Aujourd'hui, cela fait un bout de temps que je n'ai pas fait un vrai billet sur ce blog... Il faut dire que c'est décourageant, à force, de parler dans le vide, et de dénoncer une connerie qui ne fait que croître. C'est un peu comme tenter de repousser un raz de marée avec un jeu de fléchettes, en épinglant une vaguelette à la fois. Quoi qu'il en soit, je me suis dit que je n'avais pas assez tapé sur les pseudo-écolos...

Avec eux, on n'a jamais fini.

La dernière fois, je vous avais parlé longuement d'un certain salon où s'épanouissaient les produits bio. A l'époque, déjà, je n'étais pas convaincu : J'avais écumé tout le salon pour qu'on me dise exactement ce que c'était que le bio et en quoi les produits bio différaient des autres (autrement que par leur prix prohibitif et l'aspect bourbeux des légumes), et j'étais tombé sur plus d'un os, plus d'une définition, et plus d'un charlatan.

Petite piqure de rappel : Ceci est extrait dudit billet, "Culture, arnaque et botanique", que je vous engage à lire et ... Nous verrons que cela mérite une petite révision.

Les produits « bio », ce sont ceux qui, du moins en France, bénéficient du label Agriculture Biologique. Cela signifie qu’on peut espérer (mais un label n’est qu’une étiquette, hein…) qu’ils soient composés à 95% au moins de produits issu de l’agriculture biologique, mode de production « respectueux des équilibres naturels, de l’environnement et du bien-être animal »…

Pour faire clair, les agriculteurs biologiques s’interdisent l’usage d’engrais (autres que les engrais naturels), de pesticides et d’OGM. Je ne suis pas foncièrement contre, même si je trouve un peu ridicule d’exclure les OGM alors que les espèces animales et végétales consommées de nos jours ont déjà été sélectionnées par la main de l’homme pendant des millénaires sans qu’on y trouve à redire… Mais admettons.

(...) Bref, je ne suis pas contre éviter l’abus de produits chimiques si le naturel marche tout aussi bien, mais ça s’arrête là.

Je précise que j'ai cité la définition officielle du label Agriculture Biologique, et qu'elle est remarquablement vague pour une norme qui se donne une telle importance, supposée nous sauver de poisons, toxines, OGM et corporatistes malfaisants, menaces toutes plus inquiétantes les unes que les autres. Du coup, ce qui inquiète plus encore, c'est le nombre de gens qui brandissent la petite étiquette verte du label "AB" comme un étendard...

A la fin du salon, j'étais resté sur ma faim (sans jeu de mot) question informations. Je n'en ai pas démordu (ha ha...), j'ai fait ici et là quelques recherches... Et j'ai trouvé. Quand on cherche un peu, on glane assez vite pas mal de renseignements à se mettre sous la dent (oui, bon, j'arrête...). Lorsqu'on parle de l'agriculture biologique et de ses produits, il circule pas mal d'idées plus ou moins reçues. Les plus courantes sont les suivantes...

1) Le Bio, c'est naturel, donc c'est sain ! Ben voyons. Et le cyanure, c'est sain ? La Tuberculose, c'est sain ? La faim, les puces, les crottes ? C'est naturel, pourtant ! J'ai maintes fois parlé de cette hypocrisie... L'idée que tout ce qui est naturel est bel et bon, c'est la plus grosse énormité de notre temps. Nous avons chaque jour la preuve que ceux qui n'ont pas accès à la médecine moderne, qui combat la nature et l'exploite, meurent plus, et plus vite.

Alors, le Bio, plus sain ? Dissipons tout doute... La communauté scientifique a à présent un tant soit peu de recul sur le sujet, quand bien même il existe peu d'études bien réalisées sur des échantillons de population suffisants. Ce que l'on peut dire avec certitude, c'est qu'il n'existe AUCUNE corrélation entre manger Bio et la santé des gens. Les enfants qui mangent à la cantine ne sont pas plus malades que ceux qui mangent Bio, c'est tout !

Encore plus fort... Selon les dernières études approuvées par l'American Cancer Society, les pesticides et les produits qui sont supposés être absents des produits Bio n'ont AUCUNE, je dis bien AUCUNE incidence sur les risques ou les taux de cancer de la population. A titre de comparaison, Il a été estimé qu'une seule tasse de café vous donne, en moyenne, autant le cancer que ce que vous absorberez de pesticides sur les fruits en un an.

2) Avec le Bio, on retrouve le vrai bon goût des choses. Eh bien nous allons voir ça... L'émission de télévision satirique des prestidigitateurs Penn & Teller, intitulée Bullshit, et s'appliquant à dénoncer les hypocrisies de la société américaine, a réalisé une petite expérience en 2010. Vous dites qu'elle est subjective et sans valeur ? C'est faux. Elle a toujours plus de valeur que les anecdotes et les idées reçues des tenants de cet argument.

Sur un marché "Bio", ils ont monté un stand avec deux assiettes de tomates-cerises, puis de pommes, l'une pleine de produits Bio, l'autre non-bio. Ils ont demandé aux gens de dire quel était le produit le plus appétissant, lequel était meilleur, et enfin de dire lequel était Bio. Pour les tomates, 71% ont trouvé que le produit non-Bio avait meilleur goût et était plus appétissant... Et ont cru à un produit Bio ! Pour les pommes, un fruit plus courant encore, le score fut de... 80% !

Puis ils ont placé un morceau de banane dans deux assiettes, étiquetées respectivement "bio" et "non-bio". Après avoir goûté les deux, 9 personnes sur 10 se sont extasiées devant le goût nettement meilleur du produit dit Bio... La vérité ? Les deux morceaux étaient les deux moitiés de la MÊME banane, non-bio qui plus est ! Ceci confirme ma propre expérience : le goût du bio, c'est dans la tête que ça se passe.

3) L'agriculture Biologique est tout aussi rentable que l'autre ! Une idée séduisante qui m'avait été affirmée au salon bio. Je l'ai citée avec circonspection et avec des pincettes... Cela ne me paraissait pas si étrange, l'agriculture biologique paraissant, à les entendre, similaire à l'autre, juste plus "responsable". Eh bien, devinez quoi... Après vérification, c'est n'importe quoi. L'agriculture Bio a un rendement largement inférieur à l'autre !

Le problème est qu'il faut beaucoup plus de terrain pour produire la même quantité... Incidemment, c'est à peu près comme ça qu'on faisait au moyen-âge, et on crevait la dalle. Oh, il est vrai que nous sommes passés d'un extrême à l'autre, nous qui produisons "trop"... Mais... Les pays du Tiers-Monde ? Un grand nombre d'associations demandent pourtant la conversion totale de la planète à l'agriculture biologique.

Ces groupes comptent, ô surprise, assez peu d'agriculteurs, et beaucoup de consommateurs des pays riches. Ha. Selon le docteur Norman Borlaug (qui, incidemment, a reçu le prix Nobel pour ses travaux d'agronomie qui ont permis de sauver de la famine UN MILLIARD de gens), l'agriculture biologique ne permettrait que de nourrir 4 milliards d'humains, au mieux. Nous sommes aujourd'hui plus de 7 milliards, et ça augmente. Affaire classée.

4) Le Bio, c'est fait avec moins d'engrais... C'est à la fois vrai et faux. Et c'est surtout sans rapport avec le fait que le Bio soit ou non bon pour ce que vous avez. Plutôt que d'utiliser une petite quantité d'engrais artificiels, les agriculteurs Bio se fient à plusieurs facteurs : Des tonnes d'engrais naturels (c'est à dire de la merde pleine de germes, hein, soyons clairs), plus de surface (comme on l'a vu...), et des terres qui reposent.

Au sujet de la jachère, je me bornerai à signaler que c'est réglementé, en France, agriculture bio ou pas. Par ailleurs, dois-je rappeler que le problème (récent et encore prégnant) des nappes phréatiques polluées en Bretagne ne fut qu'en partie causé par des engrais artificiels, mais surtout par du lisier de porc parfaitement naturel, produit en excès dans la région et utilisé abusivement comme fertilisant par les paysans locaux ?

Autre chose : On détecte régulièrement autant de traces de "produits chimiques" sur les fruits bio que sur les fruits non-bio. C'est tout simplement parce qu'ils sont produits sur des terres mitoyennes, ou que ces produits se trouvent naturellement dans les sols et les engrais naturels. Mais de toute façon, quelle incidence cela a-t-il sur la santé des gens ? Eh bien, aucune, comme on l'a vu plus haut.

5)... Et avec moins de pesticides ! Cette idée reçue est complètement fausse, en revanche. Tout d'abord, les agriculteurs biologiques utilisent beaucoup plus de pesticides que les autres, en même des pesticides assez toxiques, puisqu'ils ont le devoir de n'utiliser que les pesticides naturels... Ils retardent par rapport à ce que la science a à offrir. On fait aujourd'hui des pesticides qui ont beaucoup moins d'impact sur l'environnement.

Pour éviter d'utiliser des pesticides, d'autres emploient des moyens biologiques pour se débarrasser des pucerons et des nuisibles, notamment les coccinelles... Si, si, ça se fait. C'est d'ailleurs un énorme problème écologique : La plupart des coccinelles utilisées de cette façon sont aujourd'hui en surpopulation, et une nouvelle espèce de coccinelles chinoises a même été introduite ainsi en Europe.

Cette espèce chinoise supplante la coccinelle de nos régions, qui périclite, à tel point qu'elle est aujourd'hui un danger pour la biodiversité ! C'est la meilleure, non ? En résumé, à force de se croire au temps du DDT (ça date des années soixante, ça...), les agriculteurs Bio utilisent souvent des pesticides PLUS toxiques que les synthétiques, et des méthodes PLUS dévastatrices pour les écosystèmes qu'ils chérissent tant.

6) Avec le Bio, on évite les abus comme les hormones et les OGM... Ah, ça, au moins, c'est vrai. Evidemment, quand c'est Bio, c'est contrôlé et marqué sur le paquet. Bon. Oui, mais... Quand c'est Non-Bio aussi ! Sinon, on peut ne pas vouloir manger OGM et quand même être pour. A la vérité, toute personne correctement informée et au fait de la recherche sur le sujet ne peut que se dire que la recherche sur les OGM doit continuer.

Cependant, il est probablement trop tôt pour qu'on puisse mesurer les conséquences de l'introduction des OGM dans l'agriculture, à l'heure actuelle... Quand bien même il faut reconnaître que le concept est plein de promesses. Moi, ça ne me dérange pas d'en manger, a priori... Mais chanterais-je une autre chanson dans vingt ans ? Je ne sais pas, et c'est justement ça le problème. Il y a des chances que non. Mais il y a des chances que oui, aussi.

En ce qui concerne les hormones qui ne sont pas naturellement présentes dans le lait, les normes de production veillent. Les scandales des temps passés étaient d'ailleurs un peu exagérés... Oui, il y a eu des problèmes. Mais... Si la puberté se déclenche plus tôt, globalement, c'est le cas pour tout le monde ! Cela s'explique par le fait que nous sommes mieux nourris et, d'une manière générale, plus gras qu'il y a seulement trente ans.

7) Le Bio, c'est désintéressé, ça génère moins de gros profits pour les patrons et plus pour les petits exploitants... Ahem. Je voudrais dédier ces trois paragraphes à ceux qui pensent que, pour être écologiste, il faut obligatoirement être de gauche, ou même que ça a quelque chose à y voir... A tous les fans de José Bové, du commerce équitable, et qui se demandent s'ils vont voter Besancenot ou Cohn-Bendit aux élections.

Désintéressé ? Tu parles ! L'industrie du Bio dans le monde dépassait les 20 milliards de dollars en 2009, et est en constante augmentation. L'image d'Epinal de la petite fermette familiale, coopérative, toute de nostalgie et de traçabilité, où l'on va cueillir le week-end, c'est l'exception. Un pouillème anecdotique de la production. Et en plus c'est de l'arnaque : On paie plus cher et on bosse soi-même au champ pour une récolte non garantie.

En fait, l'immense majorité des produits bio provient des grandes corporations, qui se sont vite mises au "bio" parce qu'il y avait là un marché juteux. Dean's foods, Danone, Walmart... Environ la moitié de toute la bouffe bio vient de ces géants. Et (le croiriez-vous ?) 20% des légumes bio du monde sont cultivés en Chine. Et nous savons tous de quel pays exemplaire il s'agit en matière de droits des travailleurs et de normes sanitaires...

8) Si c'est non-bio, c'est "dénaturé", donc moins nutritif. Beaucoup de gens le pensent et montrent des soi-disant études pseudo-scientifiques... L'idée : Parce que c'est plus proche de "Mère Nature", c'est forcément meilleur pour nous, qui sommes des créatures naturelles... Comme le lait maternel est meilleur pour le nourrisson que les laits en boites. Ce n'est même pas un argument, c'est de la wicca de bazar.

Et les gens qui meurent de malnutrition, vous en faites quoi ? Et pourquoi pas arrêter de stériliser les aliments avant de les manger tant qu'on y est ! Les microbes et les parasites ont le droit de vivre, après tout... Rassurez-vous, les réglementations imposent d'indiquer la valeur nutritionnelle des aliments sur le paquet, bio ou pas. En fait, il n'y aucune différence significative, dans un sens ou dans l'autre...

Ce qui signifie qu'un produit NON-bio sera tout aussi souvent PLUS nutritif qu'un produit bio que l'inverse. Selon plus de 400 études scientifiques rigoureuses de laboratoires réputés, examinées par le magazine américain libertaire Reason, la valeur nutritionnelle des aliments dits "bio" est la même que celle des autres. Le nombre d'études qui indiquent le contraire est de... Zéro, à ma connaissance.

9) Le Bio, c'est meilleur pour l'environnement et la planète. C'est un pseudo-argument qui est avancé par TOUS les lobbys écologistes. Sans mentir, c'est même dans la définition du Bio. Respectueux des "équilibres naturels", quoi que ça puisse être... Nous avons vu ce qu'il en était au sujet des pesticides et des engrais un peu plus haut. Quant à la planète, elle s'en foutrait si elle était consciente : Elle nous enterrera tous, sans aucun doute.

Quoi qu'il en soit, nombreux sont ceux qui affirment que l'agriculture biologique est meilleure pour les sols, parce qu'elle n'épuise pas la terre... Vrai ? C'est bien possible. Mais l'agriculture non-bio aussi, tant qu'elle est pratiquée de façon responsable, selon les normes établies. Du reste, comme nous l'avons vu, la jachère est aujourd'hui réglementée en France pour tous les agriculteurs, biologiques ou non. Mais il y a plus...

Nous avons déjà dit que l'agriculture biologique employait les engrais naturels, notamment bovins, en très grande quantité pour fertiliser ses larges arpents... Eh bien, saviez-vous que 18% de tous les gaz à effets de serre (qui précipitent, censément, le réchauffement climatique) proviennent du fumier et de la digestion des bovins ? Rien que les pets de vaches, c'est plus que tous les avions, toutes les voitures et tous les bus de la planète, réunis.

10) Maintenant, ça s'est bien répandu un peu partout, donc chacun peut se permettre d'être plus proche de la nature... Alors là, c'est probablement le bobard le plus immonde du lot. Le bio s'est bel et bien répandu, mais on le paie encore 50% plus cher que le reste (pour des avantages qui, nous venons de le voir, sont loin d'être définitifs) au minimum, si pas dix fois plus cher. Et on sait bien que tout a augmenté. Faites vos comptes.

Est-on vraiment plus proche de la nature quand on mange Bio ? Eh bien, c'est une notion tellement floue qu'il est impossible de répondre... Peut-on seulement s'en éloigner ? Et veut-on se rapprocher d'une nature qui prouve sans cesse et sans complexe (sans intelligence ni plan cosmique, d'ailleurs) qu'elle est cruellement indifférente à la compassion dont les humains se targuent ? C'est un faux problème, sans intérêt quoi qu'on en dise.

Le Bio, on l'a vu, c'est plus cher, ça n'a aucun avantage notable ou prouvé, et ça n'est certes pas meilleur pour l'environnement ou pour l'homme... Dans certains cas, c'est même pire. Alors pourquoi est-ce que cela fait autant recette ? La vérité c'est que le bio, quand on le montre, donne un certain cachet politique, un parfum d'engagement... "Moi, je mange bio, moi je suis plus vert, moi je suis plus pur, plus gentil, plus sain que toi..."

Plus saint que toi ?

Qu'est-ce qui ne vous vend que des promesses invérifiables basées sur la foi plutôt que les faits, habituellement ?

Après les prières chantées des hippies, les vêtements et objets spéciaux achetés à prix d'or, les réunions et les activités du genre jardinage, les dons sous forme de taxes et de contributions plus ou moins volontaires, la pression sociale toujours plus forte, l'idée que l'homme est un indigne moins que rien, les prédictions d'apocalypses du réchauffement climatique, l'utopie du monde écolo idéal, il en fallait bien un...

Le Bio, c'est l'interdit alimentaire de cette nouvelle religion qu'est la pseudo-écologie.

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