mardi 27 mai 2008
Pride before the fall !
L’autre jour, en me promenant dans la rue, j’ai vu une petite fille. Vous allez me dire que ça n’est pas très intéressant en soi, et vous aurez raison. Cette petite fille n’avait rien de remarquable : taille ridicule, vêtements roses tout en clichés, queue de cheval et joues potelées, la mère à ses côtés comme un accessoire de mode, un t-shirt à slogan sur son absence de seins…
C’est ce t-shirt qui a attiré mon œil. Il disait « Fière d’être blonde ». Une devise intéressante (surtout pour une petite fille brune…) sans doute destinée à prendre le contre-pied des multiples blagues sur les blondes, en affichant une défiance mal placée. Une tentative d’ailleurs si pathétique qu’elle-même peut être prise pour une blague sur les blondes…
Seule une abrutie serait authentiquement fière d’être née de telle ou telle façon ! Non parce que je ne sais pas pour vous, mais je ne suis pas particulièrement fier d’être brun. Ah, mais, j’en vois qui opposent d’autres arguments… « Il est gay », disent-ils, « Il connaît donc la fierté gay et la marche des fiertés ! ». C’est exact. Et je n’ai jamais participé à la Gay Pride.
Non que je sois contre, bien au contraire : j’approuve toute manifestation destinée à renforcer les droits des gays et les mettre au même niveau que ceux des hétérosexuels. Cependant, je ne pense pas qu’on puisse éprouver de la fierté pour quelque chose qu’on n’a pas fait ! Oh, je suis parfaitement heureux d’être gay. Mais fier ? Eh bien, ce n’est pas comme si j’avais accompli quoi que ce soit…
« Je n’avoue pas que je suis homosexuel parce que je n’en ai pas honte. Je ne proclame pas que je suis homosexuel parce que je n’en suis pas fier. Je dis que je suis homosexuel parce que cela est » disait Jean-Louis Bory en 1975, dans Les dossiers de l’écran… Et c’est frappé au coin du bon sens. Non mais sans blague, est-ce qu’on devrait soudain être fier d’être droitier ou gaucher ?
La comparaison est irrésistible avec ceux qui sont fiers d’être français…
Avez-vous remarqué que ceux qui se disent fiers d’être français sont justement ceux qui n’ont pas lieu de l’être, parce qu’ils sont nés en France ? Pour reprendre le thème d’un billet précédent, au vu de la situation bureaucratique inextricable et des lois iniques en vogue depuis longtemps (et pas seulement récemment !), ce sont ceux qui deviennent français qui ont tout lieu d’être fiers de ce qu’ils ont accompli !
On peut être heureux d’être du pays de Voltaire, pourquoi pas… Heureux d’appartenir à une nation de petites gens qui font de grands rêves, heureux d’avoir un système de sécurité sociale qui marche mieux qu’ailleurs (pour combien de temps encore ?), heureux malgré tout pour des tas de choses que nous, Français, faisons encore très bien… Mais fier ? Mon cul, oui !
Doit-on être fier de mesurer 1m80 ? Plus que de mesurer 1m60 ? Doit-on être fier d’aimer les spaghettis ou les brocolis ? Autre question inévitable : Doit-on être fier d’avoir des origines de tel ou tel pays, plus que d’un autre ? Car la question de la fierté, qu’on a ou qu’on n’a pas, pose la question dangereuse de la hiérarchie des origines…
La fierté, c’est toujours compétitif. On est toujours fier de quelque chose qu’on est le seul à avoir fait. On est toujours heureux de ne pas être quelqu’un d’autre… Un sentiment proche d’un schadenfreude raciste. Personnellement, je suis heureux, mais ça dépend des jours. En revanche, je suis carrément fier de ne tirer aucune fierté futile de ceux qui sont morts avant moi !
C’est ça, le vrai patriotisme, en fin de compte : Ne rien tenir pour acquis, ne rien croire sien de ce qu’on n’a pas fait.
lundi 26 mai 2008
Reform Club...
Les réformes, en ce moment, c’est la folie ! Il y a des tas de réformes nécessaires, et des tas d’autres purement cosmétiques, je suis sûr que vous l’avez remarqué. Les propositions de lois fusent, et les oppositions débiles à ces lois tout aussi ineptes vont bon train… A gauche, à droite, au centre, tout le monde y va de ses termes, de ses petites phrases, de ses gimmicks…
Par exemple, on n’a jamais autant tenté d’amender notre Constitution que de nos jours. Je ne parle pas de changements profonds, que promettaient tous les candidats à la dernière présidentielle (notamment en ce qui concerne le parlementarisme, les mandats…), mais bien d’ajouter encore quelques lignes aux nombreux articles, pour faire joli…
Par exemple, la Constitution risque prochainement de reconnaître les langues régionales comme partie intégrante du patrimoine, tout en conservant le français comme langue officielle de la République. Je pose la question : Mais qu’est-ce que ça fout là ? C’est un truc que tout le monde sait, aucune langue n’est interdite, et mentionner leur existence dans la Constitution ne va rien changer à quoi que ce soit !
Autre proposition ô combien superflue, transformer la mention « République française, laïque, indivisible » en « République française, laïque, indivisible et sociale ». C’est quoi ce mot à la con ? C’est purement cosmétique, et ça peut vouloir dire n’importe quoi. Aucune loi, aucune propriété ajoutée. C’est juste pour faire genre « Regardez, on n’est pas de gauche, mais on pense aux gens ! »…
Ah, mais ce bric-à-brac sert : Les députés, les sénateurs, le gouvernement, les divers conseils, les partis politiques, et, d’une façon générale, tous ceux qui ouvrent leur gueule sans qu’ils n’aient rien à voir à l’affaire… Tout ça donne l’impression qu’ils font quelque chose. Pensez donc : pour amender la Constitution, c’est toute une histoire !
Il faut demander l’avis des chambres, du Conseil Constitutionnel, du garde des sceaux, de la concierge ou de je ne sais qui… C’est une procédure lourde, longue et pas très intéressante. Cela monopolise l’attention de beaucoup de monde et cause des batailles parlementaires complètement inutiles. Voire des polémiques de mauvais aloi. Aucun intérêt.
Le résultat ? Un ou deux mots ajoutés ici et là, sans aucune conséquence… A part des milliards de formulaires à rééditer avec les mots « et sociale » derrière « indivisible ». Comme on l’aime, notre paperasse ! Bien sûr, l'ajout d'un seul mot au bon endroit peut changer beaucoup de choses, mais là, c'est juste pour que tel ou tel lobby ne se sente plus pisser, croyant avoir gagné une guerre.
Comme notre République est de moins en moins laïque, de plus ne plus divisée, et qu'on y parle de moins en moins bien le français, est-ce que l'ajout du mot "social" n'est pas, au fond, un aveu du fait que tout le monde se fiche éperdument du sens de ce mot ? Pour ceux que ça intéresse, une République (Res Publica, la chose publique) est par définition sociale, car comportant plus d'un individu.
Cela me fait penser à l'expression ô combien risible de "démocratie participative", popularisée par Miss Poitou-Charentes et reprise, au mépris total de toute espèce de bon sens et de toute connaissance du vocabulaire, par presque tout le monde... Comme jadis la faute de françaises-français commise par l'autre andouille à la télé, et que tous les imbéciles politisés se sentent obligés de refaire.
Comme disait l'autre, on n'est pas sortis du sable...
dimanche 25 mai 2008
Le retour du Kärcher...
J’ai eu vent que le gouvernement nous préparait une nouvelle ânerie dans le plus pur style « Le monde est dangereux, on vous materne »… Une journée « Mission Mains Propres » pour sensibiliser les jeunes au lavage de mains et à la désinfection en milieu hospitalier, pour combattre les maladies nosocomiales. Mains désinfectées = Risques évités, dit le slogan.
Et c’est Roselyne Bachelot qui s’y colle, en bon petit soldat… C’est vrai qu’après l’avoir vue on a envie de prendre une douche…
Le problème, c’est que les infections bactériennes, à force de tout désinfecter et de tout stériliser, de mettre du savon antibactérien partout et de prescrire des antibiotiques à tire larigot, nous y sommes de plus en plus sensibles. Le mieux serait de moins désinfecter, de moins tout laver, d’augmenter les risques petit à petit… Une manière de galvaniser les enfants par la merde, si on veut.
Mais il y aurait des morts, évidemment. C’est une méthode hasardeuse, et personne n’a envie de tomber malade, ni d’amener la maladie sur la tête de ses descendants. Normal, c’est absurde pour toute personne sensée, et ce même si l’espèce humaine pourrait en tirer un certain bénéfice. Quoique, avec Roselyne Bachelot qui déblatère sa litanie pour l’asepsie, ça donne des envies de suicide…
Cependant, comme le soulignait récemment un de mes bons amis, avec un bon marketing on arrive à tout : la preuve, les médecines « alternatives » ne se sont jamais mieux portées qu’aujourd’hui en dépit de leurs résultats affligeants, et des fanatiques refusent la vaccination, la transfusion ou les antibiotiques pour leurs enfants au nom de la religion, ou même simplement pour boycotter « l’affreux monopole des compagnies pharmaceutiques » !
Bref, faites ce que vous voulez, de toutes façons le processus est déjà en marche : les bactéries résistantes sont là et elles ne sont pas contentes. Un humain de plus ou de moins ne changera pas la donne. Il faut juste se souvenir d’un truc important, c’est de se laver les mains, parce que ça la fout mal de serrer la louche à son patron alors qu’on vient de se curer le nez après s’être torché le cul.
En revanche, on attend toujours une opération « mains propres » chez les politiciens. Et ça ce serait un scoop.
samedi 24 mai 2008
Concombre masqué...
Il est temps, je pense, d’aborder un sujet plus léger que la politique, l’éducation ou la bêtise humaine… Et quoi de mieux pour se distraire qu’un bon roman ? Tiens, un bon Gaston Leroux, par exemple. Quoi ? Vous préférez les films ? Les livres durent plus longtemps, vous savez, et c’était tout ce qu’ils avaient à l’époque… Mais soit, j’aime les films aussi, et je ne ferai pas la fine bouche.
Je vais donc vous parler du Fantôme de l’Opéra, qui était un livre de Gaston Leroux avant de devenir des tas de films (dont aucun ne rend justice au roman, mais bon, c’est difficile, aussi). La version que j’ai vu récemment est celle de 1943, la première en technicolor (in flaming technicolor, dit l’affiche !) Avec Claude Rains dans le rôle titre, mais aussi Susanna Foster et Nelson Eddy.
Environ vingt ans après le premier Fantôme de l’Opéra, celui de 1925 avec Lon Chaney, Universal s’est dit qu’il fallait faire une version en couleurs, sonore et revampée… D’une part parce que ça pouvait faire des sous, et d’autre part parce qu’un film sur l’opéra qui n’a ni musique, ni couleurs, ça la fout mal. Là, le réalisateur et les producteurs compensent à mort.
Je veux dire, c’est la seule version du Fantôme à ma connaissance qui comporte des scènes entières de « vrais » opéras sur scène ! Ce film a bénéficié d’un budget plutôt pas mal compte tenu de la guerre : Un chœur de plus de cent personnes… Bon, comme ce sont des acteurs, à part le baryton Nelson Eddy, ça n’est pas vraiment de l’opéra, plutôt des airs d’opéra croonés par des chanteurs de variété.
Mais c’est un bel essai, surtout dans un décor de carton-pâte qui reproduit le Palais Garnier (indisponible car occupé par les Allemands à l’époque).
Rendons hommage à ce film qui est le seul à avoir suivi la logique Fantôme de l’Opéra = Vrais opéras, contrairement au récent navet de Andrew Lloyd Weber, qui, s’il est effectivement un film musical, tombe dans le ridicule achevé assez vite à force de mauvais chanteurs de Broadway, d’effets disneyens mal fichus, et de synthétiseur… Et contrairement à tous les autres films, d’ailleurs.
Quoi qu’il en soit, à part ça, cette version de l’histoire est assez éloignée du bouquin… Le Fantôme est ici un violoniste qui entretient son obsession (en fait une relation père/fille torturée) pour notre éternelle héroïne niaise, Christine. C’est aussi une version ou on voit pour la première fois le Fantôme « avant » et « après » le fait qu’il soit horriblement défiguré à l’acide.
En l’occurrence, c’est la secrétaire du graveur que le futur Fantôme est en train d’étrangler (un imbroglio parce qu’il pense qu’on lui a volé son concerto) qui prend un petit bac d’acide (pour les eaux-fortes, vous savez…) et le balance à la figure de l’agresseur… Nous voyons les conséquences de cet acte dans la scène que tout le monde attend, à la fin, celle ou Christine démasque le Fantôme…
Et il est horrible. Il est défiguré. Enfin, il n’est pas si terrifiant (on est en 1943, et on a assez vu d’horreurs comme ça… notamment dans le film qui grouille de français moustachus et vaudevillesques), il a juste l’air brûlé, avec un peu de latex sur l’œil. On a envie de lui filer une crème contre les brûlures. Voire de la biafine. Ou de lui faire essayer Biactol…
Ce fantôme est d’ailleurs plutôt bénin par rapport à d’autres. Là ou certains empalent leurs rivaux sur des têtes de licorne traversant la scène, il se contente d’étrangler deux ou trois imbéciles et de faire tomber le Grand Lustre sur le public (et, bien sûr, on ne voit jamais les corps, époque oblige). Il a aussi un masque pas très effrayant, et… Ben, Claude Rains n’est pas très grand…
Cependant, sans être effrayant, il arrive à être intimidant en projetant son ombre, et, d’une manière générale, en n’étant pas trop visible, caché derrière son manteau, son masque, son ombre, dans les coins, hors de vue, hors champ… C’est une prouesse, il faut le reconnaître, mais probablement pas pour Claude Rains, qui a fait la même chose, sommes toutes, lorsqu’il a joué l’homme invisible en 1933.
La fin de ce Fantôme fait presque pitié : enterré sous les fondations de l’opéra qui s’écroulent sur lui (alors que l’opéra reste debout, étrangement), sous l’éboulement déclenché par un seul tir de pistolet à grenaille (ils avaient des putain d’armes à l’époque, hein !), il n’en reste qu’un violon et un masque artistement déposés comme une gerbe sur sa tombe improvisée.
Pour résumer, ce Fantôme là n’est pas le plus costaud de tous, mais c’est le plus bariolé et le plus divertissant, le plus musical, le plus technicolor, et, l’un dans l’autre, un très joli voyage au pays kitsch et ringard de l’âge d’or d’Hollywood. Le film se laisse d’ailleurs regarder, au contraire de beaucoup trop de films récents ou la réalisation offensante et le scénario indigent font obstacle à l’esprit conscient…
Et, compte tenu des films tournés autour de cette même histoire, ce n’est vraiment pas si mal.
vendredi 23 mai 2008
Paperless office...
Toujours au sujet des services à la personne, dont nous parlions hier… Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi l’état avait financé cette superbe campagne de pub ? Pour le bien du monde ? Pour faire joli ? Pour donner un coup de pouce à l’emploi dans ce secteur ou c’est encore la honte de bosser ? Pour promouvoir l’usage de leur nouveau joujou, le chèque emploi-service ?
Oui et non…
Avec le chèque emploi-service, on rend rentable (ou on fait passer pour rentable grâce à la pub) le fait de déclarer ses employés de maison. Qui dit déclaré, dit taxé, et c’est autant de sous qui tombent dans l’escarcelle de l’état. De plus, ces emplois sont souvent exercés par des immigrés, au noir… C’est donc un moyen de contrôle de plus !
J’espère que je ne choque personne en n’utilisant pas le néologisme médiatisé de « sans-papier »…
A titre personnel, je refuse d’employer ce terme, comme la plupart de ceux qui n’ont aucun sens. « Sans-Papier »… C’est n’importe quoi ! De quel papier s'agit-il ? Et quand je sors sans paquet de kleenex, je suis sans mouchoirs ? Allons ! Un Sans-papier, c’est un terme politiquement correct très orienté, et qui ne convient vraiment à personne.
Car, enfin, ce n’est pas comme s’ils les avaient perdus, leurs papiers ! Le terme semble vouloir dire qu’ils n’ont pas de papiers et que c’est une erreur, qu’il faut leur en donner absolument… Rien n’est plus faux. Beaucoup ont, par exemple, des papiers étrangers, et tous ne remplissent pas forcément les conditions pour obtenir une carte de séjour, ou se faire naturaliser.
Ayant travaillé dans un tribunal d’instance (tribunaux qui sont, je le rappelle, dotés d’un bureau où se règlent les problèmes de naturalisation) et au service du personnel d’une entreprise qui embauche à 80% des étrangers ou des gens d’origine étrangère (tout spécialement d’origine africaine), je peux dire que tout n’est pas rose pour qui veut venir vivre en France. Loin s’en faut.
La loi oblige les employeurs à fliquer, littéralement, les papiers de leurs employés… Il est interdit de faire travailler des gens sans aucun papier : il serait trop facile de les exploiter, et ce serait déloyal vis-à-vis des autres entreprises qui déclarent leurs employés. La carte de séjour n’est pas aisée à obtenir : elle est refusée quelquefois pour de justes raisons, et souvent pour des raisons qui ne sont que « justifiées »…
Je sais aussi que, sur simple demande, on octroie à la plupart des immigrés des papiers temporaires, que l’on renouvelle toujours sans discuter le temps que la demande soit traitée… Et je sais que l’on accorde toujours des papiers aux réfugiés politiques. Donc, pour ne pas avoir de papiers, il faut que la demande ne soit pas encore faite (donc, c’est qu’il y a un problème…), ou qu’elle ait déjà échouée.
Parfois c'est de leur faute, parfois non, parfois c'est injuste... Souvent, il y a des mafieux qui profitent sur le dos des pauvres.
Tout ça pour dire que le terme « sans-papier », destiné à apitoyer, recouvre au mieux une situation multiforme qui défie la définition, et au pire une situation qui n’a rien pour apitoyer. Souvent, le terme est utilisé par abus de langage journalistique ou associatif pour désigner tous les immigrés qui n’ont pas de papiers définitifs, ou qui n’ont pas été naturalisés français.
Alors quel terme utiliser ? Immigré ? Pas forcément, puisqu’on peut être français et immigré. Immigrant, Emigrants ou simplement Migrants ? Pourtant ils ne sont pas encore en déplacement, quel que soit le point de vue d’où en se place, et ce ne sont pas de simples animaux, des oiseaux suivant des flux et des courants migratoires aller et retour !
Je n’aime pas employer le terme « immigrant illégal », parce que ça fait trop penser à « illicite »… Illégal, ça se dit d’un comportement ou d’une action qui est contre la loi, ou hors de la loi, mais pas forcément illicite (pas forcément interdite par la loi). C’est à peu près correct pour un sans-papier, mais on ne devrait pas pouvoir dire de quelqu’un qu’il est illégal, vous ne croyez pas ?
Il reste le pauvre euphémisme journaleux, la périphrase politiquement correcte, qui chosifie quand même beaucoup : immigrant en situation irrégulière… C’est une situation qui appelle régularisation… Notez que la régularisation peut se faire dans un sens ou dans l’autre : on égalise, on remet droit, on fait rentrer dans le rang, on met à sa place l’objet irrégulier, que cette place soit chez-nous ou… à la poubelle.
On entend partout régulariser, ou légaliser les sans-papiers… Encore une chosification, et c’est une tournure employée par les gens mêmes qui voudraient améliorer les choses pour ces nouveaux venus… Une tournure de phrase reprise par ces gens qui, par la force des choses, ne parlent pas très bien français. On régularise une situation, on légalise un acte, pas un homme !
Et qu’est-il donc arrivé au mot parfaitement valable d’étranger ? Quand est-il devenu péjoratif ? Ou, plus précisément, quand est-il devenu péjoratif pour certains étrangers ? Le fait même d’employer d’autres mots pour qualifier ces étrangers là, c’est les insulter en tentant d’éviter de le faire ! Comme si, pour eux plus que pour d’autres, le statut d’étranger était honteux…
Pourquoi un allemand, c'est un européen, alors qu'un roumain, c'est un immigré ?
Un étranger, c’est tout simplement quelqu’un qui n’est pas français, qui vient donc d’un autre pays. Cela s’applique à des tas de gens dans des tas de situations, y compris des gens qui n’ont pas de papiers. Certains journalistes emploient étrangers en situation irrégulière, ce qui est déjà mieux, mais manipule quand même l’opinion et prend un sens péjoratif.
Je ne sais pas quel mot employer pour ne choquer personne… J’utilise moi-même le mot « étranger », quand je ne connais pas la nationalité de la personne et que je ne peux pas utiliser l’adjectif national. Et puis j’utilise aussi le mot « noir ». Aucun de ces termes n’est péjoratif, et jamais je n’emploie d’insulte du genre bougnoule, niakoué, bamboula et autres, ni d’euphémisme du genre ethnique ou de couleur.
Suis-je raciste ? Je ne pense pas. Mais on en a traité de raciste pour moins que ça.
jeudi 22 mai 2008
Legalize Conchita !
Connaissez-vous le produit qui fera de vous une collègue bienveillante, une mère attentionnée et une femme épanouie ? Quel est le produit qui sort votre chien, nettoie les vitres, tond la pelouse, vous fait faire plus de sport, vous fait faire des économies et améliore votre relationnel ? Vous avez tous entendu les réclames au design « fifties » pour le produit.
Si ce n’est pas le cas, il reste encore quelques réclames, certes altérées et présentées par Jacky (oui, celui du club Dorothée et du Rabbi Jacky Show) sur le site web. Il vous suffit de tapoter www.leproduit.fr, ou de suivre le lien.
Or, ce mercredi, le fameux produit vient de nous être révélé… Il s’agit (roulement de tambour)…
Des services à la personne !
Ah, quelle joie d’être revenu au temps béni des colonies, aux heures glorieuses où des laquais superfétatoires se pressaient par cohortes au chevet des nantis… Car il ne s’agit que de cela, mesdames et messieurs ! Sous couvert de modernité, de commodité bénigne, de convention sociale, de chèques emploi-service, d’emballage design façon stepford wives… C’est le retour du larbin.
Au passage, j’adore ledit design, même si la tendance revival des fifties kitsch est loin d’être neuve… le lecteur aura remarqué que j’utilise le même sur ce blog depuis sa création en Août 2006 ! Mais passons… Il a apparemment fallu déguiser l’idée, elle est devenue politiquement correcte, mais derrière l’appellation de services à la personne se cache simplement la domesticité.
C’est une idée séculaire qui n’a jamais vraiment été passée de mode que d’avoir du petit personnel, mais, à partir d’une certaine époque, la mécanisation de certaines tâches, la démocratisation de certaines autres, et l’élévation générale du confort et de l’aspiration au confort à la maison comme dans le travail, tout cela a fait qu’on a associé une certaine honte à ce genre de métier… Du côté de l’employeur comme de l’employé.
Avoir un serviteur, un valet, un majordome ou un secrétaire particulier, c’est encore aujourd’hui considéré comme un énorme luxe… Pouvoir se payer une femme de ménage, ce qui n’est déjà pas si mal, est associé à un haut revenu… Et cela signifie par ailleurs que vous avez quelque chose de plutôt conséquent à nettoyer en guise de lieu de vie.
Et même alors, il ne faut pas l’appeler « femme de ménage » (et encore moins « bonne », « bonniche », « soubrette », et autres qualificatifs plus ou moins dégradants), mais aide ménagère, technicienne de surface, ou aide à domicile ! Tout est une question d’appellation, voyez-vous. « Une rombière nantie liftée du 16e engage une bonniche » évoque le mépris de la classe supérieure…
Mais « Une septuagénaire parisienne fait appel aux services à la personne, et paie une aide à domicile grâce au chèque emploi-service pour l’aider à faire face aux tâches ménagères difficiles au quotidien… » ça, ça met la larme à l’œil du populo ! On imagine tout de suite des handicapés, des impotents aidés par des professionnels, ou de bons voisins qui se rendent des services amicaux…
Ce n’est rien de plus qu’une question de présentation, je vous l’assure, il suffit de regarder les « services » (serviteurs ?) proposés !
On ne dit plus gouvernante, ni Baby Sitter, mais garde d’enfants à domicile. On ne dit plus pédagogue, ni précepteur, mais soutien scolaire. On ne dit plus chauffeur, ni même chauffeur de maître, mais conducteur de véhicule personnel. Et la cuisinière, la bonne, le jardinier, tous ces gens sont encore là, et il y en a même pour s’occuper du reste : bricolage, gardiennage, soins du corps, courses, comptes…
On n’a rien inventé, à part peut-être l’assistance informatique à domicile (qui ressemble tout de même étrangement aux antiques haruspices et religieux venus sacrifier quelques poulets sur les laraires près de l'atrium, ou célébrer des messes dans la chapelle privée…), juste remis au goût du jour de nombreux emplois jadis occupés par des esclaves, puis des serviteurs, puis des employés de maison !
On peut même louer quelqu’un pour promener son chien. Si ça c’est pas un luxe honteux… Mais ça passe !
Et signalons, juste histoire de dire, qu’on paie moins cher aujourd’hui ce genre de services qu’on ne payait ses serviteurs (nourris et logés, plus les gages !) il y a deux siècles ! A vingt ans de son décès, Desproges n’est jamais tombé aussi juste qu’avec cette description du siècle précédent : « Réjouissons-nous, nous vivons dans un siècle qui a résolu tous les vrais problèmes humains en appelant un chat un chien ! »…
Oui, tout ça grâce aux services à la personne, cette trouvaille médiatique, ce buzz hypocrite, cette paire de lunettes couleur poudre-aux-yeux qui filtre les tons révolutionnaires, et qui éloigne miraculeusement l’idée de servitude (permanente, avilissante) pour la remplacer par celle du service (amical, temporaire, librement consenti). Bien sûr, les deux notions, en réalité, sont compatibles, et pas toujours distinctes… Mais chut !
Les riches (et les moins riches…) vont enfin pouvoir avoir bonne conscience. Merveilleux, non ?
mercredi 21 mai 2008
Attila, Vlad, et les autres...
Vous êtes-vous déjà penché rétrospectivement sur les causes que l’opinion publique avait faite siennes, et sur ce qu’elles sont devenues ? Je sais, je sais, ce sont autant de sujets tabous, et ce n’est pas si facile d’y revenir… Ce n’est pas encore de l’histoire et ce n’est plus de l’actualité, et tant de gens vous offrent tant d’analyses convenues qu’il est plus facile d’adopter un point de vue à la mode sans réfléchir.
Voyez le problème des Talibans. A l’époque des films de Rambo et de Timothy Dalton en tant que James Bond, tout le monde les prenait pour une bande bénigne de chevriers musulmans du côté des gentils, dirigés par des arabes ayant étudié à l’Ouest, et combattant les méchants communistes. Aujourd’hui, tout le monde les prend pour d’immondes terroristes. Les deux versions sont vraies.
Des millions de dollars ont été versés à un culte asiatique qui semblait sympathique au premier abord, subventions américaines à une association religieuse de coréenne pour qu’elle fasse des adeptes et sape le régime communiste… Résultat, la Corée du nord est toujours dirigée par un dictateur (pire encore que le précédent !) et la secte est parmi les plus dangereuses du monde : ce sont les Moonistes !
L’opinion publique du monde entier était braquée sur le Shah d’Iran, que l’on qualifiait d’un des derniers autocrates odieux, soumis à des protestations sans fin de la part de ses sujets opprimés… Aujourd’hui, qu’est devenu l’Iran ? Un pays agressif qui finance le terrorisme et un programme nucléaire suspect, une menace claire, du moins selon l’opinion publique…
Saddam Hussein est considéré, depuis les années 80 et même avant, comme un immonde dictateur. Pendant et après les guerres d’Irak, on a retrouvé des charniers, et de nombreux témoignages confirment l’oppression qu’il faisait régner… Pourtant, c’est George W. Bush qui est apparu comme le Grand méchant de l’histoire de la dernière guerre, bien que ce ne soit pas lui qui ait fait exécuter Saddam !
Vous voyez le principe ? Cela s’applique à plus de sujets d’actualité qu’on pourrait le penser, en France comme ailleurs. Essayez, vous aussi, de trouver une cause que l’opinion publique troue à son goût, et vérifiez s’il n’y a pas eu des revirements inattendus dans les dix, vingt ou trente dernières années… L’éclairage des médias, comme la renommée, est chose capricieuse.
Tout dépend de l’histoire que racontent les médias sur le sujet, et de la morale qu’on y trouve, nous autres occidentaux… Et la morale que nous voyons n’est pas forcément la bonne. Ce n’est même JAMAIS la bonne, parce que, malgré toute nos bonnes intentions et notre indignation bien-pensante, nous ne sommes pas sur place, nous n’avons pas tous les éléments, et nous n’avons pas la mentalité des acteurs du sujet !
Tout ce que nous avons, c’est une fable télévisée inspirée par l’aspect superficiel des événements.
Et maintenant, exercice pratique… Appliquez ce raisonnement à une cause actuelle. Je ne sais pas, moi, le Tibet par exemple. C’est terrible ce qui arrive aux tibétains opprimés, hein ? Etrangement, le Tibet a toujours fait partie de la Chine, à tel point que le tibétain est l’une des cinq langues officielles de la Chine ancienne… La seule période d’indépendance du Tibet, fort courte, au XXe siècle, fut sanglante et féodale.
Et les moines, soi-disant pacifiques, avalisaient totalement ce système de castes infâme ou les suzerains avaient droit de vie et de mort sur leurs sujets. Les femmes, là-bas, ont encore moins de droit qu’au pays de la burqa. Encore aujourd’hui, tous prêtent allégeance à un Dieu-Roi, qui n’est autre que le Dalaï-Lama, ce soi-disant homme de paix ! Certes, le régime de Pékin n’est pas rose, mais ça n’est qu’une partie du tableau…
Alors, vous êtes certains que vous avez bien fait de la signer, cette pétition tendue par un étudiant chevelu ?
mardi 20 mai 2008
Nom de Dieu !
J’aime bien revenir sur certaines vieilles infos. Quand une dépêche ou une actualité sur Internet m’interpelle, parfois, je la note ou je la retiens, ou je la place dans mes favoris pour aller la relire plus tard. Je suis rarement inspiré pour la commenter tout de suite sur mon blog, et c’est beaucoup plus amusant (et instructif) de la relire après-coup…
Je peux alors en tirer quelque chose de plus général que le sentiment immédiat qu’elle inspire.
Il y a un peu plus d’un mois paraissait une dépêche, comme quoi un enfant de neuf ans avait été refoulé après présélection pour un jeu télévisé sur Gulli, une chaîne parmi la pléthore bariolée et criarde qu’on sert aux gamins sur le câble. Clairement, il s’agissait d’un délit de sale gueule… Mais ça a été très mal géré, alors que , habituellement, c’est la chose la plus courante qui soit. Sauf que là, l’enfant s’appelle… Islam.
Les diverses maisons de productions, l’animateur, la chaîne, le producteur, les filiales et tous ceux qui n’ont jamais entendu parler de ce gosse avant, tous se renvoient la balle allègrement et finissent par accuser l’équipe, particulièrement la casteuse de l’émission, qui a eu les propos « choquants » qui ont fait que la mère a fait appel à des associations contre le racisme…
Il était HORS DE QUESTION qu’un enfant avec un prénom controversé se retrouve sur le plateau d’un jeu télé quel qu’il soit, comme il a toujours été hors de question d’admettre des laids, des débiles, ou n’importe quoi qui puisse choquer dans ce genre de divertissement. A une époque, on n’admettait même pas autre chose que des blancs.
Ce n’est de la faute de personne : ils reçoivent des plaintes quand ça arrive, et la chaîne en pâtit.
Compte tenu de tout cela, et toute opinion mise à part, la casteuse a proposé gentiment au garçon et à sa mère d’utiliser un autre prénom musulman à la place d’Islam : « Il faut que vous compreniez que le nom de votre enfant fait référence à une religion que les Français n’aiment pas beaucoup. Cela pourrait choquer. » A-t-elle dit. Et on ne saurait exprimer plus gentiment ou simplement son dilemme.
La casteuse a fait son boulot du mieux qu’elle a pu dans ces circonstances. C'est pourtant sur cet innocent intermédiaire que retombent les conséquences du choc entre intolérance et volonté de choquer. L’erreur qui a été commise, c’est que le petit Islam n’aurait jamais dû être présélectionné pour participer à ce jeu : ils n’auraient jamais dû le faire venir en premier lieu, connaissant son prénom, mais les cafouillages arrivent…
En attendant, les plaintes de la mère éplorée auprès des associations sont restées sans réponses, parce que La Vie, la Halde et le MRAP ont très bien compris la situation… SOS Racisme, qui soutiendra tout de même la plainte de la mère, a tenté de la consoler, mais pense avant tout au bien être de l’enfant, qu’un procès long, médiatisé, sans preuve et pour une affaire aussi ridicule n’aidera certainement pas !
A mon avis, c’est surtout la mère d’Islam qui en tient une couche monumentale.
Elle fustige SOS Racisme parce qu’elle n’a pas aimé ce qu’elle a entendu (c'est-à-dire que la plainte a peu de chances d’aboutir, et que c’est l’enfant qui risquerait d’être traumatisé). Elle a refusé l’offre de la production de l’émission de donner une place à son fils dans la prochaine édition du jeu auquel il voulait participer. Non, elle préfère s’indigner, c’est tellement plus amusant que de laisser jouer son fils !
Sans blague, elle a appelé son fils Islam en dépit du traumatisme que ça provoque ! Il faut une certaine mentalité pour vouloir choquer exprès avec le prénom de son enfant, non ? Il ne faut pas avoir peur de l’exposer à des quolibets pour appeler son fils ainsi aujourd’hui. Sans porter de jugement sur l’Islam, c’est comme Israël, ou Adolf, ou Benito, ou Anus-De-Poule…
A moins de VOULOIR choquer et de REFUSER que son enfant ait une vie normale, personne ne choisit un prénom pareil !
Quant à l’émission, In Ze Boite, elle n’a absolument pas souffert, et elle continue de sévir avec son animateur tombé dans un pot de café pur, ses questions et ses épreuves super speed, et ses décors aux couleurs complémentaires bien criardes. C’est sans doute pour ça que c’est une excellente émission pour enfants, plébiscitée par tout le monde…
Le chien aboie, et la caravane passe : un épilogue, si vous voulez, face à la vindicte et à la vaine agitation des imbéciles.
lundi 19 mai 2008
Une certaine idée de la fange :
En vous parlant des partis politiques qui nous représentent, nous, Français, en tant que législateur, j’ai omis le nom du parti de Nicolas Dupont-Aignan. C’est certainement une tentative inconsciente de refouler un nom aussi crétin, tant je n’y crois pas moi-même : il a réussi à faire pire que le MoDem (un nom vraiment idiot à l’heure de l’ADSL…)
Le parti dirigé par Nicolas Dupont-Aignan, ce chouchou endimanché, n’est autre que DLR, Debout La République ! Oui, vous avez bien lu, c’est un nom spécial retraités situé précisément sur le créneau « Je suis un sosie de Laurent Romejko ». Il ressemble à tous ces titres idiots d’émissions de la matinée (ou pire, de la mi-matinée) !
A quand Youpi Matin, le parti des vrais français ? Ou l’UMZ, l’Union pour Midi les Zouzous ?
Mais le comique ne s’arrête pas là… Sur son blog, Nicolas Ducon-Feignant souligne, entre autres, que « L’indépendance du Kosovo, en violation du droit international et sans accord au sein de l’ONU, constitue un précédent particulièrement dangereux pour la stabilité du continent européen. »… Il juge de plus que le Kosovo est un état « artificiel »…
Et pourquoi ? Parce que le Kosovo et au cœur des Balkans, et que les Balkans, c’est « une poudrière ». Ben oui, même après tout ce qu’on y a fait, après les troupes de tous bords envoyées en ex-Yougoslavie, il paraît que c’est encore une poudrière et toujours une poudrière. C’est l’idée reçue qui prime alors que la Croatie n’en finit pas de s’ouvrir au tourisme et qu’on en a fini avec Milosevic.
Si ça, ce n’est pas tabler sur les idées préconçues des retraités qui n’ont que leurs cours d’histoire de lycée, vieux et simplistes, pour les guider en ce qui concerne les Balkans…
Il y a eu je ne sais plus combien de guerres et de révolutions dans les pays de l’Est, et pas de troisième guerre mondiale, ni grande réaction… Et Nicolas Dupont-Aignan se croit revenu il y a 150 ans ! Mais tout ça est bien normal. Reconnaître le Kosovo, pour lui, c’est s’aligner sur les Etats-Unis. Et comme le Général ne s’est pas aligné sur les Etats-Unis, il ne faut pas !
D’ailleurs Nicolas Dupont-Aignan est aussi contre la Constitution Européenne, comme De Villiers. Le site web de Debout La République a quelques termes croquignolets, comme de demander aux gens s’ils préfèrent « Nicolas Sarkozy en goguette chez Bush » ou le Général De Gaulle à Québec « demandant (…) le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes »…
Ce n’est qu’un exemple de ce site, de ce parti, parmi tant d’autres déblatérations souverainistes.
Personnellement, je préfère ce relatif succès de Nicolas Sarkozy aux Etats-Unis que l’échec complet de De Gaulle lorsqu’il a éructé « Vive le Québec libre »… Vu de notre lointaine France, on a pu croire l’inverse, il n’en est rien. Le vieux Général a fait de grandes choses, celles qui s’imposaient en son temps, mais ce temps est révolu. Ben oui, c’est comme ça.
Le parti de Dupont-Aignan nous donne, selon son propre slogan, « Une certaine idée de la France ». Une France vieillotte, autocentrée, hors de l’OTAN (et quelle imbécillité de n’y vouloir pas entrer aujourd’hui !), pleine de vieux et de petits commerçants en colère… Une France blanche et bleue, sans l’Europe, pleine de français vraiment français « redevenus maîtres chez eux » !
On pourrait presque lire, entre les lignes, SIEG HEIL DE GAULLE !
Ne nous énervons pas… C’est une certaine idée de la France. Heureusement, on en a d’autres.
Jugé parti...
La situation parlementaire de la France est des plus intéressantes. Nous avons la chance de vivre dans un pays ou la norme est le multipartisme, même si, en pratique, il s’agit souvent de choisir entre les deux « grands partis »… Nous avons le choix. L’Assemblée Nationale reflète d’ailleurs par ses 577 députés plus de diversité de partis que ne le disent les mauvaises langues…
J’entends certains dire qu’il n’y a pas le choix, qu’on est obligé de voter pour X ou Y… C’est faux. Les grands partis n’ont une chance d’accéder au pouvoir que parce qu’ils sont connus (et c’est aussi une question de moyens) et que la majorité des gens les estiment plus aptes à diriger le pays. Ils ne sont là que parce que VOUS le voulez bien, mais le choix est là.
C’est un peu comme avec les céréales : personne n’est obligé de prendre Kellog’s, il y a plein de marques et de sous-marques différentes. Si chez Kellog’s il y a plusieurs saveurs, il y en a aussi une quantité invraisemblable ailleurs, y compris des saveurs similaires !
Non, l’UMP n’est pas un parti unique ni l’outil d’un dictateur : l’opposition parlementaire est bel et bien vivante, et les députés de droite eux-mêmes semblent s’opposer à Nicolas Sarkozy de temps à autres, quand c’est à la mode… La récente affaire de la loi sur les OGM l’a prouvé (quand bien même cette affaire dénote un manque de cohérence de la part de nombreux députés, à gauche comme à droite).
Même aujourd’hui, il y a des partis extrêmement mineurs représentés à l’Assemblée Nationale et au Sénat… Moins qu’avant ? Peut-être pas tant que ça, même si les petits partis présents n’ont plus la même couleur politique. Mais j’en vois qui doutent… Vous ne saviez pas ? Vous aviez cru qu’il n’y avait que quatre ou cinq partis politiques représentés ?
Que nenni ! Voyez plutôt… Mais ne vous laissez pas impressionner par les noms quasi identiques :
Le parti majoritaire est l’UMP, mais vous le saviez… Cette Union pour un Mouvement Populaire (un nom tout aussi débile que l’Union pour une Majorité Présidentielle, mais pas moins que les autres noms de partis politiques…) a succédé en 2002 au RPR (le Rassemblement Pour la République) et est aujourd’hui le premier parti de France en nombre d’adhérents revendiqués.
Ce qu’on sait moins, c’est que l’UMP est au départ non pas un parti, mais une association de partis : il s’agit du Groupe UMP, lui-même de droite chrétienne (même si personne ne le dit jamais), différent du Groupe UMP de l’Assemblée nationale. 296 députés appartiennent à l’UMP seule, sans compter les partis associés.
Créé en 1969, le PS (Parti Socialiste, un nom simple et pas du tout pompeux, ce qui est rare…) est un parti que nous dirons pudiquement de Centre Gauche. Cela ne se voit pas toujours. C’est le deuxième plus grand parti de France et la principale opposition… Il n’existe plus que dans la contradiction de la droite, fatigué de faire le grand écart entre le centre-droit et la vraie gauche.
Le premier secrétaire du PS est François Hollande, faute de mieux, mais le programme du parti est loin d’être fixé : ses têtes pensantes ne s’unissent à présent que pour contester la majorité… Mais avec 191 députés et 97 sénateurs, ils peuvent.
Ce que tout le monde appelle le Nouveau Centre n’est autre que le Parti Social Libéral Européen, fondé par d’anciens membres de l’UDF contre François Bayrou et son MoDem, et pour la majorité présidentielle… Ce parti de centre droit a le goût de l’UMP, l’odeur de l’UMP, la couleur de l’UMP, et est affilié à la majorité… Tout en étant soi-disant distinct « politiquement et juridiquement ».
Ils comptent 21 députés, plus un qui s’était présenté sans étiquette et les a rallié par la suite.
Le PCF (Parti Communiste Français) n’est pas mort, mais reste surtout un parti local à l’heure actuelle. Les communistes ont encore le vent en poupe malgré toutes les tentatives ratées pour appliquer leur système dans le monde. Aujourd’hui plus bénins, malgré quelques tendances révolutionnaires, il est bon de rappeler qu’ils ont longtemps été affiliés très officiellement aux dictatures communistes de l’Europe de l’Est…
Ainsi qu’à Staline, d’ailleurs. Je ne me souviens pas avoir entendu autre chose que « oh, on savait pas », comme justification, lorsque la plupart de ces odieux régimes sont tombés. Ils ont 15 députés, 21 sénateurs et 3 eurodéputés.
Le Parti Radical, dit Parti Radical Valoisien (car il reste très régional), est un petit parti de droite dont l’aile gauche est devenue le Parti Radical de Gauche… Il présente l’amusante particularité d’être le plus ancien parti de France, fondé en 1901, mais il a bien changé depuis ! Il est tellement affilié à l’UMP qu’il fait partie du Groupe UMP, et que le ministre Jean-Louis Borloo en fait partie.
Ils ont 19 députés et 6 sénateurs, qui viennent s’ajouter à ceux de l’UMP.
Le Parti Radical de Gauche (PRG), anciennement Parti Républicain Radical et Radical-Socialiste, Mouvement de la Gauche Radicale-Socialiste, Mouvement des Radicaux de Gauche, Radical, puis Parti Radical-Socialiste… C’est une ancienne dissidence du Parti Radical, un genre d’alternative aux rouges-roses : Ils ont l’odeur des communistes, la couleur des communistes… bref, vous voyez le tableau.
Ils ont 6 députés (sans compter les apparentés d’Outre-Mer) et 7 sénateurs.
Le parti des années 80, et parti jusqu’au bout des seins, c’est les Verts ! Apparemment écologiste, il s’agit en fait du groupe Les Verts, Confédération écologiste - Parti écologiste, séparé de Génération Ecologie il y a déjà longtemps. Surtout un parti européen, il reste inexplicablement à gauche, plus à gauche que le PS, alors que l’écologie en elle-même n’est d’aucun bord politique…
Ils ont 4 députés et 5 sénateurs à l’heure actuelle, et sont présents au parlement européen.
Le MoDem, ou Mouvement Démocrate fondé par François Bayrou, se veut un parti du centre. Je ne me lasse pas de rire de cette association de centre mou, mal soutenu par un petit malfaiteur sans envergure, dont le logo orange terne ressemble à un paquet de lessive, et qui compte comme par magie prendre le meilleur du programme des autres partis et le mettre en place pour moins cher… Mais oui, ma bonne dame !
Bien moins puissant que l’ancienne UDF, le MoDem n’a que 4 députés.
Les Puyfolais seront contents de savoir que le parti de Philippe de Villiers, sobrement intitulé Mouvement Pour la France (MPF), est représenté à l’Assemblée Nationale… Et ce malgré les nombreuses aventures financières douteuses de ce monsieur, ainsi que les scandales sexuels (incestes et viols homosexuels répétés) qui ont secoué sa famille ultra catholique de sept enfants ! Ah, l’entêtant mélange de religion et de politique…
Ils comptent sur leurs doigts deux députés (dont un apparenté au groupe UMP) et 3 sénateurs… Il est étonnant que ce parti anti-européen soit présent au parlement européen ; il y a pourtant fondé un groupement eurosceptique !
La Gauche Moderne est un genre de club pour la gauche caviar (on dit « centre gauche », apparemment…) blairiste (oui, en France !) et sociaux-libéraux (oui, ça existe…), fondé par des dissidents du PS. Ralliés à Nicolas Sarkozy pour faire genre, ils comptent notamment Jean-Marie Bockel, l’actuel « ministre de la coopération ».
Ils n’ont aucun député, mais comptent deux sénateurs, ce qui est le comble du ridicule pour un parti de gauche.
Le Pôle Républicain, ou MRC (Mouvement Républicain Citoyen, ancien MDC, Mouvement des Citoyens), c’est le parti bâtard de la momie de Belfort, Jean-Pierre Chevènement. Pourquoi dois-je le qualifier de parti bâtard ? C’est un parti de gauche qui prône le souverainisme… Un genre de gauche autarcique et protectionniste contre l’Europe. Pour les petits vieux asociaux qui veulent qu’on les assiste ?
Ces dissidents du PS n’ont pas réussi à réélire Jean-Pierre Chevènement, et n’ont qu’un seul député, et un sénateur (plus un sénateur « apparenté », mais ça ne compte pas…)
Le CNI(P), avec la parenthèse, n’est autre qu’un parti complètement affilié à l’UMP, le Centre National des Indépendants et Paysans. C’est une espèce de machintruc-chose, de vertébré gazeux pseudo-régional dirigé par une bretonne, et apparemment dans le plus pur style « je fais semblant d’être un petit parti alors que je suis membre d’un grand ».
Leurs deux députés à l’Assemblée Nationale sont UMP presque corps et âmes.
Il existe, au pays des vieillards gaullistes, un reliquat de la mémoire du Général, pris en main par Nicolas Ducon-Feignant… Pardon, Dupont-Aignan… qui se dit libéral et pas gaulliste. Le blondinet agaçant avec ses airs de premier de la classe ou de Laurent Romejko présente tout de même sa soupe idéaliste aux retraités (comme Laurent Romejko, d’ailleurs), et veut se poser en opposant sérieux de l’UMP.
Dommage cet autre Nicolas, il n’a qu’un seul autre député à part lui-même !
Apparentée au PCF mais fondé en 1994 par des dissidents de ce parti, la CAP est la Convention pour une Alternative Progressiste. C’est vraiment un tout petit parti, à peine national, qui se veut une alternative rénovant les thèses communistes. Faisant partie des multiples petits fragments éparpillés de l’extrême gauche, ils font partie du groupe de la Gauche Démocrate et Républicaine (le communistes, quoi) à l’Assemblée.
Ils montrent fièrement leur unique député, et présentent toujours quelques candidats aux municipales.
Le Forum des Républicains Sociaux (FRS) est un parti d’inspiration « catholique et sociale » fondé par Christine Boutin, cette vieille vache homophobe reconvertie en Ministre du Logement. Il n’y a absolument rien à en dire : c’est exactement ce que vous vous attendriez à trouver en lisant « parti catholique de droite » ! Ils sont membres du Groupe UMP, ce qui semble logique.
Le suppléant de Christine Boutin (élue des Yvelines) est leur seul député.
Enfin, il existe cinq groupes politiques à l’Assemblée Nationale, aux noms tous plus ronflants les uns que les autres : la Gauche Démocrate et Républicaine (Communistes, Verts et apparentés), le groupe Socialiste, Radical, Citoyen et Divers Gauche (PS, Radicaux de Gauche, Pôle Républicain et apparentés), le Nouveau Centre, le Groupe UMP, et les non-inscrits.
Voilà, c’est tout pour les partis politiques représentés au pouvoir législatif… Il y en a déjà pas mal, même si la teinte de l’Assemblée est résolument rose et bleue. Un autre jour, nous parlerons des partis parfois importants (ou qui le furent, ou qui peuvent le devenir). Normalement, même si vous avez le droit d’être dépités de vos députés, cela devrait au moins vous dissuader de croire que vous n’avez pas eu le choix !
Sur une note plus personnelle, je voudrais signaler que je n’adhère à aucun parti politique : je ne pousse pas le vice jusqu’à m’exposer volontairement à encore plus de propagande, ni à me faire ficher et étiqueter par qui que ce soit, officiellement ou officieusement… je trouve qu’il s’agit d’un piège à cons ou le militant de base paie pour servir les intérêts de quelqu’un qui ne fait qu’utiliser un appareil pour accéder au pouvoir.
D’ailleurs les principaux partis ont de plus en plus d’adhérents. Mais bon, vous, vous faites ce que vous voulez !









