Les trois frères :

A l'époque ou la canaille mit en déroute
La noblesse de France,
Nombreux furent ceux qui fuirent sur les routes
Au petit bonheur la chance.

Par cette odieuse avanie,
Une marquise fut promptement exilée
Et se trouva désargentée.
Ne sachant plus que faire de ses trois enfants,
Elle les envoya aux bons soins d'un couvent.

Élevés dans la foi, ils grandirent fort bien :
Les abbés de ce temps ne les affamaient point.
Les frères eurent tôt fait d'avoir
Haute taille et mains en battoirs,
Tout en restant, comme il sied à cet âge,
Fins comme les poteaux des enclos du village.

Ces trois maigres enfants, ces hauts fils de leur mère,
N'oubliaient point leur origines.
Ils remboursaient pourtant l'éducation des pères
Par des corvées diverses, ou bien la cuisine.

Un jour le cloître fut trop usé pour servir,
Ses colonnes en bois commençant à pourrir.
Dans un souci d'esthète et de modernité,
L'abbé d'un cloître en fer voulut donc se doter.

Ce cloître, original, était beau et solide,
Mais chaque jour il fallait serrer les boulons.
A l'entretien d'icelui les trois impavides
Furent affectés, logique décision.

Depuis ce jour béni
Lorsqu'il manque un écrou à l'édifice dur,
On les rappelle à l'ordre en leur montrant les murs
Et en leur chantant ceci :

"Ah, longs enfants de l'apatride, ce jour, le cloître est à river !"

Boubou_le_boulon