Aujourd’hui, je vais vous raconter une histoire vraie… Du moins, une histoire que je crois. En effet, elle provient d’Internet, et, même si elle a été confirmée par plusieurs sources, la principale n’est autre que BMEzine, le e-zine de la modification corporelle (du mini-tatouage tendance au fanatique de la scarification). Libre à vous, donc, de ne pas la croire…

Cette histoire parle des sept poignées de main. Vous savez, le genre de choses qui permet de faire du name dropping à tire larigot, comme quoi nous sommes tous à sept poignées de main de n’importe qui d’autre sur Terre,  y compris les célébrités. « Je connais un type qui connaît un type qui m’a fait entrer dans une soirée ou j’ai rencontré… » Vous connaissez la chanson.

Mais là, c’est un poil différent… Je vais vous parler de Louie.

Louie, après une respectable carrière comme géologue au service de la compagnie pétrolière Getty Oil, avait pris sa retraite à Palm Springs dans une villa cossue. Comme beaucoup de retraités, sa maison était pleine de souvenirs, de photos de ses enfants, petits enfants, et d’objets d’art acquis durant ses voyages… Et des livres, bien sûr, à ne plus savoir qu’en faire.

I avait aussi des vidéos, et une collection incomparable de CD des grands classiques, et (c’est presque obligatoire à Palm Springs) une grande piscine turquoise dans son arrière-cour, entourée de graviers, de haies et d’arbres fruitiers pour nourrir les oiseaux autant que les abriter, car Louie était aussi ornithologue amateur… Bref, c’était une maison ou l’on pouvait se sentir bien chez-soi !

A part ça, Louie buvait et fumait trop, il était soupe au lait jusqu’à l’insulte et ne surveillait jamais son régime… Mais personne n’est parfait. C’est le genre de papy qu’on imagine sans autres histoires à raconter que des contes pour enfants… Seulement lui, il était gay et fan de piercings, et il était garde-malade volontaire pour des gens atteints du SIDA… ce qui l’avait séparé du reste de sa famille.

Ils se voyaient cependant lors de leurs rares visites à Palm Springs (ils habitaient à Santa Fe, Texas, le fils de Louie étant alors chef de cabinet pour le gouverneur de cet état). Quelques photos de famille bien souriantes malgré de vieilles rancunes, sommes toutes, et malgré le fait qu’il ait divorcé juste après avoir fait un coming-out plutôt mal perçu…

De vieilles histoires, des divergences d’opinion, d’ailleurs normales entre une famille plutôt conservatrice et un vieux gay au mode de vie marginal. Il n’empêche que ses piercings et son homosexualité ne l’ont jamais empêché de gagner sa vie, de se marier plusieurs fois, ni d’aimer ses enfants adoptifs. Cependant, ce ne sont pas ses histoires de familles que Louie partageait le plus volontiers.

A peine quelques commentaires de certains invités, lors des fêtes qu’il donnait dans son jardin, pour rappeler « au fait, tu sais qui est son fils, non ? »… Passons.

Il n’hésitait pas, à ceux qui faisaient preuve de curiosité, à montrer les anciens numéros de PFIQ (Piercing Fans International Quarterly), le premier magazine sur le piercing au monde, qui dépeignait plus justement une communauté que l’on considérait à l’époque comme une petite poignée de fétichistes pervers… Alors qu’aujourd’hui, vous êtes ringard si vous n’avez qu’une boucle d’oreille.

Et dans ce magazine, il y avait Louie. Enfin, pas son visage, mais ses piercings… C’était d’ailleurs l’un de leurs modèles de couverture les plus connus, pour une raison simple : Louie avait une quantit impressionnante de piercings génitaux, tous en or, et tous détaillés dans ce magazine. Et Louie partageait sa passion, non pas pour le piercing, mais pour une communauté alternative.

Il racontait ses aventures à travers la communauté de la modification corporelle à Los Angeles, dans les années 70 et 80… Les piercing parties ou, faute de boutiques avec pignon sur rue et approbation des autorités, on perçait à la maison, sur je ne sais quelle table de salon, parfois même sous la supervision d’infirmiers ou d’étudiants en médecine.

Qui s’en soucie, hein, au fond, des élucubrations soixante-huitardes d’un vieux pervers ? A moins bien sûr d’y regarder de plus près… Louie n’était pas un simple amateur d’aiguilles, c’était un type EXTREMEMENT percé qui, dans les premiers temps de cette communauté, a été d’une grande influence, et a aidé à la faire connaître lorsqu’elle s’est montrée au grand jour.

Pour info, il portait le pseudonyme de Indy lorsqu’il posait pour des photos.

Louie parlait aussi d’un gars dénommé Jim, l’un de ses amis. Oh, vous le connaissez peut-être : Jim Ward, du Gauntlet, le premier et mythique magasin de piercing, qui a pratiquement fondé la communauté des percés telle que nous la connaissons aujourd’hui, ses méthodes, ses tendances… Et qui a tout simplement démarré ce qu’on appelle aujourd’hui l’industrie ou le marché du piercing.

Parce que les percés ont en général une excellente hygiène, figurez-vous. Sinon, c’est l’infection qui guette ! Depuis Jim Ward, tout a été fait pour qu’on reconnaisse qu’il ne s’agit pas d’une poignée de tarés drogués anarchistes suicidaires fans d’aiguilles rouillées, mais bien une communauté étendue de gens qui, pour une raison ou l’autre, aiment ces bijoux et les portent.

Quant à Louie, il s’appelait en fait Louis Claude Rove, et son fils adoptif n’est autre que Karl Rove. Louie est mort en silence à Palm Springs alors même que son fils menait la campagne de George W. Bush, celle-là même qui revitalisa la droite chrétienne des Etats-Unis, les fondamentalistes, les évangélistes… Le tout en mettant les drogués, les gays et les modes de vie alternatif dans le même sac marqué « à brûler ».

Et Karl Rove n’a jamais dit aux amis de son père que celui-ci était mort. Il n’a jamais appelé personne à part la famille, ni composé un seul des numéros de téléphone de l’agenda de son père. Il n’a pas invité les gens qui ont passé plus de temps que lui auprès de cet homme lorsqu’il l’a enterré. Personne n’a su s’il y avait un service funèbre, ni où Louis Rove est actuellement enterré.

Si vous vous intéressez un peu à l’actualité des Etats-Unis, la prochaine fois que vous verrez Karl Rove (aujourd’hui moins actif) sur CNN qui parle la larme à l’oeil et quelques trémolos dans la voix de George W. Bush et de son amour pour son pays, n’oubliez pas ce commentaire oiseux… « Au fait, vous savez qui était son père, non ? »… Et n’oubliez pas comment il s’en est débarrassé comme d’un malpropre.

Celui qui a raconté cette histoire le premier, un homme percé qui mène une vie professionnelle et familiale sans histoire, écrit pour des journaux locaux, jardine, et qui s’est vu en une occasion oubliable féliciter par le président Bill Clinton en 1996, a tenté de mettre ces quelques faits sur Wikipedia… ils ont été aussitôt effacés. Est-elle vraie ? Est-elle exagérée ? Est-elle totalement fausse ?

Ce serait bien dans le ton de l’anti-bushisme primaire que d’exagérer et de mentir (voyez Michael Moore). Et ce serait bien dans le ton des néo-conservateurs de vouloir étouffer tout ça. La fille lesbienne de Dick Cheney n’est qu’un cas parmi tant d’autres de parents et d’enfants séparés par des valeurs opposées. Loin de moi l’idée de distribuer la palme ou l’anathème, cela dit…

Karl Rove n’est pas démoniaque… Il faut savoir que sa mère s’est suicidée, et que son papa Louie n’avait pas le caractère le plus stable qu’on puisse rêver, en plus d’être un gay fétichiste du piercing fort connu dans son milieu. Quoi qu’il en soit, cela ne veut pas dire que Karl Rove n’aimait pas le père qui lui a prodigué son amour, ni qu’il a été mal élevé…

La preuve, Karl Rove est l’un des architectes d’un mouvement culturel d’importance majeure dans la société occidentale, qui touche à tous les domaines de cette société ; un mouvement qui a maintenant une influence mondiale. Le parallèle est évident avec son père, dont les réussites sont similaires… Dans un cas il s’agit de la droite évangéliste, dans l’autre de la communauté du piercing !

Voilà en tout cas, pour ceux qui ne croiraient pas à cette histoire, les photos quelque peu choquantes de quelques uns des piercings d’Indy, alias Louis Claude Rove :

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