Dans ce billet du 13 octobre 2005, si vous faites très très attention, je parle un petit peu de ma vie privée…

Jusqu'ou va la recherche mystique d'un simple être humain ? Jusqu'à la mort, jusqu'au bout et jusqu'à plus soif, sans rime ni raison. Pour preuve je veux citer les guerres de religion, les persécutions de l'antiquité à nos jours, les suicides collectifs et, bien entendu, les fondamentalistes des trois religions du Livre (Il est des juifs intégristes qui valent bien les ouailles de St Nicolas du Chardonnay et les Imams pro-haine).

Je ne vais pas commencer à critiquer la religion dans les détails, qu'il suffise au lecteur de savoir que, si j'admet qu'il existe peut-être un Dieu (à savoir le concept de la cause première, encore que les dernières recherches fondamentales en physique commencent à me faire douter du sens même de la question), je n'ai pas encore trouvé de religion qui ne divise pas le monde en bien et en mal. Et ça, je le fais bien sans aide.

Mais j'ai eu, comme tout un chacun je pense, une phase hautement mystique. Certains l'ont dés le plus jeune âge, d'autres se posent à vingt ans de nombreuses questions sur le paranormal, certains, même, tenaillés par la peur de mourir ou le démon de midi, se tournent vers l'occulte à plus de quarante ans.

Freud avait expliqué le fait de s'en remettre à la magie, quelque chose d'imprévisible et de supérieur...

Dans Psychopathologie de la Vie Quotidienne, il s'agit d'une déresponsabilisation de l'individu : Par un rituel propitiatoire (c'est à dire, pour ceux qui baillent dans le fond, une prière, une cérémonie ou un sacrifice, dans le but d'attirer la chance, d'éloigner les malheurs, ou un événement spécifié), les participants s'absolvent : si ça ne marche pas, ce n'est pas de leur faute, donc pas de culpabilité.

La tentation est grande de s'en remettre à un hypothétique supérieur, même pour les plus intelligents. Pourquoi croyez-vous que l'image prépondérante des divinités supérieures de tous les panthéons soit celle d'un père barbu et colérique, ou d'une mère archétypale, belle et ronde ? En tout cas, c'est une chose de croire en Dieu, c'en est une autre de gober n'importe quelle sornette. Voyez ces quelques exemples :

Aujourd'hui, les sorciers et sorcières sont très à la mode, surtout depuis Buffy et Harry Potter. C'est plutôt sympa, et je n'ai aucune objection à ce que les petites filles s'abonnent à WitchMag ou à ce que les plus grandes se mettent à étudier plus avant les hypothèses païennes. Le problème ce sont les rituels. La formulation des prières m'indiffère, mais dans la pratique, on nage dans l'absurdité...

Songez-donc que la sorcière wicca gardnérienne doit faire un cercle sacré et avoir des accessoires spécifiques et bénis (un couteau ou Athamé, un bol, un pentagramme...), dépensant donc de l'argent et du temps à tenter de se concilier le sort par ce qui n'est rien d'autre qu'une invocation, au pire une prière sophistiquée pleine d'éléments physiques.

Les païennes de cuisine s'en sortent à peine mieux : elles n'achètent pas la cornucopie occulte de leurs sœurs plus clinquantes et font leur magie à la bonne franquette. Encore faut-il y croire, à ce que brûler telle ou telle couleur de bougie ou planter des aiguilles dans une poupée puisse être efficace à distance. D'ailleurs tous les livres de wicca spécifient que "Les sorts marchent rarement", et pourtant ça se vend.

Vous croyiez les spiritualités orientales à l'abri de telles billevesées ? Si c'est le cas vous étiez bien naïfs. J'ai eu vent par un ami de ce qu'on enseigne dans certains cours d'arts martiaux. Le ninjutsu, notamment, attire par son côté "je vais devenir un ninja", et, comme avec tous les autres arts martiaux, il faut s'y consacrer pleinement, avec sérieux, concentration et précision. Jusque-là, quoi de plus normal, me direz-vous ?

Eh bien quand le senseï, un prof de sport glorifié, raconte des trucs du genre "si vous vous concentrez sans cligner de l'œil pendant longtemps, vous aurez les yeux qui piquent : c'est l'énergie Ki à l'intérieur de vous qui vous brûle", alors je me demande vraiment comment qui que ce soit peut encore lui accorder la moindre once de crédit. Mais, il faut respecter le maître, c'est la base de tout... Ce qui m'amène au point suivant.

Ces histoires de maître et d'apprentis, c'est intéressant, mais un maître est aussi là pour expliquer. Or, trop souvent, l'obéissance aveugle remplace les explications, même nébuleuses. Dans une "vraie" école d'arts martiaux, c'est à la guerre comme à la guerre : des gestes répétés jusqu'à plus soif font un bon entraînement mais aussi un bon endoctrinement, par la fatigue et le châtiment.

Sans compter (on m'en a raconté, et de drôles) des démonstrations très dramatiques de la "force à distance" pour repousser les ennemis, naturellement faites avec une assistante... Et les petits détails comme "pour votre voyage à l'école de Ninjutsu, donnez-moi l'argent en liquide, ce sera plus simple..." mettent tout de même la puce à l'oreille, non ? Enfin, c'est comme la lévitation et le Yoga, personne n'y croit, tout de même !

Encore un exemple de crédulité toute pure, qui s'exerce cette fois chez des hommes (et pas mal de femmes) de tous les âges, mais principalement d'âge qu'on dira respectable, ou mûr. Il s'agit (vous l'attendiez tous, je suppose) de la Franc-maçonnerie. De bonne source, j'ai eu vent de certains rituels. Le côté ésotérisme à quatre sous du XIXe siècle ne dérange absolument pas les "officiers" : le ridicule ne tue pas.

C'est surtout, pour beaucoup, un prétexte pour faire des affaires et rencontrer les "bonnes personnes", se retrouvant autour d'une table et d'un bon repas, entre mecs, après quelques simagrées sur un pied avec épées et tout le tremblement. Comme d'habitude, la symbolique maçonnique est simplement une façon archaïque de voir le monde et de l'expliquer:

On y retrouve le concept des quatre éléments présents en toute chose (peu importe le fait qu'on connaisse l'existence des atomes...), des chiffres chanceux et de la puissance des signes et des noms pour influencer la réalité (mais bien sûr...), d'une volonté créatrice au commencement de l'Univers (le Grand Architecte)... Bref, de quoi s'habiller pour l'hiver. Et lorsqu'on fait un rituel, on y croit vraiment, au psychodrame.

D'ailleurs, à propos de vêtements, en voilà encore une, de combine : Les cotisations, les tabliers, les accessoires, les oboles et toutes ces sortes de choses, c'est payer bien cher le service nébuleux que rend cette société secrète. Mais tout le monde veut faire partie d'un groupe d'initiés... Rien que pour dire "moi, je connais la Vérité" ou encore "moi, je suis avec eux", ou "moi je suis dans la bande machin, celle qui va bien".

C'est pourquoi toutes ces associations, des kabbalistes aux francs-maçons en passant pas les gays et les karatékas, s'inventent des légendes : Les Maîtres du kung-fu, les grands rabbins magiciens, les gens célèbres qui ont supposément été francs-maçons ou pédés... Tout ceci concourt à donner un vernis de respectabilité à ce qui n'est en définitive pas si différent des sectes, en peut-être moins dangereux.

Après-tout, c'est le même principe, comme pour les astrologues, les marabouts et peut-être les psychiatres : contre une certaine somme d'argent, on vous fait prendre des vessies pour des lanternes. Et ça peut aider certaines personnes, je le pense sincèrement, en plus de donner quelque chose à faire un samedi soir. Mais en ce qui me concerne, sans être sceptique professionnel, faut pas me prendre pour un con de base.

Charles_attend