mardi 31 mars 2009
Frêles de sang...
Le 16 avril, un billet sur la journée nationale de l’hémophilie, le 17. Bon, là, je suis un peu en avance, mais au moins vous ne pourrez pas dire que vous n’avez pas été prévenus… Sinon, c’est particulier, quand-même, le sang. Les maladies du sang ont un statut spécial dans l’imaginaire collectif. La sclérose en plaques et la leucémie, c’est bien pire que l’hémophilie, mais c’est moins connoté…
Et à propos de sang, allez donc lire ce billet (et le commentaire que j’y ai mis), ça vous instruira !
Demain, c'est la journée mondiale de l'hémophilie, terrible maladie congénitale du sang qui empêche la coagulation, provoquant d'horribles douleurs articulaires et aggravant toute blessure, ecchymose ou hémorragie. Cette affliction me fait immanquablement penser à la cohorte des vieilles maladies répandues dans les nobles lignages, aux noms anciens, telles la consomption, la phtisie, la tuberculose et la petite vérole...
Celle-ci est héréditaire et peut même sauter des générations. Vous souvenez-vous de cette dynastie aristocratique passablement consanguine d'Europe dont tous les membres étaient atteints d'hémophilie ? Cela a dû être un calvaire pour eux : non seulement les malades sans traitement moderne meurent jeunes et éprouvent des douleurs constantes, mais ceux-là étaient affichés comme l'exemple d'une noblesse viciée au XVIIIe siècle.
Ces pauvres riches étaient condamnés à ne pas trop se montrer, pas seulement de peur de se blesser à cette époque de cape et d'épées, mais surtout parce que le moindre effort s'accompagnait de souffrances sans nom croissant avec les années. En plus c'est une maladie du sang, donc chargée de symboles (le sang bleu des aristocrates est-il corrompu ? Qu'en est-il des vampires, pâles nobles suçant littéralement le sang du peuple ?)
Moi, j'ai toujours trouvé ça marrant, intéressant à étudier, comme la maladie des "enfants de la lune", l'albinisme, la porphyriose, l'hypertrichose et les allergies au soleil, l'anémie falciforme et des tas d'autres choses qui expliquent scientifiquement (ou tentent de le faire) les mythes, symboles et faits ethnologiques de nos cultures. Bon, c'est mes goûts... Ce qui n'empêche pas de plaindre les hémophiles. Sans pour autant m'apitoyer.
Non, je ne suis pas impitoyable, c'est juste que je connais un ou deux hémophiles et que non seulement ils ne sont pas handicapés mais ils n'aiment pas qu'on les considère comme tels. C'est vrai quoi, c'est grave, mais on n'a pas besoin de le leur rappeler ou de les regarder différemment. Même chose avec les séropositifs. Aurait-on, après tout, le même regard sur un diabétique, une maladie tout aussi terrible qu'invisible il fut un temps ?
Heureusement pour eux, c'est plutôt discret, tout ça.
lundi 30 mars 2009
Esprit des lois, loi de l'esprit...
Le 6 avril 2006, une petite anecdote débile mais vraie…
Le trafic aérien a été perturbé ces dernières semaines par toutes ces journées d'action et de grèves sur lesquelles je ne m'étendrai plus... Comme s'il n'était pas assez congestionné d'habitude, et comme si le surbooking ne suffisait pas à mettre dans les drames les voyageurs qui (qui l'aurait cru ?) souhaitaient exercer la liberté première de tout homme, celle qui définit le mot même, celle d'aller et venir où bon leur semble.
Cela me fait me ressouvenir d'une anecdote (authentique) que vous pourrez ressortir à vos prochains dîners mondains. L'histoire se passe à l'aéroport de Strasbourg. Régulièrement, la fourrière embarquait une Ferrari mal garée de devant les départs, là où c'est interdit. Toujours la même, la voiture restait une, deux semaines ou plus à la fourrière avant que son propriétaire ne revienne la chercher, payant ce qu'il fallait de bonne grâce.
Le propriétaire faisait visiblement exprès de laisser sa voiture à des endroits illicites pour qu'elle s'y fasse prendre. Les employés de la fourrière et de l'aéroport, naturellement curieux, lui demandèrent un jour la raison de son comportement... Elle est excessivement simple : Obligé de voyager des semaines durant pour affaires, l'automobiliste ne voulait pas laisser son luxueux véhicule à n'importe qui, ni se la faire voler devant chez-lui.
A la fourrière, sa voiture était "gardiennée" nuit et jour, et, puisque les fonctionnaires de l'état sont responsables des véhicules qu'ils gardent et doivent les restituer en bon état une fois l'amende payée, il avait la certitude qu'elle serait bien bichonnée... Et le prix du parking de l'aéroport (ou d'un autre parking privé), avec des garanties inférieures à celles proposées par les forces de l'ordre, était supérieur au prix de l'amende à payer à l'état.
Puisque ce calcul était non seulement avisé mais parfaitement légal, on le laissa continuer son manège.
Peut-être le fait-il toujours à l'heure actuelle... A moins que le tarif n'ait changé.
vendredi 27 mars 2009
Cadeau Bonux
Le 5 avril 2006, la presse était déjà désespérée d’avoir de nouveaux lecteurs. Aujourd’hui, Têtu caricature ce qu’il avait fait il y a quelques temps : Encore une nouvelle formule. A présent, au lieu d’avoir un magazine avec des actualités et des articles, et un cahier pubs-agenda à l’intérieur, il y a un magazine replet de pubs et de pipoles, avec un mini-cahier d’articles mêmes plus d’actualité quand le magazine sort. Bimbo anyone ?
Déjà, dans le très drôle Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, Jean Yanne faisait dire que la presse était pourrie, et qu’ « On le sait depuis longtemps, c’était pas la peine de faire un test… ». Ce n’est pas le premier, ni au XXe siècle ni aux siècles précédents, qui le fait remarquer. Comme le disait un lecteur en commentaire, la seule façon de se débrouiller est de confronter diverses sources…
Même Marianne, qu’on pourrait penser à l’abri du consensuel à cause de sa réputation de fouille merde et d’investigations, d’analyse indépendante, tombe souvent dans l’oiseux ou l’orienté (bien que la situation se soit très très très légèrement améliorée depuis que cette baderne de Jean-François Kahn ne supervise tout ça que d’un peu plus loin et laisse le poste de rédacteur à Maurice Szafran).
Ah, ils sont rares les journalistes sérieux, et même eux ont leurs mauvais jours ! Loin de redonner confiance en la presse, ce triste constat pousse à la mettre au panier. Pas étonnant que le gouvernement se sente obligé de la brader aux jeunes et aux enfants ! Et c’est une mesure habile : cela peut leur donner l’occasion d’y prendre goût. Pas dans le but de développer leur esprit critique, non, mais pour les habituer tôt au gavage…
Qu'on se le dise, Pif Gadget n'est apparemment pas mort pour tout le monde ! Mon billet était une fois de plus prophétique : Le Monde inclut avec ses magazines, aujourd'hui et depuis quelques temps, sa fameuse sélection... il y a eu les CD, puis les "essentiels" de la philosophie, les oeuvres complètes de Balzac, Hugo et compagnie... Alors, certes, ce sont des gadgets pour "grands", des gadgets intéressants, mais ça reste du gadget : achetez nos articles, c'est naze, mais vous aurez le joli cadeau Bonux sans aucun rapport.
Mais place au billet...
Lassé des dépêches n'offrant aucune analyse, et ayant honni les journaux télévisés plein d'une stridulence vapide (Si, si, ça veut dire quelque chose, ça veut dire qu'ils sont vides de sens mais qu'ils produisent quand même un bruit agaçant. Pas mal, hein ?), j'ai, une fois n'est pas coutume, acheté la presse. Je parle des magazines de chroniques plus ou moins politiques qui vous proposent la botte en devanture des kiosques.
En l'occurrence, je voulais avoir plusieurs sons de cloche sur cette histoire de CPE, d'autant que je m'étais aperçu en passant devant l'une de ces unes racoleuses (avec des flammes et tout) que les journaleux avaient enfin rattrapé mes conclusions et prédit une révolution. Ce que j'y ai trouvé, on s'en fout. Si vous voulez le savoir, vous n'avez qu'à aller les lire vous-mêmes, sans blague... Ce n'est pas du tout de ça dont je voulais parler.
Il s'agit de quelque chose dont on m'avait parlé mais que je ne voulais pas croire : les grands magazines se sont tous transformés en Pif Gadget. A l'intérieur du Monde, vous avez le monde diplomatique, le monde magazine, le monde culture, le monde des idées, le monde machinchose... Gratuit dans le Figaro Magazine, vous avez Madame Figaro et toute la famille... Le Nouvel Obs a lui aussi fait des petits, comme l'Express.
Eh, bien obligés. Quand on veut rester au top des ventes des grands journaux à consensus national (avec marqué "nous sommes sérieux" en gros sur la couverture pour qu'on ne les confonde pas avec d'autres magazines a qui il arrive de vérifier leurs sources...), on fait comme les copains. Au lieu de proposer un gadget, on vous fait l'article : les suppléments sont maculés de publicités déguisées en critiques culture (spectacles, restos, livres...).
Et à l'intérieur, il arrive qu'il y ait autre chose encore. Non pas comme les larges quotidiens dépliables ont des pages imbriquées les unes dans les autres, mais bien comme des poupées russes. Pour attirer le chaland et le maintenir intéressé, plutôt que de tout mettre dans un magazine normal, on divise tout et on fait un magazine gigogne. On remplit les blancs avec des pubs, des agendas, des échantillons, des livrets, des coupons...
Quel fait étrange que ces magazines ressemblent de plus en plus à Elle : papier glacé, publicités en pleine page, des petits bébés à l'intérieur du genre agenda culturel, Elle à Paris, Elle Ados, Elle Ménopausée, Elle Jalouse, Elle Je-Suis-Une-Jeune-Pouffe, que sais-je encore... Même Elle a une page société de temps en temps. Ou du moins quelque chose qui passe pour tel, au dos d'une pub avec échantillon gratuit de crème suractivée.
Je suis sûr que si l'un de ces grands groupes ajoutait un gadget, un avion en carton, un jeu de l'oie, un lance-pierre, un phénakistiscope à monter soi-même ou un sachet de daphnies, les autres le suivraient. Au cas où.
jeudi 26 mars 2009
Gros Thon II, le retour !
Parce que quelqu’un que je ne nommerai pas m’a reparlé, en commentaire, d’Amélie Nothomb et termes élogieux, je republie ce billet du 30 juillet 2006 histoire de remettre les pendules à l’heure en ce qui concerne cette faiseuse d’esbroufe. Amélie Nothomb, c’est la paresse intellectuelle, ça se lit vite, très vite, et ce n’est pas exigeant. Rien de mal à ça, mais croire que c’est une grande auteure serait une erreur…Allez plutôt lire la parodie qui en a été faite, parmi d’autres, dans Et si c’était niais ? de l’excellent Pascal Fioretto !
Mes lecteurs assidus (Si, si, il y en a ! Je vous ai vu, là, derrière... N'ayez point de honte !) se souviennent peut-être d'un billet sur Amélie Nothomb. Je l'avais mise, guidé par un infâme préjugé, dans la rubrique "les auteurs qu'on n'y arrive pas". C'était un grand tort, je l'en ai retiré et je me suis excusé pour cette faute inqualifiable : on ne critique pas sans avoir lu. C'est vrai, ce serait trop facile, et puis c'est d'un commun : tout le monde le fait.
Eh bien là, dans la liste, elle y retourne et elle y reste. Elle en prend pour longtemps. Parce qu'entre temps, je suis tombé sur son premier roman, intitulé "L'hygiène de l'Assassin". Et je l'ai lu. Ah, la sale péteuse plus haut que son cul. Ah la grosse pouffe imbue. Ah la connasse de première. Ah la gourde mal baisée. Ah, la radasse suintante de fatuité. Ah l'indicible mocheté pleine de la bave académique des crétins cultivés. Quelle erreur, ce livre.
Peut-on vraiment juger un auteur sur son premier roman ? Certains diraient "peut-être pas". Un premier roman, c'est toujours plus mauvais, et c'est toujours trop personnel : il permet plus d'indiscrétions sur l'individu que sur l'auteur, qui n'est pas encore "formé". Voit-on les performances du grand marathonien à son premier sprint ? Oui et non. Les plus grands promettent dés l'enfance, comme d'autres se bonifient avec le temps.
Mais j'affirme que l'on peut voir à son premier livre si l'on aime un écrivain. Un livre, un seul, et à fortiori le premier, c'est tout ce dont dispose le lecteur pour faire son choix. C'est un fait : il n'y a qu'avec ça qu'on peut décider si l'on va prendre de son temps et de sa personne pour lire le reste. C'est le premier livre qui doit convaincre l'éditeur et les lecteurs du talent de l'auteur, de sa "solvabilité stylistique". C'est un examen, quoi.
Si on déteste, on ne va tout de même pas se forcer : Il y a tant de livres dans le monde, personne ne peut tous les lire, si en plus on ne devait lire que ceux qui sont chiants... Et je trouve que c'est un excellent test, justement parce qu'il paraît injuste à ceux qui ratent. Or, le premier roman d'Amélie Nothomb a raté, du moins à moitié. Je dis ça parce qu'elle vend, qu'elle plaît, qu'elle publie, qu'elle passe à la télé... Bref, elle a fait école, inexplicablement.
Moi, je trouve qu'elle a fait tout ce qu'il ne faut pas faire dans son premier livre. D'abord, c'est une logorrhée sans fin dans laquelle elle étale sa culture. Oui, elle a fait ce que MOI je fais à longueur de temps dans ce blog, mais étendu à un seul sujet sur plus de 200 pages. Un unique éditorial, une interminable humeur, un robinet de bile qui ne sait pas s'arrêter. On dirait la version intello de Charlie Hebdo. A la longue, c'est lassant.
Comme de bien entendu, elle émaille son œuvre de tous les poncifs et de leur contraire. On ne se laisse pas prendre au jeu : ce ne sont pas les protagonistes qui pontifient, on voit bien l'auteur déblatérer au travers. Elle croit se déguiser derrière ses marionnettes, choses unidimensionnelles qu'elle appelle "personnages". Ils sont plats, prévisibles, peu creusés (même l'assassin éponyme, la grosse Tach, le Prétextat futile au roman)
Lesdits personnages ne sont qu'une accumulation de symboles à peine liés par un nom ou une fonction, des archétypes simplistes, irréels, que la Nothomb croit sans doute élégants. Pourquoi, je vous le demande ? Péché d'orgueil. Cela se voit, elle croit que ce qu'elle a à dire est plus important que ses personnages. J'aurais pu dire "pourquoi pas", mais là, elle croit aussi que ce qu'elle déblatère peut remplacer l'histoire.
Son propos n'est pas un récit, ni une histoire, c'est une vague trame squelettique qui articule les considérations prétentieuses d'Amélie Nothomb, précieuse ridicule, sur l'écriture et la lecture. C'est un essai à peine déguisé sur l'art d'écrire. Il y a quand même un gros problème : c'est son premier roman, elle ne sait donc pas du tout comment écrire, elle n'en a qu'une vague idée issue du milieu plein d'illusions de la fac.
Elle n'y connaît strictement rien, à ce processus, puisque c'est la première fois qu'elle passe par là. Maintenant, je ne sais pas, elle doit s'en repentir, mais au moment où elle a écrit cette bouse, la petite Amélie confondait littérature et écriture, universitaire et classique, académique et talentueux. Son style est fluide et travaillé, son roman fait la longueur réglementaire, il y a peu d'incohérences, du rythme... Et rien d'autre.
Elle ne connaît de l'écriture que l'idée, la mécanique théorique, n'ayant jamais mis ses mains dans le cambouis. Son truc, là, c'est trop léger et trop arbitraire pour être une thèse, et trop lourd pour être un sketch. Ou alors un sketch très long qui s'adresserait uniquement aux professeurs de français. C'est de l'érudition, de l'étalage, des figures de style, de l'esbroufe, de jolis petits paquets de coïncidences narratives et des "punch lines".
Mais ça n'est pas de l'écriture. C'est quelqu'un qui se fait mousser tout seul. C'est masturbatoire. Et je m'y connais. En bref, c'est de la fabrication, pas de la création. C'est comme comparer une toile de maître avec la même quantité de toile et de pigment mis dans un mixer et transformés en bouillie. Comme comparer un chien vivant avec un chien mort reconstitué à partir de morceaux de cadavres : il y manque quelque chose !
Histoire de parler un peu du livre lui-même (il le faut bien, on serait capable de m'accuser de ne pas l'avoir lu, bien que ce soit assez chiant d'y revenir), sachez que c'est l'histoire d'un prix Nobel de littérature soi-disant génial que personne ne lit (comme tous ces gens là, et sur ce point, Amélie Nothomb est percutante, mais ça ne la sauve pas) qui a commis un meurtre il y a belle lurette, et qui va crever bientôt.
Ce meurtre, il l'a lui-même raconté dans un de ses romans, inachevé, et tout le monde n'y a vu que du feu. Comme sa mort est proche et qu'il est à la fois immonde, reclus et plus grand que nature, des journaleux vont successivement l'interroger. Et ce jusqu'à ce qu'une femme (évidemment) qui l'a vraiment lu (évidemment) et percé à jour (évidemment) le force à avouer, à ramper... Puis elle le tue et devient son avatar.
Fantasme de l’auteur qui s’y croit… « Oh, regardez comme je suis profonde ! » Dit la petite Amélie alors qu’elle (enfin, son personnage dans le livre) tue le mâle Prix Nobel phallocrate hargneux et tueur d’une femme innocente… « Je suis meilleure que les grands écrivains ! » dit-elle en détruisant l’homme de paille qu’elle a fabriqué de toutes pièces. Sa victoire sans péril sur un punching-ball plat et irréaliste ne m’impressionne pas.
Je dirais bien que la fin est bancale, à côté de la plaque, mais comme le début est mou, donneur de leçons et prévisible, on ne peut décemment pas être déçu par une fin pareille. C'est trop téléphoné pour être vrai, et la quantité invraisemblable de petites saillies dans lequel tout ça marine n'a bien souvent rien à voir avec la choucroute. Digressions ? Non. Diversions et dilutions, oui ! Un exercice scolaire et froid, sans originalité.
Et Amélie Nothomb croit sans doute avoir pondu un classique. Voilà ce que donne l'intelligence sans talent, une intelligence pourtant (de toute évidence) pénétrante, sans rien d'autre pour s'accoupler qu'une imagination chétive : un mariage bien stérile, et des coïts bien ternes. Je ne voulais plus croire quand on me disait "La Nothomb, intello mal baisée qui s'est faite une culture asociale à cause de son physique ingrat..."
A la lire, à la voir et à l'entendre parler à la télévision, je suis forcé de me rendre à l'évidence. Elle mérite son surnom d'Amélie Gros Thon. Et elle en souffre, d'où son excès d'orgueil. Elle en pue, le thon. Réaction classique de qui se sent rejetée et frustrée à souhait. Et pour son coup d'essai, vous savez où elle peut se le mettre, si je puis paraphraser les classiques (elle le fait mieux que moi). C'est un roman "moi-je".
Le premier roman est toujours personnel : ça n'a pas loupé. Elle n'a pas résisté à la tentation, toujours présente, de se gargariser d'elle-même, d'écrire pour écrire, d'écrire sur l'écriture, ou du moins sur l'idée préconçue qu'elle s'en fait... Je ne puis souffrir cette lâche méthode, et je pourrais ne pas tarir d'adjectifs bas et avilissants à déverser sur ce genre de pratique littéraire, si je n'étais point limité par la langue française.
Comment ! C'est la plus grande des trahisons ! La différence entre le billet qui se gargarise de grands mots et l'écriture, la vraie, la Création, c'est justement ça : Un Vrai Auteur n'écrit pas pour se satisfaire, pour son plaisir, pour l'épate, en dilettante, pour la gloire ou l'argent, même si cela peut entrer en jeu de manière secondaire. Il écrit parce qu'il en a BESOIN, comme de manger et de respirer, comme un peintre peint.
Un écrivain véritable ne se la joue pas, il ne donne pas de leçons, ça c'est l'affaire des éditorialistes et de ceux qui bloguent dans les coins. Il écrit pour son histoire, il écrit pour son lecteur. Le premier livre d'Amélie Nothomb n'intéresse donc que ceux qui se trompent eux-mêmes : ceux qui ne l'ont pas lu ou qui n'y ont rien compris, mais qui trouvent ça génial parce que c'est rythmé, facile, et qu'il y a des mots compliqués.
Parmi eux, la cohorte des féministes forcené(e)s qui crient au génie dés qu'une vieille fille moche qui ne baise pas prend sa plume pour écrire des mots de plus de trois syllabes. Ajoutons les intellectuels moisis, les étudiants naïfs, les littérateurs cons et les gens de la gauche-caviar. Et les jeunes gothiques, aussi. Autant dire, personne d'important. Comme Max Gallo et Marc Levy, ça se vend parce que c'est de la soupe, même si ça ne se lit pas.
Tout au plus ce livre aura-t-il eu le mérite de ne pas m'indifférer plus de dix minutes, un record pour de la crotte. Sans doute ma curiosité morbide.
mercredi 25 mars 2009
La Dive Bouteille(r)...
Le 4 avril 2006, je me suis lâché sur les livres des vieux qui se font plaisir. Et, honnêtement, je n’arrive même plus à me rappeler de quel livre je voulais parler au départ : c’est dire comme le bouquin de Bouteiller a marqué son époque en tant que chef d’œuvre de la littérature… Au moins, Roger Peyrefitte a la décence d’être réédité après sa mort. « Qui dira le nombre de journalistes tués le premier jour sur le champ de bataille de la littérature ? » Ecrivait François Mitterrand dans L’Abeille et l’Architecte, un autre de ces bouquins politiques qui ne valent que par leur actualité et les citations qu’ont pu en tirer hors contexte les vautours médiatiques…
Pierre Bouteiller, homme de radio ayant été directeur des programmes de France Inter et France musique (si je ne me trompe, mais franchement, la carrière de cet homme m'échappe un peu, n'écoutant aucune de ces deux radios...) a sorti un livre écrit au vitriol pour emmerder le monde. je n'ai pas tout lu, mais apparemment il n'a pas digéré le fait de ne pas être grand patron de Radio France, ou je ne sais quoi.
A son âge, c'est normal, le pauvre. Je ne le plains pas, du moins pas à cause de ces mesquineries corporatistes, mais parce que c'est le livre classique de fin de vie, ou de rupture de carrière. Tous les vieux journalistes, acteurs et professionnels du show-business en publient un, en général avec "souvenirs" ou "histoire" dans le titre. Cela se veut un brûlot, un pavé dans la mare, basé sur des tas de recherches et sur l'expérience de terrain...
En fait ce sont des mémoires sélectives, déformées et réinterprétées au travers de récentes déconvenues par ce qui n'est rien d'autre qu'un vieillard aigri... Si compétent que l'auteur soit ou ait été. Sérieusement, tout le monde le fait. Même Jean Le Bitoux l'a fait pour régler ses comptes avec le milieu homosexuel maintenant que certains sont morts du SIDA et ne peuvent plus le contredire.
Roger Peyrefitte a écrit un roman qui va dans le même sens : il était âgé, usé, amer, démédiatisé et passé de mode, ne choquant plus par ses "amitiés particulières" du fait du mouvement gay, il voulait faire du sensationnel, écrire un truc bien provocateur... Il a fait "Roy", l'histoire d'un gamin de treize ans qui, outé, doit quitter la maison et tombe dans la drogue et la prostitution en Californie dans les seventies.
Bon, premier problème : Son style peaufiné à mort de fin de carrière enlève toute spontanéité et confère à l'adolescent le pragmatisme d'un homme de l'âge de Peyrefitte, c'est à dire presque gâteux. Deuxième problème : L'auteur n'a jamais mis les pieds en Californie, ou du moins pas récemment. Troisième problème, les gosses de treize ans avec une telle maturité sexuelle, ça reste très rare : c'est un GROS FANTASME DE VIEUX.
Mais c'est du bon Roger Peyrefitte, et si vous aimez, vous n'en serez que plus ravis. C'est après tout un auteur devenu classique, dont Gide faisait l'apologie, une grande figure de l'homosexualité d'avant que le coming out ne soit à la mode... Du temps ou les parties de touche-pipi en internat pouvaient choquer. Petit clin d'oeil aux éditions TG qui rééditent "Les Amitiés particulières" et "Roy" depuis quelques temps déjà...
Vous voyez, ça arrive à presque tout le monde, dans la plupart des domaines ou la gloire a été au rendez-vous : Ecrire un livre en se moquant du lecteur, simplement pour lancer un cri à la Calimero, un grand "c'est pas juste" à la face du monde. Même quand le livre ne parle pas des déconvenues de l'auteur, il en est imprégné, car il n'est pas écrit pour lui-même, pour exister en tant que livre.
Peu de ces livres de catharsis (ou carrément de crachats...) sont réellement des chefs d'oeuvre. Je ne sais pas si je publierai quoi que ce soit de littéraire un jour, et si ça m'arrive j'espère que je n'aurai pas besoin d'écrire pour autre chose que le livre et le lecteur... Mais je réalise que mon tempérament m'y pousse. N'est-ce pas, après tout, ce que je fais inlassablement dans ce Blog ?
mardi 24 mars 2009
Le Pape, des calottes le gland...
Depuis quelques jours, je me demande ce que je vais vous écrire au sujet du Pape. Sincèrement, est-ce que ça vaut le coup, si c’est juste pour dire que c’est mal, comme tout le monde ?
La dernière monstruosité qu’il nous a pondu, sa citation au sujet du préservatif, m’a tout de même surprise. C’était osé. Ne vous méprenez pas, je n’attends rien de quelque église que ce soit, et surtout pas de l’Eglise catholique… Je n’ai pas envie de m’indigner simplement d’une petite phrase qui va causer des millions de morts quand, au cours de l’Histoire, le catholicisme et les religions en général ont fait tellement pire.
Et puis, je n’aurais pas dû être si étonné : Benoit XVI est un radical, un intégriste, un ancien des jeunesses hitlériennes, un raciste homophobe qui assimile au Mal toute musique postérieure au jazz, un sale bonhomme qui est responsable en tant que cardinal d’avoir caché les affaires de pédophilie de l’Eglise, et laissé s’en tirer les prêtres pédophiles simplement en les changeant de paroisse. C’est plus Benoit XVI, c’est Bénito II, ce mec…
Depuis l’accession au pontificat, l’ancien cardinal Ratzinger n’a fait que mettre de l’huile sur le feu, soufflant le chaud et le froid : Un message de paix universelle, tout en traitant l’Islam de religion de la violence… Un message d’union des chrétiens, mais en réintégrant les négationnistes dangereux qui avaient été excommuniés… Une messe aux USA après les affaires de pédophilie, mais pour le clergé, pas pour les victimes…
Les nonces et les évêques qui constituent sa Com’ n’en finissent plus de nuancer ses propos… A coups de « Oui, mais on n’attend pas du Pape qu’il soit moderne… Lui, c’est le cap à suivre, la morale absolue, mais après, ce sont les prêtres qui interprètent et adaptent cela aux réalités séculières. »… Ouais. Ils disent aussi que le Pape est infaillible. Là, avec cette histoire de capote, ils ne la ramènent plus…
Et je ne parle pas de l’excommunication de la mère de la fillette de 9 ans parce qu’elle l’a faite avorter après qu’elle ait été violée par son beau-père…
Quoi qu’il en soit, il n’y a ici rien de neuf : le Pape a toujours été un genre d’ayatollah de la chrétienté, et c’est d’ailleurs l’Islam qui s’est inspiré de ce genre de notions d’autorités religieuses, en place depuis longtemps avant que Jésus ne crie… Mais, même s’il était, par la force des choses vu le dogme biblique, plutôt pro-abstinence et anti-contraception, Jean-Paul II se la fermait plus souvent, ne serait-ce que pour éviter les morts, lui.
Je ne vais pas vous redire ce que Benoit XVI a dit (prenez celle qui vous choque le plus dans ses horribles citations, ou dans les actes qu’il a approuvé…) ni ce que les médias en ont dit, d’autres le font mieux que moi. Cependant, il y en a qui le font moins bien, et là, je me dois d’en parler. D’abord parce que c’est inqualifiable de foirer une critique aussi facile, ensuite parce que c’est drôle.
Roselyne Bachelot-Narquin, notre ministre de la Santé (donc très concernée) se dit « catastrophée »… C’est bien. Elle en profite pour rappeler à tous que « Dire que le préservatif ne protège pas du SIDA est une contrevérité scientifique absolue ». C’est bien aussi. Seulement, elle est catholique, la Roselyne. Et ça ne la choque pas, elle, de croire en Dieu ? C’est aussi absurde et improuvable que le coup de la capote qui tue.
Certes, Roselyne Bachelot dit ce qu’il faut dire, et elle descend le Pape et ses déclarations en flèche, ses excommunications des femmes violées qui choisissent d’avorter, notamment. Elle dénonce même une « crise de confiance » des catholiques face à l’autorité papale. Mais enfin, c’est là, justement, un déclic tout trouvé pour remettre en question pas mal d’autres choses, notamment la religion elle-même, non ?
C’est l’exemple le plus flagrant du côté meurtrier de l’Eglise catholique, la religion la plus « respectable » au monde, soi-disant…
C’est impossible à cacher, c’est dans tous les médias, c’est le Pape qui l’a dit, il ne s’agit pas de quelque chose qu’on peut nier ou ne pas croire, ni de quelque chose qui s’est produit il y a plus de cinquante ans… Ce n’est pas imputable à une branche schismatique ou fanatique de l’Eglise, ce n’est pas non plus imputable à une nécessité politique ou une prise de parti en temps de guerre. C’est absolument indéfendable et ça va en tuer des millions.
Oui, parce bon… Les croisades et l’inquisition, on peut dire à la rigueur que c’était il y a longtemps : les coupables sont aussi morts que les innocents. Le rôle de l’Eglise pendant l’holocauste, eh bien certains arguent que des religieux héroïques ont caché des juifs aussi, et que la position officielle de l’Eglise là-dessus n’a jamais été connue à cette époque, vieille excuse du « on savait pas ».
Les affaires de prêtres pédophiles, comme c’est sexuel, la plupart des gens pudibonds refusent d’y toucher, et beaucoup de croyants refusent tout simplement de le croire (si, si ! j’en ai vu…), ou disent que « ça n’arrive pas chez-nous » ou « pas en France », ou « plus maintenant »… Alors que c’est hélas, plus qu’une réalité, un sacré noyau dur dans les pensionnats religieux.
On l’a dit, Jean-Paul II était contre le préservatif en tant que moyen de contraception, mais il n’a jamais dit que l’usage généralisé du préservatif empirait la situation… Loin de là. Le message du pape précédent était la modernisation de l’Eglise, et il insistait sur le fait de devoir préférer l’abstinence et la fidélité, valeurs certes chiantes mais chrétiennes, à la baise avec capote… Ce qui est quand même très différent.
Cette radicalisation de l’Eglise ne fait que s’inscrire dans un genre de business plan pour sauver un catholicisme en perte de vitesse, pas seulement dans les pays développés.
Le plan Benoit XVI pour la relance de l’Eglise est simple : adopter une position forte sur tous les sujets chauds, prôner la croisade mystique, parce que c’est ce que font « ceux d’en face », la concurrence : les églises évangéliques qui se font un fric fou dans leurs affaires entre fanatiques, et les musulmans qui recrutent de plus en plus parmi les jeunes dans tous les pays les plus peuplés du monde.
En plus, ils ont intérêt à se repositionner sur le marché, les cathos : Ils sont moins présents dans les pays les moins éduqués de la planète, depuis quelques temps. Les vocations religieuses et la prospérité des églises dépendent en effet d’un niveau plutôt bas d’éducation scientifique, et d’une absence d’esprit critique généralisée… D’où la crise des vocations dans les pays les plus développés.
C’est le moment d’agir : la religion catholique étant assez restrictive, dans une logique de privation, il leur fallait absolument accélérer les choses pour profiter de la crise, pour que les gens à qui il arrive des malheurs se tournent vers eux et non pas vers des sources de plaisir ou de bonheur plus laïques (je ne sais pas, moi, l’amour libre entre tous les sexes avec capotes par exemple… ou simplement la musique pop).
D’ailleurs, vous avez remarqué combien l’Eglise est absolument obsédée par le cul sous toutes ses formes ? Comme un peu toutes les religions, bien sûr. Pour les chrétiens, il n’est pas une pratique sexuelle qui n’ait reçu de tampon « permis », « mal », « abomination » ou « n’existe pas ». Il n’y a pas de tampon « approuvé ». A croire qu’on ne les paie que pour qu’ils nous interdisent des trucs. J’arrête, ou je vais encore digresser…
Bref, l’Eglise nouvelle que nous prépare Benoit XVI, c’est pas des tapettes. D’ailleurs, bientôt, si ça se trouve, ils vont se remettre à les brûler, les tapettes…
lundi 23 mars 2009
Etat sir !
Comme on était fermés pour travaux ce week-end, je vous en mets deux pour le prix d’un aujourd’hui, madame Michu ! Alors voilà… Le 31 mars 2006, j’ai soudain été obsédé par Steven Seagal au point d’en parler dans un billet qui n’a rien à voir. Je voulais faire la même chose avec cette tapette de Chuck Norris, mais il est vénéré en tant qu’objet de geekitude culte par de trop nombreuses personnes à ce jour et de trop belle façon : Je ne voudrais pas ne pas être original, ni faire moins bien que ce qui a déjà été fait, ce qui serait ridicule.
D’autant qu’il n’a pas besoin de moi pour se ridiculiser, ce monsieur… Il veut devenir président de la République indépendante du Texas, paraît-il. Des journalistes amusés ont en fait mal interprété ses propos : la réalité est bien plus sinistre. Conservateur jusqu’au bout des ongles (et au Texas, un conservateur, c’est ULTRA dur…) il crache sur la politique de Barack Obama et parle à mots couverts de cellules indépendantistes prêtes à la révolution au Texas… Et prophétise que lui ou un autre sera « plus tôt qu’on ne le pense » élu président du Texas. C’est à la fois effrayant et déjanté…
Steven Seagal, lui, au moins, n’a pas eu cette espèce de fin de vie fascisante comme en ont tant d’acteurs et d’actrices dont les sphincters mentaux lâchent en même temps que les autres : Brigitte Bardot et ses amitiés au FN, Sean Connery et ses indépendantistes écossais... Heureusement, tout ça n’est que broutilles. Les indépendantistes écossais (ou texans, d’ailleurs) sont peut-être contre le pouvoir ne place et parlent beaucoup, mais ils posent peu de bombes… Et savent reconnaître l’impossibilité de leur fou projet. Ce sont des nazillons, certes, mais ils sont encore moins actifs que les poseurs de bombe corses… Avec exactement autant de résultats, c'est-à-dire aucun.
Bon, c’était une digression, mais une bonne… Place au billet.
Jamais je n'aurais cru voir ce jour. La Reine d'Angleterre a accepté l'idée aussi sotte que grenue d'anoblir Tom Jones. Bon, moi je l'aime bien... Franchement, il a fait de bons trucs. Mais là, récompenser en le faisant Sir une carrière de plusieurs décennies qui se termine par "Sex Bomb", un titre ou quelque vieux beau se trémousse sur des paroles plus que simples : On frise le ridicule. Et puis, anoblir un Gallois... Je vous demande un peu !
Encore des "Sirs", Derek Jacobi, Paul McCartney et Elton John continuent leur petit bonhomme de chemin sans se préoccuper le moins du monde de leur titre (comme, sans doute, le fera Tom Jones, qui, s'il est honoré, n'avait certes pas besoin de cette confirmation de sa célébrité... Tout comme les autres !), organisant qui un concert, qui une vente de charité (Elton John brade ses frusques contre le SIDA), qui jouant dans un film à succès...
Soyons sérieux, ces titres, ils n'en ont pas besoin. Voyez les Chevaliers des Arts et Lettres en France. Sylvester Stallone l'est. Et pour quoi ? Pour ses films d'action fins et racés. Même si il est sans doute quelqu'un de très fin et un homme d'affaire avisé qui gère bien sa fortune personnelle comme sa carrière cinématographique, il est difficile de dire sans pouffer que sa filmographie "éduque ses contemporains et élève leur niveau culturel"...
Mais toutes les récompenses ne sont pas imméritées. Les chevaliers du Taste-vin ont accueilli dans leurs rangs l'acteur Bob Hoskins il y a déjà longtemps, en lui offrant un manteau en poil de lapin et non d'hermine certes (c'était juste après le film Qui veut la peau de Roger Rabbit) mais le geste était sincère. Il y a fort à parier que cet acteur soit grand amateur de vins. Belle ouverture vers l'Amérique de cette institution scléro... séculaire.
A quand Sir Steven Seagal, Chevalier des Arts et Lettres et Prince de l'Aïkido ?
Le Retour de la Vengeance des Franges en Daim de la Mort !
Steven Seagal n’est pas mort. Le 30 mars 2006, il nous le prouvait. Steven Seagal m’étonnera toujours… C’est quand même le seul bouddhiste à ma connaissance qui a fait carrière en portant des blousons en daim, en cuir et en peau de serpent (je ne parle même pas des bottes) et dont les films prônent quand même le pétage de gueule en règle grâce aux arts martiaux et aux armes à feu…
Bravant les troubles et les émeutiers, je me suis rendu du côté de Châtelet aujourd'hui. Bon, il n'y avait pas grand monde à ce moment là et je me suis vite éloigné des grands axes et des places, opérant une retraite stratégique là où je ne risquais pas de me prendre des coups. C'est lâche, je sais, mais c'est aussi parce que j'ai déjà donné question coups, dans d'autres manifestations, et ce sans même être manifestant... Mais je vous passe les détails.
Toujours est-il que j'ai vu dans le métro (Oui, le métro, parfaitement, je prends le métro ! Ha, et vous me croyiez snob... Non, je suis un être plus chthonien) la réclame d'un spectacle de Steven Seagal. Si, si, l'acteur qui, exploitant sans vergogne le créneau de Chuck Norris, incarna des personnages aussi variés que les neurones de Jean-Claude Van Damme dans des films qui avaient autant de rebondissements que Jane Birkin.
Souvenez-vous : Le cuisinier surentraîné du bateau de guerre qui bute tous les terroristes à lui seul avec un couteau à fruit et désamorce la bombe dans le train dans la suite, c'était lui. Le flic bouddhiste qui, pour une fois, ne tue personne et n'arrête pas de tripoter ses billes, encore lui. L'écolo avec une grosse moto et un blouson en daim beige avec des franges partout, qui résout le problème des déchets nucléaires de la mine...Toujours lui !
Steven Seagal, lui qui est l'idole des films d'action en Egypte (il est sur toutes les chaînes du câble et des hôtels pour touristes fortunés, doublé en arabe s'il vous plaît), lui a la queue de cheval si fluide, lui dont la calvitie avance malgré la chirurgie... Steven Seagal, devenu rock star, est en tournée. Et il passe à l'Olympia. Et ce juste avant de tourner un autre film en Roumanie. Lui, dont on n'a pas entendu parler depuis des lustres.
Il se fait vieux, il s'empâte, il s'habille très mal, il a l'air plouc et beauf avec sa guitare, il a un sale accent, gominé au baranne et au pento dans une sempiternelle coiffure raide vers l'arrière, il joue des rôles à peu près aussi évolués que Lucy l'australopithèque et il se croit fin... Mais il a une carrière. Et une bonne. Pas mal pour un has-been... C'est déjà mieux que Chuck Norris et Van Damme, précités de la même veine.
vendredi 20 mars 2009
Numb3rs...
Aujourd’hui, manif. Pas pour moi, hein, je ne suis pas (encore) un gueux. Et ça circulait très bien un peu partout à Paris… Les manifestants n’ont perturbé la circulation que par la force des choses, uniquement parce que tous ces gens dans la rue, ça bouche. Selon mes sources, il n’y a pas eu trop de violences. Ni trop de grévistes, d’ailleurs : Juste plein de gens qui avaient posé un RTT aujourd’hui…
Tout ça était d’un calme… Une manifestation comme on aimerait en voir plus souvent ! Enfin, non… Bref, je me comprends. Disons que, avec entre 1,2 et 3 millions de gens dans les rues de France, on aurait pu s’attendre à des horreurs (moi, j’en avais l’habitude, d’ailleurs). Merci, la loi sur le service minimum, et merci à la nouvelle obligation de prévenir avant de faire grève !
Je ne voudrais pas faire genre « la minute pro-Sarko », mais qui l’a faite, cette loi ? Ricola ? Pouf, pouf.
Vous vous êtes sans doute tous demandés pourquoi j’ai éructé tout à l’heure sans ciller les chiffres complètement vagues de « entre 1,2 et 3 millions de gens ». C’est parce qu’il s’agit des chiffres officiels. Il y a eu 1,2 millions de manifestants selon la police, et 3 millions selon les organisateurs (chiffre de la CGT). Ce sont les seuls qu’on nous donne, et ce sont les seuls que vous aurez : Ya pas marqué Reporter de l’Impossible, ici, c’est un blog.
Cependant, je peux résoudre pour vous le mystère de cette fourchette hypertrophiée. Même s’il semble naturel que les chiffres varient selon les sources et leurs intérêts dans cette histoire, si l’un des chiffres est plus du double de l’autre, c’est qu’il y a un problème ! On ne peut même plus se fier à la théorie pifométrique de la moyenne entre les deux : l’écart est trop grand, la manipulation supposée l’est sans doute aussi…
Alors peut-être qu’en examinant les méthodes de calcul des uns et des autres, on y verra plus clair.
Première méthode : Les organisateurs de la manifestation (généralement les syndicats) demandent à leurs délégués le nombre de gens qui se sont déplacés avec eux, qui font partie de leur groupe, de leur entreprise, de leur université, de leur cellule, ou quoi que ce soit. Ceci est comptabilisé, bien souvent, en nombre de cars supplémentaires loués pour l’occasion ! Si le car n’est pas plein, tant pis…
C’est une question de fierté pour les délégués de ramener du monde, donc les chiffres enflent naturellement. Les organisateurs n’ont pas de raison de recompter, ce serait manquer de confiance. Cette méthode ne tient presque aucun compte des absents, des malades, de ceux qui sont venus autrement, des sympathisants… Bref, c’est d’une imprécision absolue, et elle est pourtant utilisée pour des manifs de toutes les tailles, à différents niveaux.
Ne riez pas, ce n’est pas un stéréotype, ma source est un organisateur de manifs.
Deuxième méthode : Le comptage plus précis d’une manifestation importante nécessite bien sûr une méthode plus scientifique… Les organisateurs d’une manif chronomètrent le temps de trajet de leur cortège, et le temps entre l’arrivée du premier manifestant et l’arrivée du dernier. A partir de là, on en déduit aisément la taille du cortège en utilisant la vitesse moyenne d’une personne en train de marcher (disons 2km/h).
Pour connaître le nombre de personnes dans le cortège, il suffit d’estimer le nombre de personne dans une « bande » de 1m de large, à différents endroits, puis de faire une moyenne. On multiplie ensuite ce nombre de manifestants « au mètre » par la longueur en mètres du cortège, et le tour est joué. Evidemment, le cortège étant quelque chose de très fluctuant, les manifestants vont et viennent : il n’y a pas de vraies « colonnes ».
Vu l’estimation qu’on peut faire d’un long cortège de cette façon, c’est quand même n’importe quoi.
Troisième méthode : Les agents recenseurs de la police ont une méthode de comptage plus mécanique : faire une moyenne du nombre de personnes de front dans une rue donnée (en général il y a d’ailleurs un barème tout fait pour les voies connues), puis se placer dans cet endroit stratégique où va passer le cortège (de préférence en lieu étroit pour faciliter le travail) et compter les rangées qui passent au fur et à mesure.
Bien sûr, plus il y a d’agents recenseurs, plus le chiffre moyen est précis. Le problème c’est que les gens sont rarement au pas de l’oie dans une manif : il n’y a pas plus de rangées qu’il y a de colonnes, c’est difficile à voir, des gens rejoignent la manif en plein milieu… Et puis les agents sont aisément repérables, il est facile de fausser leurs calculs. En plus, avec cette méthode, les gens sur les trottoirs sont considérés comme « simples badauds ».
Pour toutes ces raisons, cette méthode de comptage, c’est portenawak aussi.
Quatrième méthode : Quand on s’appelle DCRI (anciennement les Renseignements Généraux, fusionnés avec la DST), on fait moderne. On prend des photos aériennes, satellites (très cher !), ou d’assez haut (en général, un toit d’immeuble, ça suffit) de la manif, à différents endroits. On estime la longueur et la largeur du cortège (facile, il suffit de mesurer les rues et de regarder les photos, ou d’utiliser la méthode 2, ci-dessus).
Ensuite, sur les photos, on compte les têtes. Avec des ordinateurs, mais aussi des vrais gens, pour faire la meilleure moyenne possible. On en arrive, avec différentes photos prises à des endroits bien choisis, à une moyenne de manifestants au mètre carré, que l’on applique à la taille totale du cortège. Cette méthode, qui dépend de nombreuses moyennes et de recomptages savants, est paradoxalement plus précise que les autres !
Mais c’est encore une estimation. Personne n’a donc JAMAIS un chiffre exact : Un manifestant, ce n’est pas un soldat, il ne marche pas en ligne et en colonne, il n’a pas de matricule, et il ne sait pas se compter. Point.
Bien entendu, une fois que toutes ces méthodes ont été employées, les chiffres obtenus ont des destins différents. Le chiffre obtenu grâce à la méthode 1 sera donné aux manifestants directement par leur délégué. Le chiffre de la méthode 2, un peu gonflé après coup pour bien faire, sera donné aux journalistes par la CGT. Le chiffre de la méthode 3 sera largement arrondi à la baisse, et constituera le chiffre que la police donnera à la presse.
Plus il y a de gens à la manif, et plus il y a une grande différence entre les chiffres des différentes méthodes, qui surévaluent ou sous-évaluent l’effectif… Et plus le sujet est chaud, plus le gouvernement a peur, et plus les chiffres sont enflés par les organisateurs et rabaissés par la police… Donc il y a un écart encore plus grand que l’écart (déjà grand) que l’on trouve normalement entre les chiffres de chaque camp.
Ah, au fait, que devient le chiffre de la méthode 4, celui qui était plus précis ? L’état le garde pour lui, bien sûr.
On pourrait penser que les journalistes ont les moyens de mettre en place une estimation style DCRI : des photographes placés sur les toits, des stagiaires pour compter, une calculatrice ou deux, et hop… Des chiffres plus précis que ceux de la police ET que ceux des organisateurs. Il faut un peu se casser le cul, c’est moins facile que de demander aux porte-paroles semi-célèbres, mais ça reste simple et efficace.
Mais voilà, la vérité ne fait pas vendre, alors que la polémique entre les différentes versions, oui. Et puis… Tout de même, alors que l’on sait bien que les chiffres de la police sont bidonnés, et que ceux des syndicats sont gonflés, chacun croit son propre camp plus que l’autre. Et si un observateur impartial s’avise de publier quelque chose, on l’accuse de ne pas être fiable parce qu’il n’a pas de moyen de comptage « officiel ».
Ne devrait-on pas justement dire l’inverse ? Quelqu’un d’extérieur est toujours plus impartial...
jeudi 19 mars 2009
Acné de la dernière pluie...
Un billet datant du premier avril 2006, mais qui n’a rien à voir…J’avais jeté ma gourme sur l’acné, si on peut dire. Pause didactique : Cette expression, « jeter sa gourme », si elle s’utilise aujourd’hui comme « jeter son dévolu sur », c’est uniquement parce que plus personne ne sait ce que ça veut dire ! C’est passé dans le langage courant par pure ignorance de ce dont on cause.
En effet, il est impossible de jeter sa gourme SUR quelqu’un ou quelque chose : la gourme est une maladie infectieuse bénigne et médiévale que les antibiotiques et l’hygiène ont chassé des pays occidentaux, et qui donne d’horribles pustules, comme l’acné, en pire. Elle affecte surtout les garçons (et les jeunes chevaux aussi : le streptocoque responsable ne fait pas la différence) et s’élimine habituellement après la puberté.
Jeter sa gourme, à l’origine, signifiait donc pour un garçon « devenir un homme ».
D’où l’utilisation de l’expression dans le cadre du déniaisement par le sexe, lorsque l’adolescent jette son dévolu (par exemple) sur une quelconque poufiasse qui passe par là, et qui ne sera pour lui que le moyen de dire « Je ne suis plus puceau ». Pour les filles, on dira plus poétiquement « jeter son bonnet par-dessus les moulins à vent », ce qui n’a rien d’une maladie infectieuse, on en conviendra.
Les problèmes de peau sont une plaie. L'inverse est vrai aussi, d'ailleurs, mais là n'est pas la question. Je n'en ai pas tant que ça, mais beaucoup de gens en ont trop... Moi j'ai juste quelques boutons de temps à autres : A Paris, une peau un peu trop sèche ou un peu trop grasse est vite agressée. Un beau jour, on m'a parlé de ce nouveau produit (et je commence à parler comme dans une publicité, je sais)...
Je ne citerai pas de nom. Quelqu'un m'a dit que c'était "vachement bien". C'est un de ces liquides bleus (ils sont invariablement bleus ou transparents et sentent vaguement le parfum, alors même que le principe actif quel qu'il soit n'est pas coloré et est inodore, sans doute pour que ça ait l'air plus efficace) dont l'on imbibe une ouate quelconque pour s'en humecter la face plus ou moins généreusement, sans frotter ni rincer.
J'ai mis la main sur diverses bouteilles de ^produits du même métal (si j'ose dire) et comparé les prix et les compositions... Certains sont avec alcool, sans alcool, d'autres ont des tas de produits chimiques ronflants simplement pour dire qu'il s'agit d'un dérivé de savon, d'autres sont plus parfumés que pharmaceutiques, mais tous sont surtout de l'eau : normal pour une telle solution qui doit simplement s'évaporer et assécher la peau.
Mais le produit miracle dont je parle, de quoi est-il fait ? Qu'est-ce qui a sauvé la peau du visage de mon ami et, sans doute, des générations de jeunes acnéiques ? Quel est l'ingrédient ultime, la solution géniale ? Je vous le donne en mille : "Composition : Acide acétylsalicilique, eau". De l'aspirine. Et encore, très diluée. Alors, est-ce que c'est l'effet placebo, ou même tout autre chose chez ce type qui a tout arrangé ?
Un changement de produit, la prise d'un autre médicament, une hormone en plus ou en moins, l'absence d'un allergène, une réduction du stress ou une variation de l'humeur, un changement alimentaire, un temps plus humide ou plus sec, plus chaud ou plus froid, une peau qui vieillit, l'opération du Saint Esprit (qui sait, c'est peut-être l'eau de Lourdes...), tout ça aurait bien pu jouer... Et l'a sans doute fait.
En attendant, si ça marche...










