Parce que quelqu’un que je ne nommerai pas m’a reparlé, en commentaire, d’Amélie Nothomb et termes élogieux, je republie ce billet du 30 juillet 2006 histoire de remettre les pendules à l’heure en ce qui concerne cette faiseuse d’esbroufe. Amélie Nothomb, c’est la paresse intellectuelle, ça se lit vite, très vite, et ce n’est pas exigeant. Rien de mal à ça, mais croire que c’est une grande auteure serait une erreur…Allez plutôt lire la parodie qui en a été faite, parmi d’autres, dans Et si c’était niais ? de l’excellent Pascal Fioretto !

Mes lecteurs assidus (Si, si, il y en a ! Je vous ai vu, là, derrière... N'ayez point de honte !) se souviennent peut-être d'un billet sur Amélie Nothomb. Je l'avais mise, guidé par un infâme préjugé, dans la rubrique "les auteurs qu'on n'y arrive pas". C'était un grand tort, je l'en ai retiré et je me suis excusé pour cette faute inqualifiable : on ne critique pas sans avoir lu. C'est vrai, ce serait trop facile, et puis c'est d'un commun : tout le monde le fait.

Eh bien là, dans la liste, elle y retourne et elle y reste. Elle en prend pour longtemps. Parce qu'entre temps, je suis tombé sur son premier roman, intitulé "L'hygiène de l'Assassin". Et je l'ai lu. Ah, la sale péteuse plus haut que son cul. Ah la grosse pouffe imbue. Ah la connasse de première. Ah la gourde mal baisée. Ah, la radasse suintante de fatuité. Ah l'indicible mocheté pleine de la bave académique des crétins cultivés. Quelle erreur, ce livre.

Peut-on vraiment juger un auteur sur son premier roman ? Certains diraient "peut-être pas". Un premier roman, c'est toujours plus mauvais, et c'est toujours trop personnel : il permet plus d'indiscrétions sur l'individu que sur l'auteur, qui n'est pas encore "formé". Voit-on les performances du grand marathonien à son premier sprint ? Oui et non. Les plus grands promettent dés l'enfance, comme d'autres se bonifient avec le temps.

Mais j'affirme que l'on peut voir à son premier livre si l'on aime un écrivain. Un livre, un seul, et à fortiori le premier, c'est tout ce dont dispose le lecteur pour faire son choix. C'est un fait : il n'y a qu'avec ça qu'on peut décider si l'on va prendre de son temps et de sa personne pour lire le reste. C'est le premier livre qui doit convaincre l'éditeur et les lecteurs du talent de l'auteur, de sa "solvabilité stylistique". C'est un examen, quoi.

Si on déteste, on ne va tout de même pas se forcer : Il y a tant de livres dans le monde, personne ne peut tous les lire, si en plus on ne devait lire que ceux qui sont chiants... Et je trouve que c'est un excellent test, justement parce qu'il paraît injuste à ceux qui ratent. Or, le premier roman d'Amélie Nothomb a raté, du moins à moitié. Je dis ça parce qu'elle vend, qu'elle plaît, qu'elle publie, qu'elle passe à la télé... Bref, elle a fait école, inexplicablement.

Moi, je trouve qu'elle a fait tout ce qu'il ne faut pas faire dans son premier livre. D'abord, c'est une logorrhée sans fin dans laquelle elle étale sa culture. Oui, elle a fait ce que MOI je fais à longueur de temps dans ce blog, mais étendu à un seul sujet sur plus de 200 pages. Un unique éditorial, une interminable humeur, un robinet de bile qui ne sait pas s'arrêter. On dirait la version intello de Charlie Hebdo. A la longue, c'est lassant.

Comme de bien entendu, elle émaille son œuvre de tous les poncifs et de leur contraire. On ne se laisse pas prendre au jeu : ce ne sont pas les protagonistes qui pontifient, on voit bien l'auteur déblatérer au travers. Elle croit se déguiser derrière ses marionnettes, choses unidimensionnelles qu'elle appelle "personnages". Ils sont plats, prévisibles, peu creusés (même l'assassin éponyme, la grosse Tach, le Prétextat futile au roman)

Lesdits personnages ne sont qu'une accumulation de symboles à peine liés par un nom ou une fonction, des archétypes simplistes, irréels, que la Nothomb croit sans doute élégants. Pourquoi, je vous le demande ? Péché d'orgueil. Cela se voit, elle croit que ce qu'elle a à dire est plus important que ses personnages. J'aurais pu dire "pourquoi pas", mais là, elle croit aussi que ce qu'elle déblatère peut remplacer l'histoire.

Son propos n'est pas un récit, ni une histoire, c'est une vague trame squelettique qui articule les considérations prétentieuses d'Amélie Nothomb, précieuse ridicule, sur l'écriture et la lecture. C'est un essai à peine déguisé sur l'art d'écrire. Il y a quand même un gros problème : c'est son premier roman, elle ne sait donc pas du tout comment écrire, elle n'en a qu'une vague idée issue du milieu plein d'illusions de la fac.

Elle n'y connaît strictement rien, à ce processus, puisque c'est la première fois qu'elle passe par là. Maintenant, je ne sais pas, elle doit s'en repentir, mais au moment où elle a écrit cette bouse, la petite Amélie confondait littérature et écriture, universitaire et classique, académique et talentueux. Son style est fluide et travaillé, son roman fait la longueur réglementaire, il y a peu d'incohérences, du rythme... Et rien d'autre.

Elle ne connaît de l'écriture que l'idée, la mécanique théorique, n'ayant jamais mis ses mains dans le cambouis. Son truc, là, c'est trop léger et trop arbitraire pour être une thèse, et trop lourd pour être un sketch. Ou alors un sketch très long qui s'adresserait uniquement aux professeurs de français. C'est de l'érudition, de l'étalage, des figures de style, de l'esbroufe, de jolis petits paquets de coïncidences narratives et des "punch lines".

Mais ça n'est pas de l'écriture. C'est quelqu'un qui se fait mousser tout seul. C'est masturbatoire. Et je m'y connais. En bref, c'est de la fabrication, pas de la création. C'est comme comparer une toile de maître avec la même quantité de toile et de pigment mis dans un mixer et transformés en bouillie. Comme comparer un chien vivant avec un chien mort reconstitué à partir de morceaux de cadavres : il y manque quelque chose !

Histoire de parler un peu du livre lui-même (il le faut bien, on serait capable de m'accuser de ne pas l'avoir lu, bien que ce soit assez chiant d'y revenir), sachez que c'est l'histoire d'un prix Nobel de littérature soi-disant génial que personne ne lit (comme tous ces gens là, et sur ce point, Amélie Nothomb est percutante, mais ça ne la sauve pas) qui a commis un meurtre il y a belle lurette, et qui va crever bientôt.

Ce meurtre, il l'a lui-même raconté dans un de ses romans, inachevé, et tout le monde n'y a vu que du feu. Comme sa mort est proche et qu'il est à la fois immonde, reclus et plus grand que nature, des journaleux vont successivement l'interroger. Et ce jusqu'à ce qu'une femme (évidemment) qui l'a vraiment lu (évidemment) et percé à jour (évidemment) le force à avouer, à ramper... Puis elle le tue et devient son avatar.

Fantasme de l’auteur qui s’y croit… « Oh, regardez comme je suis profonde ! » Dit la petite Amélie alors qu’elle (enfin, son personnage dans le livre) tue le mâle Prix Nobel phallocrate hargneux et tueur d’une femme innocente… « Je suis meilleure que les grands écrivains ! » dit-elle en détruisant l’homme de paille qu’elle a fabriqué de toutes pièces. Sa victoire sans péril sur un punching-ball plat et irréaliste ne m’impressionne pas.

Je dirais bien que la fin est bancale, à côté de la plaque, mais comme le début est mou, donneur de leçons et prévisible, on ne peut décemment pas être déçu par une fin pareille. C'est trop téléphoné pour être vrai, et la quantité invraisemblable de petites saillies dans lequel tout ça marine n'a bien souvent rien à voir avec la choucroute. Digressions ? Non. Diversions et dilutions, oui ! Un exercice scolaire et froid, sans originalité.

Et Amélie Nothomb croit sans doute avoir pondu un classique. Voilà ce que donne l'intelligence sans talent, une intelligence pourtant (de toute évidence) pénétrante, sans rien d'autre pour s'accoupler qu'une imagination chétive : un mariage bien stérile, et des coïts bien ternes. Je ne voulais plus croire quand on me disait "La Nothomb, intello mal baisée qui s'est faite une culture asociale à cause de son physique ingrat..."

A la lire, à la voir et à l'entendre parler à la télévision, je suis forcé de me rendre à l'évidence. Elle mérite son surnom d'Amélie Gros Thon. Et elle en souffre, d'où son excès d'orgueil. Elle en pue, le thon. Réaction classique de qui se sent rejetée et frustrée à souhait. Et pour son coup d'essai, vous savez où elle peut se le mettre, si je puis paraphraser les classiques (elle le fait mieux que moi). C'est un roman "moi-je".

Le premier roman est toujours personnel : ça n'a pas loupé. Elle n'a pas résisté à la tentation, toujours présente, de se gargariser d'elle-même, d'écrire pour écrire, d'écrire sur l'écriture, ou du moins sur l'idée préconçue qu'elle s'en fait... Je ne puis souffrir cette lâche méthode, et je pourrais ne pas tarir d'adjectifs bas et avilissants à déverser sur ce genre de pratique littéraire, si je n'étais point limité par la langue française.

Comment ! C'est la plus grande des trahisons ! La différence entre le billet qui se gargarise de grands mots et l'écriture, la vraie, la Création, c'est justement ça : Un Vrai Auteur n'écrit pas pour se satisfaire, pour son plaisir, pour l'épate, en dilettante, pour la gloire ou l'argent, même si cela peut entrer en jeu de manière secondaire. Il écrit parce qu'il en a BESOIN, comme de manger et de respirer, comme un peintre peint.

Un écrivain véritable ne se la joue pas, il ne donne pas de leçons, ça c'est l'affaire des éditorialistes et de ceux qui bloguent dans les coins. Il écrit pour son histoire, il écrit pour son lecteur. Le premier livre d'Amélie Nothomb n'intéresse donc que ceux qui se trompent eux-mêmes : ceux qui ne l'ont pas lu ou qui n'y ont rien compris, mais qui trouvent ça génial parce que c'est rythmé, facile, et qu'il y a des mots compliqués.

Parmi eux, la cohorte des féministes forcené(e)s qui crient au génie dés qu'une vieille fille moche qui ne baise pas prend sa plume pour écrire des mots de plus de trois syllabes. Ajoutons les intellectuels moisis, les étudiants naïfs, les littérateurs cons et les gens de la gauche-caviar. Et les jeunes gothiques, aussi. Autant dire, personne d'important. Comme Max Gallo et Marc Levy, ça se vend parce que c'est de la soupe, même si ça ne se lit pas.

Tout au plus ce livre aura-t-il eu le mérite de ne pas m'indifférer plus de dix minutes, un record pour de la crotte. Sans doute ma curiosité morbide.

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