Ce matin, au courrier, j’ai reçu une jolie pochette plastique (en fait elle est hideuse, mais bon, ce n’est pas ça qui compte…) de la part de l’état… Ma réaction : « Tiens, un scrutin ! Pourtant, les beaux jours ne sont pas encore arrivés, qu’est-ce à dire ?… Les régionales ? Peu importe, votons, puisqu’on nous demande notre avis. ». C’est ainsi que je me prépare à accomplir mon devoir civique.

Ce n’est pas si facile qu’on croit. Avant de sélectionner un candidat, il faut savoir pourquoi on vote. Là, ce sont les régionales. Nous élirons donc les conseillers régionaux, qui siègeront quatre ans. Nous les élisons sur liste, c'est-à-dire que nous votons pour un parti ou un groupe de partis présentant une liste de candidats, et qu’un certain nombre de ceux-ci deviendront conseillers régionaux.

Combien de ces listes seront élus ? Eh bien, c’est en fonction du nombre de voix que le parti aura eu, s’il passe le premier tour. Cela s’appelle un scrutin à la proportionnelle à prime majoritaire : Dés le premier tour, plus un parti obtient de voix, plus celui-ci aura de sièges. Il est ainsi possible (et même courant) d’avoir des conseils régionaux comportant plus d’un parti, et pas seulement le parti qui a eu la majorité des voix.

C’est un peu comme aux municipales, en fait… Un quart des sièges est réservé au parti arrivé en tête (la « prime majoritaire »), et le reste des sièges sont attribués à tous les autres partis ayant eu plus de 5% des voix. Donc, ça fait du monde… Quoi qu’il en soit, les conseillers régionaux élisent le président du conseil régional, et forment des commissions. Ces gens se réunissent pour voter le budget des différents projets de la région.

En clair, c’est un échelon de plus dans l’administration française, avec les mairies, les cantons, les départements… Un résultat de la décentralisation Mitterrandienne, avec un type de scrutin bien Mitterandien aussi, qui favorise tous les petits partis. Est-il vraiment nécessaire de voter pour ce genre de choses ? Eh bien oui, parce que c’est un des rares conseils avec un vrai pouvoir que les gens peuvent effectivement élire

Mine de rien, le niveau régional, on en entend peu parler mais c’est important. Plus important que les maires, en tout cas, qui ne font rien que prendre livraison des projets commandés par leurs prédécesseurs, et sont soumis à pas mal d’autres échelons… On dit aussi que les élections régionales, comme les élections municipales, sont un « thermomètre » pour les tendances des élections plus importantes…

En fait, ça veut juste dire que les régions sont plutôt dans l’opposition que dans la majorité, quand les gens en ont marre de leur président (ce qui est le cas TOUT LE TEMPS, pas seulement sous Nicolas Sarkozy… C’est comme ça, les gens ne sont jamais contents !). Avec un tel mode de scrutin, de tels pouvoirs qui se chevauchent avec d’autres échelons, et sans réel enjeu national, les petits partis s’en donnent à cœur joie…

Ils ont tout à gagner à faire campagne localement, parce que c’est peu cher. Ils peuvent s’allier entre eux, et proposer des idées complètement idiotes : Il y aura toujours un ou deux vieux qui voteront pour ! Donc ils se lâchent… Et j’aime bien. Pour une élection législative, par exemple, chacun donne dans le politiquement correct, et même les partis révolutionnaires ou extrémistes policent leur discours.

Là, non ! On fait dans le populisme, on courtise l’ahuri de Chaillot, on parle des petits tracas concrets qui passent pour « les grands problèmes »… On serre des louches, on tâte les bœufs, on va rencontrer des commerçants, on fait ce qui s’appelle de la « politique de proximité », ça fait plusse peuple… On l’aura compris, il ne faut pas compter sur un programme d’une élévation folle, mais plutôt sur les trente-six raisons d’Arlequin.

A preuve, la campagne des régionales, qui n’intéresse personne, est remarquablement dénuée du moindre débat, qu’il s’agisse d’un débat de fond ou même d’une petite polémique gauche-droite pour la forme… Le seul truc qui ressemble à peu près à une campagne, ce sont les diverses attaques ad hominem des uns et des autres dans les médias, et, parce que c’est toujours à la mode, quelques zoïles qui tapent sur Sarkozy.

Avec tout ça, il est bien difficile de voter… Il y a plusieurs façons. La première, c’est de refuser une campagne au ras des pâquerettes, dont les moteurs principaux sont l’élimination des crottes de chiens ou le ras-le-bol des usagers du métro, et donc de voter blanc (ou de ne pas voter, puisqu’en France, c’est HELAS la même chose). La seconde, c’est de voter pour son parti favori, en dépit des candidats ou des programmes.

La troisième, c’est d’étudier avec attention les petites professions de foi de chaque liste, malgré le fait qu’elles soient toutes ennuyeuses et d’aspect aussi inamical qu’un spam dans une boite e-mail… Ensuite, en fonction des idées qui nous ont plu, ou tout au moins pas déplu, et des problèmes qui nous touchent (si vous êtes un beauf ou une midinette), on peut voter en conscience pour les plus jolies promesses en l’air.

Autant, pour la présidentielle, on pouvait se dire qu’il fallait éviter les petits partis sans aucun espoir d’élection, autant, là, il est fort possible que la plupart des partis aient des sièges : Tous ceux qui ont plus de 5% en auront un au minimum. C’est aussi pour ça qu’il faut aller voter : La plupart des partis à profiter de ce genre de scrutin, ce sont les extrémistes et les dingues de tous poils, dont les militants vont voter en masse !

Pour vous aider et stimuler un peu votre fibre civique (j’ai horreur du mot « citoyen » en tant qu’adjectif, cet espèce de lieu commun ridicule de la novlangue publicitaire qui ne veut strictement plus rien dire tant il masque l’absence totale de contenu), voici une petite présentation des différents partis pour lesquels MOI j’ai le droit de voter (parce que je vote dans la région Ile-de-France)…

Sans ordre particulier :

Debout La République, le parti avec la liste de Nicolas Ducon Feignant… Pardon, Dupont-Aignan, le blondinet avec sa tête de premier de la classe qui dit s’il vous plaît et merci. Une liste 100% indépendante, parce qu’elle pue tellement que personne ne veut s’allier avec eux. C’est un parti qui écume les maisons de retraites et mise à fond sur des mesures pour petits vieux (accession à la propriété pour tous, plus de bus en banlieue, couvre feu pour ces sales jeunes qui empêchent les vieux de dormir…).

Le PS et les partis associés soutiennent la liste de Jean-Paul Huchon, cette colossale enflure hypocrite. Leur seul programme est d’opposer directement la politique du gouvernement, comme ils l’ont toujours fait (eh oui, les régions peuvent mettre beaucoup de mauvaise volonté dans l’application des lois, ce qui ne facilite pas les réformes !). L’argument principal est qu’ils ont créé des bus et des tramways, donc qu’ils ont fait plus en cinq ans que le gouvernement en trente ans… Mais les députés ont autre chose à faire que des trams, non ?

L’Alliance Ecologiste Indépendante, liste « écologiste et démocrate » soutenue par Antoine Waechter, a écrit un pamphlet tout suintant de « buzzwords » à la mode… Respect, alternative, solidaire, citoyen, qualité de vie, « le changement est possible ensemble et maintenant »… Ils misent bien entendu sur l’environnement, mais souhaitent aussi « dépasser le clivage gauche-droite ». En fait, ils sont clairement à gauche : logements pour les mal-logés, relocalisations, écologie bien-pensante du genre covoiturage… Rien d’applicable, quoi.

Le NPA de Besancenot réunit tous les imbéciles de gauche et pas mal de mécontents face à Nicolas Sarkozy. Leur tract est écrit façon prolo-moche, dans un français incorrect… Ils écrivent explicitement que voter pour eux, c’est un vote de sanction pour les grands partis, plus que juste un vote pour leurs idées ! Leur programme, indigent, ne donne rien de concret, à part, comme d’habitude chez les communistes révolutionnaires, une augmentation imposée de tous les salaires et une interdiction des licenciements, et autres stupidités de la même eau.

Une coalition de partis de droite, la galaxie UMP, mise sur la liste de Valérie Pécresse, désespérément guindée, et sur les électeurs d’Ile de France qui en ont assez des mesures vaguement écologistes prises par les élus socialistes au pouvoir depuis longtemps. C'est mal parti, donc...  C'est limité, un programme qui ne prône que les crèches et la vidéo-surveillance… Sinon, à part les mesures que tous proposent (logements, écologie…), il y a bien peu de choses… Pas d’idées, pas de charisme, et même pas la popularité du nain de l'Elysée pour se cacher derrière. Affligeant.

Alain Dolium mène la liste du MoDem et de deux partis écologistes (il y en a tant…), liste orange d’un parti jadis grand et devenu trop petit, proposant moult mesures écologiques stupides, comme un Label Ile de France pour l’agriculture (dans la région de Paris, c’est follement utile…) ou aménager en réserve naturelle les quais de Seine (déjà pollués…). A part ça, comme tout le monde, ils promettent des places en crèche, des services de proximité, de meilleurs transports en commun... Une liste potiche comme on en fait peu !

Le traditionnel « Travailleuses, travailleurs » reste l’apanage de Lutte Ouvrière, le parti hanté par le fantôme d’Arlette Laguiller (qui a pris sa retraite, quand même). Un tract avec beaucoup de texte difficile à lire et mal mis en page, une seule photo moche d’un type qui a la gueule de l’employé du mois (le candidat, ouvrier de l’automobile). C’est, surtout, exactement comme le NPA, mais ça fait moins jeune, il y a moins de buzzwords, c’est moins strictement anti-Sarko et plus strictement anti tout… Droite, gauche, centre…

Le tract du Front National est à lui seul la raison pour laquelle j’aime les régionales (avec peut-être la Liste Chrétienne) ! Il est si délicieusement xénophobe, il va tellement au bout de ses idées infectes… Vigiles dans les lycées, tout sécuritaire, préférence nationale, fin du « favoritisme » envers les « clandestins », le nouveau nom pour les éternels zétranjés… Au fait, depuis quand les clandestins sont favorisés en France ? Ce serait plutôt l’inverse… Je n’ose pas imaginer ce que doit être le traitement égalitaire si c’est ça qu’ils appellent favoritisme.

Le PCF est  tombé bien bas : Devenu un des sept partis minoritaires derrière le Front de Gauche, avec Les Alternatifs et le MPEP (dont personne n’a jamais entendu parler), ils soutiennent tous la liste de Pierre Laurent, illustre inconnu. C’est la gauche minime, le communisme « sortable » (non révolutionnaire, quoi). Eux aussi mangent au râtelier de l’écologie et du « citoyen », et proposent une énième « alternative » à un parti socialiste qui déçoit, face au gouvernement. Permettez que j’étouffe un bâillement…

Europe Ecologie semble le parti écologique le mieux placé pour avoir pas mal de voix. Il faut dire que c’est le parti du Name-Dropping ! José Bové, Daniel Cohn-Bendit, Augustin Legrand (président des « enfants de Don Quichotte »), Dominique Voynet, Emmanuelle Cosse (ancienne présidente d’Act-Up), Stéphane Hessel (résistant et co-rédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, connaît Jimmy Carter, etc.), et j’en passe. Aucun ne ceux-là n’est sur la liste, cela dit. Le programme ? Rien, juste mettre de la verdure partout à Paris.

Enfin, j’ai gardé le meilleur pour la fin… A ces élections, il y a une Liste Chrétienne ! Ils s’affirment résolument ni de droite, ni de gauche, ni du centre, mais suivent les principes de la « charité politique ». En fait, il s’agit du conservatisme poujadiste et populiste le plus pur (commerces de proximité, valeurs familiales, aide aux parents…) allié aux valeurs chrétiennes que nous aimons tant (anti-avortement, « aide psychologique » aux futures mères « en difficulté », anti-laïcisation…) le tout habillé de mots comme paix, justice et foi…

Voilà. C’est pas mignon ?

Et dans tout ça, comme par hasard, aucun parti qui prône la comptabilisation des votes blancs par rapport aux abstentions. Il est vrai que, dés lors que l’on comptabilise ces votes, les gens n’ont plus besoin du vote de sanction si cher aux petits partis et à l’opposition, et ceux qui sont dégoûtés et ne vont pas voter ne sont pas comptabilisés, donnant plus d’importance aux militants de tous les bords, qui, eux, votent !

Je trouve cela injuste et dégoûtant. Evidemment, je vais donc voter, parce que je n’ai pas d’autre choix… Ceux qui me connaissent savent pour quelles idées je penche, et je ne vous exposerai pas quelle liste je soutiendrai, parce que je n’ai pas pour habitude de faire campagne (même si je n’hésite pas à descendre les uns et les autres). Qu’il vous suffise de savoir que, même dégoûté, je vais voter, et que vous devriez en faire autant.

Politique_par_Platon