Ce billet, publié le 3 mai 2006, n’a pour but que de rappeler une chose importante : Ce n’est pas parce que c’est naturel ou traditionnel que c’est bon. La peste bubonique, la boue, voilà des choses naturelles et absolument pas bonnes. La torture et la corruption sont les fruits d’une longue tradition humaine, et pourtant la plupart des gens voudraient bien vivre sans…

Il n’y a pas d’âge d’or rassurant de nos grands-mères, ou tout était juste et bon, ou les produits avaient bon goût et ou tout le monde était gentil… Non, avant, en France, il y avait des bidonvilles, des gens qui crevaient de faim, des ersatz, des pénuries, des guerres, moins de libertés, un général comme président, une seule chaîne de télé et une radio, contrôlées par l’état… Et encore, ça ce n’est que depuis la première guerre mondiale !

Assez de ces illusions régressives pour citadins bobos qui se sentent coupables qu’il y ait des gens qui meurent sans qu’ils n’y puissent rien à l’autre bout de la planète, de n’avoir pas fait mai 68, de manger de la viande, d’être humains et de ne pas savoir traire une chèvre ou planter des radis ! Pendant des siècles, c’est justement dans le but de ne pas avoir à se faire chier accroupi dans la merde qu’on a fait progresser l’humanité, non ?

Le prochain qui m’agresse avec le yaourt qu’il a fait lui-même en trayant une chèvre dans son collectif pourri du Larzac, ou son légume rachitique bio au goût de poussière et de lisier, ou son vin à l’odeur de vinaigre et de pisse, ou son fromage végétalien qui a le même goût que l’emballage d’un produit normal… Il se prend un coup dans les couilles qui va le réexpédier dans sa bouse avant de dire « Un autre monde est possible ».

Bande de moules…

"Authentique", "Traditionnel", "Le goût nature original", voilà bien des arguments de vente imparables à ranger dans la catégorie "sans OGM" et "bio". Nous avons d'ailleurs déjà évoqué cette catégorie on ne peut plus relative dans un précédent billet (c'était il y a longtemps, mais vous devriez pouvoir trouver à force de persévérance). En l'occurrence, pendant mon petit séjour en Bretagne, j'en ai vu des produits de cet acabit.

Je précise tout de suite qu'en général ça ne vaut pas un clou... Preuves à l'appui. Les craquelins originaux et authentiques, nature et traditionnels de Bretagne ? C'est fadasse, on dirait du polystyrène expansé ou de la mousse plastique, mais faite pour être mâchonnée. Je n'ose employer le terme "alimentaire". Ce n'est pas que ce soit mauvais, c'est juste que ça n'a pas de goût et que ça grince sous la dent. Insupportable.

Le terme "craquelin" peut désigner des tas de choses : des brioches un peu croustillantes, des pâtissons gonflés comme des chouquettes, des biscuits, une sorte croquant qui entre dans la composition de gâteaux à la crème, des feuilletés souvent fourrés aux fruits, ou même des tas de petites bugnes et merveilles frites de différentes sortes. Là, c'est un machin. Il n'y a pas d'autre mot. Une chips épaisse en forme d'oreille du Prince de Galles.

Tant qu'on y est, la crème de caramel au beurre salé, eh bien c'est infect. Soit, les caramels au beurre salé ont un goût original, et certains les adorent, mais de là à les rendre plus pâteux (genre Nutella) et à les tartiner sur du pain... Le saucisson à la myrtille n'est pas fantastique non plus, et je ne vous parle pas des produits naturels et traditionnels qui ne sont pas typiquement bretons, comme le pain de maïs...

Les traditions, ça n'est pas mauvais en soi. Mais à goûter ce genre de choses, on comprend pourquoi il y a des recettes traditionnelles qui font le tour du monde et d'autres qui marinent dans leur village paumé.

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