Dans ce billet du 11 février 2006, je ne parle pas tant d’une expression que d’un comportement qui m’agace… Cette facilité de conversation qui consiste à citer Guitry ou Wilde sans avoir lu l’auteur, parce que c’est facile et drôle, c’est un peu comme ce latinisme dont je parle, utilisable même lorsqu’on ne sait pas trois mots de latin. C’est voler à d’autres l’esprit que l’on n’a pas : le moyen de refléter la lumière, mais certes pas de briller, ou alors seulement de façon superficielle !

Je passais sur un Blog, un beau jour, ou peut-être une nuit... C'est un Blog que j'apprécie beaucoup, fait par une personne que j'apprécie tout autant si ce n'est plus, soit dit en passant. J'y ai vu une expression qui me hérisse le poil: Mutatis Mutandis. Un latinisme distingué et peu connu qui signifie littéralement "en changeant ce qui est changé" et qui se traduit par "en changeant ce qui doit être changé". Vérifiez vos pages roses du Larousse...

Il est très très rare qu'on emploie cette expression correctement. La, ça va à peu près... Mais je l'ai tellement entendue prononcée par des cons que maintenant, elle est pour toujours associée à une réaction allergique chez-moi. En effet, il y a une minorité de peignes-culs, divisés en cliques de pseudo-philosophes (souvent des étudiants et des professeurs de philosophie) qui s'autocongratulent et se masturbent avec cette expression particulière.

C'est un passe-partout : Vous avez trouvé une comparaison drolatique à la Wilde, vous dites "telle chose est comme telle autre, mutatis mutandis, bien sûr..." et tous de saluer le trait d'esprit parce que vous avez utilisé le latin sans faire de pause dans la conversation. Vous avez trouvé une comparaison boiteuse ? Pas grave, ça marche aussi, de la même manière : comme c'est "en changeant ce qui doit l'être", ça passe !

A l'extrême de la mode de cette logorrhée, on obtient des perles de contresens. Des comparaisons et parfois même des métaphores (stylistiquement audacieux dans une conversation, ils ont dû les préparer avant...) d'une si abyssale absurdité qu'on se demande ce qu'elles foutent là. Que ces gens s'écoutent parler, c'est une chose, mais qu'ils comprennent au moins ce qu'ils racontent, ça devrait être le minimum...

C'est la porte ouverte à toutes les simplifications... Adolf Hitler c'est Franklin Roosevelt, mutatis mutandis... Cary Grant, c'est Saint Sébastien, mutatis mutandis... Tant qu'on y est, un éléphant c'est un croûton de pain, ma concierge c'est le Pape et moi je suis Greta Garbo, en changeant ce qui doit l'être. C'est incompréhensible parce qu'il n'y a rien à comprendre, mais personne ne pose la question de peur de passer pour un con.

Un tel lieu commun colonise donc allègrement les conversations intellectuelles qui se veulent brillantes, camouflant le manque de talent et d'esprit des métaphores débiles et des comparaisons ineptes par un petit rajout, une espèce de queue... C'est un membre vestigial difforme qui rallonge les phrases qui n'en ont pas besoin ; c'est une béquille qui pousse celles qui ne mériteraient pas d'être dites.

La répétition devient lancinante et insupportable dés que vous fréquentez un peu ces cuistres (et j'évite au maximum, mais il y a des jours ou on ne choisit pas). Guitry, Wilde et Pratchett, eux, ont le talent de se rendre compréhensibles et de métaphoriser à bon escient, et ce n'est pas si facile: Ils devraient peut-être réviser un peu. Pour qualifier les usagers de cette expression, voilà un autre latinisme distingué : Asinus asinum fricat.

L__colier__le_p_dant_et_le_ma_tre_d_un_jardin