La suite de la suite... Julia Sweeney vient d'avoir une très mauvaise expérience avec la Bible (elle l'a lue, en fait, ce qu'il ne faut pas faire si on veut continuer à croire tranquillement), aussi cherche-t-elle à se raccrocher aux branches de sa foi catholique par tous les moyens qu'elle trouve...

Je suis allée dans une librairie, et j'ai vu ce bouquin intitulé "L'Histoire de Dieu", par Karen Armstrong. Karen Armstrong est une écrivaine religieuse anglaise géniale, qui a été nonne pendant sept ans avant de quitter le couvent; maintenant je crois qu'elle enseigne l'histoire religieuse dans un institut rabbinique en Angleterre... Dans mon esprit, c'est la petite Mary dans le film "le dortoir des anges", mais elle a grandi !

Karen a toutes sortes d'idées brillantes. J'ai adoré "L'Histoire de Dieu", et, dans ce livre, Karen avance un argument de poids. Elle dit que les histoires de la Bible ne sont pas vraies au sens littéral du terme... Bien sûr qu'elles ne sont pas vraies, tout le monde le sait ! (NDT : Hélas non, tout le monde ne le sait pas, et on entend bien peu de religieux et de prêtres le dire !)... Et ça n'est même pas important qu'elles ne soient pas vraies !

L'important, c'est qu'elles sont psychologiquement vraies. Et ça, ça a été une véritable révélation, pour moi. J'ai cru que j'avais enfin compris, comme si, après tant d'années, je faisais enfin partie de ceux a qui on a révélé le grand secret... "Bon sang, mais c'est bien sûr !" Ai-je pensé. C'est ça que tout le monde sait et que personne ne dit ! Ou peut-être que c'est ça que le Père Tom avait essayé de me dire avec ses histoires de mythoïde...

Une vérité psychologique ! Je me suis mise à faire les cent pas en me disant "Bien sûr ! Bien sûr !", et je me suis souvenue des nonnes qui m'enseignaient le dogme à l'école, et combien elles étaient exaspérées quand je posais trop de questions... Et maintenant, je savais ce qu'elles devaient penser ! Elles devaient penser "T'es bêtasse ou quoi ? C'est une vérité psychologique ! Tous les autres ont compris, pourtant !"

Quand je suis allé à la messe, le dimanche de pâques de cette année, j'ai cru que j'avais trouvé, enfin, une vision positive de ma foi. Je connaissais à présent la bonne façon de voir ces histoires : La précision historique n'était pas un critère, ni même le fait que des gens aient construit tant de cultures autour ! L'important, c'était que ces histoires résonnent profondément dans notre psyché... Des vérités vraies, mais psychologiquement !

Pourtant, assise sur mon banc à la messe, je me suis dit... Mais qu'est-ce que ça veut dire, au juste, "psychologiquement vrai" ?! Je veux dire... La mort de jésus et sa résurrection... La mort, la renaissance... Ok, je peux comprendre... C'est à peu près psychologiquement vrai... Mais pour les autres histoires ? Qu'en est-il de Perséphone qui s'en va au royaume d'Hadès ? C'est psychologiquement vrai aussi, ça, non ?

Et les histoires de l'Iliade ? Ou Dark Vador ? Ou les trois petits cochons ? Tout ça, c'est "psychologiquement vrai", si on va par là !

Et... Qu'est-ce qu'il y a de "psychologiquement vrai" dans la pénitence ? On nous a appris que Jésus était mort pour nos péchés, tout cela étant basé sur cette notion d'expiation, de pénitence, comme quoi quelqu'un peut payer pour les péchés de quelqu'un d'autre... Pour la première fois, après avoir été à l'église à peu près toute ma vie, j'ai contemplé l'idée que Dieu avait envoyé son fils sur Terre pour souffrir et mourir pour nos péchés.

Pourquoi ?

Non, parce que, bon, on peut certainement dire que jésus a souffert, mais il n'a pas souffert beaucoup plus que pas mal de gens... Je veux dire, j'ai des exemples dans ma famille : Mon frère Mike, qui avait un cancer; il a enduré des souffrances indicibles pendant très longtemps. Ses paupières ne pouvaient plus se fermer, ses yeux s'asséchaient, des chancres partout sur sa gorge qui l'empêchaient d'avaler...

Des semaines, puis des mois de vomissements à vous soulever le cœur, de nausées permanentes, avant même qu'il ne meure. Alors bon, ok, Jésus a souffert. Oui, il a de toute évidence souffert atrocement. Pendant un, peut-être deux jours. Quelqu'un a dit un jour "Jésus s'est tapé un week-end vraiment pourri pour nos péchés"...

J'ai pensé... Pourquoi un Dieu créerait-il les gens tellement imparfaits, si c'est pour les blâmer ensuite pour leurs propres imperfections ? Et ensuite, pourquoi enverrait-il son propre fils pour se faire torturer et exécuter (par tous ces gens imparfaits, hein) pour justement compenser toutes les imperfections de ces gens imparfaits ? Imperfections inévitables, d'ailleurs, les gens étant conçus comme ça...

Quelle idée complètement dingue !

J'ai regardé le crucifix, et, pour la première fois, au lieu de voir un symbole de transcendance et de compassion, j'ai vu une horrible méthode d'exécution ! Mais quel genre de dieu envoie son fils se faire torturer comme ça ?!

Oh.

Le Dieu de l'ancien testament, j'imagine. Oui, c'est tout à fait son genre !

J'ai regardé Jésus... En tant que simple humain, rien qu'un idéaliste passionné, certes un peu soupe-au-lait, mais qui pouvait aussi discourir, la larme à l'œil, sur le fait d'aimer son prochain; d'aider les pauvres... Et parce que ses idées étaient exprimées d'une façon si radicale, il menaçait ceux au pouvoir, qui ordonnèrent qu'il fut torturé et tué... Et la façon dont il est mort : Abasourdi, étonné que son père, Dieu, l'ait abandonné...

Son histoire est soudain devenue si tragique...

L'histoire de Jésus m'a donné envie de sortir faire campagne pour la liberté d'expression, pas de rester dans une église à le vénérer ! Catastrophée, j'ai décidé de me concentrer sur ce que j'aimais dans cette église... les vitraux sont jolis... La lumière... L'art religieux... Les chants... Pas les paroles, hein, mais la mélodie est... sympa, non ? Surtout à Noël... C'est si joli dans l'église à cette époque de l'année...

Le Père Tom m'a accostée en sortant de l'église, et il m'a dit "Joyeuses pâques, Julia"... j'ai dit "Joyeuses pâques, mon Père"... Et il a dit : "Tu sais, je pouvais voir ta tête d'enterrement depuis la chaire..." Et j'ai répondu "Je suis désolée, mon Père, mais... S'il vous plaît, aidez moi ! Je crois que ça devient impossible pour moi de croire à tout ça !"... Il m'a soudain tirée vers le stand à beignets et café...

Et il m'a dit : "Ecoute. J'ai parlé avec les autres prêtres de ta... situation..." (j'ai adoré comment il a dit "situation"... J'avais l'impression d'être en cloque à seize ans !). "Oui ?" Ai-je dit. "Ecoute" A-t-il répondu, "Nous nous débattons tous avec le doute... Mais nous en revenons tous ! Souviens-toi seulement des proverbes, 3:5 : Ne te fie pas à ta propre intelligence, mais place toute ta confiance dans le Seigneur."

"Alors Dieu nous a doués d'intelligence et de curiosité, et d'un esprit rationnel, et on n'est pas censés les utiliser ?" Ai-je demandé. Et puis le Père Tom a soupiré, comme s'il était fatigué de moi et de ma crise de foi... Et moi, j'étais tellement en colère qu'il ait employé ce proverbe en particulier, comme s'il me claquait la porte au nez ! Et puis, soudain, le Père Tom a commencé à me bénir.

C'était très gênant... Il a commencé à bouger ses mains autour de moi et à psalmodier des phrases en latin...

Non pas que ça ait été particulièrement si inhabituel, ou mal, pour une habituée des églises... C'est juste qu'à ce moment là, on aurait vraiment dit qu'il essayait de pratiquer l'exorcisme !

Après ça, je suis retourné dans l'église vide et je me suis assise, et j'ai contemplé l'autel. Vous savez, quand j'avais une dizaine d'années, les sœurs de l'école avaient fait une annonce comme quoi tous ceux que ça intéressait de devenir enfant de chœur pouvaient se présenter à Monseigneur dans le presbytère. Et j'avais pensé que moi, j'aurais aimé être enfant de chœur.

Alors Jenny Parker et moi (Jenny était ma meilleure amie) sommes allées au presbytère, et nous avons frappé à la porte, et Monseigneur a répondu, et j'ai dit "Je veux devenir enfant de chœur... Infante de chœur... personne de chœur... Enfin quoi que ce soit, on veut le faire !" Et il a répondu "Ne soyez pas ridicule !" Et il nous a claqué la porte au nez. Jenny et moi étions si en colère...

On est retourné dans l'église, et on est allé là où les sœurs nous avaient dit de ne pas aller, dans le chœur, derrière le transept... Et on savait bien que c'était sacrilège de toucher quoi que ce soit sur l'autel quand on n'est pas prêtre ou enfant de chœur... Et on a couru partout et on a tout touché ! Oui, on a touché chaque petit objet sur l'autel ! On a laissé nos microbes de filles partout sur l'autel ! Na !

En me remémorant tout ça, soudain, ça a fait comme une énorme vague... La force de tout ce que je détestais dans cette église s'est soulevée en moi... Toutes les messes pompeuses et soporifiques, la monotonie perpétuelle de la liturgie, tous ces prêtres désespérés s'escrimant à tenter de faire sortir un minuscule atome de sens d'un texte très ancien et très imparfait...

Je suis rentrée chez-moi en voiture, roulant vers l'Est sur la 10ème rue, et j'étais au bord des larmes en songeant que j'avais essayé tellement fort... Que j'avais essayé d'en apprendre plus sur mon église, et que ça n'avait fait qu'empirer les choses ! Je pensais qu'ils savaient quelque chose que j'ignorais... C'était forcé, parce que quand même, il y a toute cette immense institution fondée là-dessus !

J'ai eu l'impression que l'Eglise catholique était une vache titanesque sous laquelle je m'agrippais, à sucer un pis, essayant désespérément d'obtenir un peu du lait qu'on appelle "sens"... Et je suçais, et je suçais, et je suçais de toutes mes forces... Et d'habitude j'obtenais une demi cuillérée à café de sens, et j'étais toute contente : "Oh, une demi-cuillérée à café de sens ! Alléluia !"...

Et mon cou se sentait si épuisé, et même les muscles de mon dos commençaient à souffrir, à force...

J'ai prié Dieu... "Qu'est-ce que je vais faire ? Je ne vais pas retourner là-bas ! Oui... On peut aller se trouver une autre église, Dieu et moi, et explorer une autre voie... Mais ça, ça n'est pas la bonne voie pour moi ! Jamais je ne referai ce chemin ! Fini !"... Et puis je me suis mise à pleurer, et, comme si Dieu pleurait aussi, il s'est mis à pleuvoir. Et je pouvais presque sentir Dieu à la place du mort...

Et on roulait sur l'autoroute tous les deux, et je l'entendais presque dire "J'en pouvais plus, moi non plus, dans cette église ! Tirons-nous de là !"... Et c'est ce que nous avons fait.

Julia Sweeney va-t-elle se satisfaire d'avoir son petit dieu à elle confortablement installé à côté d'elle dans sa voiture ? Cette religion hautement personnelle lui suffira-t-elle ? Cette expérience mystique n'est-elle due qu'à la colère ? Va-t-elle continuer à chercher dieu un peu partout (ne l'ayant pas trouvé chez les cathos) pour apprendre à mieux le connaître ? Vous le saurez dans le prochain épisode...

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