygiène, ce qui ne présage rien de bon, mais je ne dirai rien vu que je n’ai pas goûté… Je me bornerai à citer (avec les fautes) ce que d’autres ont dit sur ce même forum :

Bonjour,

je ne suis pas la pour diffamer mais j'ai vu les nombreux messages sur le musée de Mr Sirgent. Je dois dire que j'y suis allée avec quelques amis et je vous explique dans l'ordre des choses, à vous de vous faire votre idée :
nous avons eu beaucoup de mal à trouver le lieu, en arrivant j'ai été très surprise d'arriver dans une cour pleins d'objets partout, pas rangés, un jardin broussailleux.
quand nous sommes rentrés, je croyais que nous étions dans l'atelier du musée car c'était un endroit sale, petit et sérré, il y a peu de place pour bouger. il est vrai que ce lieu est rempli de tas de choses intéressantes concernant les vampires et que ce monsieur semble posséder une connaissance très large sur le sujet ... et c'est un vrai musée ! ... en ce sens !
Mr sirgent nous avait dit par téléphone qu'il y avait un resto et qu'il servait du chili ou cuisine italienne pour environ 10 euros et la visite était à 10 euros . En fait ce qu'il appelle resto est juste une table avec quelques chaises autour et nous a proposé 2 oeufs avec 2 malheureuses saucisses, du pain et du vin rouge dégueulasse que je n'ai pas fini, ni mes amis d'ailleurs pour la meme raison. Je n'appelle pas cela un resto et ca n'en n'est pas la définition. il nous a fait payer 8 euros pour ce repas chacun plus la visite: 7 euros, donc 15 euros . Pas les meme prix qu'au telephone de plus il a bien dit, je cite " euh allez je vous le fait à ..... 15 euros, chacun".
il n'avait pas l'air sur de lui, hésitant. Un prix établi est un prix !
Que ce lieu soit un musée : je dirais oui, et pour les passionnées de vampire un peu reveurs ce lieu est un lieu de connaissances extraordinaires,mais j'ai quelques gros doutes sur le fait que ce lieu soit vraiment officiel, à moins que ca ne soit l'activité exacte du restaurant qui ne soit pas officielle. Caché ?... comme les vampires ?
ce lieu est un peu sale, ressemble plus à un atelier qu'à un musée car il manque vraiment d' esthétisme et d'ambiance en dehors des nombreux objets sympas au mur ou dans la pièce. je pensais qu'un musée était un lieu attrayant aussi pour son esthétisme ???
Un lieu d'environ 35 m2: petit tout de meme! et rempli de choses, ce qui laisse peu de place: "10 personnes maximum" dit il : cela me semble juste mais c'est la place qu'il ya pour les chaises et les canapés! A vous de voir ! son repas "de pauvre" préparé à la va vite : 8 euros ? pour 2 oeufs et 2 saucisses knackis? pour ce prix dans ma brasserie préféré en plein centre de lille moi j'ai un bon rumsteak au beurre d'escargot, de très bonnes frites, une salade et un café. quoi que du café ? il nous en a servi quand meme 2 fois !
il me semble que ce monsieur exagère : un musée: oui ! mais c'est un peu sale,
aucun effort de présentation du lieu,il n'y a pas non plus de toilette et en plus ce monsieur à l'air réellement persuadé que les vampires existent ! a moins qu'il ne parle de ces organismes qui nous font payer sans cesse (assurances, banques ....)et de ces gens qui nous ennuient toujours ? ou alors il parlait peut etre du vampirisme que l'on peut connaitre quand on subit le harcèlement d'un patron ou la jalousie maladive d'un mari etc. il disait pourtant que la tombe de vlad tepes (le grand maitre vampire )existerait et qu'elle serait caché au père Lachaise d'après lui .... ???? mais il avoue ne l'avoir jamais vu. je dois vous dire qu'en tant que personne sensible son discours sur sa croyance des vampires m'a fais un peu peur: comme si ils existaient physiquement, parce que moralement et affectivement c'est sur, le vampirisme existe. il m'a fait peur dans le sens ou il serait très perturbé pour y croire à ce point. Mais ...après c'est peut etre pour le fun ? ... ou l'ambiance ?
en tout cas j'ai été trop bete de n'avoir rien réclamé quand monsieur sirgent nous a fait payer , lui dire ce que que c'était cher pour cette visite et ce repas médiocre, je pense ne pas avoir réagi assez vite quand mon amie a payé pour tout le monde.
si vous voulez me donner votre avis je serais ravie de le récolter à condition d avoir été au musée, parce que ceux qui racontent je ne sais quoi sans connaitre, c'est pas très judicieux ni très malin.
j'ai pas spécialement envie d'enfoncer ce monsieur mais pour moi il n'est pas correct sur tout et je compte dire a un maximum de gens de faire attention.
A moins d'etre avide de connaissance vampiriques ce lieu risque de déplaire. moi j'y allais pour un tout et la seule chose positive que j'en retire c'est le nombre incroyable d'objets de collection et les connaissances de mr sirgent.
Mais Mr sirgent ne serait il pas lui meme un vampire pour nous avoir pris plus d'argent qu'il n'aurait du ??????????
A suivre ..... je compte bien en savoir plus : opération Van helsing !!!
 

Je trouve aussi étonnant que les prix, selon les avis que j’ai trouvé, ne soient pas fixes…

Je me dois de signaler aussi que le Musée des Vampires a servi de cadre a une pièce de théâtre que je dirai pudiquement confidentielle, les « Confessions d’un vampire sud-africain » (le seul protagoniste soliloque sur la société de l’apartheid et de sa liaison avec Dracula et la Báthory…), et quelques séances de spiritisme, dont une télévisée sur une émission de la nuit dont je tairai le nom. Ces références ne manqueront pas d’impressionner ceux qui croient à ce genre de choses… Et de ridiculiser le lieu auprès de tous les autres.

Tout ceci est aisé à retrouver sur Internet, il suffit de taper les bonnes choses dans votre barre Google. Cependant, c’est en vain que j’ai recherché des opinions récentes sur le musée lui-même…Ni avis positifs, ni avis négatifs (sur le musée en tout cas, pas sur le reste) ne datent à ma connaissance de moins d’un an. Je ne sais donc pas aujourd’hui à quoi m’en tenir, mais, compte tenu de ce que je sais, je ne peux que me faire l’écho des mauvais avis longs et argumentés ci-dessus.

Bien sûr, si Jacques Sirjent veut répondre, comme la dernière fois, ses commentaires seront les bienvenus.

Après cette introduction longue mais nécessaire, voici enfin le billet publié en mars 2006 :

Si vous allez aux Lilas, banlieue parisienne dont je parlais l'autre jour, vous trouverez peut-être une sinistre ruelle boueuse, étroite, ou se profile un arbre mort qui surplombe le microscopique panonceau qui indique un musée. Si vous trouvez le chemin, c'est que, comme moi, vous aurez réservé par téléphone au propriétaire de ce musée privé, le musée des vampires. Il est unique, et son propriétaire est Jacques Sirjent (Sirgent pour la presse).

Unique au monde, il l'est, mais pas parce que c'est le seul musée sur le vampirisme... Une seule pièce ("mais je suis en train d'en aménager d'autres", nous dit Jacques, un homme entre deux âges plutôt quelconque) et pas de visite, rien de rare ni précieux... Mais une marée de gris-gris forains, farces et attrapes, peintures fluorescentes, affiches de vieux films de vampires, photos d'acteurs et objets en résine vaguement gothiques.

Ici et là, des photos dédicacées ornent les murs, ainsi que des masques en caoutchouc d'un goût douteux. Un collage de diverses images du diable et de Vlad Tepes, indistinctement mêlées, vous montre le niveau du lieu : la maternelle. Pire: le mur du fond affiche d'indicibles croûtes, mauvais portraits de Brad Pitt et de Tom Cruise dans Entretien avec un Vampire et "visions romancées" de la comtesse Báthory.

Ce n'est pas ce qu'on pourrait appeler un musée, mais l'antre d'un terroriste culturel. Il vous recevra sur de vieux canapés (il fait ça chez-lui, pourquoi se gêner...) et vous offrira un kir à la cerise (parce que c'est rouge, ça fait genre "Dracula"). Puis, il vous assommera pendant environ deux heures et se fera payer la modique somme de 6 euros : assez cher pour un kir et le déplacement. La différence avec moi c'est que j'assomme gratis, et je ne mens pas.

Lui vous abreuve de contrevérités historiques pas tant sur les vampires que sur l'occulte en général, sortant sans honte des études peu sérieuses, des statistiques du style "on peut multiplier les chiffres par trois parce que visiblement, c'est plus", une histoire des Balkans complètement fantaisiste, tout en éludant les faits qui ne l'intéressent pas, tant sur le plan biologique qu'historique ou anthropologique.

Pour se justifier, il montrera du doigt une toute petite pile de livres poussiéreux : des dictionnaires datant du XVIIe siècle dans lesquels il a trouvé l'évolution du mot "vampire" depuis ce temps là. C'est très intéressant, mais ça se fait en quelques minutes avec un Littré et une bibliothèque. Des cas rapportés de vampirisme en Roumanie, de la porphyrie (le "vampirisme biologique"), des suceurs de sang de l'antiquité ? Il les ignore.

Au lieu de vous parler de religion, de mythes païens et d'ethnologie sérieuse, il vous montrera sans doute son chat mort pris dans de la résine (dans une bassine bleue de salle de bain, de loin, pour éviter qu'on voie les détails). Il dit l'avoir trouvé dans des circonstances hautement occultes, de même que d'autres vagues bouts de trucs qui ne ressemblent à rien et n'en prouvent pas plus, et extrapolera quelque conspiration à la mode.

Il vous dira qu'il a trouvé des preuves "il y a quelques mois, dans un bazar au pied de la Tour St Jacques, et le bazar a brûlé juste après..." alors qu'il n'y a pas eu d'incendie ni de bazar là-bas depuis au moins dix ans si ce n'est plus. Ajoutez aussi à cela les traces de messes noires trouvées au Père Lachaise (rien que de très normal, si vous voulez mon avis, et rien à voir avec les vampires, sauf peut-être via le jeu de rôles...).

En sus, il vous fera le coup de la numérologie : dates, chiffres, additions débiles, coïncidences entre les numéros des tombes du père Lachaise, noms des caveaux montés en épingle... Quelques références anticléricales primaires, du conspirationnisme, beaucoup d'allusions sans rien derrière du genre "mais non, ils sont forcément au courant de la profanation de cette tombe, donc c'est eux !", vous voyez le topo.

Après ce pathétique propos, il fera passer des classeurs contenant "la plus grande collection de jaquettes de films de vampires d'Europe". Super. Et même si c'était intéressant, on n'a que sa parole, et on a vu ce qu'elle valait. Il termine par des références tellement prévisibles au fait que "les vampires sont gentils, ils ne sont pas obligés de tuer, mais méfiez-vous des vrais vampires d'aujourd'hui, les vampires économiques !".

Ben voyons. Entre ça et ses histoires de fantômes soi-disant vécues, je ne sais pas si je dois rire ou pleurer. Mais d'où lui vient cette science vampirique ? De nulle part : Ce n'est qu'un ancien professeur d'anglais ("avec des livres en préparation...") avec une formation en histoire de l'art (et, non, savoir analyser un tableau ou une sculpture ne permet pas de se dire historien...). Rien ne dit qu'il est seulement agrégé ou même qu'il a obtenu un diplôme... Et visiblement, avec ma maîtrise d'histoire de la Sorbonne, j'en sais plus que lui.

Voyageur qui ne savez pas quoi faire un soir ou une nuit, ne vous égarez pas dans les chemins écartés et bourbeux vers la ruelle maudite, le château incongru de ce bossu mental... Fuyez ce lieu de perdition, vous n'y trouverez qu'une demi-pensée aussi mâchée que le papier dont il se sert pour décorer son macabre chez-lui, avec un mauvais goût certain. Fuyez, oui, fuyez ce vampire qui vous pompera... l'air.

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