Le 27 février 2006, j’en ai eu marre que circule une fausse information relayée par Internet et même les médias traditionnels, après les émeutes de 2005, comme quoi la « banlieue » aurait pour origine étymologique « lieu de bannissement »… tout ça parce qu’un journaleux débile a, comme d’habitude, fait son (in)intéressant, et que personne ne vérifie jamais les infos avant de les gober…

Tout ceci pas très longtemps après les voitures brûlées qui avaient défrayées la chronique (on comprend alors que cette étymologie bidon ait séduit). Est-ce qu’on va nous ressortir quelque chose du même genre pour la Guadeloupe ? On aère déjà les vieilles histoires de colonialisme et de bagnes, si ancrées culturellement, de leurs vieux placards, alors que tout le monde sait que le problème n’est pas là. Mais je m’égare.

Dans ce billet de 2006, je parle d’UN exemple d’UNE connerie ciblée. J’essaie toujours de ne pas me disperser, mais c’est très difficile, puisque je tombe toujours sur d’autres conneries liées : les perles, ça vient par chaîne. Je fais déjà des billets longs, et je ne peux pas écrire sur tout, alors je me limite arbitrairement. Je ne traite que les sujets que je possède à peu près et que je peux traiter rapidement et de façon synthétique. C’est peu.

Pourtant… Vous savez, quand j’ai commencé ce blog, je pensais faire un billet par semaine, et devoir ressortir de vieilles conneries de l’humanité pour pousser mes coups de gueule, ou exploiter souvent mes histoires personnelles… Finalement il n’en est rien. La source est intarissable, inextinguible, et quel débit ! Même sans regarder la télévision, chaque jour, presque à ma porte, je cueille les fleurs épanouies de l’imbécillité.

Il y a des jours ou je suis effaré, frappé de stupeur… On peut pondre un livre de plus de 150 pages de critiques sur UN paragraphe d’UN article, ou sur UN numéro d’UNE émission, ou sur UN discours d’UN seul homme public. Voire même une seule phrase, dans les bons jours. Travail à la fois stérile, et frustrant : Tant de nouvelles conneries seront engendrées le temps que le bouquin (qui en sera une autre) soit fini !

Je suis allé aux Lilas. Ce n'est pas la saison, c'est vrai, mais je ne parle pas des fleurs ; je parle de la banlieue juste au delà de la porte des Lilas. Ce n'est ni tellement mieux ni tellement pire que certaines banlieues pourries, comme coin, la porte des Lilas, même si c'est peu riant et assez crasseux, entre une boulangerie fermée et une armurerie, un métro qui pue la pisse et la caravane d'une voyante de supermarché...

J'en profite pour dire à tous ceux qui se sont cru malins et ont relayé la fausse info que la banlieue n'est pas, étymologiquement, un "lieu de bannissement"... C'est simplement un lieu ou l'on exerce le droit de ban. En latin médiéval bannus, le ban, mot germanique, n'a rien d'un ostracisme : c'est simplement le pouvoir d'ordonner, de commander, en l'occurrence l'expression du fait que les territoires autour de paris dépendent de cette ville.

"Le ban et l'arrière-ban", expression qui signifie de nos jours toutes les huiles, toutes les têtes connues, c'est le service armé du Roi (qui réunit donc les nobles les plus importants), parce que le droit de ban était à l'origine sa prérogative. Quant à la bannière, c'est tout simplement l'étendard qui désigne un seigneur : un privilège militaire des seigneurs qui ont assez de vassaux pour être chevaliers bannerets (toujours la même origine).

Si j'ose dire, c'est plutôt banal ! C'est un autre mot qui a la même origine : le ban, c'est le droit courant. La "banalité" est la redevance exigée par le seigneur pour l'utilisation de bâtiments qui en dépendent que de lui (le four, le moulin du village...), un sens aujourd'hui oublié, mais bien là. La banlieue n'est donc pas un lieu d'exclusion, mais la "servante", le sujet de la ville et de son seigneur. Voilà qui donne un nouvel éclairage aux émeutes.

Et moi qui croyais que le temps des jacqueries était révolu en notre pays épris de liberté...

Banneret_de_Gen_ve