Je ne vous en avais pas formellement fait part, mais je travaille avec le site www.beastsofwar.com et j'ai fait quelques vidéos pour eux. Ce sont des tutoriels de peinture sur figurine, enfin disons un seul pour l'instant, publié en trois parties... D'autres viendront. C'est quelque chose dont je suis assez fier, parce que Beasts Of War est le deuxième site le plus important au monde en tant que site d'information et site communautaire pour wargamers...

Et il continue de grandir et de se faire connaître.

Ce sont des gens gentils, sympathiques, honnêtes, et ce sont aussi des amis, des passionnés, et des professionnels accomplis. Chaque jour, ils mettent en ligne un contenu plus qu'excellent (déballages, dernières sorties, trucs et astuces, analyse tactiques, tutoriels, articles, interviews, reportages sur des salons et événements...), et le site offre aussi des forums, et tout un tas de rubriques pour les figurinistes et les autres.

C'est un travail titanesque, rendu encore plus dur par la nécessité de surveiller, de lire ce qui s'écrit sur les vastes forums, et en commentaire sous chacune des vidéos, chacun des articles publiés sur le site... Surveiller ? Oui, surveiller. Et modérer. C'est ça, ou inviter chez-soi toute une ribambelle de problèmes d'une absurdité, d'une stupidité sans bornes. "A stitch in time", comme disent les anglais...

Voyez-vous, Beasts of War est un site qui s'intéresse aux jeux... Jeux de rôles, jeux de plateau, jeux de figurines, bientôt jeux de cartes, et ainsi de suite. Certes, ce sont des jeux dits "adultes". Mais il n'empêche que le site est consulté et lu par des mineurs, voire des enfants... Si, si, je vous jure. A partir de dix ou douze ans, les enfants sortent plus ou moins des pokémons (et c'est tant mieux) et passent aux jeux de rôles, wargames et figurines.

Il n'y a qu'à voir la clientèle des magasins du géant Games Workshop, ligne de détaillants pour les deux jeux Warhammer, quasi monopole du wargame : Les enfants y sont attirés comme des mouches. C'est hors de prix, c'est laid, c'est de mauvaise qualité par rapport à d'autres jeux, mais c'est distribué partout et ça plait... C'est le McDonalds du wargame. Enfin passons, le fait est que les clients ont plus souvent la douzaine que la trentaine.

Et là, c'est le drame, comme disait l'autre.

Rassemblez suffisamment d'enfants de douze ans qui ont l'impression de jouer à un jeu cool et de faire comme les grands, surtout si le jeu implique de la guerre et du sang, des adultes, et parfois même du hard-rock, et, aussitôt, outre la détestable mentalité "kevin le kikoulol", fusent les commentaires oiseux, les trolls, et les petites guerres stupides sur forums... Qu'il faut donc modérer, comme à la récré.

C'est déjà du travail, mais là n'est pas le problème... Les gosses de douze ans, sur des sites web sans les parents, ça dit des gros mots.

Nous, chez Beasts of War, on en dit aussi, et probablement des pires... Mais nous avons été forcé mettre en place un filtre à gros-mots ("profanity filter" en anglais... "profanity" étant lui-même un mauvais euphémisme pour "vulgarity", parce que "vulgarity était apparemment trop vulgaire... On croit rêver !) et, chaque jour, y compris les jours fériés, certains perdent un temps précieux à supprimer les gros mots qui passent au travers.

Pourquoi prendre tant de soin dans une communauté que ça ne choque absolument pas ? Parce que c'est un site anglo-saxon assez important. Et, dans le monde anglo-saxon, ce genre de choses n'attire pas que les abonnés. Cela attire l'attention de ces abjectes parasites obsessionnels, de ces charognards handicapés du verbe, de ces tribunophiles bien-pensants que sont les Ligues de Décence !

A partir du moment ou le site est un peu important et ou il risque d'être lu par des enfants, il devient la cible de ces chrétiens coincés du fondement, qui lobbyisent comme qui rigole, et font pression au nom des têtes blondes et des mamans coquillettes pour faire fermer les sites "au contenu immoral", alors même que ce sont les fils et filles de ces mères scandalisées qui éructent le plus d'insanités sur lesdits sites !

Pour ces associations de mal-bienfaiteurs, ce qui est choquant, ce n'est pas que ce soient des jeux de guerre, ni qu'il y ait dedans des armes ensanglantées, des cadavres et des morts, des femmes aux courbes généreuses à demi dénudées, des monstres effrayants, des nazis, voire l'équivalent des nazis dans l'espace présentés comme "cools"... Ceux qui connaissent bien ces jeux savent de quoi je parle.

Non, ce sont juste les gros mots qui les choquent, ces jours-ci.

Pourquoi ? Parce que c'est facile à compter et détecter, je suppose. Et parce qu'ils ont probablement des sympathies nazillonnes eux-mêmes... Mais je ne veux pas tomber sous le coup de la loi de Godwin en faisant intervenir ce genre de considérations. Je pense que, plus simplement, plus bêtement aussi, ce sont des petites gens qui cherchent un peu d'ordre...

Nous ne sommes pas habitués à cela, en France, car nous avons une vision plus saine de notre vocabulaire, et beaucoup moins de ligues de mères scandalisées instrumentalisées par des avocats sans scrupules, mais c'est un réel danger pour la plupart des sites web en langue anglaise, surtout ceux domiciliés aux Etats-Unis (en Angleterre, ils ont moins de recours, mais ça existe tout de même, et c'est endémique).

Une campagne bien menée peut pousser un site à fermer. Le simple harcèlement, jour après jour, peut dégoûter les créateurs, les pousser à jeter l'éponge. Les ligues peuvent aussi faire pression sur le propriétaire de la bande passante, "responsable" de ce qui se trame sur ses serveurs. Il préférera obtempérer pour éviter les histoires. Et si ça ne marche pas, il reste toujours un procès futile, qui ruinera les propriétaires du site quelle qu'en soit l'issue !

Une telle destruction gratuite de tant d'efforts, de travail, de créativité, de lien social même, est choquante au plus haut point... Et pourquoi ? A quel profit ? Pour nourrir des avocats, pour dépenser l'argent du contribuable en procès inutiles, pour que quelques viragos anorgasmiques aient l'impression de faire quelque chose de leur vie... Ah, l'invincible pouvoir de la foule ! Ah, l'intimidation par la menace !

On se croirait revenu au temps des tribunaux révolutionnaires, de la terreur, des bandes armées... C'est à se demander dans quel monde vivent ces fanatiques de la censure.

Je pense que chacun, s'il est honnête, admettra que jurer est une partie importante de la vie de chaque individu, non seulement en termes de quantité mais aussi d'importance idéologique. Les jurons et autres grossièretés, ces mots si spéciaux, existent pour une bonne raison... Je ne connais personne qui ne les utilise pas, et aucun humain qui en connaissait n'a omis de les utiliser au moins une fois, pour voir !

Il serait impossible d'envisager une vie sans gros mots, sans explétifs... Et surtout, il est évident que même ceux qui font les dégoûtés prennent un plaisir pervers à les dire ! Il y a toute une catégorie de gens qui croient encore qu'utiliser des gros mots est le signe d'un vocabulaire pauvre, voire indigent... Rien n'est plus faux ! Ceux qui jurent le plus parmi mes connaissances sont ceux qui ont le vocabulaire le plus étendu.

En revanche, limiter son vocabulaire pour en censurer certains mots même quand le contexte les justifie, ça n'aide pas à l'étendre, le vocabulaire ! D'ailleurs, avoir peur des mots, peur de les utiliser, peur de choquer avec, faire sa mijaurée devant, les trouver dégoûtants et les prendre avec des pincettes, c'est une attitude pitoyable, bien loin de la vision qu'en a celui qui sait goûter les mots (tous les mots) en vrai gourmet.

Le genre d'individus qui pense que jurer est le signe d'un manque d'éducation, ou de paresse verbale, en quelque sorte, de manque de motivation à châtier son langage... Brr... Ils me donne des frissons tant ils sont à côté de la plaque. Et puis, quel que soit le prétexte que ces gens utilisent, c'est toujours un combat hypocrite... Ils emploient ces mots eux-mêmes, et ils n'en sont pas choqués.

Pas vraiment, en tout cas.

Ces gens ne sont choqués que pour les autres, qu'au nom de tierces personnes... Au nom des enfants, notamment, comme on l'a dit, mais même tout simplement au nom du téléspectateur/auditeur/internaute lambda qui, selon ces gens, pourraient ou devraient être choqués par les gros mots... Je ne sais pas si vous avez bien compris le concept : Être choqué au nom de quelqu'un d'autre... Mais c'est grotesque !

Pourtant, ces gens se mettent "héroïquement" en travers des méchants mots pour protéger l'humanité. Eh bien, merci beaucoup, mais c'est ladite humanité qui utilise ces mots, et nous n'avons pas besoin que des perturbés du bulbe nous empêchent de les dire, ou de les entendre quand on les dit, ou de les lire quand on les écrit... C'est un concept qui, en lui-même, manque de cohérence, ne trouvez-vous pas ?

Au risque de répéter un argument que j'utilise pour mon propre blog : Si vous n'aimez pas, ne lisez pas. Si vous êtes choqués, changez de chaîne. Si vous avez peur pour vos enfants, faites votre travail de parent et coupez leur Internet tant que vous l'estimez nécessaire... Mais ne venez pas interdire et brider, blâmer quelqu'un d'autre pour ce que vous pensez être la corruption de vos enfants... Surtout quand c'est vous le responsable au premier chef !

L'autre argument de ces imbéciles intégristes atrophiés de la libido est que les gros mots ne sont pas "nécessaires". C'est vrai, dans la plupart des cas. On peut exprimer des propos très choquants, voire immondes, et d'une grande vulgarité, sans proférer aucune grossièreté. Leurs discours, vulgaires au plus haut point, et traînant dans la boue les opinions d'autrui, en sont la meilleure preuve !

Les gros mots ne sont pas nécessaires ?

Evidemment, qu'ils ne le sont pas ! Comme la plupart des synonymes, comme la plupart des mots lorsqu'on peut utiliser une périphrase ! Comme la majeure partie de ce que produit l'humanité, en fait ! Les vêtements colorés ne sont pas nécessaires à notre survie, pas plus que le maquillage, les horodateurs, les chansons, les excuses, les éviers... Seul un malade mental serait choqué par ce genre de choses !

Quand on voit, dans une émission de télévision, un coussin nonchalamment posé sur un canapé, ou un tableau, ou un élément de décor quelconque que personne n'utilise, ce n'est pas, à proprement parler, "nécessaire"... Est-ce que quelqu'un écrit à la chaîne de télé pour dire "Ce n'était pas la peine de montrer ça à l'écran, j'ai été choqué, mes enfants sont traumatisés..." ? Non, bien sûr !

Je pense que ce qui rend la vie intéressante, c'est justement ce qui n'est pas nécessaire...

Quoi qu'il en soit, ils ne peuvent que constater que le monde ne s'arrête pas de tourner, que la civilisation de sombre pas dans le chaos, qu'un grand éclair bleu ne tombe pas du ciel pour les foudroyer au nom de leur dieu (car ce sont TOUJOURS des gens religieux, évidemment ! Qui d'autre aurait cette notion de "blasphème" aussi ancrée ?), bref, que rien de grave ne se produit quand ils lancent une bordée d'injures à la cantonade.

Et puis il faut dire que c'est bizarre cette obsession pour les gros mots...

Imaginez un extraterrestre qui observerait l'humanité en ce moment même, découvrant nos diverses langues... Que dirait-il de celles des civilisations de l'occident ? Qu'elles sont drôlement construites en ce qui concerne les tabous, voilà quoi. Quelles sont les pires choses que nous faisons ? La torture, le meurtre, l'abus de confiance, le viol, le vol, la cruauté, la destruction, l'égoïsme...

Est-ce que ce sont des gros mots ? Point du tout. Loin de là. On peut en discuter librement, et même le montrer à la télévision. Il suffit de regarder les informations pour le constater. Pourtant, on devrait en avoir honte... Et quelles sont les choses les plus intéressantes, les meilleures ? Quelles sont les choses les plus indispensables à la vie et la perpétuation de l'espèce ? Faire des enfants, les élever, manger et faire fonctionner la digestion.

Inexplicablement, le tabou que constituent les gros mots ne s'applique particulièrement qu'à ce qui est bien, agréable et nécessaire : Faire l'amour, faire des enfants, avoir des amitiés et de l'affection pour autrui ! Ce sont les pires des gros mots... Et en deuxième position viennent les mots grossiers et les allusions concernant le fait ô combien nécessaire de manger et de se soulager ensuite.

Quelle contradiction !

Je suis le premier à dire que l'humour scatologique a ses limites et que trop utiliser un mot (quel qu'il soit) finit par le galvauder, je déplore aussi le manque de vocabulaire des journalistes (qui n'a rien à voir avec les gros mots), et le côté de plus en plus pornographique de nos médias (encore une fois, rien à voir)... J'aime ma langue, je n'ai pas été élevé dans une grange, et je châtie mon langage comme il se doit, quand il le faut.

Que les choses soient claires : Je ne suis pas plus impressionné que ça par les gros mots, et je trouve qu'y recourir constamment, hors contexte, simplement pour le plaisir de les dire, les rend d'autant plus inefficaces et fatigue l'oreille à la longue. Ce n'est pas un signe de maturité, ce n'est pas plus efficace pour communiquer... C'est juste un mot, voilà tout. Je les emploie, vous aussi, comme tout le monde, n'en faisons pas une montagne.

Mais s'il y a une chose que je déteste par dessus tout c'est qu'on veuille penser pour moi, que quelqu'un s'arroge, au nom d'une religion, de ma propre protection, de mon propre bien, ou d'une certaine idée malvenue de la bienséance, le droit de limiter ce que je peux voir et entendre, le droit de m'interdire de parler ou d'écrire. Lorsqu'il s'agit de l'état, c'est une censure indue, et lorsque c'est un particulier, c'est pire...

C'est de la grossièreté.

Et vous noterez que je n'ai pas eu besoin d'utiliser de gros mots pour les traiter de tous les noms, ces infâmes cuistres, ces insoutenables crétins, ces sinistres maniaques qui s'agitent inutilement comme des taons sur le corps d'un rat déjà mort, équivalents intellectuels des bactéries coprophages émettant des gaz nauséabonds sans comprendre pourquoi on les fuit... Tout au long de ce billet.

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