jeudi 22 octobre 2009
Barnum, dieu et Darwin...
Je ne résiste pas à vous traduire moi-même (traduction officieuse mais exacte) un passage du dernier livre de Richard Dawkins, The Greatest Show on Earth, qui concerne le sujet dont nous parlions la dernière fois… Ce livre explique la théorie de l’évolution (une explication prouvée et étayée, un FAIT, donc, à l’heure actuelle, et non pas une hypothèse… Il faut le savoir, c’est ce que signifie « théorie » en langage scientifique).
Richard Dawkins gagne à être lu, d’autant qu’il est l’auteur du lumineux ouvrage Pour en Finir avec Dieu.
Mais place à l’auteur et à son propos…
Imaginez que vous êtes un professeur d’Histoire Romaine, et de latin ; vous avez hâte de partager votre enthousiasme pour le monde antique… Les élégies d’Ovide, les odes d’Horace, la brièveté sinueuse de la grammaire latine dont le plus parfait exemple est la rhétorique de Cicéron… Les subtilités stratégiques des guerres contre Carthage, la carrière militaire de Jules César et les excès voluptueux des derniers empereurs…
C’est une tâche immense, qui demande du temps, de la concentration et de la dévotion. Pourtant, vous voilà forcé de constater qu’on rogne sur votre précieux temps, et que l’attention de votre classe est constamment distraite par une bande braillarde d’Ignoramus (Et non pas Ignorami, vous connaissez votre latin…), lesquels, soutenus politiquement et financièrement, tentent de persuader vos élèves que Rome n’a jamais existé !
Il n’y a jamais eu d’empire Romain. Le monde entier n’existe que depuis juste avant l’histoire récente et la mémoire des hommes. L’Espagnol, l’Italien, le Français, le Portugais, le Catalan, l’Occitan, le Roumain : Toutes ces langues et leurs dialectes ont émergées spontanément chacune de leur côté, et ne doivent rien à quelque prédécesseur ou langue racine comme le Latin.
Au lieu de consacrer toute votre attention à la noble vocation d’enseignant et d’étudiant des classiques, vous voilà forcé de passer votre temps et votre énergie à mener un combat d’arrière-garde pour défendre la théorie selon laquelle les Romains ONT existé : Une défense contre un déploiement de préjugés stupides qui vous feraient pleurer si vous n’étiez pas si occupé à les combattre.
Si le fantasme du professeur de Latin vous semble par trop invraisemblable, voici un exemple plus réaliste. Imaginez que vous êtes un professeur d’histoire contemporaine, et que vos cours sur l’Europe du XXe siècle sont boycottés, calomniés, ou autrement troublés par un groupe bien organisé, bien financé et très politisé de négationnistes de l’Holocauste…
A la différence de mes négationnistes de l’empire Romain, les négationnistes de l’Holocauste existent réellement. Ils font du bruit, ils ont des thèses qui paraissent, superficiellement, plausibles, et ils sont experts dans l’art de paraître bien informés. Ils sont actuellement soutenus par le président en exercice d’un état puissant, et au moins un évêque catholique.
Imaginez qu’en tant que professeur d’Histoire Européenne, vous ayez à faire face à des demandes agressives et incessantes telles « Enseignez la controverse ! », tout ça pour vous forcer à consacrer autant de temps à l’enseignement de l’Histoire qu’à la « théorie alternative » selon laquelle l’Holocauste n’est que propagande fabriquée par une bande de falsificateurs sionistes !
Là-dessus, des intellectuels à la mode, partisans d’un certain relativisme, mettent leur grain de sel en insistant sur le fait qu’il n’y a pas de vérité absolue : Le fait que l’Holocauste se soit produit ou non est pour eux une affaire de croyances personnelles… Pour eux, tous les points de vue sont également valables et doivent être également « respectés » !
Le cri d’alarme de nombreux professeurs de sciences, aujourd’hui, n’est pas moins déchirant. Lorsqu’ils tentent d’exprimer le principe de base qui guide la biologie, lorsqu’ils placent honnêtement le monde actuel dans son contexte historique (l’évolution), lorsqu’ils explorent et expliquent la nature de la vie elle-même, on les hue, on les stigmatise, on les harcèle et on les maltraite, les menaçant parfois de renvoi.
Au mieux, ils perdent du temps à tout bout de champ. Il est très probable qu’ils reçoivent des lettres de menaces de parents, et qu’ils doivent supporter les rictus sarcastiques et les bras croisés d’enfants qui ont subi un lavage de cerveau. On les équipe de livres de sciences approuvés par l’état, d’où le mot « évolution » a été totalement expurgé, ou édulcoré en « changement au cours du temps ».
Jadis, nous étions tentés de rire de ce genre de choses, comme d’un phénomène typiquement américain… Les enseignants d’Angleterre et d’Europe font à présent face à ce problème, en partie à cause de l’influence américaine, mais, de façon plus significative, à cause de la présence grandissante de l’Islam en classe… Soutenue involontairement par le multiculturalisme officiel, et la peur de paraître raciste.
Fréquemment, et avec raison, on rappelle que les théologiens et les ecclésiastiques de haut rang n’ont aucun problème avec la théorie de l’évolution, et, dans de nombreux cas, soutiennent activement les scientifiques sur ce sujet. C’est souvent vrai, comme je l’appris lors de mon agréable collaboration, par deux fois, avec l’évêque d’Oxford, à présent Lord Harries.
En 2004, nous avons co-écrit un article dans le Sunday Times dont les derniers mots étaient : « De nos jours, il n’y a rien à débattre. L’évolution est un fait, et même, du point de vue chrétien, l’une des plus grandes réalisations de Dieu. ». La dernière phrase fut écrite par Richard Harries, mais nous étions en accord sur tout le reste de l’article. Deux ans auparavant, nous avions écrit une lettre au premier ministre Tony Blair.
Dans cette lettre, des scientifiques et des hommes d’église éminents, dont sept évêques, exprimaient leurs inquiétudes sur l’enseignement de l’évolution, principalement que cet enseignement était considéré comme une « question de foi » à l’université technique d’Emmanuel City à Gateshead. L’évêque Harries et moi-même avions organisé cette lettre dans l’urgence…
La totalité de ceux que nous avons approchés ont signé tout de suite. Il n’y a eu aucun désaccord de la part des scientifiques comme de la part des religieux. L’archevêque de Cantorbéry n’a rien contre l’évolution, ni même le Pape (à ceci près que l’ère paléontologique précise à laquelle l’homme a obtenu une âme n’est pas très claire), ni les prêtres diplômés, ni les professeurs de théologie.
The Greatest Show on Earth est un livre sur les preuves positives que l’évolution est un fait avéré. Il ne s’agit pas d’un livre anti-religieux. J’ai déjà fait ce genre de choses, c’est sur un autre T-shirt, il y a un temps et un lieu plus approprié pour le porter. Les évêques et les théologiens qui se sont penchés avec attention sur les preuves de l’évolution ont arrêté de la combattre.
Certains l’ont peut-être fait à contrecœur, certains, comme Richard Harries, avec enthousiasme, mais tous, à l’exception de ceux qui sont cruellement mal informés, sont forcés d’accepter l’existence de l’évolution. Ils peuvent bien penser que la main de Dieu a démarré le processus, et que, peut-être, ladite main n’est pas restée bien loin et a guidé ses progrès par la suite.
Ils pensent probablement que Dieu a monté l’univers de toutes pièces en premier lieu, et consacré sa naissance par une série de lois et de constantes physiques harmonieuses, calculées pour remplir quelque dessein insondable dans lequel nous avons un rôle à jouer… Mais, bon gré mal gré, les hommes et les femmes d’église acceptent les preuves en faveur de l’évolution.
Nous ne devons par pour autant supposer que, parce que les évêques et le clergé lettré acceptent l’évolution, leurs congrégations font de même. Hélas, il y a d’amples preuves du contraire, matérialisées par les sondages d’opinion. Plus de 40% des Américains nient le fait que les hommes ont évolué à partir d’animaux, et pensent que nous (et, par extension, toute vie) avons été créé par Dieu il y a moins de dix-mille ans.
Ce chiffre n’est pas si haut en Angleterre, mais il reste alarmant. Et il devrait être aussi inquiétant pour les églises que pour les scientifiques. Ce livre est nécessaire. (…) Pour en revenir à nos évêques et théologiens éclairés, ce serait bien s’ils faisaient un peu plus d’effort pour combattre les absurdités antiscientifiques qu’ils déplorent en privé…
Trop de prêcheurs, bien qu’ils soient d’accord sur le fait que l’évolution soit vraie et qu’Adam et Eve n’aient jamais existés, vont monter en prêche et parler, avec trop de légèreté, de quelque point théologique ou moral à propos d’Adam ou d’Eve, dans leur sermon, sans mentionner une seule fois à leur congrégation que, bien entendu, Adam et Eve n’ont jamais existé !
Mis au défi, ils protesteront que leur propos était purement « symbolique », et avait sans doute quelque chose à voir avec le « pêché originel » ou les vertus intrinsèques de l’innocence. Ils ajouteront sèchement que, de toute évidence, personne ne serait assez fou pour prendre leur discours au sens littéral. Mais leurs congrégations sont-elles au courant de tout cela ?
Comment la personne assise sur son prie-Dieu, ou à genoux sur son tapis de prière, peut-elle savoir quel petit bout du livre sacré elle doit prendre au sens littéral, ou au sens figuré ? Est-ce aussi facile, pour le pratiquant peu éduqué, de deviner la différence ? Dans de trop nombreux cas, la réponse est clairement négative… Et on peut pardonner à n’importe qui d’être en proie à une certaine confusion dans ce cas.
Pensez-y, éminence. Soyez prudent, vicaire. Vous jouez avec des explosifs, à vous amuser avec un malentendu en puissance… Certains disent que c’est un malentendu qui arrivera tôt ou tard, pour sûr, si on n’y prend pas garde. Ne devriez-vous pas faire un peu plus attention, lorsque vous prêchez en public, à ce que votre Oui soit Oui, et votre Non soit Non ?
Sous peine d’être condamnés, ne devriez-vous pas faire un pas en avant pour contrer ce malentendu populaire déjà si répandu, et prêter un soutien actif et enthousiaste aux scientifiques et aux professeurs de science ? Par ce discours, je cherche aussi à atteindre les négationnistes eux-mêmes. Mais, et c’est peut-être le plus important, j’aspire à armer ceux qui n’en sont pas, mais en connaissent…
Peut-être, face à des membres de leur propre famille, ou de leur propre congrégation, certains se trouvent mal préparés à argumenter sur l’évolution. L’évolution est un fait. Au-delà du doute raisonnable, au-delà d’un doute même sérieux, au-delà des doutes émis par une personne équilibrée, bien informée et intelligente. Sans l’ombre d’un doute, l’évolution est un fait.
Les preuves en faveur de l’évolution sont au moins aussi solides que les preuves de l’Holocauste, même lorsqu’on considère qu’il y a des témoins oculaires de l’Holocauste. C’est une vérité évidente que nous sommes les cousins des chimpanzés, des cousins un peu plus éloignés des singes, encore plus des tapirs et des lamantins, et encore plus lointains des navets et des bananes… Etc. Ad libitum.
Cela aurait pu ne pas être vrai. Ce n’est pas une tautologie évidente par elle-même, et il y eut une époque où même les lettrés le niaient. Il n’était pas forcé que cela fut vrai… Mais ça l’est. Nous le savons à cause d’un raz de marée de preuves qui soutiennent cette théorie. L’évolution est un fait, et [mon] livre va le montrer. Aucun scientifique reconnu ne le discutera, et aucun lecteur exempt de préjugé ne le refermera sans en être convaincu.
Pourquoi, alors, parlons-nous de la « théorie Darwinienne de l’évolution », donnant, semble-t-il, le bénéfice du doute [aux créationnistes] qui pensent que le mot « théorie » est une concession, qui leur octroie un cadeau ou une victoire ? L’évolution est une théorie dans le même sens, au même titre, que la théorie héliocentrique. En aucun cas on ne peut employer l’expression « ce n’est qu’une théorie » pour les décrire.
Quant à la prétention selon laquelle l’évolution n’a jamais été « prouvée », la preuve définitive est une notion dont les scientifiques ont tendance à se méfier, quelque peu intimidés. Les philosophes influents nous disent qu’on ne peut jamais rien prouver en science. Les mathématiciens peuvent prouver, et, selon une vision assez stricte, ce sont les seuls à vraiment pouvoir le faire.
Mais tout ce que peut faire un scientifique c’est échouer à démontrer le contraire d’une chose en montrant qu’ils ont pourtant essayé par tous les moyens. Même la théorie, pourtant dépourvue de controverse, selon laquelle la lune est plus petite que le soleil, ne peut pas être prouvée de façon à satisfaire une certaine école de philosophes… Pas à la façon, par exemple, du théorème de Pythagore !
Mais de telles accumulations de faits et d’observations soutiennent cette théorie avec tant de force que lui nier son statut de « fait » semblerait ridicule à tous excepté aux plus pédants. C’est la même chose en ce qui concerne l’évolution. L’évolution est un fait, de la même façon qu’il est un fait que Paris se trouve dans l’hémisphère Nord…
En dépit des logiciens purs qui mènent la danse, certaines théories sont au-delà des doutes raisonnables, et nous les appelons faits. Plus on tente énergiquement et méthodiquement d’infirmer une théorie, plus elle se rapproche de ce que le bon sens appelle avec joie le « fait », si elle survit à ces assauts. Nous sommes des détectives qui arrivent sur les lieux d’un crime, les actions exactes du meurtrier évanouies dans le passé.
Le détective n’a aucune chance d’être le témoin oculaire d’un crime qui s’est déjà produit. Ce qu’il a bel et bien, ce sont les traces et les indices qui restent, et, à cela, il peut se fier sans hésiter. Les empreintes de pas, les empreintes digitales (et aujourd’hui les empreintes ADN), les taches de sang, les lettres, les journaux intimes… Le monde ne peut être comme il est que si Telle et Telle Histoire a eu lieu, et pas Telle et Telle autre.
L’évolution est un fait auquel on ne peut échapper, et nous devrions nous émerveiller de sa puissance, de sa simplicité et de sa beauté. L’évolution est en nous, autour de nous, entre nous, et ses œuvres sont inscrites dans les roches des ères passées. Puisque nous ne vivons pas, dans la plupart des cas, assez longtemps pour voir l’évolution se dérouler devant nos yeux, nous devons émettre des hypothèses comme le détective métaphorique.
Ce qui étaie les hypothèses en faveur de l’évolution est bien plus solide, en bien plus grand nombre, bien plus convaincant, bien moins contestable que n’importe quelle déposition de témoin oculaire jamais utilisée, dans quelque tribunal que ce soit, à quelque siècle que ce fut, pour établir quelque crime que ce soit. La preuve au-delà du doute raisonnable ? Doute Raisonnable ?
C’est le plus grand euphémisme de tous les temps.
Richard Dawkins, The Greatest Show on Earth, Bantam Press, 2009
Incidemment, pour ceux qui attachent une quelconque importance à ce genre de futilités, ceci est le 601e message de ce blog.
mardi 20 octobre 2009
Fier comme un pou(jade)...
Vous l’avez lu dans l’avant-dernier billet, j’ai employé le mot « poujadiste ». A la demande explicite d’une seule personne (et la demande silencieuse de plein d’autres qui n’osaient pas demander), et parce que ça fait longtemps que je n’ai pas fait mon intéressant en tâchant de vous apprendre quelque chose, voici un petit exposé sur ce mot… Qui, avantage non négligeable de la chose, va me permettre de parler politique.
Force m’est de constater que ce terme n’est, aujourd’hui, plus connu par grand monde… Ou s’il est connu, sa définition est floue dans l’esprit de beaucoup de gens. C’est un mot qui fleure bon la franchouillardise, et qui a tendance à tomber en désuétude, alors que son usage devrait être plus fréquent que jamais… En dépit du fait qu’il date des années 50. Pour info, c’était un néologisme, comme beaucoup de mots à leurs débuts.
En fait, l’histoire de ce mot commence avec Pierre Poujade… C’est, ou du moins c’était (puisqu’il est mort en 2003) un homme politique français. Il est né en 1920, et tous ceux qui en ont entendu parler ont tendance à le confondre avec l’ancien maire de Dijon, Robert Poujade (né en 28, toujours en vie, ancien maire de Dijon et ancien député… Mais on s’en fout).
Pierre Poujade est ce qu’on pourrait appeler un héros du peuple… Mais un héros à la petite semaine. Leader syndical n’ayant pas fait beaucoup d’études, il incarne la lutte contre la bureaucratie et le fisc, contre les nantis et les notables, contre les « gros » par tous les petits : Il acquit ses lettres de noblesses, si l’on peut dire, en organisant une mini-rébellion de commerçants locaux face à un contrôle fiscal en 1953.
Tribun né, marqué par des idées d’extrême droite et connu pour ses propos antisémites et xénophobes, il est surnommé « Poujadolf » par les gens de gauche de son époque… Il dénonce ce qu’il appelle « l’état vampire », il reprend la rhétorique pétainiste de la « maison France », et a beaucoup de succès auprès des petits commerçants, prônant le « bon sens des petites gens » au détriment des intellectuels, qu’il rejette en bloc.
Saluons celui qui organisait les jacqueries des sans grades et des petits commerçants contre la grande distribution avant même que José Bové n’ait appris à dire « McDo »… Celui qui organisa avant Le Pen (et après 1945 !) des meetings nationalistes à la rhétorique raciste replète de billevesées sur le complot juif… C’est bien simple, Jean-Marie Le Pen lui a tout piqué : Il s’est d’abord fait élire député sous la bannière du parti de monsieur Poujade.
Adonc, Poujade a fondé un mouvement syndical dont le nom veut tout dire : l’Union de Défense des Commerçants et Artisans… Et un parti politique pour aller avec, Union et Fraternité Française. Certes, un syndicat n’est pas supposé être politique… Alors que, aujourd’hui comme depuis l’invention de la chose, c’est indissociable. Mais passons. Le mouvement dans son ensemble s’appelle familièrement le Poujadisme.
Oh, ça n’a pas duré bien longtemps, de 1953 à 1958… Après quoi Poujade s’est fait « gaulliste de gauche », une dénomination floue qui lui a permis de soutenir, en bon opportuniste politique populiste, tous les candidats vainqueurs aux présidentielles, à l’exception de celle de 2002. Mais, pendant les cinq ans ou son parti exista, quel succès ! A son apogée, il avait 52 sièges à l’Assemblée… Et était en couverture de Time Magazine !
C’est mieux que le FN, mieux que le parti CPNT de Frédéric Nihous, mieux que De Villiers, mieux que la confédération paysanne, Bref, mieux que tous les petits partis de droite et de gauche qui ont largement pompé ses « idées », et surtout ses méthodes… C'est-à-dire un programme très classe moyenne, l’idéologie du « tous pourris », la revendication d’une identité et d’un terroir français, et, souvent, des méthodes… musclées.
Ce qui nous amène à l’utilisation actuelle du terme poujadisme (et par extension poujadiste), qui qualifie péjorativement, en politique française un discours démagogue, populiste, mensonger au point d’être bébête, et surtout empreint de corporatisme… Du genre à faire jouer les petits commerçants contre les gros, les agriculteurs contre les multinationales, les contribuables dits moyens contre les nantis et les politiques.
Il peut, bien sûr, s’agir d’extrémisme, il s’agit parfois d’un discours réactionnaire ou anti-immigration, parfois frondeuse, mais il s’agit TOUJOURS de démagogie. C’est la politique des petits vieux, la politique manichéenne à la rhétorique épuisée et qui pourtant ne s’épuise jamais, c’est la politique qui en appelle aux petits bourgeois, à madame Michu, la politique de café du commerce… Qui rabaisse le débat plutôt que de l’élever.
C’est bien sûr la totalité des discours de Jean-Marie Le Pen ET ceux de sa fille Marine… C’est Olivier Besancenot qui organise sa petite révolution des fonctionnaires… C’est François Bayrou qui se veut chevalier du populo… C’est Ségolène Royal, énarque, qui dit « Moi, cette réforme, je l’aie lue, j’ai rien compris »… C’est Nicolas Sarkozy, et son dauphin Jean, qui parlent de « La France qui se lève tôt et qui travaille dur »…
Et ainsi de suite. Vous en connaissez tous, il y en a plein, et qui le font avec plus ou moins de talent et d’excès. Comme je le disais, le terme poujadiste devrait être utilisé plus souvent… Voire même tous les jours, quitte à devoir en rappeler la définition et l’historique plusieurs fois. C’est une forme particulière de populisme, endémique de nos jours, qui infecte tous les bords et partis de la vie politique.
Bien plus que la grippe A, c’est LE truc méprisable à éradiquer une bonne fois pour toutes… Hélas, c’est comme les mauvaises herbes, ça revient toujours. Surtout quand les temps sont durs.
mardi 30 juin 2009
Château pas brillant...
Le billet du 16 mai, c’était sur celui que Dominique de Villepin essaie vainement d’imiter quand il écrit… L’auteur mortel de René et Athala, qui donne à la Bretagne son côté chi… pardon, chouan.
Chateaubriand a dit : "La vie me sied mal, la mort m'ira peut-être mieux." A première vue, il est difficile de croire que l'auteur de cette citation, des Mémoires d'Outre Tombe, traducteur de l'œuvre de John Milton, obsédé par le sinistre, le macabre, l'austère et le religieux, hanté par ses névroses, ses parents, et autres spectres bretons, soit le chantre d'un courant littéraire qu'on appelle "romantisme".
C'est pourtant le cas, même s'il faut dire que le romantisme de Chateaubriand est remarquable par son absence totale de rose, de petits angelots et de cœurs pastel... Tout ça n'est tout simplement pas la même chose. On lui voue un certain culte en Bretagne, à Combourg, le château dans lequel il a passé sa jeunesse tourmentée au milieu des histoires de fantômes et des chats emmurés vivants (charmante tradition bretonne).
Des vieilles ménopausées jusqu'à l'os sont heureuses de vous faire visiter, montrant avec fierté la théière de l'auteur, l'armoire de l'auteur, voire même la comptabilité de l'auteur. C'est super important par rapport à son œuvre. Il y a aussi, au fil de la visite, des tas d'objets ayant appartenu à ses descendants même pas directs, des objets qui "auraient pu" être comme ceux que l'auteur a eu, et des lieux qui étaient différents à l'époque.
Ce joli petit paquet d'irrationalités littéraires, agrémenté de quelques histoires et légendes n'ayant aucun rapport avec Chateaubriand ou le château, fait pourtant partie des lieux autant que les meubles ou le parc. Sans cela, ce ne serait jamais qu'un assemblage de cailloux réguliers. Un touriste bien beauf s'est d'ailleurs exclamé à l'attention de son immonde lardon puant : "Regarde, ça ressemble à ton château Playmobil !"...
Je ne suis absolument pas sensible à ce charme littéraire, et pour moi les vieilles pierres ont bien plus d'attrait que les descendants cul-pincés d'une baderne bigote du XIXe qui ont refait le papier peint. Quant à Chateaubriand, son œuvre post "retour à la foi" se résume au fruit d'une longue, d'une gigantesque envie de pisser. Ou autre chose. Il s'est retenu toute sa vie, et on a envie de lui dire "Pète un coup, René !"
Oui, parce que François-René-De c'est carrément couillon comme prénom. Une circonstance atténuante de plus à son caractère déprimant. Mais avec des parents pareils (un père aussi strict et une grenouille de bénitier comme maman) dans ce château froid, pas étonnant qu'il ait trouvé le riant paysage calme et sympathique alentours un tant soit peu sinistre. Et effectivement, la mort lui va mieux, je trouve. Déjà il écrit moins.
Par ailleurs, signalons que cet immense auteur (en qualité, certes, mais surtout en quantité) a par son œuvre engendré un jeu de rôles parodique autant que romantique sobrement et symboliquement intitulé René... Et, il y a très très très longtemps, votre humble serviteur a produit quelques maigres textes participant à cette aventure. Honnêtement, je préfère le jeu aux bouquins... Mais vous l'aviez deviné, bien sûr.
mercredi 3 juin 2009
Is this Sparta ?
Et rebelote le 29 avril…
Je ne résiste pas au plaisir de vous égrener un autre exemple du jeu que j'exposai dans le dernier billet d'humeur, celui des anagrammes casés... Allez l'y lire si vous l'osez ! Ce texte, beaucoup plus hard, contient au moins trente anagrammes du mot "Réticence", dont plusieurs répétés (et en une occasion l'un d'eux est accordé au pluriel, donc avec un S... Bon, c'est de la triche, je l’admets !). Le plus petit fait deux lettres. Bonne chasse !
Laid Producteur :
Ceinte de fleurs selon un rite vaguement originaire de Cirène, la pseudo-vestale de Nice fut saillie sur la crête... Sans réticence et sans qu'elle ne crie, du moins sans cri de protestation devant ce sacrilège, cette ensorceleuse Circé fut réée après la cène par un beau légionnaire, sans doute né juif ou yankee, car circoncis...
La nuit, américaine, était loin d'être d'un noir d'encre lorsque le réalisateur tourna la scène, écrite par un crétin pour qu'on se rince l'œil... Il en rit encore alors qu'il tire sa blondasse, de ce que les branleurs font au ciné porno du coin ou sur le net, devant ce qu'il créé. Lui, il n'a pas ce tic, ni cette pulsion onaniste.
Il trie le monde entre ceux qui se font exploiter, ceux qui plantent ton tee, te cirent les pompes... Et ceux qui, comme lui, baisent avec des femmes aux seins gros comme des citernes et vivent royalement dans une somptueuse villa, écrin luxueux de leurs délices de Capoue.
Pour citer Mel Brooks: "When you got it, flaunt it! »
mardi 2 juin 2009
Lire et écrire, règles avancées...
Le 28 avril 2006, je faisais encore l’apologie d’un jeu à la fois débile et éducatif. C’est bon, mangez-en !
Je viens d'ajouter dans la liste des jeux originaux celui des anagrammes casés... Les règles en sont simples mais son exécution n'est pas à la portée de n'importe qui : il s'agit de prendre un mot au hasard (dans un livre, évidemment) et d'en trouver quelques anagrammes. Une ou deux dizaines devraient être un bon chiffre. Pas la peine de faire des anagrammes parfaites avec toutes les lettres, des mots plus courts fonctionnent aussi.
Mais le jeu ne fait que commencer : chaque joueur devra caser tous ces mots (ou le plus possible) dans un texte d'une page environ (ou moins si possible). Chacun lit son texte à haute voix, il est donc important de faire un texte assez drôle, élégant, ou original. De préférence, il faut que les anagrammes passent inaperçus à la lecture... Et tout le monde travaille avec les mêmes mots, les joueurs sont donc logés à la même enseigne.
Ce n'est pas très difficile pour qui est habitué à écrire (ou à Blogger...) mais c'est un défi tout de même ! Ce jeu occupe agréablement quelques heures. Je voudrais vous faire partager un texte comprenant vingt anagrammes du mot "Aurait". Le plus petit des anagrammes fait deux lettres, et le plus long est le mot lui-même (On eut pu en trouver largement plus de vingt, mais nous ne sommes pas devant Laurent Romejko, que diable...)
Récit de chasse :
L'aube naissait et tout était calme près du trou d'eau presque tari. Le soleil Kényan, Ra septentrional des sources du Nil, avivait les couleurs avec art, loin de troubler le rut matinal des lions... Robert Jones, explorateur, tria ses cartouches et rit, chargeant son fusil, pensant au pelage qu'il allait rapporter à la belle Tara. Tout ce dont il avait besoin, c'était d'un peu plus de jour...
Le soleil à l'horizon faisait encore une aura de la crinière du viril animal qui ruait sa femelle. Robert ajusta sa carabine, visa, tira... Et rata le fauve, distrait par l'émoi au creux de son propre bas-ventre provoqué par l'ami naturel qu'il scrutait intensément ! C'est sur lui que se rua le lion, et il s'en fallu de peu qu'il ne le tua, si ce rat de Robert n'avait pas été si vif... Robert fuit donc.
Notre héros eut été reconnu pour son cran s'il n'avait pas été estropié dans sa virilité. Cette histoire, fils mieux aimé, tu la raconteras dans ce bar louche bien connu de Nairobi. Rita la taulière la taira, ira jusqu'à la nier... Mais tu sais dorénavant la vérité : Voilà ce qu'il est advenu de Roger Jones, explorateur intrépide et chasseur émérite... Alias Rita Jones, barmaid au bar chez Tara !
Essayez de les trouver tous, pour voir !
lundi 1 juin 2009
Le long billet sur la Bible que je voulais faire depuis longtemps et pour lequel je n'ai pas trouvé de titre astucieux :
J’ai beaucoup critiqué les religions du Livre récemment… Vous savez, l’islam, le judaïsme, le christianisme et toutes leurs variantes, bref, tout ce qui est basé sur LE livre, la Bible. Toutes ces critiques étaient méritées, je vous l’assure… Je l’ai lue, la Bible. J’ai fait mieux que la lire : Comme tant d’autres avant moi, je l’ai replacée dans le contexte de son écriture.
C’est ce que chacun devrait faire… Ce que tout le monde fait, dans une certaine mesure, en lisant n’importe quel autre ouvrage, d’ailleurs (y compris les textes sacrés des religions des autres…). Mais, dés lors que les gens croient que la Bible est la parole de dieu, qu’elle est révélée, qu’elle « est », cet ouvrage acquiert un statut particulier. Certes, il s’agit d’un texte sacré… Les dévots (sans parler des bigots) sont chatouilleux avec ça.
S’il s’agit vraiment d’un ouvrage d’origine divine, révélée, l’examen de son contexte historique et des preuves archéologiques n’aiderait-il pas à interpréter le message divin ? La recherche sur le contexte politique, le style littéraire, les différents mythes des origines ayant précédé la Bible, tout cela n’aiderait-il pas à mieux interpréter des versets qui font aujourd’hui l’objet de controverses ?
Quand on considère la Bible comme un livre, certes fondateur, mais d’origine humaine, cette recherche est très intéressante, en Histoire, philosophie, droit… Mais elle devient indispensable si l’on croit que la Bible recèle bel et bien la vérité absolue et la parole de dieu, puisque tout ce qui permettrait de clarifier cette parole est forcément indispensable pour le salut commun… Et ça en épargnerait, des controverses et des morts inutiles !
Pourtant, les fanatiques religieux refusent de se poser ce genre de questions… Etrange, non ? Comme s’ils avaient peur de quelque chose. Ils préfèrent prendre leur texte sacré au pied de la lettre et taper sur les autres, ceux qui ont un texte sacré différent, ou une autre version du même texte sacré, voire exactement le même mais qui interprètent le même passage différemment… C’est plus drôle que de résoudre les vrais problèmes.
Parce que, oui, il existe une grande quantité de versions de la Bible… Pas seulement la Torah, le Coran et les Evangiles, dans leurs différentes traductions… D’où la question suivante : Qu’est-ce que la Bible, au juste ? C’est une question intéressante, et il faut se la poser, puisque la Bible est source de tant de conflits… On pourrait penser que tout le monde a la même définition de ce texte (ou le même texte, d’ailleurs) mais il n’en est rien.
Le contenu de la Bible, ce n’est pas comme le contenu des Trois Mousquetaires : Il change avec les époques.
Il faut dire que, malgré ce que toutes les religions qui tournent autour ont pu dire, il n’existe pas de contenu ou de traduction fidèle et définitive de la Bible… Au fil des siècles, les autorités religieuses de tous bords ont sélectionné certains textes écrits par un grand nombre d’auteurs, tous longtemps après (souvent plusieurs siècles après) les événements que décrit la Bible.
La Bible telle que nous la connaissons, ancien et nouveau testament, est composée de soixante-six livres différents, écrits par plus de quarante auteurs sur une période de plus de mille ans dans des styles variés et des langues différentes, le tout ayant été traduit et retraduit de différentes façons, à différentes époques… Et les différences dans les traductions suggèrent que ce texte « révélé » contient des erreurs !
Ceux qui ont compilé ces livres, chez les chrétiens, les ont choisis au cours de débats houleux et fort politisés entre évêques (qui cherchaient à faire admettre leurs articles de foi au détriment de ceux des autres, souvent pour obtenir pouvoir et légitimité auprès des fidèles et ne pas se faire brûler vif ou énucléer… c’était une époque fascinante), lors de nombreux conciles qui se déroulèrent sur plusieurs siècles.
Les plus marquants pour la chrétienté furent ceux de Nicée (en 325 et en 787), mais n’entrons pas dans les détails… Le plus important est que, en ce qui concerne la Bible, les textes qui auraient pu la composer (et qui sont tout aussi légitimes que ceux que nous connaissons, en terme d’authenticité, c'est-à-dire TOUS apocryphes) peuvent remplir toute une bibliothèque. Je parle d’une bibliothèque municipale, hein, pas d’un meuble.
En ce qui concerne l’ancien testament que suivent les juifs, sa traduction moderne en hébreu vient… En grande partie du grec (une version hellénique de la Torah) et de tas d’autres fragments en différentes langues ! Le tout est probablement une transcription de ce qui n’était alors que transmis par tradition orale : Une chronique allégorique de l’histoire du peuple hébreu et un mythe des origines.
A côté de ça, le Coran semble plus « sérieux » : Le nombre de sources est déjà plus limité et un peu plus authentifié (encore que…), même si l’on peut mettre en doute leur bonne foi sur de nombreux points… Comme à chaque fois pour ce genre de textes. Il est toutefois important de noter que, si la Bible est bel et bien importante pour l’islam, le Coran n’est pas inclus dans la Bible, il vient après, comme le Livre de Mormon.
Le Livre de Mormon possède une seule source très bien identifiée, et très comique… Mais je m’égare. Passons.
Concentrons-nous sur ce qu’il y a dans la Bible, ancien et nouveau testament. Les textes qui ont survécu aux coupes franches des diverses autorités religieuses au fil des siècles racontent souvent plusieurs fois la même histoire avec des points de vue différents, voire contradictoires (il y a par exemple deux créations dans la genèse, et la même vie de Jésus est racontée par les quatre évangélistes de manière différente).
Le texte actuel contient des chroniques d’alliances entre tribus présentées sous la forme d’arbres généalogiques (c’était souvent la même chose), des métaphores, des légendes, des mythes fondateurs, des récits de rêves, des paraboles, des fables et des histoires initiatiques compréhensibles seulement par les initiés de l’époque, des épitres (des lettres, quoi), des doléances populaires…
La Bible contient aussi des témoignages, des prédictions, des proverbes et maximes, des poèmes, des chants, des coutumes, des descriptions de lieux et d’objets spécifiques, des méthodes et des façons de pratiques les artisanats quotidiens (abattage de la viande, cuisine, construction, etc.), des conseils sanitaires, des lois et des précédents juridiques, des réformes et édits royaux…
Ce que ne contient pas la Bible, en revanche, c’est quelque condamnation que ce soit au sujet des noirs, de la théorie de l’évolution, la recherche sur les cellules souches… Si l’homosexualité est qualifiée d’abomination dans l’ancien testament, Jésus n’a jamais rien dit à ce sujet, et la chrétienté était d’ailleurs plutôt neutre concernant l’homosexualité avant le XIIIe siècle… Un peu tard pour s’apercevoir de ça, non ?
De plus, si les textes du nouveau testament ont tous été rédigés plus de cent ans après la venue du Christ (venue que l’on ne peut pas dater, vu que les calendriers ont changé maintes fois depuis et que les indications sont peu claires… Dans l’hypothèse ou ça se soit réellement produit…), ceux de la Genèse sont basés (parfois très précisément, comme le livre de Job) sur les mythes des origines mésopotamiens…
Eh non. La Bible n’a pas été tirée d’un chapeau, comme ça, « pouf », même si c’est ce que beaucoup aimeraient faire croire (et ceux-là placent toujours la plume, comme le chapeau, dans la main exclusive de leur dieu…), notamment en disant que ce n’est qu’un seul livre. Ses différents textes s’insèrent tous dans un contexte historique précis, ont des buts définis, et leurs auteurs ont été influencés par tout ce qui est venu avant.
Quant aux traducteurs, ils n’étaient pas archéologues, et voyaient les choses à leur façon…
Dans l’Histoire, retraduire la Bible a toujours été source de légitimité et de pouvoir… Renseignez-vous sur la Bible du Roi Jacques, celle de Jacques Ier (successeur d’Elizabeth I d'Angleterre), vous verrez. Demandez-vous pourquoi la Bible de Benoît XVI est en latin si Jésus était juif... Et les erreurs de traductions ont été nombreuses… Notamment dans la « vulgate », utilisée par les catholiques pendant des siècles.
Mais, comme je l’ai déjà dit à maintes reprises, chacun interprète la Bible comme ça l’arrange, et surtout ceux qui veulent promouvoir leurs idées et leurs intérêts. Cela n’est pas nouveau, et cela arrive tous les jours… Et ça marche parce que la majorité des gens ne lit pas la Bible, choisissant d’ailleurs sciemment d’ignorer la vaste et complexe histoire de ces textes si importants (Faut dire, c’est super chiant… Mais bon).
Les membres de tous les clergés de toutes les religions qui s’appuient sur la Bible en profitent (Souvent parce qu’ils croient que c’est bien, que c’est juste, que c’est la vérité… L’enfer est pavé de bonnes intentions) pour interpréter comme ça les arrangent les versets qu’ils veulent, souvent même hors de tout contexte. Et la Bible est si foisonnante qu’on peut lui faire dire ce qu’on veut, comme on veut, quand on veut.
Le tout venant des intégristes et les fondamentalistes de tous bords sont friands de ces techniques, et s’en tiennent souvent à une seule version : Une Bible compactée, avec interdiction d’aller voir ailleurs, lire autre chose, ou se renseigner sur le contexte, puisque pour eux, la Bible est le seul livre d’Histoire qui vaille (alors que ça n’en est même pas un au départ…).
La Bible devient le seul texte de référence… Cela pose évidemment quelques problèmes pour appliquer ses lois archaïques (j’ai déjà parlé du mariage selon la Bible…) telles l’esclavage, l’interdiction du célibat, l’interdiction de dire le nom des organes sexuels… Mais aussi pour la biologie, et pas seulement l’évolution : Pour les auteurs de l’ancien testament, les sauterelles auraient… quatre pattes ! Si, si. Je vous jure.
Bref, on voit où ça mène. Que vous soyez chrétien, juif, musulman ou quoi que ce soit, quelles que soient vos opinions, à chaque fois que vous entendez quelqu’un marteler sa Bible, posez-vous les questions suivantes : Est-ce que cette personne fait partie d’un groupe à visées politiques ? Est-il habilité à le représenter (bénévole, prêtre…) ? Une dénomination minoritaire ou majoritaire au sein de son culte ? Une secte ? Un groupuscule ?
Est-ce que le passage cité est vraiment dans la Bible ? Et dans quelle version ou traduction de la Bible ?
Questions subsidiaires pour les plus forts en thème : Qui a écrit ledit passage de la Bible et quels étaient ses motivations ? Que voulait-il dire ? Dans quel contexte ? Est-ce que ce passage est une chronique, un récit juridique, historique, ou simplement un mythe, un rêve ou une opinion ? Peut-il s’appliquer à la société moderne ou représente-t-il les valeurs d’une civilisation ancienne ?
Quelles étaient les valeurs de cette antique culture ? L’esclavage ? La soumission des femmes et des minorités ? (La réponse n’est pas forcément positive : L’ancien testament a pour habitude de soumettre les femmes et d’éradiquer les peuples, mais Jésus était tout à fait pour le fait de venir en aide aux désemparés et aux marginaux !).
Et, la question à cent euros… Est-ce que la personne qui veut ainsi vous enrôler pratique elle-même ce précepte dans sa vie ? De manière constante et cohérente ? Non, parce que ça, c’est important, aussi… Par exemple, quelqu’un qui dit que l’avortement c’est Mal et évoque alors le sixième commandement (« Tu ne tueras point »), est-il aussi contre la guerre et la peine de mort ?
Il ne devrait pas être interdit de poser des questions : Le vrai croyant garde la foi… Les questions sont là pour éclairer sincèrement les gens, elles ne sont pas toujours là pour tenter de prendre en défaut les intégristes… Et même dans ce cas, si tout ça n’est pas basé sur du vent, cette « révélation divine » devrait être à l’épreuve de n’importe quel raisonnement humain, non ?
Pour paraphraser Shakespeare, peut-on croire qu’un dieu ait fait le cerveau humain pour ensuite lui interdire de s’en servir ? De toute façon, nous n’avons plus tellement le choix depuis que nous avons croqué la pomme, non ? Les chrétiens se sentent toujours coupables de ça… Tout comme ils se sentent coupables de questionner leur livre sacré. Ça a un petit goût de critique, donc de blasphème…
Ce que je pense, moi, c’est que s’il existe un dieu, le vrai blasphème serait de ne pas lui poser de questions, à propos de tout… Le vrai blasphème serait de réduire la parole d’un dieu que l’on voudrait croire bienveillant à une liste de règles arbitraires, de condamnations contre tel ou tel groupe, et de règles de vie qui se rapprochent plus d’un manuel pour chaine stéréo ou ordinateur…
C’est à ça que ça sert ? A vivre sans réfléchir, frapper sans regarder et mourir comme à l’abattoir ?
Si c’est ce qui vous branche, faites ce que vous voulez (mais pas près de chez-moi, parce que je supporte mal les dictatures et les autodafés, hein). Cependant, si vous pensez que la richesse de la Bible n’est pas littérale, mais réside dans la beauté de ses images, de ses histoires, de ses symboles et de ses thèses philosophiques, dans son importance pour les cultures qui l’ont adoptée, dans les valeurs positives qu’elle apporte…
Si vous pensez que la Bible n’a pas, n’a jamais eu réponse a tout, et n’a même jamais eu la prétention de correspondre à toutes les situations, si vous croyez que la Bible n’est pas dieu, qu’elle n’a pas à être vénérée, mais qu’elle montre le chemin vers une certaine vision du divin, si vous pensez sincèrement que prendre la Bible littéralement c’est manger le menu sans commander aucun plat…
Si vous pensez que dieu n’existe peut-être pas, mais qu’au fond, ça n’a aucune importance…
Alors peut-être faites-vous ce que ferait Jésus : Laisser vivre les autres, et globalement être sympa.
P.S : Si vous voulez plus de renseignements sur les origines archéologiques et historiques de la Bible, sur ce qui s’est « réellement » passé, pour autant que nous le sachions, à l’époque des patriarches, sur les anciens mythes cosmologiques des tribus qui formèrent le peuple d’Israël… Alors lisez La Bible Dévoilée (Les nouvelles révélations de l’Archéologie), par Israël Finkelstein er Neil Asher Silberman (2002, publié chez Bayard).
C’est une superbe synthèse dont l’existence m’a été rappelée récemment par un ami et que j’avais lu dés sa sortie, puisqu’il était lecture obligatoire à la Sorbonne lors de ma 3e année, en Histoire du Proche Orient ancien… Et c’est passionnant. A compléter, pour ce qui est des liens avec la Mésopotamie, avec une lecture de Babylone et la Bible, par Jean Bottéro (1994, les belles lettres).
Ces gens sont bien sûr tous d’éminents spécialistes et leurs ouvrages se suffisent à eux-mêmes… Ils sont loin d’être aussi épais que les gros manuels d’Histoire que l’on imagine, et ne sont pas le moins du monde abscons pour peu qu’on se soit réellement intéressé à la Bible et à l’archéologie ! De plus, leurs bibliographies sont un point de départ idéal pour toute étude approfondie sur le sujet.
Pour ce qui est du concile de Nicée, je n’ai dans ma bibliothèque que des manuels et des dictionnaires rébarbatifs (même s’ils sont bien faits, avec des cartes et tout et tout)… Mais un petit tour à la bibliothèque Ste Geneviève ou chez La Procure (LA librairie religieuse) saura vous apporter l’illumination. Le jeu de cartes et de plateau Credo, anciennement distribué par Multisim, a pour thème ces différents conciles et leurs coups en dessous…
Les règles ont été très mal traduites, le jeu est un peu vaseux, mais marrant… Et surtout original.
jeudi 26 mars 2009
Gros Thon II, le retour !
Parce que quelqu’un que je ne nommerai pas m’a reparlé, en commentaire, d’Amélie Nothomb et termes élogieux, je republie ce billet du 30 juillet 2006 histoire de remettre les pendules à l’heure en ce qui concerne cette faiseuse d’esbroufe. Amélie Nothomb, c’est la paresse intellectuelle, ça se lit vite, très vite, et ce n’est pas exigeant. Rien de mal à ça, mais croire que c’est une grande auteure serait une erreur…Allez plutôt lire la parodie qui en a été faite, parmi d’autres, dans Et si c’était niais ? de l’excellent Pascal Fioretto !
Mes lecteurs assidus (Si, si, il y en a ! Je vous ai vu, là, derrière... N'ayez point de honte !) se souviennent peut-être d'un billet sur Amélie Nothomb. Je l'avais mise, guidé par un infâme préjugé, dans la rubrique "les auteurs qu'on n'y arrive pas". C'était un grand tort, je l'en ai retiré et je me suis excusé pour cette faute inqualifiable : on ne critique pas sans avoir lu. C'est vrai, ce serait trop facile, et puis c'est d'un commun : tout le monde le fait.
Eh bien là, dans la liste, elle y retourne et elle y reste. Elle en prend pour longtemps. Parce qu'entre temps, je suis tombé sur son premier roman, intitulé "L'hygiène de l'Assassin". Et je l'ai lu. Ah, la sale péteuse plus haut que son cul. Ah la grosse pouffe imbue. Ah la connasse de première. Ah la gourde mal baisée. Ah, la radasse suintante de fatuité. Ah l'indicible mocheté pleine de la bave académique des crétins cultivés. Quelle erreur, ce livre.
Peut-on vraiment juger un auteur sur son premier roman ? Certains diraient "peut-être pas". Un premier roman, c'est toujours plus mauvais, et c'est toujours trop personnel : il permet plus d'indiscrétions sur l'individu que sur l'auteur, qui n'est pas encore "formé". Voit-on les performances du grand marathonien à son premier sprint ? Oui et non. Les plus grands promettent dés l'enfance, comme d'autres se bonifient avec le temps.
Mais j'affirme que l'on peut voir à son premier livre si l'on aime un écrivain. Un livre, un seul, et à fortiori le premier, c'est tout ce dont dispose le lecteur pour faire son choix. C'est un fait : il n'y a qu'avec ça qu'on peut décider si l'on va prendre de son temps et de sa personne pour lire le reste. C'est le premier livre qui doit convaincre l'éditeur et les lecteurs du talent de l'auteur, de sa "solvabilité stylistique". C'est un examen, quoi.
Si on déteste, on ne va tout de même pas se forcer : Il y a tant de livres dans le monde, personne ne peut tous les lire, si en plus on ne devait lire que ceux qui sont chiants... Et je trouve que c'est un excellent test, justement parce qu'il paraît injuste à ceux qui ratent. Or, le premier roman d'Amélie Nothomb a raté, du moins à moitié. Je dis ça parce qu'elle vend, qu'elle plaît, qu'elle publie, qu'elle passe à la télé... Bref, elle a fait école, inexplicablement.
Moi, je trouve qu'elle a fait tout ce qu'il ne faut pas faire dans son premier livre. D'abord, c'est une logorrhée sans fin dans laquelle elle étale sa culture. Oui, elle a fait ce que MOI je fais à longueur de temps dans ce blog, mais étendu à un seul sujet sur plus de 200 pages. Un unique éditorial, une interminable humeur, un robinet de bile qui ne sait pas s'arrêter. On dirait la version intello de Charlie Hebdo. A la longue, c'est lassant.
Comme de bien entendu, elle émaille son œuvre de tous les poncifs et de leur contraire. On ne se laisse pas prendre au jeu : ce ne sont pas les protagonistes qui pontifient, on voit bien l'auteur déblatérer au travers. Elle croit se déguiser derrière ses marionnettes, choses unidimensionnelles qu'elle appelle "personnages". Ils sont plats, prévisibles, peu creusés (même l'assassin éponyme, la grosse Tach, le Prétextat futile au roman)
Lesdits personnages ne sont qu'une accumulation de symboles à peine liés par un nom ou une fonction, des archétypes simplistes, irréels, que la Nothomb croit sans doute élégants. Pourquoi, je vous le demande ? Péché d'orgueil. Cela se voit, elle croit que ce qu'elle a à dire est plus important que ses personnages. J'aurais pu dire "pourquoi pas", mais là, elle croit aussi que ce qu'elle déblatère peut remplacer l'histoire.
Son propos n'est pas un récit, ni une histoire, c'est une vague trame squelettique qui articule les considérations prétentieuses d'Amélie Nothomb, précieuse ridicule, sur l'écriture et la lecture. C'est un essai à peine déguisé sur l'art d'écrire. Il y a quand même un gros problème : c'est son premier roman, elle ne sait donc pas du tout comment écrire, elle n'en a qu'une vague idée issue du milieu plein d'illusions de la fac.
Elle n'y connaît strictement rien, à ce processus, puisque c'est la première fois qu'elle passe par là. Maintenant, je ne sais pas, elle doit s'en repentir, mais au moment où elle a écrit cette bouse, la petite Amélie confondait littérature et écriture, universitaire et classique, académique et talentueux. Son style est fluide et travaillé, son roman fait la longueur réglementaire, il y a peu d'incohérences, du rythme... Et rien d'autre.
Elle ne connaît de l'écriture que l'idée, la mécanique théorique, n'ayant jamais mis ses mains dans le cambouis. Son truc, là, c'est trop léger et trop arbitraire pour être une thèse, et trop lourd pour être un sketch. Ou alors un sketch très long qui s'adresserait uniquement aux professeurs de français. C'est de l'érudition, de l'étalage, des figures de style, de l'esbroufe, de jolis petits paquets de coïncidences narratives et des "punch lines".
Mais ça n'est pas de l'écriture. C'est quelqu'un qui se fait mousser tout seul. C'est masturbatoire. Et je m'y connais. En bref, c'est de la fabrication, pas de la création. C'est comme comparer une toile de maître avec la même quantité de toile et de pigment mis dans un mixer et transformés en bouillie. Comme comparer un chien vivant avec un chien mort reconstitué à partir de morceaux de cadavres : il y manque quelque chose !
Histoire de parler un peu du livre lui-même (il le faut bien, on serait capable de m'accuser de ne pas l'avoir lu, bien que ce soit assez chiant d'y revenir), sachez que c'est l'histoire d'un prix Nobel de littérature soi-disant génial que personne ne lit (comme tous ces gens là, et sur ce point, Amélie Nothomb est percutante, mais ça ne la sauve pas) qui a commis un meurtre il y a belle lurette, et qui va crever bientôt.
Ce meurtre, il l'a lui-même raconté dans un de ses romans, inachevé, et tout le monde n'y a vu que du feu. Comme sa mort est proche et qu'il est à la fois immonde, reclus et plus grand que nature, des journaleux vont successivement l'interroger. Et ce jusqu'à ce qu'une femme (évidemment) qui l'a vraiment lu (évidemment) et percé à jour (évidemment) le force à avouer, à ramper... Puis elle le tue et devient son avatar.
Fantasme de l’auteur qui s’y croit… « Oh, regardez comme je suis profonde ! » Dit la petite Amélie alors qu’elle (enfin, son personnage dans le livre) tue le mâle Prix Nobel phallocrate hargneux et tueur d’une femme innocente… « Je suis meilleure que les grands écrivains ! » dit-elle en détruisant l’homme de paille qu’elle a fabriqué de toutes pièces. Sa victoire sans péril sur un punching-ball plat et irréaliste ne m’impressionne pas.
Je dirais bien que la fin est bancale, à côté de la plaque, mais comme le début est mou, donneur de leçons et prévisible, on ne peut décemment pas être déçu par une fin pareille. C'est trop téléphoné pour être vrai, et la quantité invraisemblable de petites saillies dans lequel tout ça marine n'a bien souvent rien à voir avec la choucroute. Digressions ? Non. Diversions et dilutions, oui ! Un exercice scolaire et froid, sans originalité.
Et Amélie Nothomb croit sans doute avoir pondu un classique. Voilà ce que donne l'intelligence sans talent, une intelligence pourtant (de toute évidence) pénétrante, sans rien d'autre pour s'accoupler qu'une imagination chétive : un mariage bien stérile, et des coïts bien ternes. Je ne voulais plus croire quand on me disait "La Nothomb, intello mal baisée qui s'est faite une culture asociale à cause de son physique ingrat..."
A la lire, à la voir et à l'entendre parler à la télévision, je suis forcé de me rendre à l'évidence. Elle mérite son surnom d'Amélie Gros Thon. Et elle en souffre, d'où son excès d'orgueil. Elle en pue, le thon. Réaction classique de qui se sent rejetée et frustrée à souhait. Et pour son coup d'essai, vous savez où elle peut se le mettre, si je puis paraphraser les classiques (elle le fait mieux que moi). C'est un roman "moi-je".
Le premier roman est toujours personnel : ça n'a pas loupé. Elle n'a pas résisté à la tentation, toujours présente, de se gargariser d'elle-même, d'écrire pour écrire, d'écrire sur l'écriture, ou du moins sur l'idée préconçue qu'elle s'en fait... Je ne puis souffrir cette lâche méthode, et je pourrais ne pas tarir d'adjectifs bas et avilissants à déverser sur ce genre de pratique littéraire, si je n'étais point limité par la langue française.
Comment ! C'est la plus grande des trahisons ! La différence entre le billet qui se gargarise de grands mots et l'écriture, la vraie, la Création, c'est justement ça : Un Vrai Auteur n'écrit pas pour se satisfaire, pour son plaisir, pour l'épate, en dilettante, pour la gloire ou l'argent, même si cela peut entrer en jeu de manière secondaire. Il écrit parce qu'il en a BESOIN, comme de manger et de respirer, comme un peintre peint.
Un écrivain véritable ne se la joue pas, il ne donne pas de leçons, ça c'est l'affaire des éditorialistes et de ceux qui bloguent dans les coins. Il écrit pour son histoire, il écrit pour son lecteur. Le premier livre d'Amélie Nothomb n'intéresse donc que ceux qui se trompent eux-mêmes : ceux qui ne l'ont pas lu ou qui n'y ont rien compris, mais qui trouvent ça génial parce que c'est rythmé, facile, et qu'il y a des mots compliqués.
Parmi eux, la cohorte des féministes forcené(e)s qui crient au génie dés qu'une vieille fille moche qui ne baise pas prend sa plume pour écrire des mots de plus de trois syllabes. Ajoutons les intellectuels moisis, les étudiants naïfs, les littérateurs cons et les gens de la gauche-caviar. Et les jeunes gothiques, aussi. Autant dire, personne d'important. Comme Max Gallo et Marc Levy, ça se vend parce que c'est de la soupe, même si ça ne se lit pas.
Tout au plus ce livre aura-t-il eu le mérite de ne pas m'indifférer plus de dix minutes, un record pour de la crotte. Sans doute ma curiosité morbide.
mercredi 25 mars 2009
La Dive Bouteille(r)...
Le 4 avril 2006, je me suis lâché sur les livres des vieux qui se font plaisir. Et, honnêtement, je n’arrive même plus à me rappeler de quel livre je voulais parler au départ : c’est dire comme le bouquin de Bouteiller a marqué son époque en tant que chef d’œuvre de la littérature… Au moins, Roger Peyrefitte a la décence d’être réédité après sa mort. « Qui dira le nombre de journalistes tués le premier jour sur le champ de bataille de la littérature ? » Ecrivait François Mitterrand dans L’Abeille et l’Architecte, un autre de ces bouquins politiques qui ne valent que par leur actualité et les citations qu’ont pu en tirer hors contexte les vautours médiatiques…
Pierre Bouteiller, homme de radio ayant été directeur des programmes de France Inter et France musique (si je ne me trompe, mais franchement, la carrière de cet homme m'échappe un peu, n'écoutant aucune de ces deux radios...) a sorti un livre écrit au vitriol pour emmerder le monde. je n'ai pas tout lu, mais apparemment il n'a pas digéré le fait de ne pas être grand patron de Radio France, ou je ne sais quoi.
A son âge, c'est normal, le pauvre. Je ne le plains pas, du moins pas à cause de ces mesquineries corporatistes, mais parce que c'est le livre classique de fin de vie, ou de rupture de carrière. Tous les vieux journalistes, acteurs et professionnels du show-business en publient un, en général avec "souvenirs" ou "histoire" dans le titre. Cela se veut un brûlot, un pavé dans la mare, basé sur des tas de recherches et sur l'expérience de terrain...
En fait ce sont des mémoires sélectives, déformées et réinterprétées au travers de récentes déconvenues par ce qui n'est rien d'autre qu'un vieillard aigri... Si compétent que l'auteur soit ou ait été. Sérieusement, tout le monde le fait. Même Jean Le Bitoux l'a fait pour régler ses comptes avec le milieu homosexuel maintenant que certains sont morts du SIDA et ne peuvent plus le contredire.
Roger Peyrefitte a écrit un roman qui va dans le même sens : il était âgé, usé, amer, démédiatisé et passé de mode, ne choquant plus par ses "amitiés particulières" du fait du mouvement gay, il voulait faire du sensationnel, écrire un truc bien provocateur... Il a fait "Roy", l'histoire d'un gamin de treize ans qui, outé, doit quitter la maison et tombe dans la drogue et la prostitution en Californie dans les seventies.
Bon, premier problème : Son style peaufiné à mort de fin de carrière enlève toute spontanéité et confère à l'adolescent le pragmatisme d'un homme de l'âge de Peyrefitte, c'est à dire presque gâteux. Deuxième problème : L'auteur n'a jamais mis les pieds en Californie, ou du moins pas récemment. Troisième problème, les gosses de treize ans avec une telle maturité sexuelle, ça reste très rare : c'est un GROS FANTASME DE VIEUX.
Mais c'est du bon Roger Peyrefitte, et si vous aimez, vous n'en serez que plus ravis. C'est après tout un auteur devenu classique, dont Gide faisait l'apologie, une grande figure de l'homosexualité d'avant que le coming out ne soit à la mode... Du temps ou les parties de touche-pipi en internat pouvaient choquer. Petit clin d'oeil aux éditions TG qui rééditent "Les Amitiés particulières" et "Roy" depuis quelques temps déjà...
Vous voyez, ça arrive à presque tout le monde, dans la plupart des domaines ou la gloire a été au rendez-vous : Ecrire un livre en se moquant du lecteur, simplement pour lancer un cri à la Calimero, un grand "c'est pas juste" à la face du monde. Même quand le livre ne parle pas des déconvenues de l'auteur, il en est imprégné, car il n'est pas écrit pour lui-même, pour exister en tant que livre.
Peu de ces livres de catharsis (ou carrément de crachats...) sont réellement des chefs d'oeuvre. Je ne sais pas si je publierai quoi que ce soit de littéraire un jour, et si ça m'arrive j'espère que je n'aurai pas besoin d'écrire pour autre chose que le livre et le lecteur... Mais je réalise que mon tempérament m'y pousse. N'est-ce pas, après tout, ce que je fais inlassablement dans ce Blog ?
jeudi 19 mars 2009
Acné de la dernière pluie...
Un billet datant du premier avril 2006, mais qui n’a rien à voir…J’avais jeté ma gourme sur l’acné, si on peut dire. Pause didactique : Cette expression, « jeter sa gourme », si elle s’utilise aujourd’hui comme « jeter son dévolu sur », c’est uniquement parce que plus personne ne sait ce que ça veut dire ! C’est passé dans le langage courant par pure ignorance de ce dont on cause.
En effet, il est impossible de jeter sa gourme SUR quelqu’un ou quelque chose : la gourme est une maladie infectieuse bénigne et médiévale que les antibiotiques et l’hygiène ont chassé des pays occidentaux, et qui donne d’horribles pustules, comme l’acné, en pire. Elle affecte surtout les garçons (et les jeunes chevaux aussi : le streptocoque responsable ne fait pas la différence) et s’élimine habituellement après la puberté.
Jeter sa gourme, à l’origine, signifiait donc pour un garçon « devenir un homme ».
D’où l’utilisation de l’expression dans le cadre du déniaisement par le sexe, lorsque l’adolescent jette son dévolu (par exemple) sur une quelconque poufiasse qui passe par là, et qui ne sera pour lui que le moyen de dire « Je ne suis plus puceau ». Pour les filles, on dira plus poétiquement « jeter son bonnet par-dessus les moulins à vent », ce qui n’a rien d’une maladie infectieuse, on en conviendra.
Les problèmes de peau sont une plaie. L'inverse est vrai aussi, d'ailleurs, mais là n'est pas la question. Je n'en ai pas tant que ça, mais beaucoup de gens en ont trop... Moi j'ai juste quelques boutons de temps à autres : A Paris, une peau un peu trop sèche ou un peu trop grasse est vite agressée. Un beau jour, on m'a parlé de ce nouveau produit (et je commence à parler comme dans une publicité, je sais)...
Je ne citerai pas de nom. Quelqu'un m'a dit que c'était "vachement bien". C'est un de ces liquides bleus (ils sont invariablement bleus ou transparents et sentent vaguement le parfum, alors même que le principe actif quel qu'il soit n'est pas coloré et est inodore, sans doute pour que ça ait l'air plus efficace) dont l'on imbibe une ouate quelconque pour s'en humecter la face plus ou moins généreusement, sans frotter ni rincer.
J'ai mis la main sur diverses bouteilles de ^produits du même métal (si j'ose dire) et comparé les prix et les compositions... Certains sont avec alcool, sans alcool, d'autres ont des tas de produits chimiques ronflants simplement pour dire qu'il s'agit d'un dérivé de savon, d'autres sont plus parfumés que pharmaceutiques, mais tous sont surtout de l'eau : normal pour une telle solution qui doit simplement s'évaporer et assécher la peau.
Mais le produit miracle dont je parle, de quoi est-il fait ? Qu'est-ce qui a sauvé la peau du visage de mon ami et, sans doute, des générations de jeunes acnéiques ? Quel est l'ingrédient ultime, la solution géniale ? Je vous le donne en mille : "Composition : Acide acétylsalicilique, eau". De l'aspirine. Et encore, très diluée. Alors, est-ce que c'est l'effet placebo, ou même tout autre chose chez ce type qui a tout arrangé ?
Un changement de produit, la prise d'un autre médicament, une hormone en plus ou en moins, l'absence d'un allergène, une réduction du stress ou une variation de l'humeur, un changement alimentaire, un temps plus humide ou plus sec, plus chaud ou plus froid, une peau qui vieillit, l'opération du Saint Esprit (qui sait, c'est peut-être l'eau de Lourdes...), tout ça aurait bien pu jouer... Et l'a sans doute fait.
En attendant, si ça marche...
dimanche 22 février 2009
L'ami naturel...
Parler pour ne rien dire, c’est tout un art… J’ai quand même raccourci un peu ce billet du 5 mars 2006. Incidemment, le palindrome utilisé en guise d'image est le premier palindrome de l'histoire, et date des débuts de l'ère chrétienne, trouvé en angleterre il y a fort longtemps et utilisé comme mot de code plus ou moins magique. Il signifie à peu près "Le couseur tient délicatement la roue". C'est tout de suite moins mystérieux qu'en latin...
C'est par ce palindrome que je souhaitais commencer ce billet d'humeur léger, rompant avec les derniers sujets quelque peu dépressifs qui occupaient cette page ces derniers jours. Pour ceux qui ne savent pas ce qu'est un palindrome (Si, si, il y en a... Je vous vois, au fond, n'ayez aucune honte !), c'est un mot ou une phrase qui donne la même chose lue à l'envers. Le titre de ce billet est donc un demi-palindrome, ou anacyclique.
Plus précisément, c'est un texte dont la succession de lettres est la même, qu'on la parcoure de la droite vers la gauche ou de la gauche vers la droite. Autres exemples de palindromes : Non, Sexes, Ressasser, Rêver, Kayak, élu par cette crapule, mais aussi des lieux communs tels C'est sec, l'âge légal... On en doit beaucoup à Louise de Vilmorin, mais ils existent dans toutes les langues et de grands auteurs s'y sont essayés avec brio.
Bref, c'est un petit jeu littéraire infaisable, mais vous pourrez apprendre une liste par cœur et en ressortir des exemples choisis dans vos conversations les plus mondaines, comme un méprisable petit sycophante. Au moins ça servira à autre chose qu'à vous griller les neurones en tentant de faire les vôtres : George Perec a déjà composé le plus long (et lourd...) en langue française, en 1969, et s'il est grammaticalement correct, il n'a que peu de sens.
De quoi je voulais vous parler, déjà ?
Bah, ça me reviendra un autre jour.










