Le trafic revient progressivement à la normale sur toutes les lignes de transports en commun, et cette grève monstrueuse se révèle plutôt un baroud d’honneur… Les grévistes se sont bien mis à dos l’opinion publique, même si on les comprend un peu : entre autres, on leur supprime un avantage social, certes injuste, mais un avantage tout de même. Ne feriez-vous pas la même chose ?

D’aucuns disent qu’il aurait fallu abaisser le nombre d’années de cotisation pour tous les autres plutôt que de supprimer ces régimes spéciaux, mais ça, c’est trop cher… Déjà que la réforme soi-disant révolutionnaire du service minimum est totalement exsangue par rapport au texte de départ (oui, on ne peut rien changer du premier coup en France, normal, chacun tire à hue et à dia…).

Peu importe. Il a été dit beaucoup d’imbécillités, de tous les côtés, à propos des grévistes comme à propos des pouvoirs publics. Il circule des canulars en image (et vieux en plus) pleins de désinformation, tant sur les avantages prétendus des agents de la SNCF que, au contraire, sur le fait qu’ils travailleraient plus que les autres… Et tous les médias d’en rajouter à qui mieux mieux.

Sachez ce qu’il en est réellement avant de dire que ce sont tous des flemmards ou que Sarkozy rime avec nazi !

Selon le rapport d’activité de la SNCF 2006 (facilement trouvable sur leur site), la dette à financer de la SNCF est d’un peu plus de 6,5 milliards d’euros. Les subventions annuelles de l’état s’élèvent chacune à quelques 4,6 milliards d’euros en provenance de sources diverses, en augmentation, pour aider au désendettement. La recette annuelle du secteur des transports reste chiffrée en milliards.

L’état aide en sus la SNCF en lui versant une compensation égale au manque à gagner lors des ventes de billets à tarif réduit (quel que soit le tarif). L’état (donc nos impôts) règle donc la différence lorsque le prix du billet ne correspond pas au coût du transport, du moins tel qu’il est estimé par la SNCF, et qui augmente ! Aucune entreprise ne bénéficie de ce genre de traitement, mais c’est normal, c’est un service public.

Certes, les retraites à régimes spéciaux sont dits autofinancées, mais, compte tenu des subventions (souvent justifiées, d’ailleurs, pour moderniser les infrastructures notamment) apportées à l’entreprise de tous les côtés, et au bout du compte, les régimes spéciaux sont financés en partie par les salariés, en partie par la SNCF, et en partie par l’état.

Ce n’est pas exactement une épine gigantesque dans le pied du budget… c’est plus une question de principe.

En effet, les travailleurs de la SNCF et de la RATP ne représentent qu’une fraction infime de la population active, et semblent bien faire grève plus que n’importe qui. C’est le cas, bien sûr, ils font plus grève que d’autres… mais la différence n’est pas si énorme. La question est de savoir s’ils sont réellement privilégiés ou si, au contraire, leurs grèves sont justifiées.

En 2004, le salaire des conducteurs était entre 1500 et 3400 euros, net, selon l’ancienneté. Il a depuis été augmenté (je refuse d’employer le terme revaloriser, parfaitement vague). Il existe encore de nombreuses primes, notamment de pénibilité, même si la prime de charbon dont tout le monde parle a été supprimée depuis longtemps…

Il n’existe pas non plus de prime d’absence de prime, comme le prétend un fameux hoax transmis par e-mail qui date d’il y a des années ! La SNCF accorde plus ou moins les mêmes primes que dans la plupart des grandes entreprises. Les employés de la SNCF sont d’ailleurs aux 35 heures, en ne font ni plus ni moins d’heures que les autres, au contraire de ce que prétendent certains !

Les véritables avantages des employés de la SNCF sont, à bien y regarder, une couverture sociale excellente, un travail qui (en dehors des risques encourus par la minorité de conducteurs dans les quartiers pourris) devient de plus en plus facile à mesure que les engins sont bourrés d’électronique, et une retraite à cinquante ans (notamment pour les cheminots des TGV).

Il est à noter que les jours de grève de ces personnes sont payés, au contraire de… ben, de tout le monde ! J’ai toujours trouvé ça inqualifiable. Quand on bosse, on est payé, quand on fait grève, on assume ! Passons.

De plus, beaucoup sont fonctionnaires, et non pas agents de l’état ou contractuels, bénéficiant donc d’une certaine sécurité de l’emploi… Si, si, je vous vois pousser les hauts cris en disant qu’on a laissé partir cette année de nombreux fonctionnaires ! Eh bien c’est faux. On n’a pas renouvelé le contrat de certains, et on ne remplace pas les départs en retraite, mais il n’y a eu que peu de licenciements.

Voilà. Ce sont des données très officielles. Moi je constate que, sans être aussi choyés que les programmeurs chez Google, et sans forcément être des flemmards, les agents de la SNCF ont beaucoup d’avantages… Et j’en ai entendu qui se plagnaient de travailler dans des conditions pires que celles du secteur privé : un comble, au vu de ce que nous venons d’énoncer !

Le fait est qu’aucune autre profession, en se mettant en grève, ne bénéficie d’un moyen de pression aussi extraordinaire sur le gouvernement : quand les charpentiers ou les coiffeurs se mettent à manifester, le pays est loin d’être paralysé ! De ce fait, beaucoup font la grève surprise pour un oui ou pour un non, simplement pour faire un pont par exemple. Ne riez pas, souvenez-vous, c’est arrivé !

Et ça, c’est une vraie injustice : si, selon les alternatifs et d’autres, la grève est une arme, certains sont des bazookas tandis que d’autres sont désarmés.

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