Bonsoir à tous et bienvenue à cette neuvième et dernière cérémonie du Grand Jeu de la Haine, édition 2006-2007, cette carnavalesque pantalonnade dans laquelle, je vous le rappelle, VOUS aviez élu il y a quelques mois déjà les gens que vous détestiez le plus, qui incarnaient le plus ce qui se fait d’ignoble en ce bas monde. Pour le coup, ce monde ne fut jamais aussi bas.

C’est toujours un peu émouvant, les dernières cérémonies. Le CIO (Confédération Illicite Organisée) et moi-même avons laissé traîner celle-ci tant que nous le pouvions, d’abord parce que ça n’est pas une sinécure à organiser, et ensuite parce que ça fait comme un pincement au cœur d’en avoir terminé. On ne sait pas encore s’il y aura une prochaine édition de ce jeu, comprenez-vous.

Mais nous ne pouvions pas laisser en suspens nos électeurs les plus chers, ceux qui n’ont pas eu une seule hésitation à accomplir leur devoir d’incivilité avant même leur droit civique. Il fallait que cette cérémonie fût bouclée avant l’échéance fatidique du prochain scrutin présidentiel, pour que, tous, vous puissiez voter en connaissance de cause… Et surtout en riant un peu.

Dieu sait que ces élections en ont besoin, et rien ne prête plus à rire que le tragique de la situation électorale française, si ce n’est peut-être le décès soudain des membres de la Star Ac’ (ce qui reste encore, hélas, du domaine du fantasme… Des miens en tout cas). Oui, je persiste à croire que l’œuvre de notre Grand Jeu, dénonciateur bon enfant de la connerie, toujours et partout, est commandée par le salut public.

Oui, le Grand Jeu de la Haine est la manifestation, entre autres, de la juste colère qui anime le citoyen confronté à l’opportunité démocratique de changer son gouvernement. Lisez, détestez, riez, mais surtout votez, rien n’est plus important : la démocratie, c’est comme toutes les libertés fondamentales, si on cesse de l’exercer on ne l’a plus, et c’est alors qu’elle nous manque.

Terminons ce préambule déjà trop long par un court avertissement : Bien des gens voudraient vous voir octroyer ce qu’on appelle un vote « utile » dés le premier tour. Utile, un mot positif pour ce qui n’est que la moitié d’une fraude électorale : Il s’agirait pour ces gens de voter dés le premier tour pour quelqu’un dont vous en partagez pas les convictions, ou pas toutes, parce qu’il ou elle a plus de chances de passer.

Ceux qui me connaissent savent que je ne dis pas cela parce que je soutiens les petits candidats que nous avons cette année (je suis LOIN de les porter dans mon cœur, croyez-moi), pourtant je trouve effarant de stupidité un tel conseil. Premièrement, le vote le plus utile selon le principe de notre république, c’est encore celui qui reflète le mieux vos convictions.

Deuxièmement, au vu des statistiques, les indécis sont nombreux : ceux-là, si ne serait-ce qu’un seul candidat parmi les douze polichinelles survivants les inspirait, la question ne se poserait pas. C’est déjà un défi pour eux de trouver un seul candidat qui leur plaise, petit ou grand. Troisièmement, nous avons conçu ce système à deux tours justement pour résoudre ce problème.

Au premier tour, chacun peut et doit voter pour le candidat qui porte réellement les idéaux auxquels il attache le plus d’importance. Selon le principe bien connu, les deux candidats qui portent haut les idéaux du plus de gens possible, quels que soient leurs partis, se font face au second tour. C’est alors et alors seulement que l’on demande aux gens (qui n’ont pas forcément voté pour eux) de choisir le « moins pire ».

Les membres des grands partis comme des petits vous demandent tous de voter utile. Ne vous laissez pas avoir, les grands vous demandent de voter utile parce que tel ou tel a plus de chances de gagner, les petits vous demandent de voter utile pour barrer la route à tel ou tel grand… C’est la même chose. On vous propose un plan stratégique pour placer quelqu’un au second tour, ou le contraire.

Un seul mot : Fuyez. Fuyez ces oiseaux de tempête qui veulent prendre votre voix et s’en servir pour leurs propres desseins. Votre vote vous appartient, c’est l’une des seules choses qu’on ne peut pas vous aliéner tant que vous êtes physiquement présent. On voit ou ce genre de calculs et de plans sur la comète nous a mené en 2002 : les extrémistes, eux, n’oublient jamais de voter POUR leur parti.

Si vous voulez voter pour un petit parti, ne vous en privez pas, si c’est un grand qui vous tente, mazel tov. Grands ou petits, les idées sont là. Votez même Schivardi ou Nihous, les petits extrêmes, si ça vous correspond. Comment ça, Nihous n’est pas extrémiste ? Dites, oh, c’est pas parce que Priscilla n’a pas fait la Star Ac’ qu’elle n’a pas le même public ! Soyons sérieux. Passons.

Votez petit, votez grand, votez extrême, votez raisonnable, mais votez bien. Personnellement, je suis complètement anti-extrémiste, et je vous engage avec véhémence à ne pas tomber dans leur piège, mais je respecte le choix que vous faites en votre âme et conscience et je ne peux pas penser à votre place… Même si vous ne le faites pas. Votez pour une idée, un programme, un individu… Pas contre !

Bon.

Après cet imposant propos liminaire, je vous propose de passer à la cérémonie proprement dite, celle qui va récompenser le Plus Ignoble Traître, la remise du Grand Judas du Plus Beau Retournement de Veste !

Il y a peu de choses aussi immondes que la traîtrise. L’infanticide, le parricide, le génocide… Tous les grands crimes laissent ce même goût amer dans la bouche parce qu’ils sont une forme de trahison. Ce n’est pas un simple meurtre que le parricide, par exemple, mais une trahison envers sa propre famille. Le génocide dérange par son ampleur et son ambition, mais aussi parce que cela nous touche tous, cela trahit tout le genre humain.

Autant le mensonge peut être bénin, pieux, voire même noble te nécessaire, autant la trahison est véritablement impardonnable. Nous l’avons dit, les politiciens sont par définition payés pour nous mentir, ils y sont obligés par le système. Nous gobons sans broncher leurs lendemains qui chantent en nous en redemandons même alors que nous déchantons. La trahison, par contre, si elle peut paraître nécessaire sur le moment, est rarement oubliée.

Trahison et politique vont de pair, et dans ce milieu comme dans d’autres on peut se les pardonner, mais on ne les oublie pas. C’est ce qui en fait tout le sel. Selon Dante, il existait trois types de traîtres majeurs en son enfer, et la trahison était le pire de tous les péchés. Ils étaient donc tous au cœur du dernier cercle des enfers, le plus froid, soumis au vent glaçant de l’haleine même de Léviathan.

Dante cite les traîtres à leur famille, tel Brutus qui assassina son propre père adoptif, les traîtres à leur cité, tel Cassius et sa révolte, et les traîtres à leur Dieu, dont le pire est Judas. Ce dernier a d’ailleurs le plus grand pêché de tous, selon Dante (et on peut ne pas être d’accord, mais admettons…) car il est entièrement gelé et tenu dans la triple gueule du Démon au centre de l’Enfer !

Si l’on peut diverger sur pas mal de choses, il reste que les traîtres sont bel et bien considérées comme les pires ordures de ce Grand Jeu de la Haine, et que les traîtrises sont surtout politiciennes. La preuve en est que vous avez désigné peu de gens, et qu’ils ont presque tous un rapport avec la politique. Il est, il est vrai, souvent plus facile de trahir un idéal aux yeux des autres que de commettre un crime au sens strict…

Le grand gagnant de notre concours recevra pour sa peine le salaire adéquat, trente deniers dans une simple bourse rêche… Rémunération symbolique accordée avec tout le mépris qu’on doit à un tel individu.

Grand_Judas_Award

Il ne saurait en être autrement du second prix : Trente autres deniers seront présentés, mais dans une bourse en lin et en coton un peu plus jolie, parce que le traître est moins cheap, moins pute.

Bourse_de_coton_Award

Le troisième prix, encore trente deniers, bénéficiera d’une bourse en velours et satin, expression de notre haute considération pour la bassesse de l’énergumène.

Bourse_de_velours_Award

Passons à présent à la liste des nominés, tous voués aux Gémonies pour avoir trahi quelque chose ou quelqu’un :

Jack Lang, pour avoir trahi la gauche en bouffant du caviar et en faisant la carpette devant Ségogole ainsi que devant tous les autres, mangeant à tous les râteliers. Il trahit aussi la culture en décorant Johnny et Stallone.

Christophe Girard, pour avoir trahi les administrés de Paris ainsi que ses administrateurs, juste sous…

…Bertrand Delanoë, pour avoir trahi Paris et ses électeurs en aggravant les embouteillages et la pollution plutôt que de régler ces problèmes, ce pourquoi les parisiens l’avaient élu.

Jean-Pierre Chevènement, pour avoir trahi la gauche par des alliances de circonstance et en prônant le statut spécial de Belfort.

Ségolène Royal, pour avoir trahi la gauche et son parti par Blairisme, par Mitterrandisme, par Pétainisme, parce qu’elle paie l’impôt sur les grandes fortunes, et par pure stupidité.

Laurent Fabius, pour avoir trahi les idéaux du socialisme en étant un ministre des finances plus à droite que le RPR, et pour avoir trahi tous les français dans l’affaire du sang contaminé, entre autres choses…

Lionel Jospin, pour avoir trahi son parti par pur caprice après cinq ans d’incompétence notoire, qui sont eux-mêmes une trahison de la gauche dont il est issu, pour avoir trahi les idéaux trotskystes de sa jeunesse en devenant de « droiche », et pour sa loyauté toute relative à Gogolène et ses mânes.

Brice Lalonde, pour avoir trahi en vrac le mouvement écologiste, le parti socialiste, ainsi que ses parents (son vrai nom est en effet Brice Levy, mais il a jugé que ce n’était pas souhaitable pour sa carrière !).

Nicolas Sarkozy, pour avoir trahi honteusement et avec une régularité impressionnante tous les hommes de son propre parti avec lesquels il s’est allié, sauf dans le cas de figure ou EUX soutenaient SES ambitions.

Jacques Chirac, pour avoir trahi le RPR fondé par lui, en laissant les anciens encaisser les conséquences de ses magouilles, puis en fondant l’UMP par-dessus, puis en recommençant… Et pour avoir trahi les Français par une présidence globalement catastrophique.

Edouard Balladur, pour avoir trahi son ami de trente ans, pour être revenu sur sa parole de multiples fois…

Bruno Mégret, pour sa sécession fratricide et inutile avec le FN, et sa réconciliation opportuniste…

George Walker Bush, pour avoir trahi les Américains et les autres par intérêt, pour avoir aussi trahi les idéaux du pays de la liberté, la première démocratie moderne, dont le Président Wilson fonda la SDN, ancêtre de l’ONU…

Arnold Schwarzenegger, pour avoir trahi démocrates et républicains en se faisant élire en Californie.

Victor Iouchenko, pour avoir trahi la révolution orange qui l’avait porté au pouvoir en nommant son adversaire premier ministre, choix dont il paie à présent les conséquences…

Oussama Ben Laden, Mahmoud Ahmadinejad et des tas d’autres du même acabit, pour avoir trahi l’idéal de paix et d’amour de l’Islam et pour en avoir fait aux yeux de tous une religion de mauvaise réputation…

Sa Sainteté le Pape Benoît XVI, pour avoir trahi Jean-Paul II, le concile de Vatican II, le catholicisme et le christianisme en général avec ses idées de paix et de charité inhérentes au message du Christ, ainsi que des millions de croyants qui se sentent encore plus aliénés par une Eglise qu’ils ne reconnaissent plus.

Frédérique Hoschédé, dite Dorothée, pour avoir fait des coups de pute à ses anciens partenaires, les enterrant lorsqu’ils ne voulaient plus travailler ou coucher avec elle, et pour avoir exploité des millions d’enfants innocents en leur refilant des mangas violents faits par des esclaves coréens et du cul de chez AB productions.

Dieudonné M’Bala M’Bala, pour avoir trahi coup sur coup Elie Sémoun, son public, l’humour, les anti-racistes, la France, l’Afrique, et pour être passé en cinq ans de Jospin à Le Pen sans bouger les oreilles.

Pascal Sevran, pour avoir tout fait pour ne pas perde son poste, y compris flatter les vieux fachos… Dont il fait à présent partie après avoir trahi l’idéal de tolérance souvent peu respecté des gays, comme quoi tout se retrouve.

Zinedine Zidane et son homologue italien Materazzi, dont on nous a rebattu les oreilles lors de la dernière coupe du monde, pour avoir tous les deux trahi les espoirs de millions de gens et de leurs pays respectifs par un geste violent et stupide… Mais n’est-ce pas là l’essence du football, un enchaînement de tels gestes ?

La société Novell, pour avoir trahi Linux en continuant de travailler dessus tout en s’alliant à Microsoft.

Enfin, le CIO (le vrai, hein, le Comité International Olympique) pour avoir trahi l’esprit de Pierre de Coubertin de tant de manières… En marchandisant le sport, en demandant que la législation anti-dopage soit assouplie dans certains pays d’accueil des jeux olympiques, et en organisant des épreuves à des heures indues pour les pauvres sportifs à Pékin histoire que les Américains puissent voir ça en direct à des heures de grande écoute !

Que de raclures de bidets…

Sans plus attendre, décernons la Bourse de Velours du troisième prix.

Suspense… C’est bientôt la fin…

Et le troisième prix de la soirée, le plus petit prix de chez Tati, revient à l’actuel Président de la République mais plus pour longtemps, monsieur Jacques Chirac ! On en a tant dit déjà sur Supermenteur, le VRP de la République, ses maîtresses, ses comptes ne banque, ses aventures picaresque (oui, picaresques, et non pittoresque, de l’espagnol picaro, vaurien, comme dans Tintin. Le picaresque se réfère à un type de roman mettant en scène des anti-héros sans le sou et/ou sans morale qui sont présentés positivement dans des aventures échevelées… Un terme parfaitement adapté à notre homme !), il serait superflu d’en rajouter, non ?

Qui donc est pire que lui ? Découvrons-le immédiatement.

La Bourse de Lin et de Coton revient à des ex æquo… Il s’agit de Dieudonné M’Bala M’Bala et George Walker Bush ! Apparemment, leurs trahisons respectives les fait autant détester l’un que l’autre. Dans leurs opinions, leurs origines et leurs discours, tout les oppose. Dieudonné critique allègrement Bush et la puissance américaine ne général, et Bush fustigerait Dieudonné s’il connaissait l’existence de ce minable moustique et si elle importait si peu que ce soit face à la puissance américaine. Pourtant, on reconnaît une similarité de technique, le détournement d’idées, la propagande extrémiste… Vous ne vous y êtes pas trompés !

Après un tel étalage de bassesses, à qui va donc revenir les Trente Deniers du Grand Judas ?

Mais à quelqu’un qui est dans l’air du temps, bien sûr ! Quelqu’un que vous jugez assez dangereux et assez proche pour lui avoir accordé tant de suffrages de haine qu’il a 50% de voix en plus du suivant sur la liste ! C’est du jamais vu dans ce jeu, qu’un tel homme fasse l’unanimité dans la détestation. Il est vrai, ses trahisons ont toutes été publiques. Il s’en fiche, il continue, toujours mouvant, faisant fi de l’obstacle… C’est bien sûr…

Nicolas Sarkozy de Nagy Bosca !

Candidat à la présidentielle de 2007 au moins depuis quatre ans, et d’aucuns disent depuis sa naissance, le petit Nicolas n’a pas la trahison dans le sang… Ce qui semble infirmer les propos eugénistes qu’il a tenu sur le caractère inné des tendances criminelles. La trahison est évidemment quelque chose d’acquis, puisqu’on trahit d’abord ses origines. Nicolas Sarkozy a trahi ses parents qui l’avaient mis en école privée et élevé en hôtel particulier en écrivant quelque logorrhée sur le martyr que fut sa jeunesse. A-t-il trahi Cecilia ? On s’en fout. Toujours est-il qu’il entrera célibataire à l’Elysée s’il est élu. Il a trahi les plus grands, les maîtres en la matière, Jacques Chirac, Edouard Balladur, Dominique de Villepin, Charles Pasqua… Il a trahi la droite en ratissant à gauche, il a trahi l’UMP en ratissant à l’extrême droite, il a trahi la laïcité en voulant réformer la loi de 1905, il a trahi la justice en la dénonçant pour ce que d’aucuns considèrent comme ses propres manquements, il a trahi les petits, les grands, les banlieues, les villes, les riches, les pauvres… Il a trahi les Français, ce qui est peut-être un moindre mal… Mais vous connaissez tous ce discours, dont les artistes à la mode et intelligentes comme Diams et les imbéciles sans importance comme Azouz Begag se font les échos.

Voilà, vous savez tout. Ou plutôt non, vous n’avez qu’un discours haineux en tête, et c’est justement ce qu’il est dangereux de laisser seul en son esprit avant un scrutin présidentiel.

Une fois encore, votez… Votez, si le cœur vous en dit, même pour les traîtres présentés ici, votez Laguiller ou Le Pen, même pour Nicolas Sarkozy… Moi, je ne vous en voudrai pas, si du moins c’est là ce que reflète votre conviction réelle !

Sachez reconnaître les motivations de votre candidat, ainsi que les idées qu’il veut mettre en pratique, les idéaux qu’il veut porter. Sachez aussi discerner ceux qu’il porte réellement et ce qu’il pourra faire s’il est élu. Ou elle, bien sûr. C’est pour cela que vous votez.

Sur ces bonnes paroles et cette note civique, je déclare enfin clos les grandioses cérémonies du Grand Jeu de la Haine, édition 2006-2007… J’espère qu’elles vous ont plu. Vous pouvez dés lors revenir à une attitude plus mesurée.

Sic Transit Gloria Mundi, allez en paix.

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