Le Miracle :

Tel homme mal doté voulut longtemps
Acquérir la vigueur en son lit.

Son mal était fort grand :
Ce mâle était si petit,
Que son rat domestique, avec qui il couchait,
Lui préférait un taon, et pour lui le trompait...

Pris de pitié, un jour, le rongeur lui apprit
Qu'en lointaine contrée il y avait une pierre
Qui, pour les fils d'Adam, un miracle accomplit;
Qui donne taille, force, et la raideur du fer...

D'où le rat tenait-il ce récit fabuleux ?
Quelque rumeur, sans doute,
Aura filtré par un intime aveu
De la gent mouche ailée qui parcours maintes routes.
Nul ne le sait, quoi qu'il en coûte,
Car rare sont les longues biroutes...

Le pauvre malheureux partit donc en voyage
Au pays du grand nord où réside le sage
Qui, gardien de la roche, la maintient au frais.
Il faut, disait le rat, qu'elle soit bien glacée.

Arrivé près du lieu ou reste le caillou,
Tout couvert par la neige, ayant mal aux genoux,
Le voyageur s'approche et tend enfin la main...
Le miracle s'opère, et le voilà muni
D'une virilité sans mesure,
D'un long vit,
Et d'une ardeur sans frein
Plus que palliant au défaut de Mère Nature !

Aussitôt au gardien il demande haletant :
"Mais quel est de la pierre l'atout trois fois grand ?"
Et le sage répond, avant qu'il ne sourît :
"N'as tu point déjà vu un roc aussi frais, dis ?"

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