Aujourd'hui, comme les fans de Pierre Dac et Francis Blanche l'auront compris au titre (qui est nécessairement nébuleux pour tous les autres, désolé...), nous allons parler tatouage. Jack London disait "Montrez-moi un homme tatoué, et je vous montrerai un homme avec un passé intéressant"... Il avait raison, à son époque... A la nôtre, eh bien, c'est une autre histoire ! Bien que les tatoués restent une minorité, le tatouage est sujet aux modes et entre dans les mœurs dans toutes les communautés.

Pourtant, quelle erreur que de le considérer comme objet de mode ! Le tatouage demande un minimum de volonté, de détermination et d'endurance... Et probablement un léger grain de folie.

Il y a peu de formes d'art comme le tatouage... Car oui, c'est une forme d'art. Un artiste est payé pour vous inscrire définitivement sur la peau ce qui est indéniablement une œuvre : Non seulement c'est un dessin qui nait dans la douleur, mais en plus, de par sa nature même et son support, il est controversé et fait naître des opinions et des émotions diverses... Marque d'honneur, de fierté, symbole fort pour certains, il est la marque d'un marginal ou d'un criminel pour d'autres.

La plupart des gens ont songé à se faire tatouer, un jour ou l'autre. Et vous, où vous en êtes ?

Moi, c'est fait. Je ne vous dirai pas où, quand, comment ni quoi. Et tout le monde s'en fout, d'ailleurs... Mais le fait est que je peux parler en connaissance de cause de ce genre de sujet. Donc, faisons un petit "point" sur le tatouage, à l'attention de ceux qui voudraient s'en faire faire un, ou se renseigner là-dessus. Il y a pas mal de sites qui font déjà ce genre de chose, avec des avis (souvent subjectifs) vastement divers, aussi trouverez-vous ici plein de choses déjà dites ailleurs...

Mais en ce qui concerne le tatouage, on n'est jamais assez bien informé. Plus vous en saurez, et plus vous aurez une bonne idée du résultat final...

Passons rapidement sur l'histoire du tatouage, d'autres l'ont écrite mieux que moi... Qu'il vous suffise de savoir que, comme le disait Charles Darwin, "On ne peut citer aucun grand pays, des régions polaires du nord jusqu'en Nouvelle Zélande au sud, duquel les indigènes ne se tatouent pas". Décoration, marque symbolique, propitiatoire ou tribale, des hommes du néolithique au mec devant vous au supermarché, des bretons aux polynésiens, les tatouages ne connaissent pas de limites culturelle.

Certes, le mot "tatouage" vient du Maori "tatau", qui signifie "marquer", mais il est pratiqué un peu partout dans le monde depuis bien avant l'avènement de la culture Maorie. Les celtes le pratiquaient déjà, notamment, et, s'il fut repopularisé en Europe par les marins revenus d'Asie et de Polynésie, les tatouages servaient à différencier les corps de métier dans nombre de pays d'Europe dés l'antiquité et au Moyen-Âge.

Les tatouages ne sont plus aujourd'hui l'apanage des soudards, des punks ou des criminels, quand bien même certains styles de tatouages sont toujours associés à certaines "cultures"... Ce qui est drôle, c'est que le tatouage fut tellement associé aux criminels, au Japon, qu'il fut interdit dans ce pays au XIXe siècle; ce qui résulta en un regain extraordinaire de popularité pour le tatouage corporel complet parmi les Yakuza, qui ne s'identifiaient pas forcément à cela auparavant !

Aujourd'hui, un grand tatouage de style asiatique fait immanquablement penser aux yakuza... Comme il existe un style de tatouage "gangsta" aux Etats-Unis, un style de tatouage "marin" classique, un style associé à la vie en prison, et ainsi de suite. Cela dit, les connotations négatives du tatouages s'estompent, et, à mesure que de plus en plus de stars affichent leurs tatouages, le corps reprend la place de support artistique qu'il n'aurait jamais dû quitter dans nos sociétés pudibondes.

Alors oui, c'est plus "mainstream"... Ce qui fait juste une raison supplémentaire d'y réfléchir à deux fois avant de le faire !

Bon. Je vais aussi vous passer le laïus du style "oui, ça va être là pour toujours"... Tout le monde vous l'a probablement déjà dit. Devinez quoi ? Vous êtes grand. Majeur et vacciné (car il faut avoir 18 ans ou une autorisation des parents pour se faire tatouer), vous faites ce que vous voulez avec votre corps. Au pire, vous terminerez avec un gros tribal bien pourri, genre cercle de fil barbelé sur le bras, pense-bête permanent qui vous rappellera de réfléchir avant d'agir !

C'est le genre de tatouage que vous allez vouloir faire recouvrir ou retirer au laser, plus tard... Conseil gratuit : Si vous avez envie d'un tatouage, choisissez votre motif bien à vous, soyez le plus personnel possible, et puis... Attendez un an. Certains regrettent toute leur vie un tatouage qu'ils trouvaient "trop cool" à 18 ans et dont le motif les a barbé après deux mois ! Le tatouage dure toujours, prend longtemps à faire, et fait très mal. L'impatience, ça n'est pas la bonne attitude à avoir !

Sur un plan pratique, prenez bien en considération la localisation de votre futur tatouage. Même si vous pensez ne jamais avoir à le faire, il y a 99% de chances que vous vouliez cacher le fait que vous êtes tatoué à un moment ou à un autre... Entretien d'embauche, présentation importante, présentation aux parents de votre grand amour... Quitte à plus tard l'exposer fièrement. Pour beaucoup dans notre société, "tatouage" signifie encore "n'aura jamais un boulot qui paie bien".

Il convient donc, à moins que vous ne travailliez dans le milieu de la musique rock et punk, dans le milieu du tatouage, ou dans un milieu ou règne une mentalité similaire, d'éviter tout ce qui se fait au dessus du cou et au delà des poignets. Minimum. Oh, et évitez aussi les tatouages faciaux du genre Mike Tyson, ou autres... Pas "juste" parce que c'est voyant, mais "juste" parce que c'est débile. On ne le dit "juste" pas face à Mike Tyson... Mais c'est le cas.

Ce n'est pas tout. Considérez aussi le temps qui passe...

Contrairement à ce que les gens pensent, un vieux avec un tatouage, c'est juste un vieux avec un tatouage. Ce genre de choses peut être très sympa ou très naze à tout âge : Si vous aviez l'air con avec un tatouage à vingt ans, ça sera pareil à soixante-dix, et si vous avez l'air cool avec à vingt ans, vous aurez l'air bien aussi à soixante-dix : il suffit souvent d'assumer son âge. Certes, la peau fripe... Mais quarante ans à profiter d'un beau tatouage sur une peau normale, c'est toujours ça de pris.

En revanche, prenez en compte la localisation... Encore et toujours ! Un tatouage sur le bas des reins, au dessus des fesses, chez un homme comme chez une femme, c'est tenter le destin... Parce que si vous prenez trop de kilos (ou si vous tombez enceinte, mesdemoiselles...), son tracé va s'étirer et détruire le dessin... Si vous maigrissez ensuite, même si par miracle vous n'avez pas de vergetures, la peau ne sera plus jamais la même !

Evitez, pour la même raison, le ventre et les flancs. Pour les hommes forts et musculeux, veillez à ne pas vous faire tatouer sur les biceps à moins d'être certains de mourir avant que l'atrophie musculaire ne rende vos bras flasques... Le corps résiste en général jusqu'à 55, 65 ans, avec l'aide d'un exercice constant, pour peu que vous ayez fait ça toute votre vie... Au delà, c'est rare. Les muscles réduisent, détendant la toile de fond de vos motifs qui se déformeront fatalement.

Cela dit, les bras et les jambes peuvent aller... Si du moins vous les avez de taille "normale" et si vous êtes à peu près certain qu'ils ne varieront pas en taille d'une décennie à l'autre (prise et perte de poids...). La partie supérieure du dos ainsi que les épaules sont, sur le corps, les emplacements qui "varient" le moins en superficie, et sur lesquels la peau restera à peu près tendue toute la vie. A bon entendeur...

Ensuite, il vous faut songer au motif à tatouer.

On ne le dira jamais assez... Soyez PERSONNEL et/ou ORIGINAL. Rien n'est pire qu'un tatouage que tout le monde possède déjà. Un tribal noir plein de pointes, une étoile, un dragon chinois, des barbelés sur le biceps (voir plus haut...), une croix, un cœur, des mains qui prient, le nom du conjoint... Evitez comme la peste les livrets et posters pleins de ces idées de tatouages et motifs "prêts à tatouer" : Ce ne sont que le sinistre recueil de ce que d'autres gens ont déjà sur eux.

Le but du tatouage est, chez nous, d'exprimer quelque chose de personnel. Si la meilleure manière d'exprimer votre personnalité est de copier, vous êtes mal parti... Pour le tatouage et dans la vie. Cependant, si vous êtes soldat et que vous vous faites tatouer un motif similaire à celui de vos frères d'armes, ou si vous vous faites tatouer la date de naissance et les noms de vos enfants, personne ne pourra reprocher ce type de tatouage pourtant classique : ces choses ne changent pas.

Rien ne s'oppose à ce que vous vous fassiez tatouer quelque chose d'écrit... Mais sachez que VOUS en êtes responsable. Ce n'est pas le tatoueur qui est responsable des fautes d'orthographe, surtout en langue étrangère. Même dans une langue qu'il connait, il ne fait que reproduire sur votre peau le tracé des lettres qu'il VOUS a montré avant de tatouer, avant même de préparer son équipement. C'est donc à vous de vérifier ce que signifient ces fameux caractères chinois...

Parfois, un tatouage "significatif" n'est pas "beau", et vice-versa. Un tatouage d'une simple date (celle de la mort de votre père ou de la naissance de votre fille, peu importe) peut être exécutée en lettrines magistralement ornées, ou toute petite et mal fichue. Parfois, un tatouage superbement fait ne signifie pas grand chose... Dans les deux cas, on peut regretter. Ou pas. Et on peut regretter même un tatouage superbe et très significatif.

Non, le principal, c'est que le motif vous plaise... Et ça, c'est entièrement subjectif !

Pour ce qui est du lieu du tatouage, il y a là aussi plusieurs conseils à suivre. Ne songez point à vous faire piquer ailleurs que dans un lieu propre et réputé. Si c'est fait bourré ou défoncé, sur un coup de tête, gratis, dans la cave d'un "pote d'un pote", ce sera tout aussi permanent, mais bien moins réussi... Et l'hépatite que vous aurez chopée aussi, elle sera permanente. D'ailleurs évitez drogue et alcool juste avant : ça rime avec mauvaises décisions, et aussi (plus simplement) mauvaise cicatrisation.

Un vrai tatoueur travaille dans un espace propre (surfaces et mains lavées avant chaque nouveau client, tatouages effectués dans une pièce bien séparée de la boutique et ne donnant pas sur la rue), porte des gants de latex changés à chaque client, sort les aiguilles à usage unique de leur emballage stérile devant vous, stérilise tout autre équipement chirurgical (piercings, etc.) à l'autoclave (pression et chaleur... PAS d'appareils à UV, PAS de flamme, PAS d'alcool) avant de les utiliser...

Mais trouver la bonne boutique n'est que le début... A la différence d'un piercing, pour un tatouage, il faut aussi trouver le bon artiste. Il n'y en a pas deux pareils... La plupart des artistes expérimentés seront sans doute capables de reproduire le dessin que vous leur donnez ou de tatouer dans plusieurs styles "courants", mais chacun a sa spécialité (polynésien, japonais traditionnel, néo-asiatique, lettrages alambiqués, couleurs qui tachent, motifs sériels, portraits...) et surtout son style.

Rien ne vous oblige d'ailleurs à ne vous faire tatouer que par la même personne... Les tatoueurs ne sont pas jaloux : Nombreux sont les gens, y compris les tatoueurs eux-mêmes, qui collectionnent ainsi les pièces, forcément uniques, d'artistes qu'ils admirent. Vous trouverez en revanche de nombreux tatoueurs qui refusent de retoucher ou même "rafraîchir" un dessin s'il n'est pas le sien (sauf bien sûr s'il s'agit d'un de ces fameux tatouages préfabriqués cités plus haut...).

Cherchez, examinez les "books" des tatoueurs, voyez quel style vous inspire, n'hésitez pas à poser des questions... Les artistes sont fiers de leur travail, vous savez !

Ce qui est important, c'est de bien vous faire comprendre quant à ce que vous voulez. Certaines choses ne sont d'ailleurs pas possibles... Certains motifs, surtout autour d'un bras ou d'une jambe, ne peuvent pas être exactement réguliers ou symétriques, ne serait-ce que parce qu'aucun corps humain ne l'est. De même, on ne tatoue pas sur un grain de beauté, et un tatouage n'aplanit pas une cicatrice... On est limité en taille, en surface, en forme et en qualité par le support : votre peau.

Ensuite, mettez-vous d'accord sur le prix. Un beau tatouage bien fait, ça se paie... Œuvre d'art unique oblige ! Le tarif horaire n'est généralement pas négociable, mais les tatoueurs réputés ne mentent pas sur la durée (et le devis), et beaucoup font des tarifs dégressifs si la séance est très longue ou qu'il y en a plusieurs... Cependant, pour les grandes pièces, les estimations peuvent êtres revues à la hausse ou à la baisse, en fonction du niveau de détail et du rythme des séances.

Il est de coutume, surtout aux Etats-Unis, de donner un pourboire au tatoueur (10 à 20%... Mais, pour les grandes pièces déjà chères, ils comprennent très bien quand on ne le fait pas... Rassurez-vous !), et, dans tous les pays, on verse des arrhes. Eh oui... Régulièrement, un client annule son rendez-vous, ou ne vient tout simplement pas... Je ne les blâmerai qu'à moitié, ceux-là : C'est un geste immature et irrespectueux, mais mieux vaut ça que de se retrouver à vie avec un motif pas assez mûri.

Enfin, il ne devrait pas y avoir de coût supplémentaire "surprise", ni après la séance, ni annoncé pendant celle-ci... Le client est trop vulnérable, c'est trop important ! Partout où je suis allé, j'ai versé des arrhes, et payé après le tatouage. Veillez à savoir si le prix comprend les retouches... Car, il faut le savoir, TOUT tatouage a besoin de retouches mineures un mois après la séance. C'est parfaitement normal, la peau ne cicatrise pas partout pareil, changeant et réagissant même pendant le tatouage.

Il ne s'agit pas de changer le motif, mais de faire repasser par le même tatoueur certaines parties ou l'encre a moins bien prise. Dans certaines boutiques, la retouche est gratuite (surtout la première)... Dans d'autres elle est à un prix forfaitaire.

Comme quoi, un tatouage, ça se prépare, oui madame ! Si vous ne vous entendez pas sur le motif, la localisation, l'artiste et son style, le prix ou la propreté, s'il manque un seul de ces critères, alors cherchez ailleurs ! Heureusement, il existe de nombreux salons de tatouage tout à fait adaptés aux goûts de chacun. De nos jours, il y en a un dans chaque ville moyenne, comme les FNACs et les Starbucks.

Bref... Une fois toutes ces questions réglées, il ne vous reste plus qu'à sauter le pas... Et passer sous l'aiguille !

Ah, enfin... Vous aviez cru qu'on n'y arriverait jamais, hein ?

Une fois le rendez-vous pris et les arrhes versées, vous vous rendez à l'heure dite au salon de tatouage. Vous portez des vêtements noirs, surtout ceux au contact avec l'emplacement du tatouage. En milieu ou fin de journée, il est possible qu'il y ait un retard... S'il y en a trop, on vous redonnera un rendez-vous en priorité. Même si la rigueur prime, certaines pièces prennent plus de temps que prévu, et beaucoup de tatoueurs fort réputés sont parfois étonnamment "relax" quant aux horaires.

La culture populaire des gens qui se font beaucoup tatouer veut peut-être cela... Mais il n'y a généralement pas de problème. Un rendez-vous préliminaire "hors tatouage" pour discuter du motif et de son placement peut avoir été pris, mais ce n'est pas toujours nécessaire. Une fois arrivé et face au tatoueur, vous discuterez ensemble de l'emplacement, de l'échelle (le motif peut être agrandi ou rétréci par ordinateur, on n'est pas des barbares !), du motif, des couleurs...

Grâce à une imprimante thermique et un papier spécial, le tatoueur réalise un pochoir de votre motif qu'il appliquera à l'emplacement donné. Le papier laisse, lorsqu'on l'enlève, une trace d'encre bleue sur la peau... Celle-ci peut s'essuyer aisément à l'alcool, rassurez-vous, car il ne s'agit ici que de déterminer la position, la taille, l'angle de votre futur tatouage. On peut aussi retoucher au bic ou au feutre... Ce tracé servira de guide au tatoueur.

Cette étape est ô combien cruciale... Jusqu'à ce moment, on peut encore dire non, on peut s'apercevoir que, finalement, ce motif n'est pas assez ceci ou cela, que ça ne rend pas bien sur soi (ce qui arrive mais frustre quand-même le tatoueur), ou que le motif n'est finalement pas conforme au projet à cause de forme de la surface à tatouer (comme on l'a vu plus haut). Ce genre de choses peut échapper au meilleur tatoueur, qui met en garde parfois, mais ne peut pas tout prévoir...

De toutes les manières, le tatoueur garde vos arrhes, sauf annulation du rendez-vous longtemps à l'avance. Beaucoup font de toutes les manières signer une décharge à chaque tatouage.

Une fois la peau rasée, nettoyée, et le transfert posé, le tatouage proprement dit commence... Vous êtes dans un espace propre, sur une surface nettoyée et qui ne glisse pas trop, dans une position qu'il vous faudra probablement garder tout le temps du tatouage (veillez à ne pas vous coincer...), le tatoueur se gante, ouvre les aiguilles à usage unique et sort ses outils stériles (on ne le dit jamais assez !) devant vous, et assemble son matériel... Et vous, vous avez les boules. Si, si, ne niez pas.

Le premier passage de l'aiguille consiste à tatouer les contours, les traits du dessin. A l'aide de sa machine à tatouer, une "traceuse", l'artiste va vous infliger une douleur exquise, c'est à dire très précise et localisée. L'aiguille va profondément dans la peau, mais ne couvre pas beaucoup de surface. Cela fait très mal, ou pas, selon les gens et selon les endroits... Oui, le tatouage fait mal de toute façon, mais nous ne sommes pas tous égaux devant la douleur, ni faits pareils !

Il y en a qui souffrent, d'autres qui rient ou manquent de s'endormir... Cependant, il existe bel et bien une "carte" des endroits qui font plus ou moins mal, chez tout le monde. Sur les zones très osseuses, près des nerfs, la poitrine, l'intérieur des bras et des jambes, les flancs, le cou... ça fait vraiment très mal. Sur les épaules, l'extérieur des bras et des jambes, les zones un peu plus "viandues", ça fait moins mal. Selon les descriptions, on oscille entre la brûlure constante et le canif rouillé.

Cependant, tout le monde a mal, tout le monde saigne, et c'est normal : Votre peau est en train de se faire pénétrer par des objets pointus ! Pendant tout le tatouage, à toutes les étapes, l'artiste peut essuyer un peu le sang, la lymphe et l'encre qui dégorge avec de la vaseline ou un produit similaire, pour y voir clair. Il est possible de faire des pauses, mais n'oubliez pas que la peau réagit à cette "attaque" en durcissant, et que les endorphines cessent d'agir après un certain temps !

Mieux vaut une seule séance assez longue que plusieurs courtes, avec des pauses.

Une fois les contours tracés, on rince à l'eau et au savon doux, et l'artiste va pouvoir encrer le dessin. Pour ce faire, il utilise généralement (selon le motif, hein...) un embout à aiguilles multiples (parfois appelé "magnum" pour une raison qui m'échappe) qui lâche plus d'encre sur une plus grande surface, mais souvent un peu moins profondément. Ces aiguilles ont l'amusante particularité, du fait qu'elles répartissent la pression sur plus de surface, de souvent faire plus mal que l'autre...

Mais il faut souffrir pour être beau, et ce n'est qu'un mauvais moment à passer. C'est le moment de "remplir" les tatouages d'une seule couleur et d'ombrer les motifs qui ont besoin de l'être... Par la suite, il faut une étape similaire pour l'application de chacune des couleurs du futur tatouage, avec le même type d'aiguille (sauf si le tatouage comporte des traits très fins de telle ou telle couleur, ce qui arrive quand même rarement vu qu'elles marquent moins bien que le noir).

Une fois le tatouage complètement encré, la zone, encore irritée, sensible et douloureuse comme une brûlure, sera bien rincée à l'eau et au savon doux, souvent antibactérien, puis à l'eau propre (distillée, en fait) et séchée en tamponnant (pas en frottant). Vous pourrez alors admirer l'œuvre définitive... Enfin presque, puisqu'elle sera humide, luisante, et reposant sur une peau encore rouge, gonflée et, disons-le franchement, traumatisée. C'est à ce prix qu'elle en garde l'encrage à vie...

Après cela, le tatoueur vous fera un joli pansement stérile (en général, de la cellophane et du scotch médical) pour protéger votre tatouage tout frais. Vous ne devrez pas l'enlever avant cinq heures au minimum, cinq heures pendant lesquelles le tatouage va suinter et dégorger de la lymphe, du sang, de l'encre... Ne vous en alarmez pas, c'est très sain. C'est aussi pour ça qu'on vous demande de porter du noir : l'encre indélébile de tatouage, ça tache bien !

Votre tatoueur vous aura donné des conseils quant à la cicatrisation... Voire même une petite liste de choses à faire.

Il vous aura recommandé une marque de pommade cicatrisante. Certains en vendent, d'ailleurs, mais ce n'est vraiment pas la peine... Toutes les pharmacies vendent, pas trop cher, de très bonnes crèmes pour les plaies, les brûlures et les agressions de la peau, qui conviennent parfaitement aux tatouages frais. Bepanthen et Cicatryl sont tout indiqués... Pour ne citer que ces deux là. Cette crème devra être appliquée deux à trois fois par jour pendant les jours qui suivent la séance.

Pour aider à la cicatrisation, ne buvez pas d'alcool, mangez sainement, dormez bien... Bref, ayez une bonne hygiène de vie. Le tatouage fait, en gros, mal comme un bon coup de soleil... C'est à dire de moins en moins. Pas si terrible, une fois fait, quoi. En cas de douleur ou d'irritations trop importantes, on peut appliquer la crème plus souvent, mais il faut laisser la peau respirer pour éviter les boutons... Dans tous les cas, il ne faut JAMAIS gratter un tatouage en train de cicatriser !

La cicatrisation dure un mois environ, mais ce n'est "gore" que les premiers jours. La zone tatouée va former des croutes et lâcher de l'encre et de la lymphe... C'est normal. Elle va aussi coller aux vêtements (noirs, il faut l'espérer). Découvrez la le plus possible, bien entendu. Si ça colle, rincez à l'eau chaude jusqu'à ce que ça se décolle tout seul, mais n'arrachez pas, et n'enlevez jamais les croutes, sous peine de faire un trou dans votre tatouage et une vieille cicatrice toute moche !

Vous pouvez vous laver normalement, mais avec un savon doux ou antibactérien (le savon de Marseille ou au lait d'amande douce convient très bien), mais évitez d'agresser votre peau, de frotter, de désinfecter, surtout à l'alcool... Parce que ça abime le tatouage, certes, mais aussi parce que ça fait mal ! Enfin, pendant toute la cicatrisation, évitez les bains publics, les endroits ou le tatouage sera sali ou souillé, le contact aves les fluides corporels d'autrui, et l'exposition directe au soleil.

Cette phase dure peu, et n'est pas insurmontable... Une peau un peu enflée, irritée et rouge, il faut s'y attendre. Surveillez tout ça, et allez chez le docteur au premier signe d'infection plus sérieux, mais le plus souvent il n'y a aucun problème !

Le temps exact de cicatrisation peut varier d'un individu à l'autre... Attendez que tout soit bien beau et d'aspect normal avant de vous exposer au sel, à quoi que ce soit d'un peu abrasif, ou au soleil... Le tatouage devrait être protégé par une crème solaire écran total, d'ailleurs, car le bronzage, surtout à outrance, détériore la peau, et donc votre œuvre d'art ! Retournez voir votre tatoueur pour les éventuelles retouches et un "contrôle" après trois semaines, de toutes les manières.

Beaucoup font une autre visite à leur tatoueur un an après histoire de faire rafraîchir un tatouage qui a vieilli... Il n'y a pas vraiment besoin, souvent. Tous les huit ou dix ans, la peau change et le tatouage vieillit, et un "ravalement" peut se justifier, mais beaucoup passent outre et laissent leurs tatouages vieillir avec eux, ce qui n'est parfois pas plus mal. Tout dépend de votre peau, du motif et de votre envie...

Une fois que vous aurez sauté le pas, comme beaucoup, il se peut que vous ayez envie de vous faire faire d'autres tatouages... Comme avec les piercings. Même si vous ne pensiez pas, au départ... Même si vous êtes douillet... Même si vous avez eu super mal et que vous n'avez pas été aussi viril que vous pensiez face à la douleur (pardon mesdames ou mesdemoiselles, même s'il est prouvé que vous ressentez plus la douleur que les hommes, physiologiquement, vous l'endurez parfois mieux).

Le piercing et le tatouage sont des pratiques qui provoquent ce qu'on pourrait appeler une accoutumance, et on ne sait pas bien à quoi ça tient... Endorphines, sensation de rituel, appropriation de son corps, appartenance à un groupe... Peu importe, beaucoup choisissent de se refaire tatouer, quitte à ce que ça tombe carrément dans l'excès chez certains. Faites-y attention... Même si ça n'est pas votre premier tatouage, continuez de réfléchir très longuement à ce que vous allez faire !

Il y a pourtant des gens entièrement tatoués ou presque, et qui ne regrettent pas. Certains passent pour des fous, des monstres, que l'art soit raté, ou choquant, décalé, sublime... Et s'en fichent. Et ils ont raison.

Il faut pourtant que, de votre part, cela soit un acte mûrement réfléchi, médité avec application. Un acte responsable, détaché le plus possible des modes et d'un contexte changeant... Un acte "adulte" ? Oui, mais le mot ment. Les tatouages qu'on regrette, ce ne sont pas toujours ceux faits dans son adolescence, avant vingt ans, ou en proie au démon de midi... En fait, il y en a de deux sortes : ceux faits sur un coup de tête, et ceux que, plus âgé, on n'a pas osé faire plus jeune.

L'acte de tatouage, au même titre qu'une opération chirurgicale (ce qu'il est presque), n'est jamais anodin... Le tatouage achevé non plus, du moins c'est ce que je ne peux que vous souhaiter !

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