Ceux qui suivent ce blog savent que je teste souvent de bons restaurants et que j’aime manger, bien manger… Je suis ce qu’on pourrait appeler un gourmet, je ne m’en cache pas, même si je n’en tire que peu de fierté : je trouve qu’il est normal d’éduquer son goût et de ne pas manger de la merde, mais je n’ai rien contre la nourriture chimique, les hamburgers, ni quoi que ce soit !

Je n’hésite donc pas à découvrir de nouveaux horizons culinaires, et j’ai des goûts variés. Eh bien là… Je ne pensais pas trouver ça un jour. Enfin, je savais que ça existait, mais je ne pensais pas un jour en faire l’expérience… Je parle d’un restaurant, mais pas n’importe lequel. Un restaurant immonde. VRAIMENT immonde. Le pire. Et je pèse mes mots.

Pourtant, j’en ai bouffé, de la daube, j’en ai vu, des cafards dans les restaurants…

C’est fatal, comme le dit le proverbe, qui mange des tripes avale parfois de la merde… J’en ai goûté, de la soupe à l’oignon en poudre avec du gruyère en sachet, de la galette bretonne de superette, des « authentiques pirojkis » à la pâte feuilletée Herta, du blanc de poulet passé au vinaigre avec une sauce maïzena+eau et un champignon en conserve présentés comme « escalope de veau à la crème »…

Eh bien ça, jamais.

Je ne serais jamais entré dans ce restaurant si les circonstances ne m’y avaient forcé. Je n’aurais pas dû entrer, d’ailleurs, mais me fier à mon instinct pour repérer les bons endroits… Mais je devais retrouver des amis plus tard, c’était un soir de week-end et tous les autres restaurants du coin étaient bondés. J’avais faim, et, poussé par une curiosité parfois morbide pour les plats inconnus, je passai la porte.

Le Khatag, restaurant tibétain de la rue Quincampoix, à peine à deux numéros d’un très bon salon de thé, était beaucoup moins rempli, ce qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Il est aussi beaucoup moins classique dans son menu qu’un énième restaurant français, chinois, italien ou japonais… Et beaucoup moins cher. Vu le cadre, ça aurait dû me paraître suspect…

Le cadre, parlons-en.

Une décoration très tibétaine, façon lamaserie, avec des pans de tissus en patchwork d’oriflammes un peu partout, sans doute faite avec des cravates en polyester arrangées en écailles, et plein de trucs en toc qui recouvrent les murs jaunis de cet espèce de halle aux fines colonnes. Pas hyper génial, mais quand même une lumière tamisée et des nappes sur les tables.

La cuisine au fond, derrière un comptoir, les toilettes propres mais loin d’être nickel, sommes toutes, ça peut passer. Au moins pour un repas, comme ça. Je suis allé dans des cantines japonaises très correctes, voire excellentes, rue Ste Anne, et dans des restaurants chinois qui n’étaient pas pires. D’autant que le personnel semble aimable.

Parlons à présent du menu.

La carte n’est pas très grande, mais originale. Après tout, qu’est-ce que l’Himalaya peut bien offrir de familier en terme de gastronomie ? Le temps de me faire comprendre de la serveuse, je commande un menu a l’air absolument typique, imprononçable comme il se doit : une entrée de vermicelles (froids me dit-on, pourquoi pas) et un plat de poulet.

Les espèces de biscuits d’apéritif tibétains en forme de tagliatelles pas cuites, équivalent des chips aux crevettes des restaurants chinois, sont assez fades, mais ont l’air spécialement faits… Le pain tibétain servi avec le menu n’est pas si spécial que ça, c’est juste une brioche chinoise à la vapeur sans rien dedans, donc rien de très goûteux ni de très original.

Mes vermicelles froids sont arrivés après quelques minutes. Ils étaient glacés, mais admettons que les sortir du frigo fasse partie de la recette. Admettons aussi que les champignons noirs gélatineux au rabais chez Tang en fassent partie aussi. Les deux feuilles de salade plutôt vieilles au fond de l’assiette, aucun problème non plus, même si l’ensemble est dégueulasse.

En fait, ce plat que j’ai commandé n’est qu’une petite portion de vermicelles transparents aux champignons noirs posée sur un peu de salade pour décorer, et arrosée de vinaigre de vin (et du pas cher en plus). Il n’y a pas d’autres ingrédients que ça, je vous jure… Et si les tibétains ne mangent que ça, alors il faut arrêter de militer et laisser la Chine leur apprendre la vie (mais heureusement pour eux, j’en doute).

Oui, je veux bien admettre que ce soit ce plat là, si simple et si mauvais soit-il, que j’ai commandé…

En revanche, les petites crottes de rat sur le côté des vermicelles, que je n’ai remarqué qu’à la deuxième bouchée à cause de la lumière très tamisée, je suis à peu près sûr de ne pas avoir vu ça au menu. Oh, et ne venez pas me dire qu’il s’agissait d’une épice tibétaine spéciale de forme noirâtre et un peu longue, je sais reconnaître la crotte du rat ou de la souris quand je la vois !

J’ai adoré le film Ratatouille et je trouve les rongeurs très mignons en temps ordinaire, mais là, je suis quand même sorti du restaurant. Sans faire de scandale, toutefois, ce n’est pas mon genre : je me suis levé et je suis parti, en expliquant au serveur qui s’est approché en me voyant me lever que NON, je n’étais pas satisfait, qu’il n’avait qu’à regarder dans mon assiette pour savoir pourquoi.

Et je suis sorti sans payer, bien vite pendant qu’ils regardaient, pour aller vomir dans quelque sombre vespasienne.

Crotte_alors