Tiens, hier, (ou avant-hier, selon le point de vue) c'était le jour des morts... La Mort, la Toussaint, la Saint Hubert et la Samhain, j'en ai déjà parlé en long, en large et en travers, du point de vue anthropologique et mythologique. Ce qui est étrange, c'est que je n'en ai jamais parlé du point de vue rôliste, alors que c'est le jeu de rôles qui est, au fond, responsable de ma passion pour l'anthropologie et l'Histoire !

Qu'à cela ne tienne... C'est à ça que sert ce blog. A ça, et à s'excuser auprès d'Enki Bilal pour le titre. Quoique c'est plutôt lui qui devrait s'excuser d'avoir filmé une telle bouse, "Immortel" à partir de sa BD.

Plutôt que de déverser ma bile sur les morts récents qui ne méritent pas le dixième des hommages qu'on leur rend (George Frèche) ou ceux qui mériteraient dix fois plus de reconnaissance (George Charpak), je vais m'étendre sur un sujet qui revient assez souvent auprès des rôlistes : les Immortels. Pas les académiciens ni les soldats perses, mais le fait de jouer des gens qui ne meurent pas, par rapport à un personnage plus "normal"...

Quand je dis que cela revient souvent, je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de conseils rôlistiques à ce sujet – Il y a d'ailleurs un réel manque de ce point de vue – mais bel et bien que les occasions de jouer des personnages immortels sont nombreuses, sur la scène rôliste française ou internationale... Encore plus nombreuses qu'on le croit. Pourtant, peu de suppléments traitent de la psychologie de l'immortel de façon approfondie.

Ce n'est pas jouer un Immortel qui fait rêver, en soi, c'est de jouer quelqu'un qui a des pouvoirs, ou un héros, un guerrier, un magicien, un détective, un samouraï des rues, un hobbit... Que sais-je encore. L'Immortalité, c'est un bonus ajouté, certes, mais ce n'est que rarement un fantasme de rôliste. Il est difficile de simuler l'Immortalité en jeu de rôles, de serait-ce que parce qu'on n'a qu'une vie pour jouer... Mais l'immortalité est là, et bien là.

Des jeux comme Vampire (la Mascarade ou le Requiem, au choix), Wraith, ou encore plus ésotériques comme Nephilim, ont pour postulat de base que les personnages joueurs sont des immortels (ou déjà morts), et qu'ils interagissent avec des mortels comme avec d'autres immortels. D'autres jeux, comme Scion ou Exalté, partent du principe que tous les joueurs sont des avatars divins... Et dans Ambre ou Nobilis, on joue vraiment des dieux !

Il est possible d'interpréter de nombreux types d'immortels dans Armageddon (de chez Eden Studios), anges, démons, avatars, immortels à la Highlander... Idem dans le jeu de rôles de Buffy, et dans la plupart des jeux de super-héros. Enfin, dans presque tous les jeux de rôles, il est non seulement possible mais courant de jouer des elfes, ces êtres virtuellement immortels, ou dotés d'une si longue vie que cela ne fait pas de différence.

Plus général encore : Dans la plupart des jeux qui n'ont pas une forte dimension réaliste ou terrifiante (Médiéval fantastique, super-héros, jeux un peu délirants...), les personnages-joueurs sont des immortels de fait... Vu que ce sont les héros de l'histoire, il est improbable qu'ils vieillissent, et il est généralement de mauvais goût de les tuer, du moins de les tuer gratuitement, ou de manière autre qu'exceptionnelle, causalité narrative oblige...

Certes, ce sont de "faux" immortels, qui font semblant de ne pas savoir qu'ils le sont... Nous allons détailler ici une série de portraits qui sont autant d'approches psychologiques quant à l'immortalité, sans chercher plus avant à énumérer les différents "parfums" d'immortels (et ils sont légion) qu'on trouve en jeu de rôles. Bien entendu, tout ça se fait dans le désordre le plus total, et sans aucune prétention à l'exhaustivité. Comme d'habitude.

A tout seigneur, tout honneur, commençons par... Le Prince :

Cet archétype d'immortel s'adapte on ne peut mieux à tout personnage qui possède d'autres pouvoirs spéciaux ou un ascendant supplémentaire, même mineur, sur les humains qu'il côtoie... Et il va bien sûr comme un gant aux Princes d'Ambre. Quiconque a lu les romans de Roger Zelazny ou joué au célèbre Jeu de Rôles Sans Dé éponyme sait bien de quoi je parle... Le "Prince" est, en trois mots, un Machiavel bouffi d'orgueil.

Fort de son immortalité, de ses pouvoirs (magiques ou séculiers), et de ses siècles d'expérience, le Prince considère les êtres humains "normaux" comme des esclaves, des choses, des outils... C'est l'elfe qui traite, même avec sympathie, les humains comme des enfants ou des animaux à qui il peut apprendre des tours; l'intelligence artificielle qui manipule les rouages du pouvoir; le vampire qui voit les hommes comme du bétail...

Ce genre de personne voit l'immortalité comme une opportunité. Au contraire des humains qui ont une échéance, même un pseudo-immortel (qui peut se faire tuer mais ne mourra pas de vieillesse) peut se débrouiller pour ne pas mourir avant très, très longtemps. Le Prince se fixe donc des ambitions qui sembleraient démesurées pour un humain, et machine ses plans sur plusieurs siècles, plusieurs millénaires s'il le faut.

Comme il a tout son temps pour apprendre, devenir le plus grand artiste, ou le plus grand ceci ou cela, ça ne l'intéresse pas : C'est trop subjectif, c'est un hobby, les mortels peuvent déjà y prétendre. Non, le Prince veut un défi à sa mesure... Se confronter aux autres immortels ! Dans son monde où tout passe sauf lui, les mortels ne sont que des jouets, des insectes : Le seul pouvoir qui vaille, c'est celui qu'il a sur les autres immortels.

Face à ses "adversaires", il ne cherche qu'à marquer des points... Tout est pour lui sujet à rancune, tout discours est analysé, toute parole est calculée. Des plans à l'intérieur des plans, telle est la voie du Prince. Il y en a des aimables, des "bons", des Princes qui agissent (ou croient agir) pour le bien de l'humanité, et il y a ceux qui veulent détruire le monde rien que parce qu'un autre immortel a envie de le sauver.

Mais surtout, il y a le Prince qui ne s'intéresse absolument pas au sort du monde. Il ne s'intéresse qu'à lui-même. Au reste de l'univers échoit une colossale indifférence. Il ne fait pas plus attention aux mortels qu'aux acariens... Sauf quand il a besoin de les manipuler, auquel cas il adoptera l'attitude idoine. A bien des égards c'est un enfant qui joue avec une fourmilière, leur donnant du sucre ou les brûlant à la loupe, selon son bon plaisir.

Le Prince ne doute presque jamais de lui-même (surtout pas en public), il est parfaitement assuré dans son rôle (surtout si c'est un dieu, un demi-dieu, ou même un roi avec des responsabilités), il a des yeux et des oreilles partout, il prévoit toujours au moins douze coups à l'avance... C'est normal, il a déjà tout fait, tout vu. Et tout ce qu'il n'a pas fait, il peut sans doute le faire assez facilement, ou trouver quelqu'un d'autre qui s'y connait.

Pourquoi un Prince qui a vécu des siècles, des millénaires parfois, d'une existence qui n'est consacrée qu'au but de se rendre lui-même meilleur, plus parfait et plus capable croirait-il une seule seconde qu'un mortel puisse être meilleur que lui, dans quelque domaine que ce soit ? De son point de vue, il a passé l'équivalent de dizaines, de centaines de vies humaines en compétition avec d'autres "êtres supérieurs" !

Car pour toutes ses fanfaronnades façon méchant de James Bond, le Prince est effectivement plus intelligent que les mortels. Souvent beaucoup plus. Ne serait-ce que parce qu'il a plus d'expérience, qu'il a plus d'entregent, qu'il a d'immenses richesses ou pléthore de contacts, de relations et de points de chute, tout cela accumulé au cours de plusieurs vies d'une existence entièrement vouée à ses propres intérêts.

S'il s'agit d'un PJ, c'est difficile à jouer. Si c'est un PNJ, le Maître de Jeu sera bien inspiré de laisser planer le mystère sur ses pouvoirs. Il est permis d'inventer n'importe quoi... Pour un Prince, rien n'est imprévu, rien n'est impossible. Même s'il se retrouve complètement nu au milieu de l'Antarctique, il est probable qu'il ne soit pas loin d'une cache de vêtements chauds et de vivres déshydratés qu'il a laissé là il y a trente ans, "juste au cas où".

Notre deuxième immortel est LE grand classique, l'Elfe :

Bien entendu, il y a mille et une manière de jouer un elfe, selon le monde de campagne où vous vous trouvez... Et cet archétype peut très bien convenir à tout autre type d'immortel. Nous parlons ici d'une certaine vision de l'immortalité, la vision de celui qui a, globalement, les traits et la psyché d'un humain normal (à part peut-être les oreilles...), qui meurt aussi aisément qu'un mortel, et ne cherche pas forcément l'ivresse du pouvoir.

L'elfe dont nous parlons n'a rien d'un être supérieur, même s'il peut sembler plus beau ou plus "magique"... Il me semble que le trait le plus marquant que devrait avoir ce genre d'immortel, c'est une tendance marquée à la procrastination. Le simple fait qu'il ne vieillisse quasiment pas et qu'il ne risque pas de mourir de mort naturelle fait qu'il n'a pas cette "horloge biologique" qui rappelle à l'ordre les pauvres humains...

Imaginez-vous rester éternellement jeune et en pleine santé... Lorsque vous contemplez votre avenir et que vous constatez que vous n'avez aucune perspective pour les cinquante prochaines années, cela n'a plus aucune importance. Du moment que vous avez à peine plus que le strict minimum, vous n'avez aucun besoin d'une carrière, de plans à long terme, ou même de vous dépêcher de faire quoi que ce soit.

L'Elfe peut s'adonner au moindre de ses caprices : Ecrire de la poésie, tenter le record du monde de bilboquet, apprendre le finnois... Il vit en touriste pour tromper son ennui, sans se préoccuper de savoir s'il aura le temps. Les désavantages inhérents au fait de se laisser vivre sont quasiment inexistants, pour lui. Même une peine de prison de trente ans peut se comparer, pour lui, à des vacances... Ou rien qu'un mauvais moment à passer.

Il n'a pas besoin de s'entasser avec les mortels dans des tavernes bondées dans l'espoir de rencontrer quelqu'un pour propager sa lignée avant de mourir... Il lui suffit de ne pas mourir lui-même. Il n'a pas besoin du sentiment d'avoir accompli quelque chose de durable dans le monde pour les générations futures, puisqu'il survivra lui-même aux générations futures... S'il n'aime pas quelqu'un, il attend qu'il meure. Pourquoi se faire chier ?

Tant qu'il se maintient à un niveau de confort quotidien acceptable (ce qui est relativement facile passé le premier siècle à économiser), l'Elfe n'a besoin que de quelques hobbys – Et surtout pas de changement ! Tout risque important, en aventure, apporte une vie meilleure, ou la mort... Un humain mourra de toute façon, un jour ou l'autre. L'elfe non. Au contraire, il a tout à perdre à prendre un risque, quel qu'il soit !

Il y a aussi le problème de l'autocritique. On ne se pose des questions que parce que quelqu'un d'autre vous montre votre erreur. On ne change une tradition que quand quelqu'un la défie. Les humains font ça à chaque génération... Mais c'est une notion que les Elfes ont du mal à comprendre. La stase est normale pour eux. Et ça marche. Pour eux, ça a marché plus longtemps que tout ce qu'ont inventé les humains.

Pour résumer, les elfes n'ont pas de Zeitgeist. Ils n'ont que des modes. Pour eux, les dynasties antédiluviennes, les civilisations de toutes les autres races, SONT des modes. Rien ne change vraiment à leurs yeux parce que la personne qui a conçu une tradition est souvent la même que celle qui la maintient mille ans plus tard. Ce sont les conservateurs ultimes, poussant l'art d'être blasé à des sommets jamais atteint dans l'Histoire humaine.

Les elfes se rient des dieux, parce que les dieux tombent lorsqu'ils n'ont plus d'adeptes et que leur siège éjectable est fort convoité. Ils se rient des inventions, parce que même si les gens l'utilisent quelques temps, la mode passe le secret se perd, et on revient aux bases traditionnelles. Ils se rient des civilisations, parce qu'ils les voient naître, vivre et mourir. Pas eux. La mort, c'est ce qui arrive aux autres.

Même des émotions fortes comme l'amour, la haine ou le désespoir sont fugaces... Et, même s'il peut les éprouver, l'Elfe le sait, et se laisse moins aisément guider par elles. Il n'y a qu'une seule chose qui le terrifie... Qu'un autre Elfe meure. C'est la seule chose qui ne soit pas naturelle aux Elfes, la seule chose qui les mette dans tous leurs états et qui les fasse sortir de leur coquille. Alors, ils sont désarmés.

L'archétype suivant n'est-autre que le Vampire :

Pour le Vampire (et, comme pour tous les autres, ce type de personnalité peut s'appliquer à n'importe quel type de personnage, pas nécessairement un suceur de sang, ni même quelqu'un qui scintille à la lumière du jour...), la vie éternelle est une malédiction. Il ne désire rien tant que quitter cette vallée de larmes qu'est la vie. Par bonheur pour le rôliste gothique en mal de dépression auto-induite, quelque chose l'en empêche...

Une mission à accomplir, un manque de courage, l'instinct, ou tout simplement l'impossibilité de mourir. Et ça le désespère. Bien sûr, le vampire classique à d'autres raisons d'être malheureux que son immortalité, notamment une bête intérieure assez costaude et le fait qu'il doive tuer (ou au moins blesser) pour prolonger sa honteuse existence. Mais là n'est pas la question... Nous traitons ici d'une forme de "syndrome de l'immortel".

Car l'immortalité peut très facilement devenir un fardeau, surtout pour un immortel qui souhaite s'insérer dans la société des mortels, ou qui n'a pas le choix. Le simple fait que tout meure sauf lui peut déprimer un immortel au plus haut point... C'est le problème des vampires dans les romans d'Anne Rice, et c'est pour cela que j'ai appelé ce profil d'immortel le "Vampire". Et ce n'est pas la personne la plus gaie à côtoyer.

Du reste, Louis, le prédateur réticent de Entretien avec un Vampire, est l'exemple parfait de ce type de personnage tragique. Les Vampires subissent, ils sont les jouets du destin et de leurs passions... Ils sont figés dans leur tristesse et ressassent leurs souvenirs, car c'est la seule chose qui leur reste de leurs bonheurs passés. Il ne leur vient pas à l'idée que l'immoralité est une occasion toujours renouvelée d'aller chercher sa propre joie...

Alors que certains immortels répondent à cette détresse par un ennui autoproclamé, en se fixant des buts, ou encore en se détachant des perspectives humaines, le Vampire est inconsolable. C'est particulièrement vrai des immortels qui sont nés mortels : Ils se trouvent soudain aux premières loges pour constater que tout ce qu'ils aiment, tout ce qu'ils apprécient, va disparaître pour toujours, tôt ou tard, et qu'ils seront là pour le voir.

Le Vampire est dans un état de deuil perpétuel pour ce qu'il a perdu, et préventif pour ce qu'il va perdre. Il a souvent des habitudes autodestructrices (qui ne le tueront probablement pas) comme fumer, se blesser volontairement, ou prendre des risques. Soit il est complètement dépressif, soit il refoule ses émotions et refuse de s'attacher à qui que ce soit, sachant fort bien le sort que le temps lui réserve.

Ce genre de tragédie se déploie pleinement lorsque le Vampire tombe amoureux, sans pouvoir contrôler ses sentiments... Et quand ses actions sont la cause de la mort de sa dulcinée ! Pire encore : Il souffre, mais le Vampire ne peut même pas compter sur la mort comme une délivrance. Même la mémoire du Vampire est alors un fardeau, et n'est plus le maigre soulagement que l'on peut retirer du souvenir d'un bon moment.

Une autre approche (notamment mise en place, d'une certaine façon, dans le jeu Vampire Le Requiem) est de jouer la déformation progressive des souvenirs d'un immortel. En effet, même chez les humains, les souvenirs sont hautement subjectifs et sujets à caution, à confusion, surtout s'ils sont lointains. On ne sait absolument pas comment réagirait un cerveau de type humain à des millénaires de souvenirs...

Sans aller jusqu'à donner la maladie d'Alzheimer à votre Vampire, ce peut être l'occasion pour lui d'admettre une faiblesse, d'introduire des quiproquos, des adversaires qui cultivent de vieilles rancœurs sans savoir pourquoi, de jouer des scènes encore plus poignantes... Et, en accord avec la psychologie de ce type de personnage, d'avoir une autre raison de mourir ou de s'enfoncer dans la dépression !

En effet, la mémoire est ainsi faite que l'on oublie tout sauf les souvenirs les plus marquants (les pires, forcément) et on réinterprète le reste en fonction de ce que l'on sait de nouveau et de l'état d'esprit que l'on a au moment où l'on se remémore ses souvenirs. Notre Vampire est donc le seul du lot qui refuse son état, qui soit au mieux dépressif et au pire suicidaire... Sauf lorsqu'il se meurt d'un amour impossible, bien sûr.

Est-ce un oiseau ? Est-ce un avion ? Non ! C'est le quatrième de notre groupe, le Super-héros :

Là où le Vampire est négatif, le Super-Héros est tellement positif que c'en est inhumain. Oh, cela ne veut pas dire qu'il n'est jamais triste, mais sa nature écœurante et sirupeuse de gentil absolu reprend vite le dessus, non sans une certaine arrogance. C'est que, voyez-vous, le Super-Héros est un Immortel avec un but en tête... Une mission qu'il prend très à cœur : Le salut des mortels. Il n'a pas forcément autant de suite dans les idées que le Prince...

Cet archétype s'adapte parfaitement à tous les super-héros, surtout ceux qui sont surpuissants et ne vieillissent jamais, d'où le nom. Il est aussi tout indiqué pour les dieux, demi-dieux et autres avatars divins qui aiment l'humanité et s'érigent en protecteurs de celle-ci... Ou pour ceux qui ont des responsabilités et un "Domaine" sur lequel ils président et qu'ils doivent sauvegarder, comme dans le jeu Nobilis.

Même si leur seul pouvoir est de ne pas vieillir, ils estiment qu'il est de leur devoir d'employer les avantages que cela leur donne pour le bien de l'humanité, de la planète, ou pour quelque autre cause louable... Pétris de compassion, d'humilité fausse modestie ?) et de respect (moralisateur ?), les Super-Héros, à la différence des Princes, refusent le pouvoir. Même si cela serait pour le bien de tous, ils protègent, servent, mais ne dirigent pas.

Personnalité éminemment positive, le Super-Héros pleure certes les compagnons qui tombent autour de lui... Mais c'est pour lui une raison supplémentaire de continuer son combat. Il fait vivre leur mémoire, heureux qu'ils aient vécu plutôt que tristes qu'ils soient morts... Il inspire les autres par l'exemple, par sa vertu et sa dévotion sans faille. C'est ce qui l'extrait lui-même de son deuil : Il y a tant à faire !

D'ailleurs, le Super-Héros est un véritable hyperactif. Comme il ne supporte pas de ne jamais prendre de risques et de vivoter sans être au maximum de son potentiel, il refuse de gâcher sa vie sous prétexte qu'il en a plus que les autres. C'est encore plus vrai s'il a juste une très longue vie, ou qu'il peut quand même être tué même s'il ne vieillit pas, même s'il est invulnérable à la plupart des maux qui tueraient un simple mortel.

Le Super-Héros qui est dans ce cas a compris (ou, en tout cas, il en a l'intuition) que, même en tant qu'immortel, le temps est son ennemi. Plus il vit longtemps, plus il y a de chances qu'il soit tué. Les lois de la probabilité sont contre tout le monde, lui y compris, et le fait d'éliminer une des issues fatales possibles ne garantit rien du tout... Il a juste un peu plus de temps que les autres. Probablement rien, en temps géologique.

S'il a déjà vécu un certain temps, il y a fort à parier que le Super-Héros a déjà été mis en face de sa propre (et paradoxale) mortalité, de ses points faibles, et qu'il en est ressorti grandi... Motivé. Dés lors, pourquoi un immortel gâcherait-il son temps ? Son don le plus important est l'expérience et le savoir qu'il peut accumuler... S'il choisit de le mettre au service des mortels, c'est déjà beaucoup.

Imaginez ce que pourrait faire un simple humain s'il était jeune et en pleine santé pendant seulement cent ans... Imaginez en cinq-cents ans... Un millénaire... Quel artiste serait-il s'il poussait sa technique pendant tout ce temps ? Quel scientifique serait-il s'il pouvait poursuivre ses projets aussi longtemps, échangeant sans cesse avec ceux qui l'entourent ? Imaginez rien qu'un seul Léonard De Vinci immortel...

Même sans cela, imaginez ce que vous-même, a priori un être normal sans génie ni courage particulier, feriez avec tout ce temps. En ne consacrant que le quart de votre très longue vie à autre chose qu'à vous-même, vous seriez sans conteste doté d'une immense sagesse, le plus grand héros que la Terre ait porté ! Ou juste le plus grand comptable, hein, c'est vous qui voyez.

Mais le Super-Héros veut plus que cela. Sa contribution à l'humanité est bien plus importante, parce qu'il consacre presque toute son existence à cette cause. Même s'il a une identité secrète, même s'il agit dans les coulisses plutôt que de se montrer en collants criards, même s'il n'a rien d'un génie, qu'il commet des erreurs et qu'il est décrié, il continue. Parce que si lui-même ne le fait pas, qui d'autre le pourrait ?

Le cinquième impétrant du club Gilgamesh est... le Dingue :

Les conditions inhabituelles font des individus inhabituels. Vivre trop longtemps, surtout dans la routine, peut faire bien des misères à un cerveau humain, mal armé contre la plupart des traumatismes d'une seule vie, et encore moins bien contre les assauts répétés de plusieurs siècles de changements tous plus inattendus les uns que les autres... Et il y a des immortels qui ne sont même pas humains (ou sains d'esprit) au départ.

La vérité, c'est que l'on n'a aucune idée de comment peut fonctionner un esprit qui vit plus d'un siècle sans perdre de sa vivacité... Le développement de manies, de vieilles habitudes qui n'ont plus aucun sens, le mélange d'idées contemporaines et de mentalités d'un autre âge, l'étrange dichotomie des souvenirs écartelés entre plusieurs époques terriblement lointaines et différentes...

On peut imaginer, au sein d'un tel esprit, des lieux étranges, des pensées inquiétantes, une compréhension à la fois extrêmement juste et extrêmement faussée... C'est sur ce fil du rasoir qu'avance le Dingue. Il n'a pas seulement les repères de son époque, mais aussi ceux de toutes les époques qu'il a vécu auparavant. Et, même s'il ne confond pas tout,  plus il vit, plus cela se mélange.

Inquiétant, vous croyez ? Dans ce cadre là, il reste humain. Que dire s'il n'est même pas humain au départ ? Que dire si, en plus d'avoir des repères bizarres (voire faussés), il n'a pas les mêmes valeurs ? Que dire s'il n'accorde pas la même valeur à la vie humaine, que ce soit à cause de son inhumanité ou à cause de son immortalité ? Et n'est-ce pas, au fond, la même chose ? Ce qui fait de nous des hommes, c'est aussi que nous allons mourir...

Quelle valeur accorder à la vie humaine pour un Immortel aussi détaché de ces préoccupations ? Sans être trop arrogant, du point de vue d'un immortel, qu'il soit Prince ou Dingue ou quoi que ce soit, les simples mortels sont une ressource renouvelable. Raccourcir la vie d'un humain ? Aucun problème moral. Il n'aurait pas eu si longtemps à vivre de toute façon, et qu'est-ce qu'il aurait bien pu faire de sa vie...

Quelle valeur accorder aux émotions lorsqu'on les a déjà toutes éprouvées des centaines de fois ? Quelle valeur une amitié avec un mortel peut-elle avoir ? Même s'il l'éprouve sincèrement sur le moment, le Dingue sera probablement prêt à sacrifier la vie de cet ami comme un maître fera endormir son chien... En termes de durée de vie, la comparaison se tient. Et le Dingue ne s'en excusera même pas. Pour lui, quoi de plus naturel ?

La vérité c'est que le Dingue a une perspective si différente sur la vie, l'Univers et le reste, du fait même de son immortalité, qu'il en devient autre chose qu'humain. Il a des habitudes étranges qu'un homme moderne jugeraient futiles, comme toujours faire bouillir l'eau pour la purifier alors qu'il se trouve dans une ville moderne, et pourtant n'avoir aucun complexe à se déplacer pieds-nus sur les trottoirs...

Il a des priorités encore plus bizarres, surtout s'il est effectivement un dieu avec des responsabilités particulières (Voir plus haut... Pour un dieu des poissons, un village peut bien brûler tant qu'ils cessent de déverser leurs ordures dans son cours d'eau...) ou s'il n'est pas vraiment humain ("Ne paniquez pas, et n'oubliez pas votre serviette"...), ou s'il n'était pas vraiment très équilibré avant de devenir immortel (Malkavian, anyone ?)

Peut-être aura-t-il toujours un sens de la pudeur médiéval, ou au contraire une grande habitude des orgies... Peut-être acceptera-t-il sans sourciller l'esclavage comme forme légitime d'emploi, et regrettera-t-il le temps où les différends se réglaient dans le sang, pas dans un tribunal... Et ne parlons même pas du langage et des expressions qu'il doit employer, en provenance de toutes les époques et tous les pays qu'il a visité !

Enfin, il n'aura sans doute pas les mêmes réponses émotionnelles que les simples mortels. A force de se brûler à leur feu, il a peut-être une sensibilité émoussée. On dit qu'on ne tombe jamais amoureux comme la première fois, qu'on ne tombe jamais amoureux deux fois de la même façon... Que se passe-t-il quand on a vécu le grand amour dix fois, cent fois, mille fois ? Et pour les autres émotions ? Voilà bien de quoi rendre dingue...

L'immortel suivant n'est pas vraiment immortel, mais c'est tout comme. Il s'agit du Bouddhiste :

De tous les profils psychologiques listés ici, le Bouddhiste est celui qui est le plus lié à un certain genre d'immortalité... On part ici du postulat que le Bouddhiste se réincarne, et qu'il le sait. Peut-être se réincarne-t-il dans un corps similaire à chaque fois, comme Docteur Who; peut-être a-t-il des souvenirs de ses vies antérieures mais change-t-il de personnalité, comme les Trills de Star Trek...

Peut-être ses vies passées sont-elles comme des rêves, comme dans le jeu Rêve de Dragon... Il peut aussi s'agir d'un immortel véritable qui perd la plupart de ses souvenirs lorsqu'ils sont trop anciens, ou qui entre dans une espèce de torpeur pour oublier et recommencer sa vie presque à zéro... C'est peut-être le seul moyen de ne pas devenir Dingue, ou simplement un effet secondaire de ce qu'il doit faire pour rester immortel.

Pour en revenir à la psychologie du Bouddhiste... A-t-il des flashbacks ? Des souvenirs précis ? Ou simplement des regrets inexplicables par rapport à des choses qu'il n'a pas pu accomplir dans ses vies passées ? Est-ce que le Bouddhiste ne vit que pour se perdre dans le monde et faire de nouveau ce qu'il a fait cent fois, mille fois, sans pour autant s'en souvenir ? Cherche-t-il à briser ce cycle des réincarnations ?

Voilà un personnage tragique s'il en est. Certes, les vrais bouddhistes sont habituellement sereins... Ou donnent cette image d'Epinal. Mais le Bouddhiste dont nous parlons est parfois tragique. Selon vous, qu'est-ce qui est pire, perdre son grand amour, ou oublier jusqu'à son existence mais toujours porter quelque trace de ce sentiment de perte incommensurable ? Voilà. Je vous l'avais dit. Il est très tragique quand il veut.

Mais tout n'est pas tout noir. Que peut faire le Bouddhiste qui se souvient de ses vies précédentes, même de manière floue ? D'abord, comme chaque nouvelle vie est "fraîche" pour lui, il peut tout recommencer à zéro. Il peut faire table rase, apprendre un autre métier, vivre l'amour à chaque fois comme la première fois, peut-être même d'un point de vue différent, avec un sexe différent !

Il peut se lancer dans toutes les carrières qu'il veut et aller jusqu'au bout. Certes, il ne garde pas forcément tous les souvenirs précis de ses vies précédentes, mais c'est d'autant mieux : Il est en phase avec son époque, il se consacre avant tout au présent. C'est, de tous les immortels, celui qui a le plus de chances de rester discret, et surtout de bien vivre son immortalité.

Au delà de cela, il peut surtout prendre des dispositions pour tenter de contrebalancer les désavantages de son mode de survie particulier. Il peut se laisser des messages, du matériel et des fonds pour sa prochaine vie, avec un peu de prévoyance. S'il sait à quoi on pourra reconnaître son prochain corps, il peut prendre des dispositions testamentaires ad-hoc pour se laisser à lui-même une petite fortune.

Même s'il ne sait pas exactement en quoi il sera réincarné, il peut tenter de se souvenir de quelques détails cruciaux dans sa prochaine vie... Ou encore, il peut savoir comment il réagira, à peu près, parce qu'il sait que toutes ses précédentes incarnations avaient tel ou tel trait psychologique commun. Dés lors, il peut se laisser des messages (voire des journaux intimes entiers) dans des endroits où il est sûr qu'il retournera.

Et s'il n'a aucun moyen de savoir ce qu'il sera dans sa prochaine existence, il lui reste encore la possibilité, s'il en a vraiment besoin, d'accomplir dans cette vie quelque chose de remarquable (écrire une chanson très populaire, sculpter une statue monumentale, etc.) et laisser un message secret dans cette œuvre dont seul lui-même (ou son moi futur) pourra déchiffrer le sens... Peut-être même un mot magique qui serait la clé de ses souvenirs enfouis.

Enfin, et c'est ce qui le rend si intéressant à jouer, le Bouddhiste se fait des dettes, et surtout des ennemis... Il peut penser leur échapper dans sa prochaine incarnation. Il y a cependant fort à parier que ses ennemis le retrouvent, et qu'il soit lui-même moins bien armé contre eux, car pas forcément en pleine possession de tous ses souvenirs, ou de l'expérience et des moyens de sa vie précédente...

Enfin, le dernier de notre farandole éternelle, et forcément le plus jeune, c'est le Benjamin :

Le Benjamin est aux immortels précités ce que l'enfant est à l'adulte, ce que l'apprenti est au sorcier. C'est tout simplement un débutant. Il n'a pas de profil psychologique particulier, parce qu'il vient de devenir immortel, et que, si traumatisant (ou pas) qu'ait été l'expérience, il ne réalise pas bien la portée de tout cela. Il n'a encore eu qu'une seule vie, ou même une petite partie d'une vie humaine.

L'avantage du Benjamin, c'est qu'il s'agit, pour le joueur, de la solution de facilité. Il peut le jouer comme il veut, avec la personnalité qu'il veut, sans pour autant se sentir obligé de refléter des siècles d'expérience accumulée d'une façon ou d'une autre. Il peut le jouer avec une personnalité humaine (ou aucune personnalité...). Surtout, il peut en faire ce qu'il veut et l'orienter progressivement vers un autre type d'immortel, au besoin.

Ce profil s'adapte à pas mal de jeux... Tous ceux où la plupart des immortels pensent qu'ils sont humains au départ, puis se voient révélés leur véritable potentiel (Ambre, les jeux de super-héros, ceux où l'on incarne un avatar...), et les jeux ou ceux qui étaient mortels tout d'abord se retrouvent transformés en immortels (divinisés et "anoblis" dans Nobilis, mordus et "étreints" dans Vampire).

Du point de vue du comportement, il y a quand même des choses que font spécifiquement les "jeunes" immortels... D'abord, ils se fixent des règles. En général, le jeune immortel n'a pas envie de se détacher de son humanité, aussi prend-il de bonnes résolutions ("ne tuer que des animaux" pour un jeune vampire, "ne jamais tuer un humain gratuitement" pour un nouveau dieu...). Les tiendront-ils ?

Les Benjamins ont aussi, en général, un mentor... Quelqu'un pour leur apprendre les ficelles du "métier". Ce peut être un personnage non joueur, quelqu'un d'imposé par le MJ, ou quelqu'un que le joueur a lui-même détaillé dans l'historique de son personnage, et qui est mort (paradoxalement, il ne s'agit pas toujours d'un immortel), ou qui n'interviendra pas en jeu. Cela évite de jouer la "découverte" de pouvoirs que le joueur connait déjà bien.

Les mentors qui peuvent intervenir en jeu sont généralement (mais pas toujours) des êtres d'une grande puissance, liés d'une manière ou d'une autre à leur petit protégé. Ils peuvent correspondre à tous les autres profils d'immortels... Le Super-Héros essaiera vraiment d'aider, le Prince ne sera là que pour manipuler le Benjamin (qu'il voit comme de la concurrence en puissance), le Dingue sera... Dingue... Et ainsi de suite.

Mais un soudain accès de puissance peut être traumatisant en soi. Dans les premiers temps, tout peut fort bien se passer, mais que fera le benjamin lorsqu'il subira son premier deuil, sachant qu'il ne vieillira pas ? Ce n'est qu'un exemple... Cela peut prendre du temps de s'adapter à cette nouvelle "condition", et, même s'il s'oriente vers un autre profil, le Benjamin reste un Benjamin tant qu'il est dans cette période instable...

Cette "crise d'adolescence" de l'immortel peut provoquer des réactions imprévisibles de la part du Benjamin, et changer du tout au tout la personnalité qu'il avait dans son ancienne vie. Le fait de ne pas mourir et d'en avoir conscience est une expérience libératrice (ô combien !) qui peut pousser un naturel insouciant à se ficher éperdument des conséquences de ses actes.

Si certains Benjamins tentent de garder une grande partie de leur humanité (et y arrivent même parfois), beaucoup se laissent aller à une certaine euphorie, et veulent tout essayer immédiatement... Ils s'adonnent à des activités à long terme sans pour autant finir ce qu'ils ont entrepris, ils pratiquent des sports dangereux parce qu'ils savent qu'ils n'en mourront pas, ils essaient tous leurs nouveaux pouvoirs comme de nouveaux jouets...

Enfin, il est possible que le Benjamin soit sous la domination (magique, ou tout simplement légale) de son mentor, ou de celui qui l'a "fait" (comme un vampire, ou un Nobilis), et qu'on le bombarde de responsabilités et de lois qu'il n'imaginait pas en tant qu'humain, bref, de conséquences terribles... Qui modèrent cruellement la liberté nouvelle qu'on vient de lui octroyer... Le Benjamin, plus que les autres, est en butte aux autres immortels.

Et pour finir, si on mélangeait ?

Comme on l'a dit plus haut, cette liste n'est probablement pas exhaustive. Qui plus est, on ne peut absolument pas savoir comment réagirait un véritable immortel... On ne peut que supposer qu'il se comporte comme un humain. Après tout, lui comme nous, nous ne vivons qu'un seul jour à la fois, et nous ne savons pas quand nous allons mourir. Un personnage qui ne vieillit pas sait seulement qu'il a probablement plus de temps.

A ce titre, il est improbable que le personnage que vous avez imaginé en tant qu'immortel ne se définisse QUE par son immortalité. Nous avons détaillé ici les traits psychologiques en rapport avec cette condition, mais votre immortel est sans aucun doute plus que cela. Sa personnalité propre est surtout définie par son enfance, sa (ou ses) carrière d'élection, ses expériences, ses amis... Toutes ces choses humaines dont on n'a pas parlé ici.

Il existe sans aucun doute autant de personnalités d'immortels que de personnalités humaines... Il est fort possible de mélanger des traits propres à tous ces profils, de les atténuer ou de les caricaturer, voire d'en inventer de nouveaux. Un Bouddhiste peut se révéler un Super-Héros comme un Dingue. Le Dingue-Vampire-Prince qui veut dominer le monde parce que c'est son hobby, comme un Elfe, est un mélange détonnant...

Et puis, un personnage, ça évolue. Il y a fort à parier que votre immortel, quel que soit son profil, ait d'abord été un Benjamin. Un immortel peut avoir collé à plusieurs profils, et avoir changé au cours des siècles... Ou changer en cours de partie, ce qui est toujours intéressant ! Immortel ou pas, certains événements changent votre vision du monde, certaines cicatrices sont difficiles à effacer.

Quelques exemples... Un Super-Héros qui, soudain, craque, et en a assez de devoir toujours sauver une humanité querelleuse et ingrate. Il se transforme aisément en un Prince des plus tyranniques, qui cherche à dominer le monde "pour son bien" ! Et que dire de l'Elfe qui s'encroûte de plus en plus, pour finalement se transformer en Dingue qui n'en a plus rien à faire de rien ?

Un Bouddhiste peut soudain acquérir des souvenirs plus précis de ses vies précédentes, et devenir de fait, du jour au lendemain, un Elfe, ou Super-Héros, ou même un Prince puissant... Il est possible qu'un Vampire, correctement motivé et inspiré, devienne un Super-Héros... Qu'un Vampire en colère se change en Prince, ou qu'un Prince qui perd son seul et unique amour (une immortelle comme lui) devienne un Vampire tragique...

Un Super-Héros qui tombe dans la routine peut fort bien se réveiller un jour Elfe, blasé, sans avoir exactement quand c'est arrivé, et quand il a cessé de faire attention aux humains pour simplement les sauver par automatisme, mécaniquement, et de moins en moins souvent... Et puis, évidemment, n'importe quel immortel peut devenir un Dingue si on le traumatise suffisamment. Rarement l'inverse.

Et ainsi de suite, jusqu'à plus soif... Vous avez compris.

En guise de conclusion, j'ai l'audace de croire que les quelques conseils de ce billet déjà trop long vous seront utiles pour jouer et faire jouer des immortels originaux, réalistes, et aux personnalités fouillées... En tout cas plus fouillées que ce que l'on trouve habituellement aux tables de jeu. Nul besoin de tous les respecter, ni même d'en respecter la majeure partie... Inspirez-vous-en si vous voulez.

Vous pouvez même me prendre à contre-pied : Si vous ne tirez qu'une chose de ce billet, que cela soit la motivation de faire vivre votre propre personnage, complètement différent des miens... Alors ma mission sera accomplie ! Et puis ne vous tracassez pas si vous n'y avez pas autant réfléchi que moi. Mieux vaut bien jouer quelqu'un de simple, et s'amuser, que se faire chier à mal jouer quelqu'un de compliqué.

Mais dans tous les cas, il vaut mieux jouer un personnage mémorable. J'espère vous y avoir aidé.

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Petite bibliographie avec résumés (toutes de saines lectures) :

– Roger Zelazny, Les Neuf Princes d'Ambre (Le premier livre d'un cycle de dix livres à lire absolument. Des immortels capables de voyager entre les univers parallèles intriguent pour monter sur le trône d'Ambre, la seule cité réelle de tous les univers).

– Roger Zelazny, Lord Démon, Seigneurs de Lumière, Royaume d'Ombre et de Lumières, la Pierre des Etoiles, Toi l'Immortel... (Si un auteur a exploré le thème de l'immortalité et des différents dieux et panthéons, c'est bien Zelazny, ironiquement mort d'un cancer à 55 ans, hélas).

– Dan Simmons, L'Echiquier du Mal (De rares personnes possèdent le talent de manipuler les gens mentalement, et, en les tuant, de s'approprier leur énergie pour vivre plus longtemps. Ils jouent une partie d'échecs macabre avec le monde pour plateau et les humains pour pions).

– Dan Simmons, Ilium et Olympos (Dans l'avenir, les humains sont devenus quasi-omnipotents grâce à la technologie et à l'évolution... Leur passe-temps consiste à observer l'Histoire en manipulant le temps. Ils incarnent avec bonheur les dieux de l'olympe lors de la guerre de Troie...)

– Anne Rice, Entretien avec un Vampire (On ne le présente plus, celui-là... La première approche originale de la psyché d'un vampire depuis le XIXe siècle, et celle qui a inspiré toutes les histoires de vampires suivantes, bonnes ou mauvaises, de True Blood à Twilight. Hélas.)

– Anne Rice, La Momie, ou Ramsès le Damné (Roman méconnu d'Anne Rice, qui n'a pas fait l'objet d'un million de suites comme ses célèbres chroniques des vampires. Ramsès momifié est sorti de son tombeau dans les années 20... Il y était endormi, desséché par l'ombre et les siècles. Il vit éternellement jeune tant qu'il est exposé au soleil, grâce à une ancienne magie égyptienne).

– Neil Gaiman, Sandman (Comics en dix recueils, plus quelques hors séries... On y suit avec passion les aventures de Dream, dieu et incarnation des rêves, ainsi que d'autres immortels de toutes sortes... Spinoffs : Death, la sœur de Dream, a sa propre BD, ainsi que Lucifer, l'ange déchu, et bien d'autres...)

Hellblazer, auteurs divers (Comics édité depuis bien longtemps et qui se porte bien... Le héros, John Constantine, un sorcier londonien cynique et méchant, anti-héros qui sauve pourtant le monde plus d'une fois, semble traverser les époques de façon surnaturelle. Là encore, nombreux immortels, anges, démons et autres).

– Terry Pratchett, Le Dernier Héros, Les Petits Dieux, Nobliaux et Sorcières, Procrastination, L'Hiverrier, et la plupart des livres du Disque-Monde... (Dans ces romans médiévaux-fantastiques déjantés et superbement écrits, on trouve une quantité invraisemblable d'immortels et de personnalisations anthropomorphiques).

– Richard Morgan, Carbone Modifié, Anges Déchus et Furies Déchaînées (Thrillers cyberpunks et space-opéra palpitants ! Dans un avenir lointain, l'humanité a colonisé de nombreuses planètes, mais ne peut toujours pas voyager plus vite que la lumière. Les humains ont vaincu la mort, d'une certaine façon, en s'implantant des "piles corticales" et en téléchargeant leur personnalité dans un autre corps à leur mort... S'ils ont les sous pour le faire ! C'est aussi comme cela qu'on "voyage" rapidement d'une planète à l'autre, par flux de données).

L'Epopée de Gilgamesh, traduit entre autres par Jean Bottéro (Fragmentaire, un peu space à lire, le premier roman de l'Histoire de l'humanité, écrit en vers akkadiens cunéïformes sur des tablettes d'argile, vous plonge dans une autre époque, une autre mentalité, si lointaine et pourtant si proche... Il s'agit de l'histoire d'un roi qui ne veut pas mourir et se met en quête de l'immortalité. Il ne vivra pas éternellement, mais il donnera un sens à sa propre vie... Par son voyage, qui fait que le personnage de Gilgamesh a survécu jusqu'à nos jours).

Le Ramayana, traditionnel (Texte fondateur des mythologies de l'Inde ancienne, les aventures du Prince Rama, lui-même dieu incarné... Des immortels et de la magie partout, de la réincarnation à tous les coins de jungle, de la misogynie... Palpitant... Tant que vous achetez la traduction de 800 pages, pas celle de 1500 !)

La mythologie grecque, traditionnel (A lire parce que c'est bien, et aussi pour la psychologie si humaine de ces dieux qui ne sont pas si immortels que ça...)

– Snorri Sturluson, L'Edda (Guide de la mythologie nordique compilé au Moyen-Âge en vieil islandais par quelqu'un qui était à la fois scalde et lettré, à partir de la tradition orale, le texte fondateur sur tout ce que l'on sait des religions nordiques... Des personnages hauts en couleurs, et différentes familles d'immortels qui savent pourtant qu'ils mourront lors du Ragnarök, le mythique Crépuscule des Dieux...)

Voilà, ça devrait vous suffire pour commencer... Bonne lecture !