samedi 31 octobre 2009
Ah, si j'étais quiche...
Le 28 mai 2006, un petit billet sur les stéréotypes de l’homosexualité…Et prophétique, avec ça, parce que, comme je l’avais dit, les tests et conseils « sexo » sont de plus en plus olé-olé. Sinon, vous aviez vu, à cette époque, "Ah, si j'étais riche", le film avec Daroussin ? C'était sorti il y a longtemps... Quelle daube ! Comme toute la carrière dudit Daroussin, d'ailleurs.
Il m'aura servi à faire le jeu de mots du titre, c'est tout... Mais bon, passons.
Un magazine récent (le numéro 1 est sorti le bimestre dernier, vous reconnaîtrez aisément le titre si vous êtes du milieu gay) publie deux interviews presque en forme de portraits chinois, chacune d'une personnalité hétérosexuelle ou homosexuelle, sur le thème "Si j'étais gay", et "Si j'étais hétéro". Ils comptent d'ailleurs en faire une rubrique récurrente, voire régulière, voire présente à chaque numéro.
Moi je trouve ça amusant. Complètement superficiel, débile à souhait, mais bon, marrant. On conçoit que le comportement d'une personne puisse être changé par son orientation sexuelle, mais au fond, comment savoir de quelle manière ? A la limite, si on va vraiment au delà des stéréotypes, pourquoi la moindre once de personnalité changerait-elle ? Puisque l'homosexualité n'est pas un choix, c'est de toute façon un faux problème.
C'est à ranger dans la catégorie "articles légers car superficiels, mais lourds pour la même raison". Cela permet de voir combien les gays comme les hétéros sont influencés par les stéréotypes, à commencer par les journalistes (qui, même s'ils font ça pour se moquer, posent quand même la question "Si tu étais hétéro, devant quel sport choisirais-tu de roter en buvant de la bière ?", et oublient d'avoir le même mordant pour les "si tu étais gay"...).
Et puis tant qu'à faire, si on commence avec "si vous étiez un homme", ou "une femme", ou "gay", on peut continuer longtemps dans la série du portrait chinois tendance. Si vous étiez bobo, si vous étiez juif, si vous étiez journaliste à Chronic’art ou Nova magazine... Pourquoi juste les gays ? A la limite, bientôt, les magazines les plus sexe feront dans le "Etes-vous fist ou fessée ?" ou "Si vous étiez zoophile ?"... Charmant.
Bon, moi, si j'étais gay, je pense que je serais mince (parce que j'aurais le courage de suivre un régime), que je m'habillerais en rose, que je ferais la gay-pride, que je me raserai les jambes (ya du boulot...) pour me travestir histoire de rigoler, que je mangerais bio, que j'écouterais de la techno et... Ha, merde, c'est vrai, je suis gay et je suis petit, enveloppé, poilu, j’écoute de rock indépendant et j'ai jamais fait la gay-pride... Tant pis.
Enfin, si vous voulez vous marrer un peu, écoutez plutôt la chanson "If I were gay", de Steven Lynch.
vendredi 30 octobre 2009
Démiurge et pine de cheval !
Voici un long billet sur les superhéros, plus philosophique qu’on pourrait le penser au premier abord, e qui fut publié le 25 mai 2006… Il part de la question « quel superpouvoir aimeriez-vous avoir ? », A peu de choses près le même problème que celui des trois souhaits. C’était dans l’air du temps, cette bouse innommable de X-Men III venait de sortir. Le blog du Loupil (et même ses deux blogs) sont toujours dans les liens à droite.
Depuis, il y a eu le film Watchmen, Iron Man aussi (très bien, tout ça…) et bien sûr Hancock et X-Men origins : Wolverine (Beuuuurk…). C’est toujours à la mode, je ne vous raconte pas. Les superhéros font tellement recette que c’est devenu un genre à part entière, et que ce qui n’était qu’un pan de la culture geek de quelques aficionados devient aujourd’hui mainstream… Enfin, de façon superficielle.
Sur le Blog du Loupil (c'est pas loin et c'est sympa, n'hésitez pas à y aller), ce dernier vient de poser la question qui tue, celle qui engendre la rêverie pratiquement à coup sûr (du moins chez la jeune génération) : Qu'est-ce que vous aimeriez avoir comme superpouvoir ? Nous parlons ici de n'importe quel pouvoir, quelle que soit la justification que vous pourriez (ou non) lui trouver. Autant dire, le coup du génie avec un souhait.
Prêtons-nous au jeu. D'aucuns pourraient demander d'avoir tous les pouvoirs, mais c'est un peu facile. Les grands classiques, comme le dit notre hybride ami le Loupil, restent l'invisibilité et la furtivité : qui n'a pas rêvé de surprendre les petits secrets de tout un chacun, depuis les conversations indiscrètes du Pape ou de votre secrétaire, jusqu'à la taille de la bite du grand black à l'autre bout des urinoirs dans les toilettes publiques ?
Bon, en général, ni l'un ni l'autre ne me tentent quand je suis aux toilettes. Ailleurs, je ne dis pas... Mais passons. Puisqu'on est dans la furtivité et les messes basses, lire dans les pensées est aussi un grand classique. Le problème c'est que ce qu'on risque de lire pourrait décevoir, ou ne pas être joli-joli. En règle générale, tous les pouvoirs liés au savoir et à la perception "absolue" sont dans le même cas.
C'est comme la divination : à tout prévoir, on n'a plus aucune surprise, et la vie devient ennuyeuse. Et puis c'est terrible d'être toujours celui qui annonce les mauvaises nouvelles sans pouvoir les éviter. De même, il y a de fortes chances pour qu'un type comme Flash, hyper-rapide, soit aussi éjaculateur précoce. Comme disait Jean Cocteau, les pouvoirs "ont les qualités de leurs défauts et les défauts de leurs qualités".
Tout comme pour les lasers qui sortent des yeux, les boules de feu et toutes ces conneries (je dis conneries parce que je n'ai pas de velléités offensives, moi, mais d'autres pourquoi pas). Si vous n'êtes pas immunisé vous-même ou que vous ne pouvez rien contrôler, vous êtes un petit peu emmerdé. Et puis ça ne va pas beaucoup vous servir dans la vie : Arme vivante, c'est nul comme vie, demandez aux ex-djihadistes.
En vrac, on a la téléportation (fini les voyages chiants et les retards), la résistance à des tas de trucs (maladies, poisons, radiations, moules pourries, art contemporain...) ou carrément l'invulnérabilité, bien pratique si vous pensez être en danger de mort. On a l'immortalité et/ou l'éternelle jeunesse, toujours très populaires, mais êtes-vous sûr de vouloir tout voir s'étioler autour de vous sans pouvoir rien faire ?
Un autre truc très courant c'est de vouloir voler. Mais tout dépend comment : avec de grandes ailes pas pratiques ? Oui, ça a l'air cool, mais si on est réaliste deux secondes, ça marche pas à moins d'avoir des os creux et une envergure d'une dizaine de mètres... Et il y a toutes ces histoires de température et de pression. Mais admettons, c'est magique. Ou alors ça peut marcher comme pour Superman ou Peter Pan.
Un bon moyen de voler c'est de savoir léviter, et par extension de pouvoir faire voler des trucs, donc de pouvoir les faire bouger à distance... Autrement dit, la télékinésie, à réserver à ceux qui veulent faire carrière comme fakir de music hall. On tombe facilement dans l'excès du lot télékinésie, perception extrasensorielle et contrôle mental, aussi appelé "kit du Jedi". Je trouve ça parfaitement immoral, même si c'est un pouvoir cool.
Entre parenthèses, juste comme ça, vous avez dans un coin les Siths, des gens qui font confiance au système, qui sont en phase avec leurs émotions négatives (ce qui est psychologiquement plus sain que de les refouler comme ces culs-serrés de Maîtres Jedis). Ils sont peu nombreux, et n'utilisent jamais le contrôle mental, même pour leurs intrigues politiques : Non, ils font des éclairs, ça se voit, donc on les persécute, forcément.
Dans l'autre camp, vous avez la police des Jedis. Ils sont les seuls à avoir le droit officiel de porter les sabres lasers, ils peuvent faire ce qu'ils veulent et on les craint, ils ont visiblement une organisation quasi-militaire parallèle au gouvernement, ils embrigadent les jeunes dans une espèce de religion fanatique de la Force, et ce sont les seuls qui se servent de leur pouvoir de contrôle mental... Des diplomates musclés. Qui sont les gentils, déjà ?
Les Siths persécutés qui veulent avoir le droit de faire leurs petites affaires sont dangereux, car expéditifs et excessifs. Soit. Mais qu'est-ce qui donne plus qu'à eux le droit aux Jedis de se proclamer autorité fachoïde suprême ? Le fait qu'ils suivent leur super-gourou verdâtre et parlent d'amour ? Qu'ils se frustrent sexuellement ? Qu'ils se considèrent comme "plus pur et plus saint que toi, pétasse" ? On s'est compris, fin de parenthèse.
Pour beaucoup de gens, avoir un pouvoir n'a pas besoin d'être spectaculaire ou si surnaturel que ça. Ils se contentent d'une augmentation d'une capacité ou d'un talent. Oh, ça peut être génial, ça leur permettrait d'être le meilleur quelque part... Pas juste excellent, mais le meilleur. En général, comme chez le Loupil, c'est général, justement : super cervelle. Ou force. Ou agilité, souplesse, mémoire, dextérité, cuisine, chant...
C'est sûr que ça résout le problème du spectaculaire, surtout si le pouvoir que vous voulez c'est "toujours réussir les arrangements floraux" ou "sens de la mode infaillible", ou "savoir super bien écrire de poèmes". Encore que, si c'est vraiment bon, ça se monnaie, et vous devenez vite célèbre. Mais honnêtement, ce serait juste histoire de ne pas avoir à vous crever le cul pour grimper au sommet vous-même, non ?
Après vous avez une série de pouvoirs très divers, mais qui, comme qui dirait, foutent la merde. Mais vraiment la merde. Je m'explique. Un petit con qui, de temps en temps, dézingue une voiture avec ses yeux lasers, il est facile de s'en occuper. Un type qui peut se rendre invisible, c'est agaçant, mais ça ne mange pas de pain et c'est discret. Mais un type qui guérit par imposition des mains, ça, ça fout la méga-merde.
Ne faites pas l'innocent, vous y avez pensé. Je parie que vous aviez même imaginé que ce serait altruiste et que vous ne feriez pas payer les guérisons miraculeuses. Imaginez, un peu de pub et vous vous retrouvez avec un nouveau messie sur les bras, les religions du monde sur les dents ou se le disputant, plein de jaloux qui cherchent à le tuer (pour le coup, vous auriez aimé pouvoir prendre l'invulnérabilité avec, hein ?).
Même en admettant que vous ne soyez pas le seul dans ce cas, ça déstabilise. A moins que, soudain, tout le monde se mette à pouvoir faire ça comme rien, mais alors ce n'est plus un superpouvoir. L'intérêt, le sens même d'un tel pouvoir, c'est que personne d'autre ne peut faire ce que vous faites, ou au moins pas le commun des mortels. A ce compte là, tout pouvoir un peu utile est monnayable, d'ailleurs.
Même si vous n'avez pas un pouvoir a priori utile, comme "faire apparaître un cube de trois mètres de côté de rillettes du Mans avariées", eh bien ça l'est quand même. Par exemple, vous pouvez prendre le monde en otage et le remplir de rillettes avariées. Les faire sécher et vous en servir comme combustible, car c'est une énergie renouvelable (vous en créez à volonté)... Tout peut être utile, en forçant un peu.
Il y a toujours un moyen d'utiliser une capacité extraordinaire, même a priori minable, à bon escient. Même si nous vivons dans un monde ou c'est la taille qui compte (eh oui, ne le nions pas, même si ça ne compte que dans l'esprit des gens, ça compte vraiment), la façon de s'en servir fait pas mal de choses. A partir du moment où vous faites quelque chose de plus que les autres, c'est gagné. Quand on a un pouvoir, on a LE pouvoir.
Philosophiquement parlant, à partir du moment où l'on fait quelque chose de plus, où l'on a quelque chose de mieux à proposer que le commun des mortels, on a un ascendant dessus. Qu'on l'utilise pour le bien ou le mal n'a aucun rapport, c'est une question de "je peux le faire et pas toi". Qu'on monnaye une capacité, qu'on en fasse cadeau gentiment en échange de reconnaissance, ou qu'on ait le pouvoir de contraindre, c'est pareil.
Mais je digresse... Pas tant que ça en fait, puisqu'un autre pouvoir fouteur de merde c'est celui de faire apparaître des trucs. Peu importe quoi, surtout si vous pouvez faire apparaître ce que vous voulez, alors là rien ne va plus... Que ce soit une création permanente ou temporaire, une transformation de quelque chose d'existant, même si ce n'est pas complexe, on touche carrément au divin, au démiurge.
Pareil avec la désintégration. Vous imaginez l'impact sur l'économie si ne serait-ce qu'une seule personne (que tous les pays vont s'arracher, au passage...) pouvait produire du pétrole à volonté ? Ou de l'uranium ? Ou éliminer non seulement les déchets nucléaires en les transformant en glace à la fraise, mais aussi les gaz à effets de serre ? Changer le plomb en or et les caramels mous en diamants ? Désintégrer les missiles ?
Et une fois maître de la matière, l'énergie, le temps et l'espace ne sont pas loin. Vous avez un bel exemple de ce qu'un tel personnage peut donner dans l'excellente BD Watchmen, recommandée dans ma liste sur les obligatoires de la SF (ci-dessous, allez, un effort !). Sa simple présence, qui éclipse les autres héros, change l'histoire du monde. Il s'agit de l'ineptement nommé (selon ses propres dires) Docteur Manhattan.
Un tel être est encore plus obscènement puissant que Superman. Mais le plus drôle c'est qu'un être tel que le Docteur Manhattan devrait être extrêmement courant chez les superhéros, lorsqu'on réfléchit aux principes physiques impossibles des pouvoirs des uns et des autres. Qu'est-ce qu'il faut pour désintégrer ? Soit augmenter d'un coup la température, soit annuler les forces faibles entre atomes, soit écarter les molécules.
Trois choses que savent faire, en théorie du moins et si leurs pouvoirs n'étaient pas stupidement limités, la plupart des héros qui contrôlent le feu (Pyro, Carrie...), le froid (donc l'augmentation et la diminution de température, voir Iceman), les champs de force (Madame Fantastique), les champs magnétiques (Magnéto), la télékinésie (Jean Grey et compagnie), et j'en passe... Il doit y avoir d'autres moyens.
Qu'est-ce qui empêche quelqu'un capable de transformer la matière à volonté, faisant foin des limitations arbitraires et artificielles du style "ne marche que sur (...)", d'apprendre à le faire de mieux en mieux et à distance, puis de se recréer parfaitement avec tous ses souvenirs à un autre endroit du monde et de transformer le premier corps en air, se téléportant ou créant des clones à volonté ? Et pas que lui-même.
De même, le type qui peut se téléporter, en examinant le comment de son pouvoir, peut éventuellement le contrôler pour téléporter les autres, ou les désintégrer (il suffit de ne pas les faire réapparaître, par exemple), ou créer de nouvelles choses, et de là avoir tous les autres pouvoirs qu'il veut (créer des boules de feu, transformer les gens, cesser de vieillir...). Si on pousse assez loin, tout pouvoir un peu basique permet... TOUT.
Autre pouvoir fouteur de merde, tout pouvoir un tant soit peu absolu. Prévoir l'avenir, on l'a déjà dit, c'est terrifiant. Lire dans les pensées c'est déjà horrible, mais savoir la Vérité, c'est pire que tout. En admettant que ce soit possible, la Vérité Absolue serait à la fois pratique et une tricherie sans nom. Un tel être saurait tout, potentiellement : il suffit de poser la bonne question en la formulant de façon à ce qu'il puisse dire vrai ou faux !
Je ne sais pas si je suis clair, mais ma thèse est toute simple : Si vous voulez rester dans votre coin sans changer le monde, n'ayez pas de pouvoir. Si vous voulez changer les choses ou être reconnu (ou payé), vous n'avez pas nécessairement besoin d'un pouvoir spécial, il suffit d'être bon dans ce que vous faites, et votre souhait revient à un "Ah si j'avais du talent" ou "Ah si j'étais riche". Tout ça ne va pas loin.
Si vous voulez être le nouveau messie (quel orgueil, mais bon, admettons, c'est tentant), vous pouvez prendre n'importe quel pouvoir, même minable, ça n'a aucune importance : poussé au maximum, il fait son petit effet. Plus il est basique, et plus il équivaut à avoir, de fait, tous les pouvoir. Vous voyez, on y revient.
Donc à ce compte-là, prenez un truc qui permet de réaliser un fantasme personnel, tant qu'à faire.
Ce n'est pas réellement un pouvoir mais plutôt un moyen ou un état, mais lire tous les livres du monde, ou pouvoir tout manger sans s'empoisonner ou grossir, pouvoir s'adonner sans fin à l'excès de n'importe quel plaisir, voilà qui reste tentant et qui semble à première vue dépourvu de conséquences majeures. Sauf que non, ça revient à souhaiter l'invulnérabilité, l'immortalité ou un autre pouvoir "messianique".
Peu importe ce que vous choisissez, ce qu'il y a de drôle, ce n'est pas ce que vous ferez avec votre pouvoir : vous vous lasserez vite, ou vous habituerez à ce nouveau jouet. Non, ce sont les conséquences que ce pouvoir aura sur le monde qui permettent des spéculations sans fin ! S'il n'y a pas de conséquences, ou qu'on s'interdit d'y penser, comme dans la plupart des comics, ou qu'on n'est pas enclin à se les imaginer, c'est trop rapide, trop facile… Pas amusant.
Personnellement, et pour répondre à la question, j'adoooore le pouvoir. Alors si je voulais un pouvoir sans trop de conséquences, j'aimerais avoir quelque chose de visible, comme un corps de rêve et une bite de cheval. Et si j'avais à choisir dans les GROS pouvoirs, alors pourquoi me faire chier ? Démiurge, ça me va bien. Modeler le monde, même juste les objets, même de façon limitée, si c'est à ma convenance, ça, c'est intéressant.
Quitte à choisir, ya pas de raison. Et le premier qui sort que ça en dit long sur mes problèmes de contrôle, je le claque.
mercredi 28 octobre 2009
Everything's so fucking green !
Le 23 mai 2006, un billet sur la glace verte. Et NON, il ne s’agit pas de glace à la pistache.
Cela fait bien longtemps que je n'ai pas proposé de petit exposé didactique dans ce Blog. Je suis certain que mes lecteurs (du moins ceux que j'aime bien) ne sont pas hommes (ou femmes) à refuser d'apprendre quelque chose, et ils me pardonneront si le sujet ne les passionne pas ou s'ils en savent déjà plus que moi. Et puis j'aime bien faire mon intéressant, et il est bon de faire de temps à autre une petite leçon de choses.
Aujourd'hui, dans la série "Le professeur Elromanozo a toujours quelque chose à dire", notre causerie traitera de la couleur des icebergs. Les icebergs (littéralement "montagnes de glace") se détachent des calottes glacières lorsque l'érosion des vagues et des vents les arrache, les calottes glacières regelant progressivement de façon (ordinairement) constante. Leur taille est colossale, mais seul 12% de leur volume environ dépasse de l'eau.
La plupart des icebergs reflètent la couleur de l'eau, du ciel et de la lumière alentours en des nuances de bleu, de blanc, et parfois même de rose ou de jaune. La plupart des scientifiques pensent depuis longtemps que certaines couleurs, notamment les couleurs chaudes, sont dues à la présence de traces d'éléments chimiques dans la glace (cuivre, zinc, fer...). On sait aussi qu'une glace très bleue est en fait très dense, et renvoie simplement la lumière.
On a vu des icebergs gris très sombres, parfois bruns ou presque noirs, contenant des graviers entiers et des morceaux de terre ou de roche. En toute logique, il devrait y avoir peu de glace verte, et cette glace devrait être assez claire, si l'on se fie à ces théories. Toutefois, nombre de marins et de scientifiques rapportent avoir vu des icebergs allant jusqu'à un joli vert bouteille translucide, surtout issus du glacier Amery en antarctique.
Il semble que ce soit là leur couleur propre, puisqu'ils restent verts alors que les conditions de lumière et de climat changent et que les autres icebergs alentours reflètent ces changements. Pour découvrir pourquoi ces blocs de glace gardaient une telle couleur, il a fallu faire des carottages dans ces icebergs ainsi que dans plusieurs endroits de la calotte glaciaire antarctique, et dans la banquise (glace sans terre en dessous).
La banquise est constituée de plusieurs couches : la plus basse est constituée de glace compacte et sans bulles d'air (donc très translucide). Il s'agit de glace formée à partir d'eau de mer, désalinisée par le processus de glaciation. La couche supérieure de la banquise est constituée de glace faite de neige compactée, emprisonnant des bulles d'air et parfois des sédiments, plus épaisse et plus lourde.
En forant les icebergs verts, on a découvert que leur partie émergée (au dessus) était de la même composition que la partie inférieure de la banquise, et présentait en outre des traces d'érosion par la mer, alors qu'il s'agit de la partie émergée de l'iceberg. L'explication est simple : lorsque l'iceberg est arraché à la banquise, il n'est pas rare qu'il se retourne sur lui même, du fait des densités différentes des couches de glace.
Mais pourquoi sont-ils verts ? C'est bien simple. La glace sous la banquise, celle qui apparaît au dessus chez ces icebergs, est formée en couches successives d'eau de mer qui gèle au contact de la glace. Ces plaquettes s'agglomèrent et emprisonnent entre elles des couches de microorganismes, de phytoplancton (plancton végétal) plus ou moins en décomposition, ou qui meurent en se faisant congeler.
Ces créatures microscopiques sont, dans cette région, chlorophylliennes, et contiennent donc des pigments verts. Ce sont ces sédiments, et non pas du phytoplancton vivant ou de grandes concentrations de minéraux ni un jeu de lumière, qui donnent leur jolie couleur à ces icebergs... Du moins c'est ce que suggèrent les observations, mais tout ceci est encore sujet à controverse. Si ça se trouve on découvrira autre chose bientôt.
A ceux que cela intéresserait, renseignez-vous en lisant les travaux de J. Kipfstuhl, notamment, effectués dans les années 90, mais aussi ceux de G. Dieckmann. Vous n'aurez aucun mal à trouver des informations sur Internet en ce qui concerne la glaciologie, la biologie polaire et les calottes glaciaires, c'est un sujet très à la mode depuis qu'on a réalisé qu'elles étaient en train de fondre et que c'était mal.
mardi 27 octobre 2009
Cas saoulé !
J’étais allé à Toulouse pour affaires, et je me devais d’écrire un billet sur ce hideux tas de boue… Ce que j’ai fait le 22 mai 2006. Vraiment, quelle horreur… A peine une ou deux librairies potables, que des beaufs. J’ai appris par la suite qu’il y avait de nombreux escorts gays dans cette ville… Est-ce que ce genre de vice suffit pour en faire une ville pro-gay ?
Personnellement, j’en doute, leurs clients étant principalement les homos refoulés, anti-milieu, provinciaux, qui paient ce genre d’hommes pour ne pas que leur femme apprenne leurs frasques. Et je ne parle même pas des négligences mises au jour en ce qui concerne la fameuse catastrophe de l’usine AZF… Plus j’en apprends sur Toulouse et la mentalité de ses habitants, et moins j’aime cette ville.
J'étais il y a peu dans la ville de Toulouse pour affaires. C'est une agglomération très particulière. Vue de haut, la ville rose est effectivement... Rose. C'est à dire couleur de tuiles. Vue de dedans, c'est juste rouge sale. Mais je suppose que la "ville rouge sale" ça sonnait moins bien. Parlons du centre-ville, puisqu'il s'agit à peu près de la seule chose visuellement potable dans toute cette zone.
La "vieille ville" de Toulouse n'a que peu d'immeubles vraiment charmants ou anciens. La plupart ne datent que du XIXe siècle, ce qui, je suppose les qualifierait de vieux pour les touristes américains. Les plus notables sont évidemment en briques rouges, comme pratiquement toute la ville, et sont inexplicablement crasseux. C'est paraît-il un trait commun à de nombreuses villes du Sud, mais j'ai constaté que ce n'était pas vrai partout. Ici oui.
Cette vieille ville, ce centre culturel autour du capitole, fait environ cinq ou six de pâtés de maison de diamètre, à la louche et en étant gentil. Parmi les nombreuses boutiques touristiques et des arcades en brique rouge (on a parfois l'impression de se trouver dans une usine, à la longue...) trône la place du capitole. Elle sert à organiser des événements de renommée mondiale comme la fête du poulet (youpi…), et s'orne d'une croix du Sud.
Pour une raison inexplicable en notre république laïque et non superstitieuse, cette grande croix d'Occitanie s'orne des douze signes du zodiaque, stylisés, le tout en bronze. Devant, il y a le Capitole, grand bâtiment (en briques rouges, oui...) qui se prend pour un palais néo-classique. Il possède en effet huit colonnes en marbre rose, qu'il arbore comme des flammes ringardes peintes à l'aérographe sur le capot d'une vieille Simca customisée...
La mention "Capitolium", souvenir des anciens dirigeants de la ville, les capitouls (ou plutôt, souvenir du XIXe siècle et d'un temps de fierté nationale où l'on se souvenait de travers d'un Moyen-âge idéalisé pour essayer de se rendre fier de sa région) orne cette mairie glorifiée alors qu'elle n'a plus lieu d'être. Maison d'arrêt, églises toutes de briques et cathédrale rouge méritent à peine une mention similaire.
Autour de ce bastion de culture du pauvre se massent des rues de plus en plus modernes et sales au fur et à mesure qu'on s'éloigne du centre. Toujours avec le même thème "briques rouges" sans élégance si cher au cœur des Toulousains, on accumule les immeubles peu gracieux des années cinquante, soixante, soixante-dix, tous plus hideux les uns que les autres, et toujours plus assombris par la saleté omniprésente.
Le boulevard Jean Jaurès (oui, il y en a toujours un) qui mène à la gare, par exemple, est un fleuron de l'architecture socialisante des pays de l'est, orné d'immondes Sofitels et Novotels pour le rendre un peu plus moderne, et de magasins pouilleux. Encore plus loin autour, les autoroutes et les HLM laissent place à des centres de recherches, zones industrielles, et d'immenses campus universitaires de béton sale.
L'aéroport, du doux nom de la ville dans laquelle il est sis, défigure encore plus le riant paysage de la région dans le but de contenir un misérable Colombus Café et un marchand de journaux, qui vend aussi des mauvais produits régionaux en boites. Quant aux toulousains, ce sont des gens du Sud (avé l'assent parfois incompréhensible) aimables mais pas gentils (syndrome du citadin) et surtout assez laids (moustache, calvitie et bourrelets).
Quant à la légendaire cuisine toulousaine, elle se perd, et les gargotes sont plus nombreuses que les restaurants familiaux... Les seules personnes relativement potables que j'ai rencontrées dans le peu de temps que j'ai passé dans cette ville étaient des touristes ou des visiteurs, comme moi. Je suppose que tout ceci peut paraître pittoresque et charmant, surtout si on aime la brique, mais je trouve cela quelconque au point de choquer.
En conclusion de ce descriptif catégorique, je ne dirais qu'une chose : Cette ville, qui a produit Claude Nougaro et élu François Bayrou, possède en matière de politique et de musique exactement la merde qu'elle mérite. Elle est l'équivalent urbain de ce personnage maupassantien du notable bedonnant qui pète plus haut que son cul, fait ajouter un pigeonnier à sa maison et, se croyant aussi important qu'intelligent, songe à la députation.
Oui, la spécialité toulousaine semble bien être la saucisse, voire même l'andouille... Quant au cassoulet, il est loin d'être une exclusivité de ce département. Par avance je m'excuse auprès des Toulousains qui ne seraient pas comme ceux que j'ai décrit ici (et il doit y en avoir, enfin, disons qu'après tout c'est possible...), ce n'est pas de leur faute s'ils sont nés dans cette moderne verrue rose rougie sur la fesse du Languedoc.
lundi 26 octobre 2009
Smoking = Drug. No smoking = Drag ?
Le billet du 21 mai 2006 ne s’adressait pas spécialement aux drogués, mais bon… Vous êtes peut-être au courant, mais il y a un parti politique (dont le nom m’échappe) qui a pour seul programme de légaliser le cannabis. Ils se sont présentés aux européennes, et ont même fait un clip de campagne… Très relax, comme clip, avec des gens qui parlent bien lentement…
Avez-vous remarqué combien la drogue a une place importante dans notre société ? Bien qu'illégales, les drogues dites "récréatives" (autrement dit, la fumette, les extas, et quelques rails de coke pour faire bonne mesure) apparaissent à qui mieux-mieux dans notre paysage médiatique et culturel. Le cannabis est d'ailleurs particulièrement présent, ayant effrontément très bonne presse auprès de presque tout le monde.
Il existe déjà quantité de livres, sites web, librairies spécialisées sur le sujet des drogues "douces" (en général surfant aussi sur la vague des altermondialistes, peut-être à cause du côté écolo-jardinage, alors que ça n'est pas forcément lié...), des tas de choses importées de Hollande et d'ailleurs... Un chef très "nouvelle cuisine" a même conçu une recette de tomates lyophilisées présentées comme des rails de coke !
J'ai dit effrontément, j'aurais pu dire scandaleusement et de façon imméritée. Est-ce parce que ça bouffe les neurones et que ça change l'expérience d'un ou plusieurs sens ? Allez savoir. Le glutamate monosodique aussi fait ce genre de chose, de façon légèrement différente et graduelle. Est-ce que la contre-culture chante ses louanges ? Bien sûr que non, et ça serait étonnant. Pourtant, on en trouve plus facilement, au chinois du coin.
Glissons. Le cannabis, disais-je, a bonne presse, à tel point qu'on le trouve dans la plupart des comédies, dans beaucoup d'autres films, et souvent dans des scènes totalement gratuites dans lesquelles il est présenté comme une pratique normale. Richard Bohringer, acteur dont le quotient intellectuel est l'équivalent de la qualité de son jeu (c'est à dire niveau température anale) a adopté les couleurs rasta pour son groupe musical.
Mais plus que toucher les groupes de rock, les bohèmes pas toujours bourgeois et les gens qui veulent faire jeune par les portraits de Bob Marley, les slogans libertaires et les couleurs du drapeau pseudo-éthiopien des rastafari, cette mode s'étend jusque dans ce bastion du politiquement correct et des convenances qu'est la publicité... C'est un cap important : la pub est le reflet d'une majorité silencieuse, non plus d'une minorité bruyante !
Exemple frappant, a priori, la publicité parfaitement innocente pour les M&M's (celle où un paquet circule dans une salle de cinéma, les détails sont peu importants) s'orne en toute fin de publicité du slogan "faites-les tourner". Le mot est évidemment choisi pour ses connotations vis-à-vis des fumeurs de cannabis, la pub visant une cible jeune (sinon ils auraient utilisé "circuler" ou "passer"). C'est une référence qui touche et interpelle.
Autre exemple de la présence de culture-cannabis dans la pub, celle, récente, pour Virgin Mobile. Un homme stressé car il est accroc aux SMS et n'arrive pas à s'arrêter va tenter de se faire, par maraboutage, "désintoxiquer". Arrive alors un autre black, clairement rasta et à la voix façon Doc Gynéco. Celui-ci lui propose d'envoyer autant de SMS qu'il veut, grâce au slogan "Soyez enfin détendu du mobile".
On le voit, le SMS est présenté comme une drogue qui détend, et le "gentil rasta" vient en dispenser pour un prix dérisoire au français moyen stressé sur le point de se faire arnaquer par un marabout. Cette drogue est non seulement présentée comme bénéfique, mais normale et accessible à tous (ce qui reflète d'ailleurs une certaine réalité, dans l'accessibilité, et si l'on a comme tout le monde une définition élastique de la norme).
Moins subtile est la publicité pour les nouveaux chewing-gums de chez Hollywood, les "sweet gums" aux parfums extravagants et au cœur liquide coloré. Grâce à des effets spéciaux (artistiquement très réussis, il faut le dire) la saveur et la fraîcheur de ces dragées sont présentées ouvertement comme psychédéliques, colorant de façon surréaliste un monde autrement vu en noir et blanc.
Les protagonistes de la pub sont tous jeunes et tendance (normal, c'est la cible), et se trouvent dans une gare. Quelqu'un, hors caméra (donc un inconnu, même s'il s'agit peut-être d'un des amis cela ne change rien), leur offre ces chewing-gums qui ont l'air de pilules. Ils les acceptent avec joie et les gobent goulûment, surpris de soudain voir la vie en rose... N'est-ce pas là LE scénario type contre lequel on met les enfants en garde ?
N'acceptez pas de "bonbons" d'un inconnu, surtout dans une gare ou un lieu public du même acabit... Cette publicité peut faire référence à toutes sortes de drogues, LSD, drogue du viol, amphétamines, toute forme de drogue en pilule, ou, symboliquement, toute forme de drogue tout court... Ce qui me fait tiquer c'est que dans la publicité, le produit remplace la drogue en question et le tout est présenté comme bon, souhaitable.
Il est devenu tellement facile de présenter les drogues récréatives les plus courantes comme positives ! Parce que presque tout le monde le fait ou l'a fait au moins une fois, "ce n'est pas si grave"... et du "ce n'est pas si grave" au "c'est acceptable", puis au "c'est bien", il n'y a qu'un pas. Moi cela me choque de voir que certains considèrent la drogue comme simplement une autre marque de chewing-gum.
Surtout que pendant ce temps tout le monde crache en Tartuffe sur la cigarette et les fumeurs de tabac…
jeudi 22 octobre 2009
Barnum, dieu et Darwin...
Je ne résiste pas à vous traduire moi-même (traduction officieuse mais exacte) un passage du dernier livre de Richard Dawkins, The Greatest Show on Earth, qui concerne le sujet dont nous parlions la dernière fois… Ce livre explique la théorie de l’évolution (une explication prouvée et étayée, un FAIT, donc, à l’heure actuelle, et non pas une hypothèse… Il faut le savoir, c’est ce que signifie « théorie » en langage scientifique).
Richard Dawkins gagne à être lu, d’autant qu’il est l’auteur du lumineux ouvrage Pour en Finir avec Dieu.
Mais place à l’auteur et à son propos…
Imaginez que vous êtes un professeur d’Histoire Romaine, et de latin ; vous avez hâte de partager votre enthousiasme pour le monde antique… Les élégies d’Ovide, les odes d’Horace, la brièveté sinueuse de la grammaire latine dont le plus parfait exemple est la rhétorique de Cicéron… Les subtilités stratégiques des guerres contre Carthage, la carrière militaire de Jules César et les excès voluptueux des derniers empereurs…
C’est une tâche immense, qui demande du temps, de la concentration et de la dévotion. Pourtant, vous voilà forcé de constater qu’on rogne sur votre précieux temps, et que l’attention de votre classe est constamment distraite par une bande braillarde d’Ignoramus (Et non pas Ignorami, vous connaissez votre latin…), lesquels, soutenus politiquement et financièrement, tentent de persuader vos élèves que Rome n’a jamais existé !
Il n’y a jamais eu d’empire Romain. Le monde entier n’existe que depuis juste avant l’histoire récente et la mémoire des hommes. L’Espagnol, l’Italien, le Français, le Portugais, le Catalan, l’Occitan, le Roumain : Toutes ces langues et leurs dialectes ont émergées spontanément chacune de leur côté, et ne doivent rien à quelque prédécesseur ou langue racine comme le Latin.
Au lieu de consacrer toute votre attention à la noble vocation d’enseignant et d’étudiant des classiques, vous voilà forcé de passer votre temps et votre énergie à mener un combat d’arrière-garde pour défendre la théorie selon laquelle les Romains ONT existé : Une défense contre un déploiement de préjugés stupides qui vous feraient pleurer si vous n’étiez pas si occupé à les combattre.
Si le fantasme du professeur de Latin vous semble par trop invraisemblable, voici un exemple plus réaliste. Imaginez que vous êtes un professeur d’histoire contemporaine, et que vos cours sur l’Europe du XXe siècle sont boycottés, calomniés, ou autrement troublés par un groupe bien organisé, bien financé et très politisé de négationnistes de l’Holocauste…
A la différence de mes négationnistes de l’empire Romain, les négationnistes de l’Holocauste existent réellement. Ils font du bruit, ils ont des thèses qui paraissent, superficiellement, plausibles, et ils sont experts dans l’art de paraître bien informés. Ils sont actuellement soutenus par le président en exercice d’un état puissant, et au moins un évêque catholique.
Imaginez qu’en tant que professeur d’Histoire Européenne, vous ayez à faire face à des demandes agressives et incessantes telles « Enseignez la controverse ! », tout ça pour vous forcer à consacrer autant de temps à l’enseignement de l’Histoire qu’à la « théorie alternative » selon laquelle l’Holocauste n’est que propagande fabriquée par une bande de falsificateurs sionistes !
Là-dessus, des intellectuels à la mode, partisans d’un certain relativisme, mettent leur grain de sel en insistant sur le fait qu’il n’y a pas de vérité absolue : Le fait que l’Holocauste se soit produit ou non est pour eux une affaire de croyances personnelles… Pour eux, tous les points de vue sont également valables et doivent être également « respectés » !
Le cri d’alarme de nombreux professeurs de sciences, aujourd’hui, n’est pas moins déchirant. Lorsqu’ils tentent d’exprimer le principe de base qui guide la biologie, lorsqu’ils placent honnêtement le monde actuel dans son contexte historique (l’évolution), lorsqu’ils explorent et expliquent la nature de la vie elle-même, on les hue, on les stigmatise, on les harcèle et on les maltraite, les menaçant parfois de renvoi.
Au mieux, ils perdent du temps à tout bout de champ. Il est très probable qu’ils reçoivent des lettres de menaces de parents, et qu’ils doivent supporter les rictus sarcastiques et les bras croisés d’enfants qui ont subi un lavage de cerveau. On les équipe de livres de sciences approuvés par l’état, d’où le mot « évolution » a été totalement expurgé, ou édulcoré en « changement au cours du temps ».
Jadis, nous étions tentés de rire de ce genre de choses, comme d’un phénomène typiquement américain… Les enseignants d’Angleterre et d’Europe font à présent face à ce problème, en partie à cause de l’influence américaine, mais, de façon plus significative, à cause de la présence grandissante de l’Islam en classe… Soutenue involontairement par le multiculturalisme officiel, et la peur de paraître raciste.
Fréquemment, et avec raison, on rappelle que les théologiens et les ecclésiastiques de haut rang n’ont aucun problème avec la théorie de l’évolution, et, dans de nombreux cas, soutiennent activement les scientifiques sur ce sujet. C’est souvent vrai, comme je l’appris lors de mon agréable collaboration, par deux fois, avec l’évêque d’Oxford, à présent Lord Harries.
En 2004, nous avons co-écrit un article dans le Sunday Times dont les derniers mots étaient : « De nos jours, il n’y a rien à débattre. L’évolution est un fait, et même, du point de vue chrétien, l’une des plus grandes réalisations de Dieu. ». La dernière phrase fut écrite par Richard Harries, mais nous étions en accord sur tout le reste de l’article. Deux ans auparavant, nous avions écrit une lettre au premier ministre Tony Blair.
Dans cette lettre, des scientifiques et des hommes d’église éminents, dont sept évêques, exprimaient leurs inquiétudes sur l’enseignement de l’évolution, principalement que cet enseignement était considéré comme une « question de foi » à l’université technique d’Emmanuel City à Gateshead. L’évêque Harries et moi-même avions organisé cette lettre dans l’urgence…
La totalité de ceux que nous avons approchés ont signé tout de suite. Il n’y a eu aucun désaccord de la part des scientifiques comme de la part des religieux. L’archevêque de Cantorbéry n’a rien contre l’évolution, ni même le Pape (à ceci près que l’ère paléontologique précise à laquelle l’homme a obtenu une âme n’est pas très claire), ni les prêtres diplômés, ni les professeurs de théologie.
The Greatest Show on Earth est un livre sur les preuves positives que l’évolution est un fait avéré. Il ne s’agit pas d’un livre anti-religieux. J’ai déjà fait ce genre de choses, c’est sur un autre T-shirt, il y a un temps et un lieu plus approprié pour le porter. Les évêques et les théologiens qui se sont penchés avec attention sur les preuves de l’évolution ont arrêté de la combattre.
Certains l’ont peut-être fait à contrecœur, certains, comme Richard Harries, avec enthousiasme, mais tous, à l’exception de ceux qui sont cruellement mal informés, sont forcés d’accepter l’existence de l’évolution. Ils peuvent bien penser que la main de Dieu a démarré le processus, et que, peut-être, ladite main n’est pas restée bien loin et a guidé ses progrès par la suite.
Ils pensent probablement que Dieu a monté l’univers de toutes pièces en premier lieu, et consacré sa naissance par une série de lois et de constantes physiques harmonieuses, calculées pour remplir quelque dessein insondable dans lequel nous avons un rôle à jouer… Mais, bon gré mal gré, les hommes et les femmes d’église acceptent les preuves en faveur de l’évolution.
Nous ne devons par pour autant supposer que, parce que les évêques et le clergé lettré acceptent l’évolution, leurs congrégations font de même. Hélas, il y a d’amples preuves du contraire, matérialisées par les sondages d’opinion. Plus de 40% des Américains nient le fait que les hommes ont évolué à partir d’animaux, et pensent que nous (et, par extension, toute vie) avons été créé par Dieu il y a moins de dix-mille ans.
Ce chiffre n’est pas si haut en Angleterre, mais il reste alarmant. Et il devrait être aussi inquiétant pour les églises que pour les scientifiques. Ce livre est nécessaire. (…) Pour en revenir à nos évêques et théologiens éclairés, ce serait bien s’ils faisaient un peu plus d’effort pour combattre les absurdités antiscientifiques qu’ils déplorent en privé…
Trop de prêcheurs, bien qu’ils soient d’accord sur le fait que l’évolution soit vraie et qu’Adam et Eve n’aient jamais existés, vont monter en prêche et parler, avec trop de légèreté, de quelque point théologique ou moral à propos d’Adam ou d’Eve, dans leur sermon, sans mentionner une seule fois à leur congrégation que, bien entendu, Adam et Eve n’ont jamais existé !
Mis au défi, ils protesteront que leur propos était purement « symbolique », et avait sans doute quelque chose à voir avec le « pêché originel » ou les vertus intrinsèques de l’innocence. Ils ajouteront sèchement que, de toute évidence, personne ne serait assez fou pour prendre leur discours au sens littéral. Mais leurs congrégations sont-elles au courant de tout cela ?
Comment la personne assise sur son prie-Dieu, ou à genoux sur son tapis de prière, peut-elle savoir quel petit bout du livre sacré elle doit prendre au sens littéral, ou au sens figuré ? Est-ce aussi facile, pour le pratiquant peu éduqué, de deviner la différence ? Dans de trop nombreux cas, la réponse est clairement négative… Et on peut pardonner à n’importe qui d’être en proie à une certaine confusion dans ce cas.
Pensez-y, éminence. Soyez prudent, vicaire. Vous jouez avec des explosifs, à vous amuser avec un malentendu en puissance… Certains disent que c’est un malentendu qui arrivera tôt ou tard, pour sûr, si on n’y prend pas garde. Ne devriez-vous pas faire un peu plus attention, lorsque vous prêchez en public, à ce que votre Oui soit Oui, et votre Non soit Non ?
Sous peine d’être condamnés, ne devriez-vous pas faire un pas en avant pour contrer ce malentendu populaire déjà si répandu, et prêter un soutien actif et enthousiaste aux scientifiques et aux professeurs de science ? Par ce discours, je cherche aussi à atteindre les négationnistes eux-mêmes. Mais, et c’est peut-être le plus important, j’aspire à armer ceux qui n’en sont pas, mais en connaissent…
Peut-être, face à des membres de leur propre famille, ou de leur propre congrégation, certains se trouvent mal préparés à argumenter sur l’évolution. L’évolution est un fait. Au-delà du doute raisonnable, au-delà d’un doute même sérieux, au-delà des doutes émis par une personne équilibrée, bien informée et intelligente. Sans l’ombre d’un doute, l’évolution est un fait.
Les preuves en faveur de l’évolution sont au moins aussi solides que les preuves de l’Holocauste, même lorsqu’on considère qu’il y a des témoins oculaires de l’Holocauste. C’est une vérité évidente que nous sommes les cousins des chimpanzés, des cousins un peu plus éloignés des singes, encore plus des tapirs et des lamantins, et encore plus lointains des navets et des bananes… Etc. Ad libitum.
Cela aurait pu ne pas être vrai. Ce n’est pas une tautologie évidente par elle-même, et il y eut une époque où même les lettrés le niaient. Il n’était pas forcé que cela fut vrai… Mais ça l’est. Nous le savons à cause d’un raz de marée de preuves qui soutiennent cette théorie. L’évolution est un fait, et [mon] livre va le montrer. Aucun scientifique reconnu ne le discutera, et aucun lecteur exempt de préjugé ne le refermera sans en être convaincu.
Pourquoi, alors, parlons-nous de la « théorie Darwinienne de l’évolution », donnant, semble-t-il, le bénéfice du doute [aux créationnistes] qui pensent que le mot « théorie » est une concession, qui leur octroie un cadeau ou une victoire ? L’évolution est une théorie dans le même sens, au même titre, que la théorie héliocentrique. En aucun cas on ne peut employer l’expression « ce n’est qu’une théorie » pour les décrire.
Quant à la prétention selon laquelle l’évolution n’a jamais été « prouvée », la preuve définitive est une notion dont les scientifiques ont tendance à se méfier, quelque peu intimidés. Les philosophes influents nous disent qu’on ne peut jamais rien prouver en science. Les mathématiciens peuvent prouver, et, selon une vision assez stricte, ce sont les seuls à vraiment pouvoir le faire.
Mais tout ce que peut faire un scientifique c’est échouer à démontrer le contraire d’une chose en montrant qu’ils ont pourtant essayé par tous les moyens. Même la théorie, pourtant dépourvue de controverse, selon laquelle la lune est plus petite que le soleil, ne peut pas être prouvée de façon à satisfaire une certaine école de philosophes… Pas à la façon, par exemple, du théorème de Pythagore !
Mais de telles accumulations de faits et d’observations soutiennent cette théorie avec tant de force que lui nier son statut de « fait » semblerait ridicule à tous excepté aux plus pédants. C’est la même chose en ce qui concerne l’évolution. L’évolution est un fait, de la même façon qu’il est un fait que Paris se trouve dans l’hémisphère Nord…
En dépit des logiciens purs qui mènent la danse, certaines théories sont au-delà des doutes raisonnables, et nous les appelons faits. Plus on tente énergiquement et méthodiquement d’infirmer une théorie, plus elle se rapproche de ce que le bon sens appelle avec joie le « fait », si elle survit à ces assauts. Nous sommes des détectives qui arrivent sur les lieux d’un crime, les actions exactes du meurtrier évanouies dans le passé.
Le détective n’a aucune chance d’être le témoin oculaire d’un crime qui s’est déjà produit. Ce qu’il a bel et bien, ce sont les traces et les indices qui restent, et, à cela, il peut se fier sans hésiter. Les empreintes de pas, les empreintes digitales (et aujourd’hui les empreintes ADN), les taches de sang, les lettres, les journaux intimes… Le monde ne peut être comme il est que si Telle et Telle Histoire a eu lieu, et pas Telle et Telle autre.
L’évolution est un fait auquel on ne peut échapper, et nous devrions nous émerveiller de sa puissance, de sa simplicité et de sa beauté. L’évolution est en nous, autour de nous, entre nous, et ses œuvres sont inscrites dans les roches des ères passées. Puisque nous ne vivons pas, dans la plupart des cas, assez longtemps pour voir l’évolution se dérouler devant nos yeux, nous devons émettre des hypothèses comme le détective métaphorique.
Ce qui étaie les hypothèses en faveur de l’évolution est bien plus solide, en bien plus grand nombre, bien plus convaincant, bien moins contestable que n’importe quelle déposition de témoin oculaire jamais utilisée, dans quelque tribunal que ce soit, à quelque siècle que ce fut, pour établir quelque crime que ce soit. La preuve au-delà du doute raisonnable ? Doute Raisonnable ?
C’est le plus grand euphémisme de tous les temps.
Richard Dawkins, The Greatest Show on Earth, Bantam Press, 2009
Incidemment, pour ceux qui attachent une quelconque importance à ce genre de futilités, ceci est le 601e message de ce blog.
mercredi 21 octobre 2009
Ne pas jeter n'importe quoi... Dans la tête de nos enfants !
Nous avons de la chance de vivre en France. Oui, bon, il y a pas mal de problèmes, mais nous vivons non seulement dans une société d’abondance, mais aussi dans une société éclairée par rapport à beaucoup d’autres ! Exemple qui ne coûte pas cher : Notre pays est exempt d’un lobby public du créationnisme (même la Boutin ne s’y risquerait pas…), à la différence des Etats-Unis.
Le créationnisme n’a pas droit de cité dans les écoles de la République (et c’est tant mieux)… Pourtant, un pourcentage alarmant de français qui viennent d’avoir le BAC, à l’entrée de la fac, pensent que la théorie de l’évolution, c’est tout aussi valable que la création par un dieu quelconque ! Il en est même 2% qui ne croient pas en l’évolution ALORS MÊME QU’ILS ENTRENT EN FAC DE BIO !
Et, depuis 2008, les programmes scolaires français des « petites classes » (l’école primaire, quoi) ont complètement expurgé tout ce qui concernait l’âge de l’univers, al théorie de l’évolution, le passage des primates aux êtres humains… Au profit de cours sur la biodiversité, la pollution et les nouvelles sources d’énergie. Qu’on ne se méprenne pas, il est important que les enfants soient au courant de tout ça…
Mais… Il y a un gros mais. L’école primaire de notre République est souvent la seule force capable de contrebalancer l’endoctrinement sectaire (plus communément appelée « éducation religieuse ») qui se fait principalement à la maison et par les parents… Endoctrinement qui comporte, entre autres, le créationnisme, et souvent ZERO faits scientifiques… Donc un tissu de mensonges.
En se disant qu’il vaut mieux « sensibiliser » (c'est-à-dire, aussi, endoctriner) les enfants à l’écologie (ce qui n’est, au fond, qu’une mode, puisque tout ça sera obsolète dans seulement dix ans… Au contraire de la théorie Darwinienne) parce qu’ils apprendront « mieux » et de façon moins simpliste la théorie de l’évolution au lycée, est-ce qu’on ne prépare pas le terrain d’une pensée mystique délétère ?
Est-ce que ça ne devraient pas être les parents qui apprennent à leurs enfants à jeter les papiers gras ? Est-ce qu’il est judicieux de faire passer à la trappe un des fondamentaux de la pensée moderne, la chose qui est supposée mettre fin à tous les mythes cosmogoniques pseudo-magiques sur la vie et l’univers, et de le remplacer par un savoir simpliste à durée de vie éphémère sur le respect de l’environnement ?
Du reste, avec tout ce qu’on nous rebat les oreilles dans les médias sur l’écologie (y compris dans les dessins animés et les émissions à destination desdits enfants), et même dans les anciens programmes scolaires, les gosses sont déjà sensibles à ces questions… Cela ne date pas d’hier, ce sont les premiers à faire la morale aux adultes qui salissent ou polluent. Et que fait-on au sujet de la religion qui pollue leur esprit ?
C’est une porte ouverte dont on se serait bien passé, d’autant que, si le courant créationniste est fort aux USA, il existe aussi en France, naissant ! Les professeurs sont de plus ne plus confrontés à des critiques d’ordre créationnistes de la part de leurs élèves, jeunes et moins jeunes, tant en SVT (biologie et géologie) qu’en cours de philosophie ! Ces critiques s’élèvent en salle de classe et aussi sur les copies.
Comme par hasard, ce sont les élèves très religieux qui se manifestent le plus… Les critiques les plus virulentes viennent d’élèves musulmans, mais les chrétiens ne sont pas en reste. Les critiques sont de deux ordres : Celles, isolées, d’enfants qui ont été élevés dans une croyance religieuse, et celles, hélas organisées et dotées d’un discours construit, d’élèves manipulés, et qui trouvent sur Internet une information créationniste…
Carole Diamant, auteure du livre « Ecole terrain miné », explique : « Quand j'ai écrit mon livre, en 2004, la critique était superficielle, spontanée et répétée. C'est quelque chose qui faisait référence à des prêches ou à une opinion religieuse entendue ici ou là (…) Aujourd'hui, les enfants sont sûrs de leurs croyances. Ils restent sur leurs positions. Ils disent : Allez-y, racontez-nous Darwin mais nous, on n'y croit pas ! »
Précisons que Carole Diamant est professeure de philosophie dans un lycée de St Ouen, une banlieue aujourd’hui tristement revenue sur le devant de la scène pour cause de squats et fusillades entre bandes rivales. Elle n’est pas la seule à faire face à ce genre de propagande. Tout n’est pas noir : Des colloques sont organisés par l’état pour permettre aux professeurs de répondre de façon argumentée aux dogmes de leurs élèves…
Et puis, s’il y a effectivement une sonnette d’alarme à tirer, le créationnisme sous toutes ses formes n’est qu’un symptôme… On devrait crier haro sur tout intégrisme religieux, même celui, apparemment innocent, qui ne fait « que » mentir aux enfants sur l’univers sans prétendre poser la moindre bombe. Déjà que ça n’est que depuis les années 50 que les chercheurs français, qui étaient fâchés avec l’anglais, ont reconnu cette théorie…
De ce côté-là, la France s’en sort encore bien, avec sa tradition de laïcité. Mais, après toutes ces remises en cause de la loi de 1905, que penser ? Je suis aussi alarmé par le retour de la théologie en France par la petite porte, avec cette nouvelle que l’état reconnaît à présent comme homologués en France les diplômes délivrés par des universités religieuses… Dont les diplômes du Vatican, par exemple, partiaux même sur les sujets généraux !
Je n’ai pas vu de manifestations contre ce genre de choses… Enfin si, il y en a eu, mais elles ont été complètement boycottées par les médias… Sans aucune surprise, puisqu’il s’agit de celles des anarchistes, dans le plus pur style « ni Dieu ni Maître », qui, en plus d’être sainement contre la religion, sont connement contre toute forme de gouvernement.
Si c’est ça, la seule forme d’opposition organisée à la religion, on est mal barrés. Les athées de France se sont, je pense, un peu trop reposés sur leurs lauriers depuis quelques décennies…
mardi 20 octobre 2009
Fier comme un pou(jade)...
Vous l’avez lu dans l’avant-dernier billet, j’ai employé le mot « poujadiste ». A la demande explicite d’une seule personne (et la demande silencieuse de plein d’autres qui n’osaient pas demander), et parce que ça fait longtemps que je n’ai pas fait mon intéressant en tâchant de vous apprendre quelque chose, voici un petit exposé sur ce mot… Qui, avantage non négligeable de la chose, va me permettre de parler politique.
Force m’est de constater que ce terme n’est, aujourd’hui, plus connu par grand monde… Ou s’il est connu, sa définition est floue dans l’esprit de beaucoup de gens. C’est un mot qui fleure bon la franchouillardise, et qui a tendance à tomber en désuétude, alors que son usage devrait être plus fréquent que jamais… En dépit du fait qu’il date des années 50. Pour info, c’était un néologisme, comme beaucoup de mots à leurs débuts.
En fait, l’histoire de ce mot commence avec Pierre Poujade… C’est, ou du moins c’était (puisqu’il est mort en 2003) un homme politique français. Il est né en 1920, et tous ceux qui en ont entendu parler ont tendance à le confondre avec l’ancien maire de Dijon, Robert Poujade (né en 28, toujours en vie, ancien maire de Dijon et ancien député… Mais on s’en fout).
Pierre Poujade est ce qu’on pourrait appeler un héros du peuple… Mais un héros à la petite semaine. Leader syndical n’ayant pas fait beaucoup d’études, il incarne la lutte contre la bureaucratie et le fisc, contre les nantis et les notables, contre les « gros » par tous les petits : Il acquit ses lettres de noblesses, si l’on peut dire, en organisant une mini-rébellion de commerçants locaux face à un contrôle fiscal en 1953.
Tribun né, marqué par des idées d’extrême droite et connu pour ses propos antisémites et xénophobes, il est surnommé « Poujadolf » par les gens de gauche de son époque… Il dénonce ce qu’il appelle « l’état vampire », il reprend la rhétorique pétainiste de la « maison France », et a beaucoup de succès auprès des petits commerçants, prônant le « bon sens des petites gens » au détriment des intellectuels, qu’il rejette en bloc.
Saluons celui qui organisait les jacqueries des sans grades et des petits commerçants contre la grande distribution avant même que José Bové n’ait appris à dire « McDo »… Celui qui organisa avant Le Pen (et après 1945 !) des meetings nationalistes à la rhétorique raciste replète de billevesées sur le complot juif… C’est bien simple, Jean-Marie Le Pen lui a tout piqué : Il s’est d’abord fait élire député sous la bannière du parti de monsieur Poujade.
Adonc, Poujade a fondé un mouvement syndical dont le nom veut tout dire : l’Union de Défense des Commerçants et Artisans… Et un parti politique pour aller avec, Union et Fraternité Française. Certes, un syndicat n’est pas supposé être politique… Alors que, aujourd’hui comme depuis l’invention de la chose, c’est indissociable. Mais passons. Le mouvement dans son ensemble s’appelle familièrement le Poujadisme.
Oh, ça n’a pas duré bien longtemps, de 1953 à 1958… Après quoi Poujade s’est fait « gaulliste de gauche », une dénomination floue qui lui a permis de soutenir, en bon opportuniste politique populiste, tous les candidats vainqueurs aux présidentielles, à l’exception de celle de 2002. Mais, pendant les cinq ans ou son parti exista, quel succès ! A son apogée, il avait 52 sièges à l’Assemblée… Et était en couverture de Time Magazine !
C’est mieux que le FN, mieux que le parti CPNT de Frédéric Nihous, mieux que De Villiers, mieux que la confédération paysanne, Bref, mieux que tous les petits partis de droite et de gauche qui ont largement pompé ses « idées », et surtout ses méthodes… C'est-à-dire un programme très classe moyenne, l’idéologie du « tous pourris », la revendication d’une identité et d’un terroir français, et, souvent, des méthodes… musclées.
Ce qui nous amène à l’utilisation actuelle du terme poujadisme (et par extension poujadiste), qui qualifie péjorativement, en politique française un discours démagogue, populiste, mensonger au point d’être bébête, et surtout empreint de corporatisme… Du genre à faire jouer les petits commerçants contre les gros, les agriculteurs contre les multinationales, les contribuables dits moyens contre les nantis et les politiques.
Il peut, bien sûr, s’agir d’extrémisme, il s’agit parfois d’un discours réactionnaire ou anti-immigration, parfois frondeuse, mais il s’agit TOUJOURS de démagogie. C’est la politique des petits vieux, la politique manichéenne à la rhétorique épuisée et qui pourtant ne s’épuise jamais, c’est la politique qui en appelle aux petits bourgeois, à madame Michu, la politique de café du commerce… Qui rabaisse le débat plutôt que de l’élever.
C’est bien sûr la totalité des discours de Jean-Marie Le Pen ET ceux de sa fille Marine… C’est Olivier Besancenot qui organise sa petite révolution des fonctionnaires… C’est François Bayrou qui se veut chevalier du populo… C’est Ségolène Royal, énarque, qui dit « Moi, cette réforme, je l’aie lue, j’ai rien compris »… C’est Nicolas Sarkozy, et son dauphin Jean, qui parlent de « La France qui se lève tôt et qui travaille dur »…
Et ainsi de suite. Vous en connaissez tous, il y en a plein, et qui le font avec plus ou moins de talent et d’excès. Comme je le disais, le terme poujadiste devrait être utilisé plus souvent… Voire même tous les jours, quitte à devoir en rappeler la définition et l’historique plusieurs fois. C’est une forme particulière de populisme, endémique de nos jours, qui infecte tous les bords et partis de la vie politique.
Bien plus que la grippe A, c’est LE truc méprisable à éradiquer une bonne fois pour toutes… Hélas, c’est comme les mauvaises herbes, ça revient toujours. Surtout quand les temps sont durs.
dimanche 18 octobre 2009
Les choses importantes...
Des images comme on aimerait en voir plus souvent !
C'est tout mignon, absolument pas choquant ni porno...
Quand je pense que cette vidéoest encore interdite aux mineurs sur Youtube... Alors qu'un clip de mauvais rap qui professe de passer les pédés au fil du cutter, intitulé "j'ai 40 meufs", faisant l'apologie des armes et de la misogynie, sévit toujours, en libre accès !
Toutes les vidéos ne sont pas sur un peid d'égalité... Et tous les gens non plus.
jeudi 15 octobre 2009
J'ai vendu du mouron, mais ça n'a pas marché...
Oui, j'avais promis de ne plus regarder le JT, mais là, ce n'était pas moi qui avait la télécommande, j'étais coincé !
Quoi qu'il en soit... Il paraît que le « petit commerce », ou du moins le commerce de quartier, reprend du poil de la bête face à la grande distribution. C’est du moins ce qu’annonce en fanfare le JT, plus populiste qu’un politicien aux municipales, lorsqu’il serre les louches des primeurs sur les marchés… Bien entendu, comme tout ce que vous entendez au JT, ça n’est pas vrai.
Et d’une : La grande distribution et les centres commerciaux font encore recette. Et de deux : Par « petit commerce », les journaleux entendent les petites et moyennes surfaces, et non les bouchers, boulangers, charcutiers, épiciers de quartier… Depuis quand la supérette est-elle devenue conviviale et traditionnelle ? Mystère… En tout cas, il ne s’agit pas de ce qu’on imagine habituellement quand on dit « petit commerçant ».
Et de trois : La plupart des supérettes appartiennent aux mêmes compagnies qui possèdent les grandes et très grandes surfaces (les hypermarchés en dehors des villes, ceux qui nécessitent de prendre la voiture, vous savez…), et on y trouve bien souvent les mêmes produits. Il ne s’agit donc pas d’une réelle concurrence, ni d’un nouvel épisode la fabuleuse bataille poujadiste dont on parlait plus haut !
Et de quatre : Personne n’a donné de chiffres significatifs… Etrange, non ? On se demande comment on sait tout ça, et même si c’est vrai. Et de cinq : Personne n’a donné de raison, en dehors de quelques ménagères qui disent que « c’est plus près alors c’est plus pratique, et on y va plus souvent »… A mon avis il n’y a pas que ça. Si je devais émettre une hypothèse, ce serait, en cette période de récession, le fric.
Ben oui, il fut un temps où le petit commerce se plaignait de l’arrivée de la grande distribution (y compris des supérettes de quartier, qui les menaçaient directement), parce que les produits que l’on y trouvait étaient plus nombreux, plus variés, et moins chers… Histoire de continuer le petit historique : Le petit commerce s’est rabattu sur la qualité, voire même le luxe, et a lentement périclité, en dehors de certaines niches.
Pendant ce temps, les prix de la grande distribution, partis d’assez bas, se sont mis à grimper. Les gens ont la mémoire courte, mais il y a eu pas mal de scandales, récemment, sur les marges de la grande distribution, c’est même ce qui a donné lieu à tout un tas d’alternatives bio du genre coopératives, tant par souci de traçabilité que par souci de prix, histoire d’éliminer les intermédiaires…
En attendant, les prix dans les supermarchés sont aujourd’hui plutôt hauts… Tellement hauts que, finalement, on atteint ou dépasse les prix des petits commerçants… Et on a largement dépassé ceux des petits commerçants les plus chers de l’époque ou ceux-ci se plaignaient que les supermarchés les mettaient à la rue. Je ne sais pas si vous imaginez l’augmentation… Je m’étonne que plus de gens ne s’en plaignent pas publiquement.
Mais revenons au présent… Même si (selon certains, encore que je ne voie pas sur quoi ces moyennes se basent quand je regarde les prix autour de chez-moi…) les supérettes de quartier sont en moyenne 10% plus chères, c’est tellement plus pratique de moins faire la queue, de ne pas charger sa voiture, de ne pas payer l’essence… Ou tout simplement de ne pas avoir besoin de s’acheter une voiture et de payer l’assurance…
…Que finalement, c’est aussi cher, ou moins cher, pour un choix identique, et à côté de chez-soi. Ce n’est donc pas une « nouvelle tendance », une mode, ou un phénomène mystérieux, mais simplement le fait que pas mal de gens n’ont pas ni moyens, ni le temps, ni l’envie d’aller à Pétaouchnock pour acheter la même merde qu’à coté de chez-eux, qui plus est dans un magasin du même groupe.
En conclusion, derrière ce grand reportage digne du journal de 13h se trouve, au mieux, une non-info, une bouffée délirante (puisque les gens achètent la même chose, de la même manière et pour les mêmes raisons, tout simplement là où c’est moins cher et plus pratique) accompagnée d’un micro-trottoir complètement insipide et d’une singulière absence de données… Au pire un mensonge destiné à stimuler la consommation.
Vous reprendrez bien un peu de purée d’intox, madame Michu ?









