Ce billet, bien que publié le 24 Août 2005 alors que j’étais célibataire, n’est pas vraiment personnel, mais je l’aime bien tout de même…

Arrive un moment ou il faut parler cœur. Et quand je dis cœur, je veux bien entendu dire cul. Il faut bien le dire, dans notre porno-culture sponsorisée par le Loft, cœur et cul vont ensemble comme... eh bien comme cul et chemise. Fi donc de pudibonderie (comme si j'en avais eu au départ) et embrayons sur une humeur longue et douloureuse sortie tout droit des collections pour midinettes de chez Harlequin...

Lorsqu'on est célibataire (surtout depuis peu) et qu'on n'a pas envie de le rester, on le fait savoir à ses amis. Ou bien ils ont des élans généreux et ne vous laissent pas en paix. Les copains, les parents, les relations, toutes ces personnes soucieuses de votre bien-être vous présentent des conjoints potentiels. Alors commencent de véritables olympiades, ou l'on vous proposera, pour peu que vous soyez un peu populaire, rendez-vous après sorties pour vous présenter l'homme ou la femme idéal(e).

Les rencontres s'effectuent dans trois types de circonstances, trois "présentations", trois champs de batailles, parcours du combattant semés d'embuches... Sachant que de toutes façons, il y aura quelque chose qui clochera. Autant vous y faire tout de suite, vous aurez passé une sale journée, vous aurez un rhume, vous ferez une bourde, vous aurez oublié, vous serez mal fagoté, etc.

La première présentation, la moins dangereuse, c'est votre terrain. On vous donne un numéro de téléphone ou une adresse, et vous vous débrouillez. L'avantage c'est que vous pouvez partir quand vous voulez sans avoir à assumer le regard des autres, et planifier votre rendez-vous comme vous l'entendez. Mais vous êtes seul, sans information, avec (surtout après une rupture) une confiance boiteuse et des techniques de drague rouillées. Le pire danger qui vous guette ne se situe pas pendant mais après la rencontre : Si ça se passe mal et que votre soupirant(e) est d'humeur volubile, les rumeurs sur votre compte iront bon train. Ne riez pas, ça arrive plus souvent que vous ne le croyez ! Pas de témoins, pas de démenti.

La deuxième introduction, privilégiée par les sournois qui vous présentent des gens à votre insu, est une occasion quelconque à laquelle vos amis vous ont invités tous les deux, vous et M/Melle X. C'est souvent juste histoire de voir, en manière d'expérience… ce qui est peut-être pire. L'avantage, c'est que vous pouvez parler à quelqu'un d'autre si la personne vous ennuie, puisqu'il s'agit souvent d'une fête avec d'autres invités. L'inconvénient, c'est que vous allez devoir composer avec tout le monde pour ne pas paraître grossier ou accaparant. Le pire danger reste que vous ne vous rendiez même pas compte qu'on vous a invité dans un but précis et que tout tombe à l'eau, avec plus ou moins de discrétion selon le nombre de personnes au courant.

La troisième rencontre est de loin la plus terrifiante. Il s'agit d'un dîner arrangé juste pour vous, avec rien que vous, l'autre, et le ou les marieurs improvisés. Vous êtes préparé, briefé, pomponné, avec trois plans d'attaque et deux hauts de rechange... Et bien entendu vous êtes scruté, observé, et nerveux jusqu'à l'os à force d'être sur le grill. L'autre en sait exactement autant que vous et est tout aussi mal à l'aise. A moins d'un miracle, le naturel est chassé de cette soirée sans espoir de retour, au pas, au trot ou au galop. Qui plus est, si ça se passe mal, vous n'avez aucune échappatoire : Vous devrez finir cette soirée avec une personne que vous n'appréciez même pas, avalant la couleuvre pour sourire aux copains.

Et puis il faut voir qui l'on présente, voyez-vous... C'est dans cette situation anodine et néanmoins périlleuse que la Galerie des Monstres fait son entrée. Lorsque les intercesseurs impénitents font bien leur travail et filtrent l'inévitable lie des carnets d'adresses, on évite des fiascos du style "Ah, mais entre temps j'ai retrouvé quelqu'un !" ou bien "Pas intéressé, pas prêt, pas au courant..." Ou encore "Je t'ai pas dit ? Je suis recherché pour trafic de drogues dures..." Mais malgré tout, ça arrive.

Hormis tout cela, les amis, à moins que vous en ayez qui vous connaissent vraiment par cœur, vous présentent trois genres de personnes. Si, si, il n'y a que ces trois genres là, ça ne fait pas un pli. A la limite, les mélanges sont possibles, mais c'est rare. Il n'est pas impossible d'y trouver le Merle Blanc, et il est rare qu'on y trouve de grosses vaches, mais la plupart ne sont que des pis-aller... Pour faire court, on utilisera ici le masculin, mais il est évident que l'équivalent existe pour l'autre sexe.

Le premier type, c'est le coureur. Et qu'on me pardonne de ne pas ajouter "cycliste" ou "automobile". En général il se présente de lui-même, ou c'est à sa demande qu'on vous présente mutuellement. Il n'est là que pour une chose et il a l'habitude. Les amateurs/trices se laisseront faire, les autres en voudront à leurs amis de les considérer comme des mal baisé(e)s... Mais au fond, ne dit-on pas que le meilleur moyen de se remettre d'une rupture est d'enchaîner sur une passade ?

Le deuxième, c'est le clone. Il est plus courant encore, il y en a partout. Eh oui, vos amis, croyant connaître vos goûts, vous présentent la réplique presque parfaite de votre ancien conjoint. Evidemment, si vous êtes resté(e) quelques temps avec lui ou elle, ce n'était pas pour rien... Mais avouez que c'est quand même en remettre une couche, pour ne pas dire remuer le couteau dans la plaie ! Pour les plus émotifs, vous risquez le transfert psychologique, à fondre en larmes ou à vous énerver contre l'autre qui vous rappelle trop quelqu'un... Surtout si la rupture est fraîche.

Arrive une rencontre du troisième type. Elle porte bien son nom : il s'agit du désespéré. Vous n'aviez peut-être pas pensé à ça, mais vous n'êtes pas le ou la seul(e) à vous morfondre en célibataire. En voilà un autre comme vous, déprimé, que des andouilles essaient de caser. Il se trouve juste que vous avez des amis communs. Au mieux ça peut coller, mais la personne est sans doute encore plus bas que vous, ou seule depuis plus longtemps. Au pire vous vous lancerez dans une mémorable beuverie en crachant sur vos ex, et ça vous fera un(e) ami(e) de plus...

En bref, une belle série de désastres en perspectives. Pourquoi y croire ? Parce que parfois ça marche, et que plus on rencontre de gens et plus on a de chances de tomber sur la bonne personne... Enfin, statistiquement. Et puis, ça leur fait tellement plaisir, aux copains. Toutes ces péripéties ne feront que dresser dans votre tête une série de questions telles qu'on en trouve à la fin des romans-photos...

Ou se cache donc l'être suprême, parfait, incroyablement beau et intelligent, et qui baise comme un Dieu ? Allez-vous devenir un accro du web, vous tournant vers les messageries roses au risque de passer pour un nul, un pervers ou une nymphomane incurablement romantique ? Allez-vous cesser de chercher, ou du moins faire semblant en crevant d'envie à mater les jeunes gens au supermarché ? Allez-vous (j'ose à peine y croire) renoncer à l'Amour avec un grand tas ? Pardon... Un grand A ?

En fait, la vraie question qui va vous hanter, la voilà : Dans quelle catégorie va vous placer l'autre ?

Harlequin