jeudi 28 février 2008
Vivre tue. Surtout vers la fin.
La loi antitabac du 1er janvier a fait baisser le nombre des infarctus de 15% ! C’est du moins ce qu’affirment de façon très péremptoire les médias consensuels du moment, laissant tomber un conditionnel pourtant plus déontologique… Cette chute est qualifiée d’impressionnante dans la plupart des communiqués, qui reprennent (quelle coïncidence tout de même !) exactement les mêmes mots.
Mais soyons précis, citons : « Une impressionnante chute de 15% des admissions aux urgences pour infarctus du myocarde a été constatée depuis le 1er janvier 2008. » Notez qu’on ne parle pas de TOUS les accidents cardiaques, ni même de tous les infarctus… Ce chiffre, concocté par l’Institut National de Veille Sanitaire, nous arrive après avoir transité par Roselyne Bachelot et ses séides.
Aurait-elle besoin de se justifier ? Justement, elle a sous le bras un plan de dix millions d’euros (annoncés) pour sauver les jeunes du tabac grâce à des cinéastes franchouillards… Alors ça c’est de la coïncidence !
C’est tout de même une sacrée coïncidence que ces chiffres soient arrivés si vite. Pour compiler de telles statistiques il faut d’ordinaire plusieurs semaines… Cela sent la manipulation à plein nez : cette chute de 15%, a quoi la comparer ? Au mois de janvier de l’an dernier ? A la moyenne mensuelle de l’an dernier ? Dans les deux cas, pourquoi cela serait-il le fruit de CETTE mesure ?
Cette étude est-elle seulement suffisamment large ? Les experts n’hésitent pas à extrapoler en prédisant, si cette baisse se poursuit, 10000 morts en moins cette année… Et non plus 6000 comme d’autres « études » le prédisaient. Allez donc lire cet article là, qui vous expliquera mieux que moi le genre de manipulation qui a cours en ce moment. Quel dommage qu’il ait fallu aller chercher ça dans la presse des Dom-Tom !
Il est inconcevable, impossible qu’une mesure prise dans le mois même ait un effet aussi rapide, aussi immédiat… Surtout que la consommation de tabac n’a pas baissé d’un poil. Je ne dis pas que le tabagisme passif n’a pas fait des ravages, mais la mesure, contrairement à ce que claironne votre télévision, ne passe pas toujours bien, et n’est pas appliquée à la lettre partout.
Les gens fument toujours autant en terrasse, souvent séparés par quelques minces arches de l’intérieur des cafés. On se souvient de la grève de la faim étonnamment peu médiatisée d’un barman. Lorsqu’on marche dans les rues, on constate que les cafés qui étaient autrefois bondés sont aujourd’hui vides… Et je sais de source sûre que beaucoup d’entreprises gérées par des fumeurs se fichent bien de tout ça, sauf devant les inspecteurs !
Bref, ça sent le gros mensonge. Mais il n’est pas impossible que cette « chute » soit réelle. Il se pourrait seulement qu’elle marque une régression des cas d’infarctus, régression qui se poursuit depuis longtemps… Cette régression pourrait être imputable à une flopée de raisons, toutes plus valables que des lois promulguées par le petit Nicolas (ce que clame pourtant la propagande)…
Tout d’abord, du côté des lois antitabac, cela fait longtemps que l’on martèle que la clope c’est mal. Les récentes campagnes, menées depuis des années, n’ont-elles rien à voir avec cette chute prétendue des infarctus ? Ou serait-ce tout simplement l’arrivée du Champix, ce psychotrope qui rend suicidaire mais fait arrêter la clope ? Mais pourquoi chercher seulement dans les mesures contre la cigarette ?
L’influence du régime alimentaire sur le cœur est encore plus prégnante que celle de la nicotine. Ne pourrait-on pas imputer les chiffres dont on parle à la campagne mangerbouger et ses conseils à la mords-moi-le-concombre sur comment manger cinq cerises ou cinq choux-fleurs entiers par jour font de vous un athlète complet ? Ou même, ce qui serait plus probable, à la campagne contre l’obésité d’il y a deux ans ?
Ne nous limitons pas et considérons tous les facteurs : si ça se trouve, c’est grâce à Tropicana qu’il y a moins d’infarctus. En effet, cela fait un peu plus d’un an que Tropicana distribue plus largement en France le gaspacho en pack (délicieux et naturel) de la marque Alvalle. Et ça se vend bien. Chacun sait que la tomate et les légumes frais, le vinaigre et l’huile d’olive, sont autant de mets qui renforcent le système cardio-vasculaire !
Selon certaines "versions" de cette dépèche, les experts minimisent ce chiffre en parlant même du climat, doux ces derniers temps: la luminosité aurait une influence sur les accidents cardio vasculaires ! Je ne tire pas ça de mon chapeau...
Dans la liste des raisons plus sérieuses, citons tout simplement les progrès de la médecine : de plus en plus d’infarctus sont évités parce que les médecins prescrivent de nos jours un traitement approprié dés les premiers accidents cardiaques. Un surcroît d’antidépresseurs sur le marché (fussent-ils des placébos…) comme c’est le cas en France pourrait aussi expliquer que les cœurs se brisent moins…
Ne nous arrêtons pas en si bon chemin. Qu’en est-il du Vélib, mesure sportive et réussie s’il en est ? Des séries débiles du genre « plus belle la vie » qui prônent la vie saine ? De l’engouement récent pour les sports d’équipe dans les médias ? Cette baisse de certains infarctus est peut-être due… aux grèves récentes qui ont agité le pays ! Les gens ont dû faire de la marche à pied au lieu de prendre le métro ou aller manifester, non ?
De plus, n’oublions pas les morts de la grève : tous les accidents cardiaques qui ont eu lieu pendant les grèves et sont morts avant d’arriver à l’hôpital… Ce n’est pas si absurde que cela ! N’oublions pas qu’au lendemain de la canicule de sinistre mémoire, il y a eu statistiquement « moins » de décès dans les hospices les mois suivants, parce que la canicule avait hâté la mort de beaucoup d’ancêtres.
Il pourrait aussi y avoir des raisons moins sinistres : Manipulation des chiffres, encore, puisqu’on n’a pas parlé de TOUS les accidents cardiaques. Si ça se trouve, la baisse n’est pas du tout significative de quoi que ce soit. C’est peut-être une erreur statistique, ou bien une coïncidence réelle : moins d’accidents, ça arrive ! Sur un mois, sans recul, RIEN n’est probant. Ni les études sur les OGM, ni ça.
On en saura probablement plus dans un an, dix ans, vingt ans… Qui sait ?
Ce ne sont que conjectures, idées vagues ou pas si vagues que ça… Mais toutes ces raisons sont valables. Aussi valables en tout cas, sur le plan scientifique, que d’imputer un chiffre invérifiable et extrapolé (autant dire imaginaire) qui ne concerne qu’une fraction d’une fraction des malades, a une mesure trop récente de politique-spectacle, de façon aussi péremptoire… et absurde.
Une chose est certaine, avant de croire aveuglément que Saint Sarko et Sainte Bachelot nous sauveront tous, par l’exemple du Jogging Sacré et des Légumes Frais, il vaut mieux se méfier. Une fois de plus, je crie propagande, mais les gens intelligents auront tout de suite vu qu’il s’agit d’une diversion médiatique de plus. On commence à avoir l’habitude que le chien aboie pour faire passer la caravane.
Ce n’est pas non plus la première fois, surtout en période d’élection, que les hommes politiques s’arrogent de façon imméritée le succès de mesures antérieures de longtemps à leur mandat, ou le fruit de la conjoncture et de circonstances favorables. Et je suis charitable : il reste la possibilité bien réelle que ce chiffre ait été créé de toutes pièces, rien que pour vos beaux yeux.
C’est le côté « poudre de perlimpinpin » du style Sarkozy : on fait péter des tas de trucs et on passe des mesures pendant que vous regardez ailleurs. On aime ou on n’aime pas…
mercredi 27 février 2008
Credo quireo volare (I believe I can fly)
Credo, c’est la traduction latine du nouveau slogan de la Gay Pride de Stuttgart, Ich glaube (Je crois, en français moyen). Certains chrétiens d’Allemagne, qui cherchent vraiment la petite bête, y voient une allusion au rite du baptême… En est-ce une ? N’est-ce pas tout simplement une « profession de foi » bien laïque comme en font souvent les hommes politiques qui disent croire en l’avenir, au pays, voire en l’avenir du pays ?
Peu importe, le mal est fait, le message passé, la plainte déposée, la pétition signée et les carottes cuites : Les chrétiens allemands dont nous parlons (et je suis sûr qu’il y a des tas de chrétiens allemands qui en ont honte, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain…) voudraient interdire cette « provocation »… Parce que, je cite, « Les chrétiens ne doivent pas laisser au lobby gay le soin de définir ce qu’est la croyance ».
Et moi qui pensais que la croyance n’est absolument pas définie par ceux qui croient… plutôt par ceux qui savent ; ceux qui savent que le langage fonctionne pour tout le monde ! Il est évident que le gay pratiquant n’a pas exactement la même foi que le prêtre catholique (quoique, on a vu des curés s’agenouiller plus volontiers dans les backrooms que devant le Seigneur…).
Le verbe croire, comme la plupart des verbes, est loin d’être aussi saint : il ne présuppose pas du sens des éléments grammaticaux qu’il conditionne dans la phrase. Et son sens n’est pas défini par les chrétiens plus que par les athées, ou qui que ce soit d’autre… Le langage, c’est ce sur quoi on se met tous d’accord pour pouvoir ne pas être d’accord !
Il fallait que ça arrive un jour : après s’être attaqués à la vie et à la liberté des gays, à leur droit de se vêtir de ce qu’ils veulent (et sans triangle rose), d’agir comme il leur plaît, de baiser comme ils souhaitent et avec qui consent, de parler et de se manifester… Les chrétiens s’attaquent au droit des gays à utiliser le dictionnaire. Ils doivent être à court d’idées.
mardi 5 février 2008
Pour en finir avec le journal télévisé...
Quand les journalistes n’ont rien à dire ou que les autres sujets ne sont pas assez sexy, ils se disputent les mêmes petits bouts de dépêches exsangues, moisies et décomposées, en les curant en tous sens pour essayer d’en tirer encore un peu de viande… sans jamais, pourtant, en tirer la substantifique moelle. Et, vu qu’il n’y a pas assez de cadavres pour tout le monde, comme des vautours, ils se prennent le bec.
D'immondes vampires qui se croient les hérauts de la liberté, garants du peuple, protecteurs de nos droits alors qu'ils ne font que dénoncer ce qui leur plait... et mal.
Le théâtre du drame est d’habitude LCI, le cimetière de l’actu, là où les images de TF1 tournent en boucle, et ou les reportages dits « d’opinion » (c'est-à-dire aussi subjectifs que sur mon blog, mais qui prétendent que c’est de l’info et du journalisme, ce qui est inqualifiable) ne se cachent même plus derrière ce vieillard en sort de Patrick Poivre d’Arvor… Même si son fantôme est toujours là, comme producteur.
Ou peut-être est-ce à Itélé que revient l’honneur douteux d’accueillir les pires immondices du journalisme français… Cette annexe de Canal+ où les vieux chroniqueurs vont mourir et que les jeunes talentueux fuient, avec des demi-philosophes qui se croient forcément intelligents parce que juifs, des présentateurs laids et qui zozotent, et même (quelle horreur !) des excroissances venues de la presse magazine !
Aucune importance : sur ces chaînes dédiées, là où les scribouillards s’émulent le plus, on enrobe la moindre info de caca. Ce n’est plus de l’information, c’est simplement de l’exploitation. Si une nouvelle, même importante, n’est pas intéressante, il faut absolument la maquiller en pute ou en cadavre pour la vendre, ou alors carrément la jeter aux oubliettes : une fin de journal, après la page sport, que tout le monde zappe.
Ou rien. Même pas une mention. La déontologie ne résiste pas au "c'est vital, mais beaucoup s'en foutent, donc ce n'est pas important".
Assez de ces pathétiques pisse-copie qui ne comprennent même pas les dépêches de l’AFP qu’ils consignent mot pour mot dans leurs articles sans savoir de quoi ils parlent ! Assez de ceux-là qui exagèrent le moindre propos, fort de leur pouvoir éphémère sur la façon de ne-pas-penser des imbéciles, et qui ne vérifient ni leurs sources ni simplement de quoi ils parlent avant de publier !
Assez de ces journaleux de comptoir qui s’envoient des vanités en créant la polémique sur n’importe quoi rien que pour secouer le cocotier ! Assez de ces politologues à demi naïfs et trop partisans qui font semblant d’être cyniques quand c’est politiquement correct ! Assez de ces stupides querelles autour d’un mot anodin prononcé par X ou Y il y a trois jours, ailleurs, et qui dégénèrent presque à l’empoignade en direct !
Assez des prétendus experts qui se trompent avec une régularité qui défie les statistiques, mais qui gardent pourtant une aura inexplicable de sagesse, qui fait qu’on croit que penser comme eux, c’est prendre le parti de l’intelligence (comme disait Jean François Kahn, qui fait partie de ceux-là même s’il le nie)… Et assez de faux philosophes bourgeois qui disent qu’il faut faire la révolution sans savoir vers quoi.
Surtout que ce sont les mêmes philosophes qui, croyant tout savoir des dessous affriolants de la politique, dandysent, clament qu’ils sont dans le secret, bien placés, écrivent des livres jetables, font ami-ami avec certaines célébrités alors même qu’ils en agonissent d’autres d’insultes en public, et se font passer pour des avatars de Che Guevara alors que ce ne sont que de distingués drogués assagis !
Non, c’est bien fini, à la télévision, il n’y a plus d’information. Juste du divertissement de basse qualité. Plus qu'à changer le logo du JT pour qu'il cesse enfin d'être mensonger :
Tiens, ça sent le Bruni...
A la demande pas du tout générale d’une seule personne que je ne nommerai pas parce que c’est vraiment la honte, je vais parler du mariage de monsieur N et de sa poule de luxe (mais si, vous savez bien, le nain de l’Elysée et l’ex de Mick Jagger), et des événements afférents. Comme ce procès à cause d’une pub idiote. Ou je ne sais quelle sortie en public. Vous compléterez les blancs…
Toujours est-il que la cote de popularité du chef de l’Etat chute dangereusement. Et c’est, entre autres, à cause de cette calamiteuse opération médiatique du style couple Kennedy/Marilyn avec la french touch… Essentiellement parce que le petit Nicolas n’a rien d’un Kennedy, que Carla Bruni n’a rien, mais alors RIEN d’une Marilyn… Et que ce genre de couple, ça ne s’épouse JAMAIS. Sinon ça gâche tout!
Le but de la manoeuvre était de provoquer une réaction, négative ou positive, de la part des français, pour éviter une opposition sur la politique menée actuellement, surtout pendant les municipales. C'est raté. Enfin, au moins à moitié.
Mais la raison principale c’est que tout le monde s’en fout. Moi-même, je me force à en parler parce que ça me permet d’enchaîner sur autre chose. Mais pourquoi cela, me direz-vous ? D’habitude, un mariage royal, ça fait rêver les serfs et les vilains… Mais nous ne sommes plus au Moyen-Âge. Pire, 76% des gens interrogés (sondage LH2-Libération) n’apprécient pas du tout que notre Président expose ainsi sa vie privée.
Pour les nuls en maths, ça fait quand même plus des trois quarts des français adultes. Et pour mémoire, la cote de popularité de notre chef jadis bien aimé a dégringolée de treize points en un mois. C’est un peu comme « l’effet Chirac » en 1995. Et ce n’est pas le premier sondage à montrer cette tendance. Si les électeurs accordaient une importance quelconque à la vie privée des élus, ça se saurait.
Pour commencer, le maire de Paris serait hétérosexuel.
Oh, et la gogole royale se serait mariée. Et Nicolas Sarkozy ne serait jamais arrivé au second tour avec sa famille recomposée et déjà plombée de scandales… Pourtant, les journalistes, qui bandent sans distinction dés qu’il y a du sang, du sexe et des célébrités, se sont obstinés à éjaculer partout sur Carla Bruni (au sens figuré, et à propos de Carla Bruni…), sans même plus qu’une pichenette d’encouragement de l’Elysée !
Mais c’était pour ne pas parler d’autre chose. Les municipales chiantes qui s’enlisent, par exemple. Alors qu’on aurait aimé entendre n’importe quoi sauf ça… Comme souvent, le problème ne réside pas dans une hypothétique censure de l’Elysée, mais dans le fait que c’est toujours l’info la plus « ragot » et la plus récente qui fait la une, au détriment des sujets importants mais moins neufs (le SIDA, les guerres…).
Ce n’est pas l’Elysée qui censure, il n’y a pas de petit fonctionnaire nazillon armé de ciseaux qui sème la terreur chez des journalistes qui seraient tous des héros s’ils pouvaient… Le CSA suffit amplement, et intervient peu.
Ce sont les directeurs de chaînes, les rédacteurs des médias consensuels et jusqu’aux journalistes eux-mêmes qui, bien souvent, se taisent de leur propre initiative, sur des sujets aussi graves que les épidémies, les grèves et les émeutes. J’ai mes sources. Ils appellent ça « informer de façon responsable », pour éviter de donner trop d’importance à certains phénomènes, ou « préserver la sécurité du public »…
Cela s’appelle réellement de la manipulation de l’information, voire du mensonge. Ou du copinage. Et aussi de l’incompétence, parce que c’est souvent simplement une question d’opinion du journaleux aux commandes, qui ne vérifie pas ses sources, ou qui trouve que l’info est plus vendeuse tournée de telle ou telle manière. Et tant pis si on la tourne dos au public…
Ce que le français moyen refuse de croire, ce à quoi l’on ne pense même pas, c’est qu’il n’y a que très rarement corruption ou contrôle de qui que ce soit !
Quelle que soit la vérité, on nous l’a martelé, cet événement. On nous l’a vendu avec des gros mots du genre Première Dame. On tenté de nous faire croire que ça intéressait tout le monde, occultant certains sondages, et même dés le début, quand le directeur de France Télévision lui-même fustigeait PPDA qui n’avait pas couvert l’excursion Disneyenne de l’Empereur et de sa favorite !
Suivant un mouvement démarré par l’Elysée (ou peut-être pas, la connerie a rarement besoin qu’on l’aide de trop…), les journaleux, à part quelques rares gens sérieux, se sont jetés sur l’info la plus juteuse à leurs yeux. C’est vrai qu’elle est pratique. Selon toute probabilité, vue sous l’angle « mariage de stars », les dernières nouvelles du couple Sarkozy auraient dû passer comme une lettre à la poste.
C’était sans compter la grogne des postiers… et du reste de la population.
Mais de toutes façons, ça n'a aucune espèce d'importance pour Nicolas Sarkozy. Il est déjà élu, lui.
samedi 2 février 2008
Cancer ascendant poison.
La publicité est décidément un « genre » aussi abyssal qu’opportuniste. Oh, lorsque la pub est simplement bête, je m’en fiche comme de l’an quarante. Par exemple, la publicité pour ce fromage fondu, la cancoillotte Président, qui spécifie que ce produit a un bon goût fromager… Vraiment ? Grands dieux, est-ce possible ? Et moi qui croyais depuis tout ce temps que le fromage avait un goût banane-fraise !
Bref, la publicité s’adresse aux cons, alors je ne m’étonne guère d’un tel niveau. Mais là il y a danger.
Il ne s’agit pas seulement de profiter à moitié sérieusement des idées nauséabondes que charrie l’air du temps, comme la publicité pour la Fiat Grande Punto (la « voiture citoyenne »), ou de parsemer avec bonheur les réclames de mentions plus ou moins légales pour se donner bonne conscience, ni même de jouer avec les appellations pour faire croire qu’il s’agit d’un produit bio, allégé, voire médicinal…
La publicité dont je veux vous entretenir est ignoble à tous les sens du terme. Vous l’avez sûrement vue :
Un homme et une femme font l’amour à la sauvette dans des toilettes sales, décor gris et poussiéreux. La femme a l’air fatiguée, l’homme a l’air malade. Le crâne rasé, un gros grain de beauté sur le côté de la tête, l’air maigre et have, il a le teint cireux même lorsqu’ils se sourient. Le message, je cite : cette femme est en train d’attraper une maladie mortelle.
Et tout le monde pense qu’il s’agit du SIDA… mais, surprise, c’est le cancer. Car nos anti-héros travaillent tous deux dans un lieu fumeur, un café plein de mégots. On le voit, et c’est explicitement dit, c’est une « pub » antitabac conçue pour mettre mal à l’aise. Eh bien moi, ça me met mal à l’aise, mais pas du tout pour les raisons auxquelles ont songé les raclures de bidets qui ont commis cette atrocité.
Ces images en prime time sur les chaînes publiques véhiculent des préjugés d’une bassesse effarante et d'une insidieuse perversité !
Première idée : Le SIDA s’attrape en baisant dans des toilettes sales, dans un vieux bar pourri (ou en tout cas de façon pas romantique du tout et en forniquant vite fait), entre jeunes gens qui ont l’air malade et qui ont un boulot de merde genre balayeur ou femme de ménage. Ben voyons… Stigmatisons les malades, c’est de leur faute peut-être ! Et tant qu’on y est, pourquoi pas croire que les rouquins font tous de la sorcellerie ?
Juste pour info, le taux de contamination par le SIDA des plus de 60 ans est plus élevé que celui des 25-30 ans. On se tue (ha ha) à dire qu’il est à la fois raciste, faux et imbécile de raisonner en stigmatisant des groupes à risques. Il n’y a que des comportements à risques, qui ne dépendent absolument pas du milieu ! De plus, la séropositivité ne change en rien l’apparence d’un individu.
Deuxième idée : Les séropositifs ont tous l’air émaciés, limite drogués ou alcooliques, ont tous le crâne rasé, et sont tous crevés et marqués par le sarcome de kaposi. Ils ont tous un boulot de merde. Mais a quoi ça a servi, je vous le demande, de faire une campagne par an contre le racisme anti-séropositif ? A quoi ça sert de crier sur les toits qu’avoir le SIDA, ça ne se voit pas, ça ne se voit plus forcément ?
Si ça se trouve, le mec de la pub a mis une capote. Même s’il n’est pas très romantique, il a pu avoir une once de jugeote, non ? Ou peut-être est-ce qu’ils sont amoureux, ensemble, qu’ils se font confiance et qu’ils se sont fait tester tous les deux. Mais ils ont l’air malades, ils ont l’air de prendre un risque, c’est trash, et la pub en joue de façon appuyée, et on ne peut pas s’empêcher de penser au SIDA en lisant « maladie mortelle ».
Troisième idée : Le cancer s’attrape obligatoirement via les mégots et le sexe avec un cancéreux ou un sidéen, et le SIDA s’attrape en fumant, en buvant, et en baisant avec un cancéreux. Eh oui, dans cette publicité, on ne voit personne fumer, rien ne dit que les protagonistes absorbent quelque nicotine que ce soit. En revanche, on les voit baiser en cachette. Attrape-t-on le cancer en baisant, ou le SIDA en fumant des clopes ?
Confusion totale. Le type a l’air malade… malade du SIDA ou du cancer ? D’un sale rhume ? Est-ce que, donc, le cancer s’attrape par voie sexuelle ? Est-ce que la cigarette accroît les risques de contamination par le VIH ? Sans la moindre considération, une publicité qui veut nous informer des risques du tabac démolit un long travail d’information et de prévention.
Quatrième idée : SIDA = Cancer. Rien n’est plus différent que ces maladies là, pourtant. Elles provoquent des symptômes qui n’ont rien à voir entre eux, s’attrapent de manière complètement différentes (on n’est même pas sûr de comment on « attrape » un cancer, exactement, alors qu’on n’a aucune surprise avec le SIDA), et ont des mécanismes biologiques diamétralement opposés.
Pour mémoire (mais vous le saviez, bien sûr), le SIDA, Syndrome de l’Immunodéficience Acquise, est une maladie causée par un virus, transmis sexuellement et par le sang, qui cible les cellules du système immunitaire, et l’affaiblit, rendant le corps vulnérable à la moindre infection. Le cancer est une prolifération anarchique des propres cellules du corps humain, et ses déclencheurs peuvent être multiples et mal connus.
Cinquième idée : Le SIDA, comme le cancer, ça arrive, mais heureusement, la loi antitabac est là pour nous sauver. C’est loin. C’est réservé aux jeunes drogués qui baisent aux chiottes. Cette pub est aliénante à souhait, choquante, sans musique et pleine de chiffres sinistres (très à la mode). On peut la regarder et avoir bonne conscience, parce qu’on est d’accord avec : le cancer,, et le SIDA, c’est mal.
Cette catastrophe due au service public n’est là que pour soutenir à 100% la loi entrée en vigueur au premier janvier, en stigmatisant les fumeurs pour les assimiler à des drogués, des cancéreux et des séropositifs qui contaminent les autres (accréditant de ce fait ce genre de préjugés)… Et en stigmatisant tout autant le bar-tabac comme le repaire grisâtre et sale des paumés et des moribonds !
Je ne vois qu’une chose à dire : propagande.
Je connais personnellement un nombre conséquent de fumeurs, et aucun n’est mort d’un cancer, du poumon ou d’ailleurs, ni même leurs copains, victimes du tabagisme passif. Je connais en revanche un quinquagénaire qui pète la forme et qui s’est remis d’un cancer dû au tabac. Le cancer n’est PAS irrémédiable. Dépisté, ce n’est PAS la mort assurée. Le SIDA, en revanche, oui.
Ne confondons pas tout, et, plus que jamais, cessons de faire confiance à notre écran de télévision !
Cela devrait pourtant tomber sous le sens.




