Allez savoir pourquoi les anglais appellent ça "catcalls"... C'est de ça qu'on va parler.

Il n'y a pas très longtemps, une amie à moi s'est faite interpeller par une bande de petites frappes... Rien de trop "grave" par rapport à ce qui aurait pu arriver (racket, viol...) surtout du côté de la Gare du Nord à Paris. Cette jeune fille est jolie et libérée, et c'est hélas ce qui arrive aux jolies filles libérées quand elles rencontrent les racailles mufles de notre société, de celles qui traînent dans les gares et du côté de certains quartiers à pas d'heure.

Un sinistre mais jeune individu l'a hélée, puis, sans réponse de sa part, lui a dit entre autres expressions fleuries qu'elle "cherchait la bite"... Elle s'est retournée, a tenu tête, et elle a bien fait. Ce n'est déjà pas de sa faute si les cons la sifflent (quoi qu'ne disent ceux qui pensent que les filles "n'ont qu'à pas s'habiller comme des salopes"... Comme si mon amie l'avait été !), on ne va pas se laisser emmerder par les aboiement des chiots en rut.

Car ce sont bien des aboiements. Je ne vois pas d'autre explication...

Réfléchissez-y : Est-ce que ça a déjà fonctionné ?

Est-ce qu'une seule fois, un sifflet, une interjection, un seul de ces lazzi masculins a obtenu un rapport sexuel consenti, ou même un simple rendez-vous, au couillon qui l'a lancé ?

Non. Evidemment, non.

Cette forme de harcèlement de rue (car c'en est, du harcèlement, et strictement masculin, en plus... bien que certaines femmes sifflent les beaux mecs, par dérision et sans agressivité) si courante dans notre société n'est pas un compliment qu'on fait à la femme, même si d'aucuns mâle de l'espèce diraient que c'est élogieux si on la trouve excitante... Non, en substance, on la traite de salope ou de pute, on la fait passer de personne à simple objet sexuel, même implicitement.

Non, ça n'a rien de commun avec le compliment qu'on peut faire quand on converse avec quelqu'un et qu'on lui dit qu'il ou elle est très en beauté ! C'est fort, c'est dérangeant... Et c'est adressé aux autres mâles du groupe avant tout, même si ça fait semblant de ne pas l'être. J'en veux pour preuve, entre autres, le côté inarticulé des invectives : On hèle, on siffle, on crie, on sort un mot du genre "chienne", "salope", "pute", "hchouma", ou, au mieux, une phrase minimaliste vaguement insultante...

"T'es bonne !"... "tu cherches la bite"... "t'aimes ça"... "viens m'sucer"... Et ainsi de suite, ad nauseam.

Le vrai sens de tout cela est évident... "Regardez, mes amis, voyez comme je déborde de virilité... Je prétends être excité par cette femme, même si je ne le suis pas forcément vraiment ! Je demande confirmation de votre part qu'elle est bel et bien sexuellement attirante, car je n'ai vraiment pas envie de paraître puceau même si nous sommes une bande d'hommes jeunes qui n'ont pas beaucoup d'expérience avec les filles..."

"Voyez", semble dire cet appel, "je suis un membre de votre meute ! Je fais ce que vous faites ! Je suis comme vous ! Je fais montre d'une masculinité outrancière et exagérée en public, supposée effacer toute question chez ceux qui me regardent quant à mon hétérosexualité... Voyez comme je trouve les femmes excitantes, toutes celles qui passent ! Je ne retire donc pas le moindre plaisir homoérotique à ne traîner qu'avec vous, des mecs, en parlant de sexe toute la journée... Oh, ça non !"

"Je suis mâle, je suis dominant, je force les femelles à m'écouter !"...

Joyeux mélange. L'instinct du chimpanzé combiné à la connerie induite de la culture religieuse, chez un être pas fini en recherche de repères... Et ce n'est pas une question de couleur de peau, d'ailleurs. On ne blâmera pas les filles de les appeler "pédés"... D'ailleurs, je ne les blâmerai pas, quoi qu'elles répondent à cet outrage. Même si c'est un coup de talon aiguille dans les couilles. Parce que c'est bien fait... L'idée même de laisser se reproduire ces crétins me tente moyennement.

Heureusement, la plupart du temps, les racailles reculent dés que la fille fait mine de tenir tête, d'une manière ou d'une autre... Surtout s'il y a des gens autour. La raison est simple... Ils refusent l'humiliation de la part de quelqu'un de plus assuré dans son identité sexuelle, ou même dans sa vie, qui porterait atteinte à leur fantasme de virilité. Quand la racaille n'est pas trop nombreuse ou alcoolisée, ce qui perturbe le peu de jugement qui leur reste, c'est du tout cuit.

Comme avec les chiens, il ne faut pas montrer... Non, il ne faut pas avoir peur.

Rassurons ces dames : De la même manière que vous n'êtes ni putes ni soumises (du moins pas toutes), nous ne sommes pas tous macs ni machos.

Ce genre de dérives a toujours eu lieu, hélas. Nous ne sommes pas tous ainsi, de même que vous n'êtes pas toutes à l'image de ces Lolitas de treize ans qui se maquillent à outrance, portant strings et jeans taille basse parce qu'elles découvrent leur côté sexuel... Si je pouvais m'excuser à la place de ces imbéciles, à la place aussi de ceux qui ont construit une culture dans laquelle les femmes ont peur le soir en prenant le métro bien plus que les hommes, je le ferais...

Tout ce qu'on peut faire c'est corriger nos garnements quand il en est temps, et espérer que, comme chez la plupart des gens, jeunesse se passe.

machomachoman