Ce billet, publié le 4 décembre 2005, s’inspire librement d’une recette de bonbons à l’arsenic de l’univers de Terry Pratchett, le Disque-Monde… Grand succès pour Halloween. Faire ses propres bonbons, c’est long, mais ça évite à ceux qui sont adeptes de la traçabilité et du bio de se retrouver à manger des cochonneries. Et, à l’arsenic, ça fait des écolos et des enfants de moins ! (insérez rire dément n°57)

Les additifs alimentaires sont, de nos jours, une chose merveilleuse... Je dis ça parce qu'ils sont chimiques, synthétiques, traités et comestibles (au moins un peu), et que ça évite d'emprunter à la nature quelques unes de ses parties les plus dégoûtantes et les plus abjectes.

Saviez-vous par exemple que le rouge des bonbons haribo (et autres) était issu de la cochenille, une sorte de chenille rouge (sans blague), mais qu'il est de nos jours traité, purifié et amélioré en laboratoire ? Qu'on emploie encore comme aphrodisiaque la cantharide, ou "mouche d'Espagne", un insecte bleuâtre, pilé ?

Encore plus fort, on a utilisé l'arsenic au XIXe siècle comme colorant, non seulement pour les vêtements et les objets, mais pour certains aliments ! Et pourquoi s'en priver ? C'est vrai que c'est un si joli bleu-vert. Et depuis le temps qu'on l'utilise, les polices du monde entier la connaissent très bien.

Rappelons à ceux qui ne le sauraient pas que l'arsenic est un poison mortel pour l'homme et à peu près tout ce qui vit, et que c'est un minéral parfaitement naturel, tout comme le plomb, un autre poison. Comme ce n'est pas une toxine biologique, ses funestes propriétés ne sont pas détruites à la cuisson.

Voici une recette de bonbons à l'arsenic que vous pourrez essayer chez-vous... Du moins si vous arrivez à trouver de l'arsenic. Certains artistes peintres s'en servent encore, m'a-t-on dit, et c'est un produit courant dans l'industrie chimique. La pollution à l'arsenic cause d'ailleurs pas mal de dégâts humains.

Si vous ne trouvez pas, remplacez l'arsenic par du colorant vert, moins naturel, certes, mais bien moins fatal !

Bonbons à la menthe et à l'arsenic

Ingrédients:

– 400 g de sucre
– 5 cuiller à soupe de glucose liquide (sirop de sucre)
– 250 ml d'eau
– 1/2 cuiller à thé de crème de tartre
– 1/2 cuiller à thé d'huile de menthe poivrée (ou d'arôme menthe poivrée)
– quelques gouttes d'arsenic (a remplacer par du colorant vert, bien entendu, pour m'éviter des ennuis avec la police. Sérieusement, ce n'est pas comme le sel ou le poivre, hein, c'est mortel. Oubliez l'arsenic...)
– de l'huile... pour huiler.

N.B. : La crème de tartre (parfois tartrate acide de potassium, tartrate monopotassique, bitartrate de potassium ou hydrogénotartrate de potassium), poudre blanche sous-produit de la fabrication du vin, est employée en pâtisserie comme agent levant, pour stabiliser les blancs d’œufs, et, ici en confiserie, pour empêcher ou retarder la cristallisation du sucre. On la trouve dans les épiceries anglo-saxonnes, mais, en Europe, vous la trouverez plus souvent en pharmacie.

Accessoires:

Une poêle, une plaque chauffante, un thermomètre à sucre, des surfaces (des plaques de four sont idéales pour laisser durcir vos bonbons), deux assiettes et des récipients divers, des ciseaux, une pelle à tarte, une spatule en métal ou, idéalement, un couteau d'artiste peintre.

Préparation:

Huilez deux grandes assiettes et réservez.

Mélangez le sucre et le sirop de sucre dans une poêle dotée d'un rebord (une poêle pour déglacer les viandes et faire les sauces est idéale).

Ajoutez l'eau et touillez à feu doux jusqu'à ce que le sucre se soit dissout.

Ajoutez la crème de tartre, portez à ébullition et continuez de faire bouillir jusqu'à ce que le sucre ait atteint une température de 140°C (utilisez le thermomètre à sucre).

Vous pouvez tester le mélange en en lâchant quelques gouttes dans un bol d'eau glacée, le mélange devrait devenir friable.

Retirez la poêle du feu et ajoutez la menthe poivrée.

Divisez le mélange à parts égales sur les assiettes (attention, c'est très très très chaud !).

En utilisant un couteau pour artiste huilé au préalable, ajoutez le colorant vert (et c'est le moment de ne pas ajouter la moindre quantité d'arsenic quelle qu'elle soit) sur une moitié du mélange (c'est à dire une assiette), en tournant bien pour distribuer la couleur partout.

La préparation doit maintenant reposer jusqu'à ce qu'elle soit suffisamment froide pour être manipulée.

Profitez-en pour huiler les instruments dont vous aurez besoin pour la suite : les ciseaux, et les surfaces sur lesquelles vous travaillez, et celle sur laquelle vous allez laisser durcir les bonbons.

Huilez vos doigts (idéalement, huilez vos gants en plastique fins), puis faites un long "boudin" à partir de chaque assiette, et allongez-les en une espèce de ficelle épaisse.

Vous devriez avoir deux boudins tièdes de mélange sucré, dont un seul est coloré en vert.

Surtout, travaillez vite...

Entortillez les deux ficelles ensemble, et découpez de petits bouts réguliers avec une paire de ciseaux huilés, toujours dans le même sens.

Laissez durcir les bonbons, puis enveloppez-les individuellement dans du papier ciré, ou tout autre type d'emballage qui n'adhère pas à la nourriture.

Se conserve à l'abri de l'air dans une boite en métal.

Et surtout, à aucun moment dans cette recette ni dans aucune autre préparation culinaire quelle qu'elle soit vous ne devriez inclure de l'arsenic, parce que c'est vraiment très très fatal, et que même à petite dose c'est dangereux. Bon appétit !

I_m_not_a_Brewster